La docteure Woods-Lavoie croit que la pénurie de vétérinaires a des conséquences sur sa clientèle. « Il y a des interventions qui doivent être retardées, déplore-t-elle. Le délai d’attente est de deux mois. » Pour réduire ses heures de travail, elle souhaiterait engager un autre vétérinaire. « Ça fait deux ans que je cherche », se désole-t-elle. L’une des solutions, selon elle, passerait par une reconnaissance des diplômes des professionnels étrangers.
Lui aussi propriétaire d’une clinique à Gaspé et d’un point de services à Grande-Rivière, André Banville estime que la rareté de vétérinaires rend la pratique de la profession moins intéressante. « Je suis de garde tout le temps, soupire-t-il. J’ai beaucoup sacrifié ma vie privée. » Comme il soigne les animaux de ferme, les distances à parcourir sont énormes. Depuis 2015, le docteur Banville peut compter sur une autre vétérinaire pour les soins apportés aux petits animaux : Catherine Brousseau.
Le vétérinaire de Gaspé estime que la situation n’a aucune conséquence sur ses clients. « Ils ne s’en aperçoivent pas, dit-il. On offre des services 24 heures sur 24. Je ne pense pas que les gens souffrent de ça, sauf peut-être du côté des chevaux. » Le délai d’attente pour des interventions sont de deux semaines.
Pour atténuer le manque de vétérinaires, André Banville rêve à la mise en place d’une banque de remplaçants qui lui permettrait de prendre des vacances. Il suggère aussi que la faculté de médecine vétérinaire favorise les étudiants qui viennent de la région. Après 37 ans de pratique, André Banville ne songe pas à la retraite.
La population de La Haute-Gaspésie compte sur les services d’un seul vétérinaire, dont le bureau situé à Sainte-Anne-des-Monts n’est ouvert qu’une journée par semaine pour les examens de base. Dédiés aux animaux de compagnie, les services sont assurés par Alain Chénard, dont la clinique est à Matane. Selon lui, la rareté de services a pour effet d’allonger le délai des chirurgies jusqu’à cinq ou six mois.
« Quand je vais à Sainte-Anne-des-Monts, je ne peux pas fournir à toutes les demandes, se désole-t-il. L’impact sur la clientèle se traduit par un déplacement à Matane. » Là, il peut compter sur les services d’une collègue, Pierrette Mercier. La semaine de travail du Dr Chénard tourne autour d’une cinquantaine d’heures.
Si elle est satisfaite de la qualité des soins et de l’accueil du personnel, Émilie Boucher considère cependant que les services sont insuffisants pour les besoins de ses trois chiens, surtout dans les cas urgents. « Nous devons attendre ou aller voir ailleurs », se résigne la résidente de Sainte-Anne-des-Monts. Pour les chirurgies de stérilisation, elle se déplace à Rimouski. « Je dois planifier mon horaire en conséquence, souligne-t-elle. Pour la stérilisation de ma chienne, nous devons faire son admission le mercredi. Elle sera stérilisée le jeudi et sa sortie est prévue le vendredi. »
L’Ordre préoccupé
Selon l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, la pénurie est ressentie sur l’ensemble du territoire, mais la situation est plus criante dans les régions éloignées, plus particulièrement pour les grands animaux. Un groupe de travail a été réactivé pour tenter d’influencer les organisations qui ont le pouvoir d’améliorer la situation, dont la faculté de médecine vétérinaire qui, par exemple, pourrait augmenter le nombre de stages en région.
« On travaille pour faciliter l’accès à la pratique des médecins vétérinaires étrangers, précise la présidente de l’Ordre, Caroline Kilsdonk. Il y a d’ailleurs une entente France-Québec pour une reconnaissance mutuelle. Mais, si on accueille des vétérinaires français, on ne peut pas les pousser à aller en région! »
D’autres pistes sont explorées, dont la consultation en télémédecine et la possibilité de déléguer certains actes à des techniciens en santé animale.
