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Pandémie
2 avril 2021 9 h 08

Résilience, ingéniosité et créativité; partie 3/3

Gilles Gagné

Journaliste

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La pandémie de COVID-19 a bouleversé de façon significative nos quotidiens respectifs. Venue à la rescousse, la technologie s’est rapidement imposée comme la solution première afin de maintenir les liens sociaux, organiser des événements et poursuivre des activités professionnelles de la maison. La sphère virtuelle a toutefois pris le relais à de nombreux autres niveaux, parfois même de façon plutôt inusitée. Afin de souligner le premier anniversaire de la crise sanitaire, GRAFFICI vous présente des exemples de résilience, d’ingéniosité et de créativité. Vous découvrirez, dans cette série de textes, des Gaspésiens et Gaspésiennes qui ont choisi de se tourner, au cours de la dernière année, vers la technologie afin de ne pas laisser le virus gâcher leurs plans.

Fred la marmotte : prédire le printemps en plein coeur de vos écrans

VAL-D’ESPOIR | Habitué aux grandes foules, pas surprenant que Fred la marmotte se soit fait désirer avant de sortir de sa cachette, le 2 février dernier. Pandémie oblige, c’est en « mode télétravail » que le rongeur de Val-d’Espoir nous a prédit un printemps hâtif.

En 2020, des centaines de personnes étaient réunies sur le perron de l’église de Val-d’Espoir aux petites heures du matin. Comme le veut la tradition, collés les uns sur les autres, on se réchauffait à grand coup de chocolat chaud et de café en attendant de savoir si Fred allait voir son ombre ou non.

Cette année, la foule était beaucoup plus modeste : quelques curieux bien habillés pour résister au froid, un ou deux médias et une caméra pour retransmettre le tout en direct sur Internet et sur les chaînes de télévision locale. L’ambiance était bien différente, avoue l’organisateur, Roberto Blondin. « C’est comme si on organisait un gros party, et que finalement, les invités ne peuvent pas venir parce qu’il y a une tempête », compare celui qui est aussi maire de Sainte-Thérèse-de-Gaspé. « Je me suis retrouvé tout seul pour manger le buffet ! », plaisante-t-il. C’est donc devant une quinzaine de personnes que le rongeur a prédit un printemps hâtif, puisqu’il n’a pas vu son ombre.

L’organisateur se dit tout de même satisfait d’avoir pu tenir l’événement, bien que très différent des éditions précédentes. « On est fiers d’avoir réussi à faire vivre cette journée-là, ce sentiment-là, contre vents et marées », explique M. Blondin, qui voit l’édition 2021 comme « une pratique » pour les années à venir.

Fred, une marmotte virale

Si les éditions précédentes attiraient environ 350 personnes au coeur de Val-d’Espoir, le déplacement vers le Web du dévoilement de la prédiction de Fred a bien servi la marmotte.

Pas moins de 15 000 personnes ont visionné la vidéo sur YouTube, et plusieurs autres milliers l’ont fait sur d’autres plateformes, comme la Télévision communautaire de Grande- Rivière ou les réseaux d’information.

« Malgré la pandémie, on a réussi à transmettre notre message et à faire la promotion de la Gaspésie. On est fiers d’avoir réussi à faire parler de Fred, la marmotte officielle du Québec, même dans cette drôle de période », conclut M. Blondin, qui souhaite « un encore plus gros party » le 2 février 2022.

Simon Carmichael


Fred la marmotte de Val-d’Espoir a prédit un printemps hâtif le 2 février dernier. Photo : Simon Carmichael

 

Ronnie Leblanc, le Damien Robitaille de la Gaspésie

NEW RICHMOND | Depuis le début de la pandémie, le guitariste et chanteur Ronnie Leblanc de New Richmond, offre des spectacles gratuits sur Facebook et YouTube Live, tous les matins, de 8 h à 9 h, du lundi au vendredi inclusivement. Au 1er avril, il en était à son 289e spectacle, et il comptait alors en présenter 76 autres avant de décider, après 365 prestations, s’il continue.

