• mardi 10 décembre 2019 16 h 36

  • Météo

    9°C

  • Marées

Actualités

14 janvier 2013 16 h 16

Exploration pétrolière : la pression monte d’un cran à Gaspé

Partager

La pression est montée d'un cran lundi après-midi à Gaspé alors que des gens d'affaires ont signifié à l'administration municipale qu'ils sont en faveur de l'exploration pétrolière.

Environ 130 personnes en faveur de cette industrie ont assisté à une conférence de presse donnée à l’hôtel de ville par le maire, François Roussy, et des fonctionnaires municipaux pour expliquer la portée du règlement sur la protection de l’eau potable, adopté le 19 décembre dernier.

Ce règlement prévoit notamment l’interdiction d’introduire «par forage ou tout autre procédé […] toute substance susceptible d’altérer la qualité de l’eau souterraine ou de surface servant à la consommation humaine ou animale.»

Le porte-parole d’un comité en devenir pour appuyer l’industrie pétrolière, David McCallum, n’a pas apprécié le fait que le maire ne lui ait pas donné la parole, l’invitant plutôt à venir s’exprimer lors de la séance du conseil municipal, lundi soir.

À l’extérieur, il n’a pas mâché ses mots. «Pourquoi la Ville n’a pas adopté ce règlement en octobre ou en novembre? Ils l’ont fait durant la période des Fêtes. L’industriel était en train d’installer son matériel pour forer Haldimand no° 4. C’est un coup sale, un coup bas!», a dit M. McCallum à l’extérieur de l’hôtel de ville, après la conférence de presse.

«Je souhaite que l’industrie se tienne debout. Il y a des citoyens qui sont en arrière d’eux [Pétrolia]. Ils veulent que l’entreprise fasse Haldimand no° 4. Ils veulent de la création d’emplois durables pour les prochaines années», a ajouté  l’homme d’affaires. «Nous aussi, on veut que ça se fasse en harmonie, en respectant le monde et l’environnement.»

Le maire défend son règlement

M. Roussy affirme que le conseil municipal a adopté ce règlement parce que la Ville n’obtient aucune réponse à ses questions. «Ça fait deux ans qu’on pose des questions et qu’on demande au ministère de l’Environnement et au ministère des Ressources naturelles de venir rencontrer la population et de dire ce qu’ils font pour protéger la population. On a demandé à Pétrolia ce qu’ils injectent dans le sol pour faire le forage et la garantie qu’il n’y aura pas de fracturation. Présentement, il y a de grands questionnements par rapport aux impacts sur l’eau potable», a expliqué l’élu.

La Loi sur les mines a-t-elle préséance sur le règlement adopté par Gaspé ? «Ce que je comprends des discussions que j’ai eues avec le gouvernement et les avocats, c’est que ce règlement est légal. C’est un juge qui peut dire si le règlement est légal ou non.»

La Ville réagira si jamais Pétrolia mettait en fonction sa foreuse sur le site Haldimand no° 4. Le règlement prévoit des amendes et une injonction pourrait être obtenue si l’entreprise allait de l’avant.

Le maire a dit comprendre la réaction des gens d’affaires qui voulaient s’exprimer. «C’est tout à fait normal. On est pour le développement des hydrocarbures, mais dans un nouveau modèle qui va respecter l’environnement, la qualité de l’eau potable et la population. On n’a pas de loi actuellement qui permettrait d’atteindre ces objectifs-là», estime le maire.

Les «verts» ravis

Des membres du comité Ensemble pour l’avenir durable du Grand Gaspé assistaient également à cette conférence de presse. Ces derniers se sont montrés satisfaits de l’adoption de ce règlement. «On ne peut pas demander une meilleure réglementation. La municipalité n’avait pas le choix de le faire parce que le gouvernement provincial n’a pas encore de réglementation», a déclaré la porte-parole du comité, Lise Chartrand.

Les représentants de Pétrolia ont quant à eux affirmé qu’ils réagiront «au cours des prochains jours».

Sondage favorable à Pétrolia

Un sondage commandé à Léger Marketing par la firme Pétrolia démontre par ailleurs que, parmi les citoyens qui ont déjà entendu parler du projet Haldimand, 55 % y sont favorables. De plus, 67% des gens consultés disent faire confiance à Pétrolia pour assurer que les travaux d’exploration pétrolière se fassent dans le respect du milieu et de la communauté.

Par ailleurs, 55 % des citoyens croient que la Ville ne devrait pas s’opposer à l’exploration pétrolière au site Haldimand. Le sondage a été réalisé auprès de 606 citoyens de Gaspé les 28 et 29 décembre dernier. La marge d’erreur est de +/- 3,98 %, 19 fois sur 20.

La FCCQ et le Conseil du patronat entrent dans le débat

Par voie de communiqué, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) déplore par ailleurs le règlement voté par la Ville de Gaspé. Elle demande au gouvernement du Québec d’intervenir rapidement pour s’assurer que Pétrolia puisse entamer ses activités de forage dès cette semaine, rappelant que l’entreprise s’est conformée aux exigences de Québec et qu’elle a déjà obtenu ses permis du ministère des Ressources naturelles.

De son côté, le Conseil du patronat du Québec juge que le règlement de la Ville de Gaspé est une décision «à la pièce» incompatible avec une vison d’ensemble de développement des ressources naturelles sur le territoire québécois.

«Pour assurer un développement respectueux de l’environnement qui profitera de manière ordonnée et réellement efficace au développement économique, il est urgent que le Québec se dote d’une politique des ressources naturelles ainsi que d’une réelle stratégie énergétique», a déclaré par voie de communiqué le président du Conseil du patronat Yves-Thomas Dorval.