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11 avril 2012 20 h 24

Gaspé : 80 camions-citernes de «jus de poubelle» dans le golfe

La Ville de Gaspé a rejeté l’équivalent de 80 camions-citernes de lixiviat non traité de son dépotoir dans le golfe du Saint-Laurent, la semaine dernière. La Ville invoque une urgence causée par la fonte rapide des neiges.

Au dépotoir de Gaspé, le lixiviat (jus de poubelle) qui s’écoule des déchets, mêlé à l’eau de pluie et de fonte, aboutit dans un bassin d’accumulation avant d’être traité. Ce bassin s’est retrouvé au bord du débordement la semaine dernière, après des journées particulièrement chaudes.

Des camions-citernes ont transporté 1600 m³ de lixiviat (soit 10 % du contenu du bassin) jusqu’à Rivière-au-Renard. On y a déversé le liquide en mer, via le conduit qui sert normalement aux rejets d’égout.

«Pour éviter le pire»

«On a agi pour éviter le pire, affirme le maire François Roussy. Si [la membrane qui entoure le bassin] s’était éventrée, tout le lixiviat aurait pu se retrouver dans la rivière York. On avait d’abord appelé dans les lieux d’enfouissement techniques (dépotoirs) de Matane, Rivière-du-Loup et Saint-Alphonse, poursuit-il, mais leurs bassins étaient tous pleins.»

M. Roussy estime qu’il vaut mieux avoir rejeté le lixiviat dans le golfe que dans la York, une rivière à saumon. «Plus on a de quantité [d’eau] pour diluer le produit, moins ça a d’impact sur l’environnement.»

Trois fois la norme

Le lixiviat contenait de l’azote ammoniacal (NH₄+) en concentration trois fois supérieure aux normes de rejet, soit 75 milligrammes par litre, comparativement à une norme de 25 milligrammes par litre. L’azote ammoniacal favorise la prolifération des algues.

Pas la première fois

Lors des fortes pluies de décembre 2010, Gaspé avait rejeté du lixiviat non traité dans la rivière York. La Ville n’a pas été en mesure d’en préciser la quantité, mais affirme qu’elle était «supérieure» au déversement de la semaine dernière.

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) avait alors donné son accord au déversement, un accord que la Ville n’a pas obtenu cette fois-ci. «On sait que ça va contre la réglementation, reconnaît le maire Roussy. On s’attend à recevoir une amende, qu’on paiera.»

Deux millions $ pour régler le problème

La Ville souhaite agrandir le bassin d’accumulation et augmenter sa capacité de traitement du lixiviat, pour un investissement de 2 deux millions de dollars. Une demande de certificat d’autorisation sera déposée au MDDEP à la fin du mois. Le maire souhaite que les travaux soient réalisés au plus tard cet automne.

Pourquoi ne pas avoir réglé le problème entre décembre 2010 et aujourd’hui? «On s’est mis à chercher une solution permanente [tout de suite après les inondations de 2010]», assure le maire Roussy. La menace de débordement de la semaine dernière est toutefois survenue avant qu’une solution puisse être appliquée, ajoute-t-il.

La faute aux précipitations

Le maire assure que l’accueil des déchets de Rocher-Percé en plus de celles de Côte-de-Gaspé ces dernières années n’est pas en cause dans le débordement. C’est plutôt la faute aux précipitations 22 % plus élevées dans les dix dernières années que dans les années antérieures, justifie-t-il.

Le lixiviat est traité par des bactéries qui s’activent qu’à partir de 13° ou 14° C, ce qui restreint les périodes de traitement à trois mois dans l’année. Le nouveau système de traitement pourrait fonctionner à plus basse température.
Dans une situation normale, le liquide est déversé dans la rivière York une fois traité et rendu conforme aux normes de rejet.