La Dre Kilsdonk croit que la rareté crée un effet pervers. « La pénurie de vétérinaires peut en décourager certains à aller pratiquer dans les régions parce qu’ils savent qu’ils auront un horaire de fou », croit-elle.
D’ailleurs, l’Ordre est particulièrement inquiet de l’épuisement professionnel de ses membres. Le taux d’abandon de la profession et le nombre de suicides augmentent.
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«On a des appels à tous les jours », indique le dentiste Gaston Lepage, de Sainte-Anne-des-Monts, qui compte 3 000 patients. Pour recevoir des services dentaires, les gens de la Haute-Gaspésie doivent rouler vers New Richmond, Matane, Amqui, Mont-Joli ou Rimouski.
M. Lepage a déjà accueilli trois jeunes dentistes dans sa clinique. « Ils n’ont pas de dépenses, explique-t-il. On sépare un pourcentage sur les revenus. C’est une pratique courante chez les jeunes dentistes. Ça demande beaucoup d’investissements. S’ils décident de s’en aller, on a formé du personnel qui ne reste pas. » De plus, la situation crée un nouveau problème de patients orphelins. Pour lui, la formule idéale serait de louer un espace à un autre dentiste à même le bâtiment qui abrite sa clinique et dont il est propriétaire. Il le fait déjà pour un denturologiste.
Au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie, on assure prendre la situation au sérieux. «C’est un dossier sur lequel on travaille avec le ministère de la Santé, confirme la directrice générale adjointe, Johanne Méthot. Avec les élus, il y a aussi eu des échanges pour trouver des alternatives. On regarde ce qu’on peut mettre en place pour faciliter le recrutement. »
Le CISSS envisage de mettre à la disposition des nouveaux dentistes un environnement physique et des équipements afin de réduire leurs charges financières. Mais encore là, Mme Méthot se souvient que, dans les années 1980, des locaux et des équipements avaient été rendus disponibles dans le secteur de Gascons-Port-Daniel, mais sans résultats.
Carl Pelletier est revenu s’établir à SainteAnne-des-Monts en 2008. Consulter un dentiste est un véritable casse-tête tant comme citoyen que comme entrepreneur. Il parcourt les 400 km aller-retour qui séparent SainteAnne-des-Monts de Rimouski pour consulter sa dentiste. «C’est une journée, se désole-t-il. Ça coûte 50$ de gaz et il faut manger là. Je trouve ça épouvantable de faire quatre heures de char pour me faire plomber une dent! »
Il juge la situation d’autant plus inadmissible que les besoins en santé dentaire sont plus grands qu’avant. « Pour que ça débloque, faudra-t-il que quelqu’un meurt d’une dent infectée à Sainte-Anne-des-Monts parce qu’il n’y a pas de dentistes? », imaginet-il, sans évidemment souhaiter qu’un tel drame ne survienne.
La situation n’est pas sans conséquences pour les employeurs. En juin, la Chambre de commerce de La Haute-Gaspésie a mené un sondage auprès de ses membres. Pour 76% des répondants, la pénurie de dentistes a des répercussions au sein de leur organisation. Dans 65% des cas, ils ont de la difficulté à remplacer leurs employés qui doivent s’absenter. Pour 93% d’entre eux, ces employés sont absents pour la journée puisqu’ils représentent une proportion de 60% à devoir rouler plus de 200 km pour recevoir des soins dentaires
«Les entreprises se retrouvent devant deux choix : elles remplacent l’employé pour cette journée ou elles diminuent leurs activités, explique le président de la Chambre, qui est aussi directeur de l’organisme La Croisée à Sainte-Anne-des-Monts. Ce sont des coûts importants! » Selon Steve Ouimet, les travailleurs autonomes sont perdants. « Je pense au serrurier qui est obligé de fermer une journée », fournit-il comme exemple. Des répondants ont aussi mentionné que la situation avait des impacts sur la conciliation travail-famille. D’autres estiment que c’est ce qui expliquerait le départ de certains nouveaux arrivants.
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La Quincaillerie J.N. Keable, située au centre-ville de Sainte-Anne-des-Monts, disposait d’un peu de tout. Il n’était pas rare non plus de voir le fondateur partir à La Martre avec sa chaloupe pleine de tuyaux de fonte pour pratiquer son métier de plombier.
