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Éditorial
20 mars 2019 14 h 34

Cent jours de gouvernement Legault sans trop de misère

Gilles Gagné

Éditorialiste

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Les Gaspésiens se demandaient bien, à la suite au scrutin du 1er octobre, ce que leur réserverait la Coalition avenir Québec (CAQ). Après tout, M. Legault, lors de la campagne de 2018 comme lors de celle de 2014, s’était largement servi de leur région comme bouc émissaire, en dénonçant l’appui financier des régimes péquiste et libéral à la cimenterie de Port-Daniel et en salissant régulièrement l’énergie éolienne.

Lors de la dernière campagne, le chef de la CAQ cherchait de cette façon à rallier des votes urbains à sa cause, comme un animateur de radio-poubelle de la capitale ou de la métropole cherche à faire augmenter ses cotes d’écoute. La Gaspésie a le dos large. François Legault avait sûrement compris depuis un bout de temps qu’il ne raflerait aucun siège ici. Il avait démontré au fil des ans une incapacité à comprendre nos réalités, et il était permis de penser qu’il n’essayait pas fort non plus.

Il a dit lors de la prestation de serment de son cabinet que son gouvernement serait celui de tous les Québécois. Ce changement d’attitude a été accueilli avec scepticisme. Comment croire à une telle conversion d’un homme qui avait induit les Québécois en erreur en campagne électorale, disant en plein débat télévisé que la Gaspésie avait coûté 2,5 milliards $ aux Québécois en raison de l’adoption de programmes de production d’énergie éolienne ?

Le montant reste à prouver sur le plan comptable, et des parcs éoliens ont été construits partout au Québec, pas seulement en Gaspésie. De plus, M. Legault n’a pas semblé comprendre avant d’être élu au gouvernement que l’énergie éolienne contribue de façon significative à la balance commerciale du Québec parce que des entreprises comme LM Wind Power exportent des composantes pour des centaines de millions de dollars par an.

Depuis la désignation du cabinet le 17 octobre, le changement d’attitude tant souhaité est pourtant bien survenu. François Legault et des membres de son cabinet ont pensé et agi avec vitesse et souplesse dans certains dossiers favorables à la Gaspésie. Qui aurait pu prédire que le premier ministre viendrait annoncer 12,8 millions (M)$ pour les pêches et 16,6 M$ pour les aéroports avant Noël?

Les dossiers étaient prêts? Ils ont été annoncés. En pareilles circonstances, les libéraux de Philippe Couillard auraient étiré les choses pendant des mois, sinon des années. Ils auraient attendu à la prochaine élection peut-être.

Bon, M. Legault y est allé de propos électoralistes en décembre à Gaspé, à l’effet qu’il voulait s’assurer que les Gaspésiens voteraient pour lui à l’avenir mais au final, le bilan de sa visite, et de ses 100 premiers jours au pouvoir, est positif.

Le mot d’ordre à l’effet de former un gouvernement pour l’ensemble des Québécois, dont les Gaspésiens, semble aussi suivi par plusieurs membres de son cabinet.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a rapidement rassuré la région au cours de l’automne en matière de réfection du chemin de fer Matapédia-Gaspé. Le programme de 100 M$ annoncé par Philippe Couillard en mai 2017, après trois ans de recul et de surplace, suivra son cours.
M. Bonnardel a aussi vite réagi dans les dossiers de lien maritime entre Matane et la Côte-Nord en mettant de la pression sur la Société des traversiers du Québec dans le but de pallier assez rapidement, bien que temporairement, les lacunes du traversier presque neuf F.A.-Gauthier. Là aussi, le gouvernement libéral avait tergiversé au point de ne rien faire.

François Bonnardel s’est fait peu d’amis aux Îles-de-la-Madeleine en reculant dans le dossier du remplacement du CTMA Vacancier. Si le report de cinq mois qu’il impose est trop long, l’exercice visant à connaître plus précisément le vrai coût de ce remplacement est nécessaire, surtout qu’il est mené en partie par la Société des traversiers du Québec, une entité publique qui n’inspire pas la plus grande confiance depuis quelques années.

En gros, François Legault devra travailler fort pour prouver qu’il a plus de profondeur que l’aspirant au pouvoir qu’il était avant le premier octobre. Il a au moins l’humilité d’admettre qu’il ne sait pas tout et qu’il se trompe parfois. Philippe Couillard, Gaétan Barrette, Martin Coîteux et autres Carlos Léitao distillaient une prétention de perfection qui ne sera pas regrettée.

M. Legault avait dit en début de mandat qu’il écouterait et il l’a démontré plusieurs fois. Les ressources supplémentaires dévolues aux soins à domicile le prouvent. C’est une autre lueur d’espoir.

Il existe présentement une perception bien établie à l’effet que les coffres du gouvernement du Québec sont pleins, gracieuseté de l’austérité du régime précédent.

L’État déclare effectivement des surplus depuis deux ans, mais ils ont été largement obtenus en négligeant des édifices qu’il coûtera maintenant bien plus cher à réparer, ou qu’il faudra reconstruire. Les services aux usagers de tous les domaines, santé, éducation, services sociaux et par la bande, les groupes communautaires ont, entre autres, été négligés. Il coûtera très cher pour « réparer » des êtres humains fragilisés depuis des années.

’il est un bon comptable, François Legault interviendra assez rapidement pour corriger le tir dans les domaines victimes de sous-investissement depuis trop longtemps.

Est-ce ce qui explique sa faible redistribution de surplus lors de l’énoncé budgétaire de fin d’année? Le budget du printemps nous le dira.

En attendant, il convient de garder un œil attentif sur ce nouveau gouvernement. Des dossiers importants pour la région, comme l’environnement, le développement ou non de la filière pétrolière, l’énergie éolienne, l’avenir de la réforme Optilab, le nouveau déploiement d’Investissement Québec dans les régions, la place donnée aux transports interurbains de toutes sortes et l’avenir des commissions scolaires confirmeront ou pas la perception raisonnablement favorable des 100 premiers jours.

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