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31 mars 2022 11 h 49

Une psychologue inspirée et inspirante

Depuis septembre 2020, GRAFFICI présente des scientifiques qui contribuent à l’avancement des connaissances en direct de la péninsule, tant en sciences naturelles qu’en sciences humaines. Grâce à leur expertise pointue dans leur domaine de prédilection, ils démontrent qu’il est fort possible de faire rimer les mots « Gaspésie » et « science ». Nous vous présentons cette fois la psychologue Megan McCallum, qui nous a ouvert la porte de sa clinique pour nous faire découvrir son univers.

GASPÉ | C’est un peu par hasard si Megan McCallum a choisi de s’orienter vers la psychologie. Elle avait certes des prédispositions pour la profession dès son enfance, recueillant par exemple les confidences de ses amies dans la cour d’école sans même le leur demander, mais c’est tout simplement autour d’une discussion avec une amie de la famille, qui était elle-même enseignante en psychologie, que sa voie allait se cristalliser.

« Je ne savais pas du tout quoi faire. Elle m’a parlé de toutes les disciplines connexes, des questions qu’on se pose et ça m’intéressait beaucoup. Ensuite, j’ai suivi le chemin de la psychologie sans savoir exactement ce que je voulais faire dans la vie », explique en toute humilité celle qui partage maintenant son temps entre la pratique en clinique privée et, depuis l’automne, l’enseignement collégial au campus de Gaspé.

C’est d’ailleurs à cet endroit que son parcours post-secondaire a débuté, avec l’obtention de son diplôme d’études collégiales en sciences humaines. Issue de la communauté anglophone de Gaspé, Megan McCallum a ensuite opté pour l’Université d’Ottawa, où elle se retrouvera finalement dans un domaine qui lui sied à merveille.

« Je me suis toujours intéressée à l’esprit humain. Très jeune, je me posais des questions existentielles. J’ai vécu des pertes et des deuils dans ma famille immédiate qui ont fait en sorte que rapidement j’ai compris que la souffrance existait. J’étais passionnée par la résilience et les émotions. Je suis quand même beaucoup dans ma tête et j’aime avoir des discussions profondes avec les gens parce que je me sens connectée à eux. Ce sont les moments les plus authentiques; on n’est pas là pour s’impressionner, mais pour être honnêtes en partageant des choses […]. Je n’ai pas peur des émotions fortes ni de les ressentir chez d’autres personnes. Je suis très confortable à être présente dans la souffrance de quelqu’un, de la comprendre sans perdre sommeil toute la nuit à m’inquiéter pour elle. C’est une disposition naturelle que j’ai. »

Chemin faisant, elle décrochera son baccalauréat en psychologie clinique, puis sa maîtrise et son doctorat, toujours à l’Université d’Ottawa. Sa thèse doctorale s’est articulée autour des besoins en soins de soutien chez les survivantes d’un cancer gynécologique. « Il y a des professionnels à l’hôpital qui souhaitaient collaborer avec l’université pour développer un programme qui ciblait les besoins psychologiques. On fait un suivi médical, mais il y a des patientes qui n’allaient pas bien au plan de la santé mentale, explique Megan McCallum. Pour les cancers gynécologiques, il y a beaucoup de difficultés en lien avec la fertilité et la sexualité. On voulait comprendre quels étaient les impacts sur leur santé, si ça causait de la détresse et si les femmes souhaitaient recevoir des services en conséquence. Ce n’est pas parce qu’on a des problèmes de sexualité qu’on souhaite en parler avec notre oncologue. »

Elle mettra ainsi en lumière que les jeunes patientes, celles traitées récemment ou encore les femmes ayant reçu une chimiothérapie, avaient plus de séquelles sur le plan sexuel et vivaient souvent incidemment une grande détresse. « Elles avaient un souhait d’en parler avec leur équipe médicale, mais une grande réticence à initier les discussions. Ça ne faisait pas partie du suivi régulier; il n’y avait pas de questions qui leur étaient posées spécifiquement sur cet aspect. »

