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5 septembre 2012 16 h 27

À nu pour l’avenir de la Gaspésie

Poser nus dans des lieux symboliques de Gaspé : des artistes militants ont trouvé ce moyen pour attirer l’attention sur les enjeux propres à la région. Le résultat : l’exposition de dix photos «L’éveil du berceau».

Le premier cliché a été pris à la Croix de Jacques Cartier. Sur la photo en noir et blanc, un carré rouge accroché à la croix au-dessus des figurants est la seule tache de couleur. Une allusion à la crise sociale de ce printemps, qui a été la bougie d’allumage du projet.

«L’idée, c’était d’entrer dans cette crise sociale qui s’est passée au Québec, indique la conceptrice du projet, Lydia Martin Bérubé, de Gaspé. Ici aussi, il y a eu des tintamarres et on a fait des réflexions.»

Le choix de la Croix et le titre du projet – L’éveil du berceau – ne sont pas innocents. «Ça devrait représenter quelque chose, ce titre de berceau du Canada [revendiqué par Gaspé]. On ne devrait pas être laissés de côté», lance Mme Bérubé.

Des inukshuks au lixiviat

Si certaines photos montrent des symboles de Gaspé, comme l’un des inukshuks sur la route 198 ou la rivière York, d’autres illustrent des enjeux d’actualité propres à la Gaspésie.

Les figurants ont posé au bord des bassins à lixiviat («jus de poubelle») du dépotoir de Gaspé, étendus comme à la plage, des masques leur protégeant le nez et la bouche. Une autre prise de vue les montre sur le pont de chemin de fer d’Haldimand, sur lequel aucun train ne circule plus depuis décembre.  

Pourquoi, la nudité?

«Ce n’est pas pour choquer, mais pour attirer l’attention», explique Lydia Martin Bérubé. Le fait de poser nus en groupe a été une expérience en soi, ajoute-t-elle. «Ça recrée de vrais contacts entre les gens, au-delà des apparences.»

Il s’agit aussi d’un geste militant pour les figurants : «Personne n’a été payé. C’est de la vraie peau, de la vraie chair, des vraies convictions», lance Mme Bérubé.

Qui a fait quoi?

Le photographe Jacques Gratton a réalisé les photos. «L’idée venait de Lydia, et moi, je mettais ça en œuvre en ajoutant des notions de composition et de lumière.»

Mathieu Drouin Crête signe les textes qui accompagnent l’exposition. Pour lui, L’éveil du berceau est «de l’art progressiste». «Ce qui unit les photos, c’est l’amour de la Gaspésie, dit-il, le désir qu’elle devienne meilleure, que les citoyens soient prêts à s’investir dans ce qui leur tient à cœur.»

Dix photos de plus

Le projet consiste à faire dix photos supplémentaires, dont certaines dans d’autres villes gaspésiennes. Mme Bérubé invite les Gaspésiens à prendre contact avec elle pour photographier un lieu qui leur tient à cœur, avec des figurants nus. «Mais on n’ira pas s’il n’y a pas des gens de là-bas qui le font avec nous», avertit-elle.

L’exposition n’a été présentée que 24 heures au Musée de la Gaspésie, à Gaspé. Elle sera montrée à nouveau dans chaque municipalité où des résidants participeront à une séance photo, et à Montréal lorsqu’elle sera complète, projette le groupe. Un recueil des photos, de textes et de commentaires du public devrait être publié l’an prochain.

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