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11 février 2021 10 h 14

Attendre un bébé en temps de pandémie

Gilles Gagné

Journaliste

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Avoir un enfant en pleine pandémie représente-t-il un défi supplémentaire? L’atmosphère ambiante, les contraintes familiales et sociales et l’isolement compliquent-ils une période déjà particulière, sans le coronavirus? GRAFFICI a demandé à un couple de la Baie-des-Chaleurs de raconter sa dernière année et comment elle et il vivent les différentes étapes indissociables de l’arrivée d’un nouveau-né.

MARIA | Emie Gravel et Pierre-Luc Lupien auront leur premier enfant dans les jours suivant la parution de GRAFFICI. La conception de cet enfant, à mille lieues de leurs familles, était loin d’un accident, quand Émie est tombée enceinte, en mai. Ils « travaillaient là-dessus » depuis un certain temps et ils ont maintenu le cap.

« Quand la pandémie a commencé, on entendait les gens dire que ce n’était pas évident de tomber
enceinte dans une période comme celle-là », aborde le papa. « Je me souviens d’un reportage à ce sujet en avril. Mais nous, on voulait tomber enceinte », enchaîne-t-elle.

Emie Gravel était enceinte de huit mois quand le couple a rencontré GRAFFICI. Experte en contenu Web, elle travaillait encore à ce moment, de la maison bien sûr, tout comme son conjoint, enseignant en sociologie au campus de Carleton-sur- Mer du Cégep de la Gaspésie et des Îles.

Tous deux ont dû mettre une croix sur une riche vie sociale, du moins « en direct », et à plusieurs plaisirs qu’offre une grossesse, comme la spontanéité des réactions de parents et d’amis. Ils ont aussi exclu un aller-retour aux Fêtes pour aller voir leurs familles, surtout concentrées à Montréal.

« C’était dommage de ne pas être en mesure de partager ces moments avec ma mère et mes soeurs, mes frères, nos amis. Par contre, tu deviens un bien physique, quand tu es enceinte. Tout le monde te met la main sur la bedaine. J’ai vraiment l’impression de ne pas manquer cet aspect-là », dit-elle.

Emie a même eu droit à un baby shower, cette fête se situant entre l’annonce de la grossesse et l’accouchement. « On a eu droit à un shower virtuel, organisé par deux soeurs d’Emie, avec toute la technologie pour nous donner l’impression que les gens étaient là. Elle a une soeur chorégraphe. Il y avait tout un rituel venant avec chaque colis », explique Pierre-Luc Lupien.


Emie Gravel et Pierre-Luc Lupien trouvent souvent un pendant positif aux obstacles placés devant eux par le coronavirus, mais Emie avoue avoir eu les larmes aux yeux quand l’ostéopathe lui
a mis la main sur le ventre, devenant la seule personne, à part Pierre-Luc et le médecin, à toucher le bébé de si près. Photo : Gilles Gagné

En raison de la perte antérieure d’un foetus, le couple a joué de discrétion pendant une douzaine de semaines avant d’annoncer la nouvelle aux parents et aux amis. C’était un facteur hors-COVID-19, mais la pandémie a un peu compliqué l’affaire, en raison de l’absence de contacts sociaux.

« On était frileux à cause de notre historique. On a attendu d’être certains avant d’en parler. Il fallait ouvrir mon poste, au travail, en prévision de mon absence éventuelle. Je ne disais pas pourquoi. Les gens pensaient que j’étais malade », dit-elle.

« On était loin de nos familles; on était aussi loin des personnes de la Gaspésie, de nos amis. Mais on a un bon voisinage. Je suis super impressionné. Le voisinage a joué ce rôle-là, de proximité. La grossesse n’était pas cachée avec eux. Ça aurait été difficile. On nous a dit « si vous avez besoin d’aide, nous sommes là », lors de discussions d’entrées de cour », insiste-t-il.

Imaginatif et positif, le couple contrebalance les inconvénients liés au coronavirus par des avantages. Ce sera le cas des relevailles, cette période suivant l’accouchement. « La mère d’Emie est une infirmière en obstétrique, récente retraitée. […] C’est elle qui nous a donné des cours prénataux au début! Elle se place en quarantaine le 1er février pour être sûre qu’elle peut venir quand ce sera le temps », signale Pierre-Luc.

Quand les vrais cours prénataux ont débuté, sur la plateforme numérique Zoom, « on a trouvé ça un peu difficile, parce que tu ne peux pas développer des liens avec les autres couples. Il y a des femmes qui sont supposées accoucher la même journée! Par contre, nous sommes terriblement chanceux d’être tous les deux en télétravail », note Emie.

L’éloignement des membres de sa famille et des amis proches au cours de la grossesse constitue « ce que je trouve de plus dur. C’est un moment, une période où on aurait aimé les avoir proches. Ma soeur a eu deux enfants. Personne parmi nos grands-parents n’a vu la bedaine en vrai. Noël, on aurait aimé le passer dans nos familles. Par contre, c’est plus facile pour l’habillement; pas besoin de se casser la tête », dit-elle.

Pierre-Luc trouve difficile « de ne pouvoir assister aux rendez-vous médicaux d’Emie ». Il a toutefois pu assister à l’échographie. Tous deux sont un peu inquiets au sujet d’une détérioration potentielle de la situation du COVID-19 en février, et d’un potentiel cloisonnement des régions, comme c’est arrivé au printemps.

« Ma famille est là-dessus! Je n’accoucherai pas avec un masque sur le visage, dans les conditions actuelles, mais si je devais être positive (à la COVID-19), que se passerait-il? Je ne sais pas si j’accoucherai à Maria dans ce cas », évoque-t-elle.

Ces appréhensions sont assez vite balayées par le bonheur d’accoucher en Gaspésie. « Nous avons une grande fierté d’accoucher en Gaspésie. C’est très important pour nous d’avoir nos enfants ici et on est en train de le faire! », affirme Pierre-Luc.


L’échographie du bébé Gravel-Lupien inspire le père au point où il a commencé à réaliser des dessins à partir de cette image. « Ça augure bien pour moi en tant que père fou de son enfant », dit Pierre-Luc Lupien. Photo : offerte par le couple Gravel-Lupien