Comme le Franco-Ontarien Damien Robitaille, qui présente des spectacles à partir de chez lui depuis un an, Ronnie Leblanc s’est mis à l’oeuvre le 7 mars 2020, pour alléger l’atmosphère sombre affectant bien des gens, même si l’état d’alerte n’avait pas encore été décrété par le gouvernement du Québec.

« J’ai commencé à compter les shows le 27 mars. J’avais un contrat avec Quebec Mental Health pour aider les gens à l’école. J’ai commencé les shows sur le Web en même temps. J’ai perdu mon contrat à cause de la COVID, mais j’ai continué en ligne. Au début, je n’avais pas un bon son, pas une bonne qualité d’image. J’ai acheté des équipements pour diffuser en HD [haute définition] et ça dure depuis ce temps-là », explique le musicien originaire du Nouveau-Brunswick et établi en Gaspésie depuis 17 ans.

Il a acheté une licence pour placer ses spectacles sur le maximum de plateformes, dont Twitch et Twitter, en plus de Facebook et YouTube.

« C’est beaucoup de travail, aller sur chaque site. Je mets mes vidéos en ligne pendant 24 heures et je les enlève, sinon, les gens n’achèteront jamais ma musique », dit-il.

Ronnie Leblanc est un membre fondateur du groupe néo-brunswickois An Acoustic Sin, en 1996. Le groupe a produit cinq albums et il avait repris ses activités avec aplomb en 2016, avant que qu’elles soient abruptement interrompues par la pandémie.

Il a donc de la musique à vendre, qu’il s’agisse des activités de son groupe ou des trois albums qu’il a produits en solo.

« On avait des contrats avec le gouvernement, pour les écoles, un horaire de contrats de spectacles. Je venais d’acheter deux vans [véhicules] pour l’équipement. On a perdu tous ces contrats. Je continue. Tous les jours, je chante mes compositions venant d’An Acoustic Sin ou de mes albums solos. Je chante parfois des covers [les chansons d’autres artistes] quand je peux [pour une question de droits]. Je me garde les fins de semaine pour des shows privés. Ç’a commencé avec la COVID, pour des fêtes. On m’a demandé et j’ai dit oui. Dans ce cas, on me paie, mais je ne le fais pas toutes les fins de semaine. Je fais un ou deux shows payants par mois, pour faire un peu d’argent. Je veux aussi être avec ma famille », explique-t-il.

Pendant les plus intenses moments de confinement au printemps 2020, une centaine de personnes assistaient quotidiennement à sa performance en direct. Des gens ayant repris le travail, ce chiffre a chuté un peu, mais il en cache un autre.

« Chaque vidéo touche presque 3000 personnes par jour », souligne Ronnie Leblanc. Un rapide calcul indique qu’il approche les 870 000 clics en moins de 13 mois.

« Il y a des fidèles. Ils sont toujours là, tous les matins. Il y a des tippers [des gens payant un pourboire]. Chaque semaine, ils paient le même montant,
comme un abonnement », dit-il.

Ronnie Leblanc, comme tous, a hâte que la pandémie se résorbe, pour reprendre ses tournées et les enregistrements dans son studio.

« J’aimerais continuer en ligne, peut-être en trouvant d’autres personnes pour embarquer, ou en trouvant un commanditaire. On ne fait plus d’argent avec la musique, mais je me trouve chanceux de faire ce que j’aime », dit le musicien, qui ne rêve plus de devenir riche avec son art.

Gilles Gagné


« Les gens communiquent beaucoup. Ils m’écrivent en privé tout le temps; c’est pas mal toujours positif. Beaucoup de gens me disent merci de les aider. Mes émotions passent dans mes spectacles; si je pleure, je pleure! Des fois, je suis gêné. Mais c’est ça », raconte Ronnie Leblanc. Il a reçu des messages d’auditeurs des Maritimes, d’ailleurs au Québec, d’Ontario, d’Alberta et même d’Europe. Photo : Gilles Gagné

 

Une Saucette record, malgré sa version « pandémique »

PERCÉ | Un, deux, trois, partez! À la course, une dizaine de « crinqués » se lancent dans les eaux glacées de décembre. Une éclaboussure à la fois, la bande de joyeux lurons récolte des fonds pour une bonne cause. Pandémie oblige, la version 2020 de la Saucette de Percé s’est en partie tournée vers le Web, ce qui n’a pas empêché l’organisation de fracasser son record.