Dans les années 1920, le fils unique du fondateur, Louis-Marie, a pris les rênes de l’entreprise jusque dans les années 1950 pour passer lui-même le flambeau à son fils Jacques. Puis, en 1976, un nouveau local adjacent au premier a été construit.
Avec cette troisième génération, l’entreprise prendra de l’expansion au fil des ans. De 1000 pieds carrés de superficie occupés par le magasin au départ, il s’étend aujourd’hui sur 5000 pieds carrés. En plus de sa quincaillerie, Jacques Keable faisait la vente d’explosifs pour les mines de la Gaspésie, pour les routes et les carrières de pierre. « Il est devenu prospère notamment à cause de ça, indique son fils Sébastien. Il avait une dizaine d’employés et un camion pour le transport, en plus d’un entrepôt. »
Cent ans plus tard
Cent ans après la décision de son arrière-grand-père Joseph-Norbert Keable de fonder son entreprise, Sébastien s’est joint à l’aventure familiale. Du même souffle, cela lui a permis, à l’âge de 32 ans, de réaliser un rêve qui lui était cher en ouvrant, dans l’établissement ancestral, une auberge comprenant cinq chambres et un pub. Ainsi, l’imposante résidence des Keable, qui est encore plus vieille que la première quincaillerie, a été transformée en auberge en 1997. Le premier bâtiment qui était jadis occupé par la quincaillerie est devenu le Pub chez Bass. La quincaillerie occupe maintenant l’édifice voisin du pub et de l’auberge.
La Quincaillerie J.N. Keable porte la bannière Home Hardware. « C’est comme une famille, estime Sébastien Keable. Depuis qu’on est avec Home Hardware, on fait de la vente par Internet et on a 32 circulaires par année, ce qui aide beaucoup. »
Sébastien Keable voit l’avenir de façon très positive. À court terme, il prévoit doubler la superficie de sa quincaillerie avec un accès au sous-sol et un autre entre ses deux commerces, en plus d’un débarcadère pour les transporteurs.
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« L’élevage pour Bœuf Gaspésie est vraiment plus intéressant que le reste de mes bêtes qui vont à l’encan », confirme Frédéric Gauthier, qui est sur le point d’acquérir 100 % des parts de la ferme familiale sur laquelle il a grandi. « C’est valorisant, surtout que ma viande est vendue chez un épicier d’à côté! Quand les gens me disent qu’ils ont acheté mon bœuf, c’est le fun. Des fois, quand ça va mal et qu’on me dit ça, ça fait ma journée! » En Haute-Gaspésie, il est possible de se procurer les produits de Bœuf Gaspésie à la Poissonnerie-Charcuterie chez Cévic de Sainte-Anne-des-Monts.
Exposée aux grands vents de la mer et située au pied de la grande éolienne de Cap-Chat, la Ferme Éole produit du Bœuf Gaspésie depuis 2007. « On a commencé par 12 bouvillons, raconte l’agriculteur de 37 ans. Là, j’en ai 38 à l’engraissement. » La coopérative Bœuf Gaspésie est composée de sept éleveurs de la péninsule qui, au total, commercialisent environ 200 carcasses par année.
« Les veaux qu’on engraisse sont nés et ont été élevés ici même à la ferme, sans hormones de croissance, sans antibiotiques, souligne Frédéric Gauthier. C’est moins stressant pour l’animal. Il est abattu à Sainte-Luce. Avec un circuit court et un marché local, on a un volet écologique. C’est un bœuf plus goûteux, moins gras; c’est du A1 ou du A2. Il coûte de 10 à 15 % plus cher à l’épicerie parce qu’il coûte plus cher à produire. Mais, il y a une clientèle pour ça. C’est une plus-value d’avoir un bœuf local qui est issu de ces grands principes. Ça touche de plus en plus de monde. »
La Ferme Éole cultive environ 800 acres de superficie par année, dont 100 acres en céréales et de 175 à 200 acres en pâturages. Le reste est consacré à la culture de fourrages.
