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Éditorial
11 août 2014 17 h 32

Le mur

Thierry Haroun

Libre arbitre

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Lors de son témoignage devant la commission Charbonneau, l’ex-ministre Nathalie Normandeau a été fidèle à elle-même en entrevue : réussir à déstabiliser l’adversaire qui n’y a vu que du feu.

Les journalistes gaspésiens qui ont été confrontés à Mme Normandeau pendant des années en conférence de presse ou en scrum savent combien il fallait bien se préparer pour lui soutirer quelque chose de costaud. À quelques minutes du début de son témoignage, j’ai appelé un collègue pour parier avec lui combien de fois elle dirait : « Je suis contente que vous me posiez cette question ». Ça ne faisait pas 10 minutes que le témoignage était amorcé qu’elle avait déjà lancé cette formule dans les jambes de la procureure en chef. Cette dernière a glissé sur une pelure de banane durant le reste du témoignage, qui a pris d’ailleurs la forme d’une séance de torture tant pour la procureure que pour la commissaire Charbonneau elle-même.

C’est que voilà, tout est dans le ton et la manière : démontrer une confiance absolue en tout temps (quitte à être hautaine juste un peu, mais pas assez pour avoir l’air baveuse), ne pas faire de geste brusque, ne pas hausser la voix, ne jamais baisser la tête, toiser d’un regard menaçant au bon moment, histoire de créer un doute chez l’adversaire, ne jamais mettre en doute les preuves de l’adversaire, mais en abordant la chose autrement avec des formules du genre : « de mémoire ». On ne compte plus les fois où elle a dit « de mémoire ». Pourquoi? C’est la formule passe-partout au cas où on se serait trompé royalement. Et au moment où l’adversaire semblait prendre le dessus, elle a sorti son atout à plusieurs reprises, son fameux « mur ». Écoutez, au primaire, quand je me comportais mal, mon professeur me disait : Haroun, va « au mur » près du balai réfléchir cinq minutes. Dans la cour, pour ceux qui s’en souviennent, on lançait la « super balle »blanche (celle qui pinçait) sur le « mur » de brique rouge de l’école. Plus tard, alors que j’étais de passage dans les pays de l’Europe de l’Est au temps du communisme, j’ai dû traverser le « mur » de Berlin pour me rendre à Varsovie. Plus tard encore, sur la plage, mes enfants avaient bâti un « mur » pour protéger leur château de sable. Tout récemment, combien de « murs » ont été formés par des joueurs pour bloquer les coups francs de l’adversaire lors des matchs de la Coupe du monde de soccer. Mais le « mur » de Normandeau est d’une tout autre dimension.

Ce mur, qui devait empêcher toute influence du lobby des firmes de génie sur ses décisions, qu’elle a mimé d’innombrables fois en déplaçant lentement sa main droite de haut en bas pendant son témoignage, a visiblement hypnotisé tant la commissaire que la procureure en chef. Au sortir de son témoignage, Normandeau n’a reçu que des éloges sur la place publique, que ce soit par des élus, des citoyens ou des chroniqueurs. Sacrée Normandeau…

***

Le dossier entourant la survie du bureau d’information touristique de Pointe-à-la-Croix a pris les allures d’un théâtre de boulevard tellement chacun se relance pour la balle pour ne pas le financer. Gênant. De loin, on a l’impression que ce bureau est considéré par le secteur municipal et touristique comme un bâtiment « non grata ». Et pourtant, c’est le bureau qui est amont de l’industrie du sud et de la pointe de la péninsule, soit le plus important de tous parce qu’il invite les voyageurs à continuer vers la Gaspésie plutôt que de bifurquer vers le Nouveau-Brunswick. Ça ne prend que 25 000 $ pour le maintenir ouvert pendant la saison touristique. Le calcul est simple : si chacune des municipalités d’Avignon, de Bonaventure, de Rocher-Percé et de la Côte-de-Gaspé de même que l’Association touristique régionale de la Gaspésie versait 715 $ par année, le compte serait bon. Ce serait faire preuve de cohérence et de solidarité tout en créant de l’emploi. On peut bien rêver… Bon été à tous.