« On n’utilisait pas les réseaux sociaux à leur maximum. Cette année, on s’est rendu compte que c’était un incontournable. Il n’y a plus de retour en arrière », note l’organisatrice Marie-Ève Trudel-Vibert. Alors qu’ils étaient environ une centaine à se jeter à l’eau en 2019, la neuvième Saucette a dû se faire en « mode pandémique ».

Le nombre de « sauceurs » était limité à dix en raison des mesures sanitaires, forçant l’organisation à revoir ses façons de faire. Ce sont finalement les dix personnes ayant récolté le plus de fonds qui ont pu se jeter à l’eau le 12 décembre dernier, sous le regard du rocher Percé. Si cette nouvelle logistique a permis à Opération Enfant Soleil de récolter un montant record de 60 040 $, l’organisation de la Saucette a dû se résoudre à exclure des habitués de l’édition 2020.

« On a des sauceurs fidèles qui participent depuis 2011. C’est évident qu’on a eu un pincement au coeur de devoir leur refuser la participation cette année », admet Mme Trudel-Vibert. Autre deuil pour l’organisation : la fête au village qui accompagne normalement la jetée à l’eau. Habituellement, plus de 200 personnes se rassemblent au coeur de Percé pour assister à la Saucette, mais aussi pour rencontrer la communauté, les artisans locaux et participer aux activités organisées en marge de la campagne de financement. Cette année, seuls quelques membres de l’organisation, l’équipe médicale et une poignée d’autres partenaires y assistaient.

Un record, malgré tout

Même si la Saucette 2020 était bien différente, les donateurs se sont montrés plus généreux que jamais. Plus de 60 000 $ ont été remis à Opération Enfant Soleil, alors que le record précédent se situait autour de 40 000 $. « Malgré tout, les différentes communautés se sont mobilisées. On sent que les gens avaient envie de participer à du positif », croit Mme Trudel-Vibert, qui a elle-même récolté plus de 2000 $ et plongé dans les eaux de la mer, alors qu’elles avoisinaient les deux degrés.

Pour la prochaine jetée à l’eau, qui marquera le dixième anniversaire de l’évènement, l’équipe vise gros. Elle souhaite franchir le cap du 100 000 $ avec la participation de dix équipes. « On veut garder le concours comme tremplin pour les dons, c’est certain, ça marche. Mais sans pénaliser ceux qui récoltent moins », explique la cofondatrice, qui ajoute que « bien des choses restent à voir. »

Une chose est sûre : les réseaux sociaux seront mis à forte contribution, pandémie ou pas, que ce soit pour la promotion de l’évènement ou pour sa diffusion. « On va refaire ce qui a fonctionné en l’ajoutant à ce qui fonctionnait avant la pandémie! », conclut Marie-Ève Trudel-Vibert.

Simon Carmichael


Seule une dizaine de personnes ont pu participer à la Saucette en décembre dernier. Photo : Offerte par Michel Ahelo

 

Remise des diplômes 2.0 à l’école Aux Quatre-vents de Bonaventure

BONAVENTURE | La pandémie frappait depuis quelques semaines quand il est devenu évident, pour les professeurs de l’école secondaire aux Quatre-Vents de Bonaventure, que la remise des diplômes des 50 étudiants de la promotion 2020 ne pourrait avoir lieu comme d’habitude.

« Au début, on ne savait même pas s’il y aurait quelque chose. Puis, les professeurs ont décidé d’organiser une parade. Les étudiants n’étaient pas dans le coup. On restait branchés sur ce que disait M. Legault [François, le premier ministre]. Ça pouvait changer jusqu’à la fin. On a demandé aux étudiants de réserver ce samedi-là, sans leur donner les détails, sans leur dire que ce serait une parade. On leur a dit de se préparer à être bien habillés, mais de ne pas magasiner, que les magasins seraient fermés. C’est sur le plan technologique qu’il a fallu vraiment s’organiser », raconte l’enseignante Édith Bélanger.

Elle vante son collègue Marc-Antoine Bujold, qui a pris les commandes de l’aspect technologique, avec d’autres membres du comité organisateur.