L’exploitation bovine compte aussi 100 têtes destinées à la production régulière de vaches-veaux. Avec en plus des coqs à chair, deux cochons, des dindes, des poules et deux canards pour leur propre consommation, les Gauthier ne manqueront pas de mijoter des bons plats dans le temps des Fêtes! « À Noël, dans le cipâte, il va y avoir du bœuf Gaspésie », assure Frédéric.
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Juillet 2010 : Orbite dresse un état d’avancement des travaux d’aménagement de son usine pilote de Cap-Chat, la première à produire de l’alumine au Québec. Le montage financier s’élève à 6 millions $. L’objectif est de produire une tonne d’alumine de spécialité par jour. « L’usine devrait être en production au premier trimestre de 2011 », annonce le président et chef de la direction de l’époque, Richard Boudreault. En février 2011, Orbite compte une dizaine d’employés et une vingtaine de contractuels qui testent les systèmes de l’usine en démarrage.
Début 2011 : Orbite exploite un gisement situé à 32 km au nord-est de Murdochville. Elle prévoit implanter une autre usine dans ce secteur pour une capacité de production souhaitée de 500 tonnes d’alumine de métallurgie par jour. La société conclut une relation d’affaires avec l’aluminerie Alouette. Des géologues indépendants estiment à un milliard de tonnes métriques les ressources minérales contenues dans le gisement du secteur Marin. « On pourra travailler pendant 20 ou 50 ans pour fournir le Québec en alumine », se réjouit Richard Boudreault.
Mai 2011 : Orbite produit ses premiers échantillons d’aluminium à son usine pilote de Cap-Chat à partir d’alumine métallurgique. L’usine engage environ 50 travailleurs. En juillet 2011, une étude menée par la firme SECOR pour le compte d’Orbite prévoit que la première phase industrielle du projet de production d’alumine devrait créer près de 550 emplois en Gaspésie, puis 859 de plus pendant la mise sur pied de la deuxième usine.
Décembre 2012 : Orbite met à pied une vingtaine de travailleurs de son usine de Cap-Chat. Une douzaine d’entre eux marchent dans les rues de la municipalité pour dénoncer leur licenciement. L’entreprise exige qu’ils obtiennent, à leurs frais, une attestation d’études collégiales en technique de procédés chimiques. En janvier 2013, Orbite engage 55 nouveaux employés formés.
Avril 2013 : Orbite doit 28,6 millions $ à ses créanciers et accuse des pertes de 16,9 millions $. La minière doit près de 17 millions $ pour la construction de son usine de Cap-Chat à Gastier, une filiale de Louisbourg Construction, qui appartenait à Tony Accurso. L’entrepreneur suspend les travaux de construction et dépose un avis d’hypothèque légale. Trois autres sous-traitants en font autant, dont Les Entreprises Roy & Duguay de Cap-Chat. Des 45 millions $ prévus au départ, la construction de l’usine passe à 106 millions $. En octobre 2013, l’usine fonctionne au ralenti et ne compte plus qu’une vingtaine d’employés.
Avril 2017 : Orbite suspend les opérations à son usine et se place sous la protection de la loi sur la faillite et l’insolvabilité. Après avoir investi 127 millions $, la société n’a jamais réussi à faire de profits. Investissement Québec a accordé 20 millions $ dans l’aventure, tandis que le gouvernement fédéral a consenti 8,5 millions $.
Octobre 2018 : La société annonce qu’elle compte redémarrer son usine. Elle se donne jusqu’au début de 2019 pour rappeler son personnel. Bien qu’elle souhaite que l’usine redémarre, la mairesse de Cap-Chat reste prudente. « Je suis plutôt comme Saint-Thomas, indique Marie Gratton. Si ça redémarre, j’y croirai. En attendant, je me garde une réserve. »
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D’un organisme à but non lucratif qu’il était il y a trois ans, Le Levier des artisans de Mont-Louis est devenu, il y a environ un an et demi, une coopérative de solidarité sociale. Parmi ses objectifs, la coopérative vise à fournir à ses membres les infrastructures nécessaires à la poursuite de leurs activités dans le domaine agroalimentaire, à promouvoir et à développer une agriculture et une agroforesterie respectueuses de l’environnement.