Après plus d’une dizaine d’années d’études postsecondaires, Megan McCallum est finalement revenue dans sa région natale en 2012 pour terminer son internat à l’Unité de médecine familiale de Gaspé. Elle savait que c’est dans son patelin d’origine qu’elle souhaitait poursuivre son aventure. « J’ai grandi ici et j’avais besoin de vivre ailleurs afin de pouvoir apprécier ce que j’avais. Je pense que c’est important de voir un peu de diversité, d’apprendre à se découvrir. Quand je revenais l’été ou en vacances, je savais que c’était un endroit où je voulais élever ma famille; c’était clair. La vie en ville a beaucoup de choses à offrir, mais quand je m’imaginais maman, j’avais envie d’être près de ma famille et dans un petit milieu », explique celle qui est maintenant la mère de deux enfants de 7 et 10 ans.


Après ses études à l’Université d’Ottawa, Megan McCallum est revenue vivre à Gaspé en 2012. Photo : Jean-Philippe Thibault

Engagée dans sa communauté

Dès son retour au bercail, Megan McCallum est active dans son milieu, en complémentarité avec son emploi en clinique privée. Elle a notamment été recrutée par Vision Gaspé-Percé Now (VGPN) afin de donner des ateliers et des conférences sur la santé mentale aux proches aidants. Le mandat de VGPN est de s’assurer que les services à la communauté soient également offerts en anglais. Rappelons qu’en 2016, on estimait à 8235 le nombre de personnes en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine dont la langue maternelle était l’anglais, soit 9,1 % de la population régionale.

« Ils sont une minorité et beaucoup sont isolés. Je ne suis pas quelqu’un qui aimait beaucoup parler en public, mais c’est quelque chose que j’ai exploré et développé avec les années parce que je vois qu’il y a un impact dans la communauté. Je crée un endroit sécuritaire pour la discussion, mais je ne suis pas leur thérapeute. C’est un aspect que j’aime beaucoup », se réjouit Megan McCallum. Pendant la pandémie, elle a aussi produit une série de cinq capsules de cinq minutes, baptisée Take 5, disponible sur YouTube et permettant surtout aux audiophiles de pratiquer gratuitement la méditation ainsi que la pleine conscience. Si ces démarches peuvent sembler ésotériques pour certains, les sceptiques risquent d’être confondus.

« Ça peut réellement faire une différence. La pleine conscience démontre qu’une pratique quotidienne, après quelques semaines, va créer des changements neuronal et cérébral dans les centres qui sont reliés à l’attention et à la régulation des émotions. Tout est là. Les données nous crient de le faire plus souvent, mais pas comme dans les films en vidant son cerveau de toutes ses pensées. Ça s’introduit beaucoup plus simplement que ça. Ça peut être de manger un repas et réellement goûter sa nourriture, au lieu d’écouter les nouvelles en mangeant son repas et payer des factures en même temps. Bref, faire les choses une à la fois. Je l’utilise beaucoup en thérapie et je voulais l’offrir gratuitement à ceux qui voulaient continuer parce qu’ils sont habitués à ma voix. »

Vers 2018, elle a aussi commencé à alimenter le compte Instagram Psych Logic, un projet qu’elle avoue inachevé, mais qui montre bien son désir de s’impliquer dans le milieu. Cette démarche en née en voyant que sa liste d’attente en clinique privée s’étirait sur six mois et continuait de s’allonger. Elle était étonnée de voir qu’à certaines occasions, après deux ou trois rencontres, avant même d’avoir débuté une thérapie, au moins la moitié des clients allaient déjà beaucoup mieux.

« Un, parce qu’ils avaient espoir. Deux, parce qu’ils avaient des informations, de l’éducation psychologique sur des choses de base comme la nature du stress ou le sommeil. Je me suis dit que j’aimerais développer une ressource qui donne ces informations que les gens peuvent consulter en attendant. C’est super accessible et ça montre les petites choses qu’on peut faire. C’est une façon aussi de déstigmatiser l’éducation psychologique », explique-t-elle.

