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21 février 2012 9 h 44

Controverse autour d’une Place François-Mitterrand à Gaspé

Gaspé souhaite baptiser «Place François-Mitterrand» un parc du centre-ville, pour rappeler la visite de ce président français il y a 25 ans. Des citoyens demandent plutôt que des bâtisseurs locaux soient mis à l’honneur.

Des bancs, des fleurs et une petite place pavée. En hiver, une simple étendue blanche. Le parc au coin de la rue de la Reine et de la rue Adams est quand même le sujet de conversation le plus prisé ces jours-ci à Gaspé.

L’automne dernier, l’organisme Patrimoine Gaspésie et son président, Jean-Marie Fallu, ont suggéré au conseil municipal de rebaptiser le boulevard Gaspé en l’honneur de François Mitterrand. La contre-proposition du maire François Roussy : baptiser plutôt le parc récemment aménagé, qui n’avait toujours pas de nom.

Déjà une rue de la Reine

Gaspé a déjà sa rue de la Reine en l’honneur d’Élizabeth II, qui a visité Gaspé le 21 juin 1959, souligne M. Fallu. «En décembre 1959, la rue principale était déjà rebaptisée. Les Anglais étaient vites sur la cartouche. Nous, ça a pris un peu plus de temps.»

Une Place François-Mitterrand permettrait de «rétablir un équilibre commémoratif» entre la présence britannique et la présence française, croit M. Fallu. L’appellation donnerait «une signature internationale» à Gaspé et «susciterait l’intérêt des Français», ajoute-t-il.

Des bâtisseurs de chez nous

Ann Clements, commerçante de la rue de la Reine, s’est présentée à l’assemblée municipale lundi soir pour exprimer son désaccord. «Il y a assez de monde en Gaspésie à honorer. Il faut commencer à parler de nous-mêmes, à se dire qu’on est bons, qu’on est beaux.»

Mme Clements préférerait que le parc porte le nom de bâtisseurs de Gaspé, plutôt que d’un président venu passer une seule journée. «Je veux au moins que la réflexion se fasse, parce que les gens sont déçus [du nom projeté]», dit-elle.

Le maire défend l’idée

«[François Mitterrand] a posé un geste de reconnaissance comme jamais aucun autre chef d’État étranger à Gaspé, a rétorqué le maire François Roussy. Depuis le temps qu’on essaie de faire reconnaître Gaspé comme le berceau du Canada, l’endroit où tout a commencé!»

Selon le maire, commémorer la visite du président «n’empêche pas» d’honorer les bâtisseurs. «Gaspé a déjà son aréna Luc-Germain et son aéroport Michel-Pouliot [deux Gaspésiens]», note-t-il.

Le projet Berceau du Canada, une reconstitution historique au bord de la baie au centre-ville, rappellera le souvenir de plusieurs bâtisseurs locaux, ajoute le maire.

La Commission de toponymie du Québec a déjà donné son accord à la «Place François-Mitterrand». Toutefois, la municipalité peut toujours reculer, assure M. Roussy. «On est toujours en réflexion, on cherche un terrain d’entente», dit-il.

Une chose est sûre, le 26 mai, on commémorera le passage de François Mitterrand à Gaspé.

Des tireurs d’élite sur la polyvalente

Le 26 mai 1987, François Mitterrand a atterri à l’aéroport de Gaspé. Il a déposé une gerbe de fleurs à la Croix de Jacques Cartier et prononcé un discours au Monument-à-Jacques-Cartier, près du Musée de la Gaspésie. «Son discours, écrit par Jacques Attali, devait durer quatre minutes, se souvient l’historien Jules Bélanger, présent lors de la visite. Finalement, il a parlé pendant vingt minutes et n’a jamais sorti le discours de sa poche!»

Jean-Marie Fallu, directeur du Musée à l’époque, se souvient de l’ampleur du dispositif de sécurité. «Il y avait des tireurs d’élite sur le toit de la polyvalente [face au Musée], et des hélicoptères qui volaient dans les environs pendant le discours du président.» L’été suivant, les touristes français étaient en plus grand nombre qu’à l’habitude au Musée, note M. Fallu. «Ils voulaient voir d’où Mitterrand a fait son discours.»

Après Gaspé, M. Mitterrand est parti pour Percé, pour un dîner à l’auberge du Gargantua, tenu par un Breton et une Normande, le couple Péresse. André Beaudin, député libéral de Gaspé en 1987, se rappelle un dîner en tête-à-tête «sous bonne garde» entre François Mitterrand et deux Gaspésiens : le péquiste René Lévesque et le libéral Gérard-D. Lévesque.