La coopérative compte six membres travailleurs, dont un seul est originaire de Mont-Louis : Jocelyn Lemieux, qui a quitté son alma mater pendant longtemps, dont une dizaine d’années pendant lesquelles il a été designer à Chicago. Les autres sont les Français Arnaud Léger et Maxime Castro, le Sherbrookois Yan Levasseur, le Montréalais David Gingras ainsi que la cadette et seule femme du groupe, Emma Desgens, originaire de Saint-Ulric. À différentes périodes de l’année, Le Levier des artisans engage une douzaine d’employés provenant autant de la région que de l’extérieur.
Production maraîchère et services communautaires
La Pépinière des pionniers est une marque de commerce de la coopérative pour les activités liées à la commercialisation, à la culture ainsi qu’à l’aménagement d’arbres et d’arbustes fruitiers, de plantes vivaces, de terreaux et d’autres produits horticoles. « C’est un centre-jardin, résume le président du conseil d’administration, Yan Levasseur. La livraison des plants et d’arbres se fait au printemps, autant au Bas-Saint-Laurent qu’en Gaspésie. » Son catalogue regorge de 1220 espèces. La pépinière offre aussi le service d’aménagement paysager dans les deux mêmes régions.
L’organisme a aménagé le parc de la rivière Mont-Louis, qui est ouvert à toute la communauté. Des jardins et un verger communautaires sont mis gratuitement à sa disposition. La Boulange du Levier est une autre activité de la coop. Ses produits sont vendus tous les dimanches de l’été au Marché du terroir de Mont-Louis, qui est chapeauté par la coop. La Boulange du Levier projette bientôt de prendre part aux marchés publics de Gaspé.
Fruits orphelins et Haltes nourricières
« Les Fruits orphelins » est un autre projet mis de l’avant par Le Levier des artisans. « L’objectif est de récupérer les fruits non récoltés avec l’autorisation des gens à qui appartiennent les arbres, explique M. Levasseur. Ils sont ensuite distribués aux tiers au propriétaire, aux cueilleurs et à des organismes en sécurité alimentaire. »
Avec la Coop du Cap de Cap-au-Renard, Le Levier des artisans participe au projet des Anges-Jardins. Avec des partenaires du milieu, des Haltes nourricières ont vu le jour à Rivière-à-Claude, Cap-Seize et Sainte-Anne-des-Monts. Le projet consiste à faire pousser des arbres et arbustes fruitiers ainsi que des plantes vivaces comestibles dans des espaces publics. « L’objectif est de rassembler le plus de citoyens possible motivés par le concept d’autonomie alimentaire », indique le coordonnateur du Levier des artisans, Maxime Castro.
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Ils arrivent avec un nouveau regard sur la gouvernance municipale qui ne semble toutefois pas incompatible, selon eux, avec celui de leurs homologues de la vieille garde. « Ce qui nous distingue, c’est une nouvelle vision, estime le maire de Saint-Maxime-du-Mont-Louis, Guy Bernatchez. Ce qui nous différencie, c’est la transparence et la communication avec notre monde. Nos citoyens aiment ça. On a fait une assemblée citoyenne informelle, sans ordre du jour, où on a écouté les gens. On a fait ça à Gros-Morne. On veut en faire aux deux mois. À Saint-Maxime-du-Mont-Louis, on a trois localités. Il y avait des guerres de clochers. Cette façon de faire les atténue. »
De la politique autrement
« Le poste de maire était plus honorifique, soulève le maire de Sainte-Anne-des-Monts, Simon Deschênes, tout en précisant que son commentaire ne consiste pas à dénigrer le travail de ceux qui l’ont précédé. On n’est plus [davantage] là. Être maire, ça ne se résume pas à faire les chemins, les égouts et l’aqueduc. On est dans toutes les réunions, on est beaucoup sur le terrain. Je fais beaucoup de visites chez les citoyens. » Guy Bernatchez compare son rôle à celui d’un agent de développement. « C’est la nouvelle mentalité », endosse la mairesse de Cap-Chat, Marie Gratton.