De telles démarches existaient déjà, mais les études tendent à démontrer que l’on reçoit mieux les informations lorsqu’elles proviennent d’une source proche et digne de confiance. Psych Logic se veut un peu comme un hub d’information qui permet à des gens d’explorer la psychologie, la pleine conscience, la dépression ou les types de trouble d’anxiété, notamment. Les internautes peuvent identifier si leur niveau de stress est plutôt normal ou si une aide plus pointue est nécessaire. Il est parfois difficile en bout de ligne de séparer le bon grain de l’ivraie avec les réseaux sociaux.

« Ce qui m’inquiète, c’est qu’on parle de plus en plus de santé mentale, en ce sens où on augmente du même coup le partage d’informations, qui ne sont pas nécessairement basées sur la science. Par exemple, l’intelligence émotionnelle, c’est très populaire dans le marketing, mais ce n’est pas un concept spécifiquement identifié dans les études cognitives. C’est bien qu’on en parle, mais tout le monde peut utiliser le même mot différemment parce que ça n’a pas encore été « objectivisé ». C’est un « construit » pas aussi solide qu’on le pense. Ce côté éducation, c’est quelque chose qui me passionne beaucoup et que je peux amener avec le Cégep, mais ça n’a pas été évident de prendre le temps pour ce projet [Psych Logic] dans les dernières années. »

En novembre, Megan McCallum a aussi présenté un séminaire virtuel lors du colloque portant sur la maladie d’Alzheimer, à propos des traits de personnalité et leur impact sur l’expérience et la capacité d’adaptation d’un proche aidant. Elle avait d’ailleurs précédemment amassé des fonds pour la Société Alzheimer.

Mais même tous ces outils mis à la disposition de la population ne sont pas nécessairement une panacée. « Si vous lisez un livre sur le tennis, vous ne deviendrez pas automatiquement un champion. Certaines personnes essaient de jouer au tennis avec leurs émotions », image la docteure en psychologie.

Pour ceux qui devront ultimement consulter un jour, elle rappelle qu’il s’agit d’un processus proactif et non pas un endroit pour aller ventiler hebdomadairement ou aux deux semaines. Le client doit s’engager, sinon les résultats ne seront pas au rendez-vous. Il y a parfois des exercices à effectuer, comme chez le physiothérapeute ou le chiropraticien.

« C’est un peu inconfortable parfois, ça nécessite des réflexions et des devoirs entre les rencontres. On ne change pas grand-chose dans notre vie si on consulte une heure aux deux semaines et qu’en retournant à la maison on continue à agir comme d’habitude. Et on ne va pas tout travailler en même temps. On se fixe des objectifs. Selon les difficultés pour certains entre cinq et huit rencontres c’est suffisant, alors que d’autres ça peut durer des années. C’est le client l’expert sur lui-même, moi je ne crée qu’un environnement sécuritaire sans jugement … parfois avec quelques conseils psycho-éducatifs », lance-t-elle en riant.

Mais avec seulement deux psychologues dans le secteur privé à Gaspé, certains devront s’armer de patience. Le manque de ressources est grand et toutes les initiatives qui peuvent contribuer à améliorer l’enjeu de la santé mentale sont les bienvenues. D’autant plus qu’il n’existe pas de recette miracle unique pour se forger une bonne hygiène psychologique, même si certaines choses sont déjà bien documentées.

« Les bases d’une santé physique, c’est un bon sommeil, une alimentation stable et régulière et le fait de bouger. On sait que tout le reste sur le plan émotionnel va être plus facile ensuite. Si on dort moins, notre cerveau produit plus
de cortisone, l’hormone du stress : alors le volume des émotions est plus élevé si on a moins dormi. Aussitôt que nos besoins de base du corps ne sont pas comblés, on va en payer le prix au plan de la santé mentale. Les relations
interpersonnelles saines sont également très importantes », explique Megan McCallum.

