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5 janvier 2015 13 h 03

Les forestiers craignent l’austérité

Gilles Gagné

Journaliste

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MARIA – Le monde de l’aménagement forestier craint des coupes budgétaires, à l’aube de l’année 2015, même si le ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Laurent Lessard, s’est engagé à maintenir le budget de la prochaine année à 225 M$, comme celui de 2014.

En Gaspésie, plusieurs sociétés, comme la Coopérative forestière de la Gaspésie, de Maria, ont connu une hausse d’activités en 2014 par rapport à 2013, mais le directeur général de l’organisme, René Babin, précise que l’embauche des 115 travailleurs sylvicoles pendant 19 semaines au lieu de 16 tient avant tout d’une annonce effectuée tard en 2013 par l’ancien gouvernement du Parti québécois.
 
 « Une somme de 188 000 $ avait été débloquée à la fin de 2013. C’est ce qui explique pourquoi il y a eu plus de travaux en 2014. Mais il y a de l’inquiétude pour 2015. Une enveloppe de 225 M$ a été promise au lendemain de l’élection (dans les jours suivants le scrutin du 7 avril) pour deux ans. Le montant a été accordé cette année et le ministre Lessard dit qu’il fait tout en son pouvoir pour consacrer le même montant en 2015, mais le contexte actuel de compressions inquiète », note René Babin.
 
Née de la fusion de trois coopératives, la Coopérative forestière gaspésienne réalise des travaux de reboisement et d’éclaircie pré-commerciale, c’est-à-dire l’éclaircie d’arbres qui ne sont pas vendables. Depuis deux ans, la coopérative a créé une division de récolte de bois ayant coupé 75 000 mètres cubes de matière ligneuse en 2014. Dix employés s’ajoutent ainsi aux 115 affectés à la sylviculture.
 
Sylvain Roy s’interroge aussi

De son côté, le député de Bonaventure à l’Assemblée nationale, Sylvain Roy, partage l’inquiétude de René Babin en ce qui concerne le montant qui sera consacré à la sylviculture en Gaspésie en 2015.
 
« Selon l’engagement pris par le gouvernement, les firmes forestières devraient l’avoir, le montant de 225 M$, mais on (le ministère) ne veut pas le confirmer. Pourquoi? Dans le contexte actuel d’austérité, il y a lieu de se poser des questions. Le budget de sylviculture, ce n’est pas une subvention. Ce budget vient des droits de coupe payés pour la pérennité de l’actif collectif québécois », note le député Roy.
 
« Le domaine forestier a besoin de prévisibilité. Quand on n’en a pas, on retarde l’achat d’équipement, par exemple », ajoute-t-il.
 
Sylvain Roy s’inquiète aussi du fait que l’État québécois n’a pas postulé en 2014 pour l’obtention d’une partie d’un fonds fédéral dédié à l’aménagement en forêt privée.
 
« L’enveloppe était de 2 M$ en 2013. Le gouvernement n’a fait aucune revendication pour aller chercher cette somme. On ne sait pas où ils vont, en aménagement forestier », déplore M. Roy.
 
Le député croit aussi qu’il existe, depuis l’implantation du nouveau régime forestier, un problème de planification de travaux sylvicoles et de récolte forestière qui mène à un gaspillage de temps et d’argent. « Cette situation a un impact économique énorme », croit le député de Bonaventure, qui compte surveiller la situation dans la prochaine année.
 
Le Parti québécois avait aussi mis les nerfs des entreprises d’aménagement forestier à l’épreuve en mars 2013, en coupant à 180 M$ le budget prévu aux travaux sylvicoles, pour ensuite les ajuster.
 
Modifications demandées en sylviculture

Du côté de l’Association coopérative forestière de Saint-Elzéar, le directeur général Sébastien Roy croit que des modifications s’imposent en matière de travaux sylvicoles. S’il souhaite que la somme de 225 M$ soit protégée, il souhaite tout autant que la répartition du montant favorise de nouveaux types de travaux.
 
« Depuis 2000, les coupes sont réalisées par des machines multifonctionnelles. Ils protègent une plus grande partie du parterre de coupe parce qu’une surface plus grande n’est pas écrasée par de la machinerie lourde. Il faut donc faire les travaux de débroussaillage et d’éclaircie différemment », opine M. Roy.
 
« Ça doit se faire en quatre étapes. Premièrement, on plante. Quinze ans plus tard, on enlève la moitié des tiges. Après 25 ou 30 ans, on enlève encore la moitié ou le tiers des tiges. Quatrièmement, on fait, 40 ou 50 ans après la plantation, une coupe partielle. On récolte les gros arbres, pour laisser de la place aux plus petits », poursuit Sébastien Roy, qui sent une résistance de la part de certaines sociétés de sylviculture à adopter cette méthode comptant une étape de plus que les façons de faire traditionnelles.
 
Apport économique majeur pour la région

Malgré des années fort difficiles depuis 1998, l’industrie forestière gaspésienne, de la sylviculture à la production à valeur ajoutée, représente un apport économique majeur dans la péninsule, bien que les chiffres soient difficiles à obtenir, notamment parce qu’ils ont beaucoup fluctué suite aux fermetures des usines de pâtes et papiers de Chandler, en 1999, et de New Richmond, en 2005.
 
Selon des données publiées par la Stratégie d’intervention gouvernementale pour le développement de la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, la filière forestière générait 2 800 emplois équivalents à temps complet en 1998, comparativement à 1170 en 2010 et 1300 en 2013. Le marasme qui a frappé le secteur du sciage entre 2005 et 2013 a aussi créé bien des remous dans l’industrie, aux niveaux national et régional.

Note de la rédaction :
Pour offrir un portrait complet de l’apport de l’industrie forestière dans la région, l’équipe de GRAFFICI prépare actuellement un magazine Entrepreneuriat entièrement dédié à la question. Ce magazine sera disponible sur le territoire gaspésien et madelinot, ainsi qu’en ligne, en février 2015.