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Éditorial
19 novembre 2015 14 h 32

OUF…

Thierry Haroun

Libre arbitre

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Les lecteurs réguliers du Libre arbitre ont bien compris qu’après 10 ans de présence dans ce journal, votre chroniqueur a fait de cette tribune un espace d’expression à caractère progressiste qui tape plus souvent sur la droite que sur la gauche.

On me l’a parfois, même souvent, reproché d’ailleurs, mais bon… Disons que lorsqu’il a été question du gouvernement de Stephen Harper, je « pesais », comme on dit, un peu plus fort sur le crayon. On y est. Oui, OUF… parce que cette dictature tranquille, à coups de lois budgétaires omnibus (un fourre-tout à la gloire de la partisanerie conservatrice) votées en douce sans consultation aucune, allait se muer en un « état policier » si d’aventure le peuple avait reporté les ultraconservateurs au pouvoir à la Chambre des communes. Une preuve? À trois jours du scrutin, Le Devoir publiait une entrevue avec l’ex-juge de la Cour suprême du Canada, Louise Arbour, dans laquelle on rappelait que si les conservateurs revenaient au pouvoir, ils avaient bien l’intention d’appliquer une loi adoptée dans un omnibus qui exigerait des institutions financières qu’elles gardent « un œil sur vos transactions » pour s’assurer que vous n’êtes pas embrouillés dans une histoire de corruption. Et cela concerne toute personne qui a été maire, député provincial, juge, dirigeant d’un organisme gouvernemental, président d’un parti politique, bref, tout poste public important, et ce, pendant 20 ans suivant votre départ du poste en question. Mais pas juste vous − les conservateurs sont plus tordus que vous ne le pensez − cela concerne aussi tous vos proches, soit les époux ou les conjoints de fait, les parents de ces derniers, les parents, les enfants, les frères, les sœurs, les demi-frères et les demi-sœurs ou toute personne étroitement associée à ce poste. Aussi bien dire que pitou est aussi sous surveillance.

On n’est pas loin des polices secrètes des pays de l’Europe de l’Est au temps des communistes. Je me souviens avoir marché à Varsovie, justement au temps des communistes, sur la plus grande place publique d’Europe qui fait face au célèbre Palais de la culture, imposé par les Soviétiques, et où à chaque coin il y avait des gardes qui surveillaient… Oui, qui surveillaient. Pas facile d’être surveillé, vous savez, et de ne pas pouvoir manifester votre indignation, à défaut de quoi vous allez en subir les conséquences. Parlez-en à des fonctionnaires fédéraux sous Harper.

Une preuve? À la une du Devoir – heureusement que ce vénérable existe, parce que franchement, on s’ennuierait parfois − quelques jours après la victoire des libéraux, les langues commençaient à se délier. Ainsi, la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS) et la Conférence canadienne des arts ont soutenu avoir été punies directement pour s’être opposées à des décisions des conservateurs. « Chaque fois qu’on critiquait le gouvernement, on subissait une coupe par rapport à des projets qu’on soutenait à ce moment », a déclaré au journal le patron de CINARS, Alain Paré. « On ouvrait la bouche et on en subissait les conséquences, même si c’était toujours expliqué par une augmentation des demandes. On a donc arrêté de le faire […]. Le message était clairement : arrêtez de vous plaindre publiquement et on va vous soutenir après. C’était une façon de nous clouer le bec. » OUF donc : les scientifiques pourront désormais publier leurs travaux en toute quiétude, les fonctionnaires se sont débarrassés d’une épée de Damoclès, les chômeurs ne seront plus considérés comme des parias et cette chronique ne sera plus… sous surveillance.
Pour au moins quatre ans. YES!

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