« Sur papier, ça semble facile, mais pour la parade, il fallait voir comment se rendre chez chaque étudiant en voiture, vérifier le temps de parcours, identifier des endroits sans réseau cellulaire, dans les rangs, par exemple. On leur a demandé parfois d’aller ailleurs, chez des membres de la famille, à l’école élémentaire de Caplan dans certains cas. Il fallait essayer de s’arranger pour que les étudiants sachent vers quelle heure on allait passer, pour avoir le maquillage prêt et le veston repassé », précise M. Bujold.

Malgré toutes ces précautions, il a fallu improviser le 20 juin, jour de parade, notamment parce que la météo était plus favorable qu’au cours de la journée d’essai. Le signal Internet du 20 juin était meilleur, ce qui a joué un tour aux organisateurs.

« En remontant une côte, c’est le réseau du Nouveau- Brunswick qui a embarqué. On m’a perdue complètement. Marc-Antoine a vu ce qui se passait et il m’a dit : “ Édith, débranche-toi ” pour que je me rebranche avec le bon réseau. C’était tout un marathon! », dit-elle.

Édith Bélanger a également apprécié la vivacité d’esprit de Marc-Antoine Bujold quand Facebook Live s’est mis à fermer la présentation de la parade.

« On diffusait de la musique sur Facebook Live sans payer de droits d’auteur! Nous avons des étudiants très allumés sur le plan musical. En prévision d’une “graduation” normale, chacun devait entrer sur scène sur une “toune” spéciale. Dans un auditorium, ça va, mais dans le Live, avec des “tounes” super populaires, ça n’allait pas. Ils [les gestionnaires de comptes] se sont mis à fermer notre Facebook Live. Marc-Antoine a compris. Il fallait qu’il trouve rapidement d’autres chansons, libres de droits d’auteur. Ç’a forcé tout le monde à se brancher sur un deuxième Facebook Live, dès le début de la parade. C’est le côté technologique que je ne voyais pas dans l’auto, avec mon petit téléphone », précise l’enseignante.

Le troisième point tournant technologique est survenu pendant qu’Édith Bélanger éprouvait une panne de réseau, lors de la parade.

« Je n’étais pas capable de me brancher, mais une grand-maman, qui s’appelle Édith aussi, était en train de filmer ce bout-là. Un étudiant m’a écrit pour me dire : “ Édith, ma grand-maman nous a filmés. ” Elle nous l’a envoyé. Alors, on a pu diffuser ce passage-là en différé un peu plus tard », raconte l’enseignante.

Que se passera-t-il pour la remise des diplômes de juin 2021? Édith Bélanger et Marc-Antoine Bujold précisent que le comité organisateur, étudiants compris, est en réflexion, devant l’incertitude des normes en vigueur à ce moment.

« Habituellement, lors du cocktail, et pendant le bal, les finissants sont entre eux. Les parents sont en arrière, les professeurs sont là, mais en retrait. Ce n’est pas familial. On assiste à leur numéro », résume Édith Bélanger pour décrire le déroulement d’une année normale. La remise des diplômes de 2020 a été fort différente.

« C’était super touchant; c’était la famille qui dorlotait les étudiants. Ceux qui arrivaient chez eux, c’était les profs, pas les amis. Mais si les étudiants ont le choix, ils voudront une “graduation” avec les amis », souligne l’enseignante.

Gilles Gagné


La directrice de l’école aux Quatre-Vents, Sandra Nicol, à droite, remet le diplôme d’études secondaires à la finissante Béatrice Cayouette, lors de l’un des 50 arrêts effectués par la parade de professeurs et de membres du personnel scolaire pour rencontrer tous les étudiants. Photo : Maude Brinck-Poirier


Le personnel de l’école aux Quatre-Vents a constitué une parade comptant une bonne vingtaine de personnes sillonnant le territoire compris entre la limite ouest de Caplan et la limite est de Bonaventure, incluant les rangs. La parade a même bénéficié d’une escorte policière. Photo : Maude Brinck-Poirier

Lire Résilience, ingéniosité et créativité; partie 1/3

Lire Résilience, ingéniosité et créativité; partie 2/3