Visiblement, cette dernière est comme un poisson dans l’eau en psychologie et cette discussion avec une amie de la famille à l’heure des choix aura été déterminante, même si elle n’a toujours pas de plan de carrière défini pour la suite des choses, voulant surtout ne se fermer aucune porte. « Je n’ai pas une idée en particulier de ce que je veux faire, je veux juste aimer ce que je fais et toujours être intéressée …. ce qui est le cas! », conclut-elle.

 

MEGAN MCCALLUM EN 5 CITATIONS

1 Sur ce que les gens pensent des psychologues : On demande toujours aux psychologues s’ils sont en train de nous analyser. Je réponds : tout le monde est toujours en train d’analyser. On interprète toujours les informations qu’on reçoit. Ce que l’étude en psychologie nous permet de faire un peu mieux normalement, c’est de reconnaître comment nos lunettes affectent notre vision des autres et de diminuer les biais cognitifs avec une perspective plus ouverte, avec un peu moins de subjectivité. Ça peut nous permettre de mieux comprendre quelqu’un sans jugement. Le cerveau est fait pour généraliser et mettre des expériences en catégories. C’est une capacité importante et un moyen de survie, mais en même temps, ça affecte notre ouverture d’esprit.

2 Sur la pratique en région : Ce n’est pas évident. Ça dépend de comment on décide de travailler. On peut faire de l’évaluation, de la recherche, de l’enseignement ou être clinicienne. J’étais contente d’être une anglophone de retour en région pour pouvoir aider la communauté anglophone. Mais je ne peux pas avoir comme client quelqu’un qui m’a vue courir partout en couche quand j’étais petite, ou avec qui j’ai un lien d’amitié. C’est ce qui est bien avec l’éducation, puisque je n’ai pas l’obligation de développer un lien thérapeutique.

3 Sur la pandémie : C’est très spécial car c’est très rare que le clinicien traite autant de gens qui sont dans le même contexte problématique que lui. Je peux voir quelqu’un qui vit des difficultés que j’ai déjà connues; mais que toute ma clientèle vive avec les mêmes défis que moi actuellement, c’est une expérience unique. La majorité des suivis sont devenus des suivis de soutien plutôt que de croissance personnelle ou de traitement spécifique. Pour la majorité des gens, l’actualisation de soi n’était pas la priorité. La thérapie a changé en ce sens. Il y avait un besoin d’attention plus élevé et une demande un peu partout, mais comme bien des gens, on a dû arrêter un temps nos opérations.

4 Sur les réseaux sociaux : Il faut apprendre à les gérer selon notre vulnérabilité. Si on veut comprendre une nouvelle, d’aller cliquer sur un article qu’on a choisi de lire, ça peut être stressant, mais ça fait partie des responsabilités qu’on a choisies, alors ça s’équilibre. Ce qui peut être problématique, c’est si on s’ennuie et qu’on fait le « scrolling » avec des infos que l’algorithme nous montre. Ça peut nous induire des états émotifs qu’on n’était pas prêts à avoir. Oui il y a la quantité qu’on consomme, mais c’est aussi l’intention. Est-ce qu’on va chercher une information ou on permet à l’Internet de nous donner celle qu’il veut? Ça c’est problématique. Le problème ce ne sont pas les réseaux sociaux, mais comment on les utilise. Comme l’alcool ou le sucre par exemple.

5 Sur la nécessité de tout un chacun à consulter : Considérant la diversité de ce qu’on peut travailler, je ne peux pas vraiment penser à comment ça ne pourrait pas être bénéfique. C’est un peu comme les vitamines : on n’a pas besoin de toutes mais il y a sûrement quelque chose là-dedans qui nous ferait du bien. Ça nous donne des outils, un endroit sécuritaire pour explorer ce qui se passe sans conséquence et s’inquiéter pour l’autre personne. Je pense que ça peut toujours faire du bien, mais qu’on ne devrait pas être toujours activement en cheminement intense.