M. Deschênes croit à l’efficacité des réseaux sociaux. « Les gens sont là », indique l’élu de 40 ans. « À Mont-Louis, on s’est fait une page Facebook, ajoute M. Bernatchez. J’implique beaucoup le conseil sur Facebook. »
M. Deschênes croit qu’aujourd’hui, il faut « faire de la politique autrement ». Pour Mme Gratton, cela se traduit par certains changements aussi simples que de tenir les assemblées du conseil municipal de façon plus démocratique. « Avant, il pouvait y avoir 25 points à l’ordre du jour et une demi-heure après, la réunion était finie, raconte la femme de 59 ans originaire de Saint-Pierre-et-Miquelon, installée à Cap-Chat depuis 2013. Nous, on explique chaque point. »
Le goût du changement
Marie Gratton a réussi à déloger le maire Judes Landry, resté 17 ans à la tête de Cap-Chat. L’automne dernier, après 29 jours de campagne, la retraitée de la Sûreté du Québec a obtenu 69 % de majorité. « Les gens voulaient du changement, en conclut l’unique femme au conseil des maires de la MRC de La Haute-Gaspésie. Un soir, 125 citoyens sont venus me chercher lors d’une rencontre du Club des 50 ans et plus pour me demander de me présenter à la mairie. Moi, ce que je voulais, c’était de me présenter à la préfecture de la Haute-Gaspésie. »
Guy Bernatchez a pris la relève de son père, Paul-Hébert, qui a été maire de Saint-Maxime-du-Mont-Louis pendant dix ans. L’homme avoue qu’il ne rêvait pas de poursuivre l’œuvre de son père à la tête de la municipalité. « Je suis peut-être allé à une seule séance du conseil quand mon père était maire, raconte le contremaître forestier de 47 ans. J’étais probablement son citoyen le plus critique. Que mon père ait été maire n’a pas été l’élément déclencheur. Ce qui m’a amené en politique municipale, c’est l’amour de mon coin de pays. » La moyenne d’âge de six membres sur sept de son conseil est de 43 ans, note M. Bernatchez.
Après avoir été conseiller municipal pendant sept ans, Simon Deschênes a été élu maire de Sainte-Anne-des-Monts avec 94 % des voix lors des élections partielles de 2016, à la suite du décès de Micheline Pelletier. En novembre 2017, il a été reporté au pouvoir sans opposition. Trois membres de son conseil municipal sont âgés entre 34 et 44 ans. « On n’avait jamais vu ça avant », souligne-t-il.
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« Une chance qu’on les a! »
Karine Vallée, mère de la petite Mérydith, a recours aux services du CPS de la Haute-Gaspésie. « C’est un soutien aux parents, exprime cette citoyenne de Cap-Chat. Ils font progresser et évoluer les enfants, comme s’il a des problèmes d’estime de soi ou du côté social. Ils les aident à cheminer là-dedans. Ça m’apporte beaucoup. Une chance qu’on les a! Si notre enfant a un problème, c’est pris en charge tout de suite. Des fois, on ne voit pas le problème. Eux, ils le voient! Aussi, ça nous permet d’avoir un médecin de famille très accessible. »
Les trois piliers de la pédiatrie sociale
Le CPS de la Haute-Gaspésie est un organisme à but non lucratif dont la mission permet à chaque enfant issu d’un milieu vulnérable d’avoir accès à des soins et à des services visant son développement et l’amélioration de son bien-être. Ce modèle permet un diagnostic plus complet grâce à une évaluation tant physique, émotionnelle, mentale que sociétale. Axé sur les forces du jeune, de sa famille et de sa communauté, ce modèle unit la médecine, le droit et le travail social.
Une approche unique
L’approche utilisée en pédiatrie sociale se distingue surtout par son caractère multidisciplinaire. « On fait une rencontre avec la famille de façon vraiment conviviale, décrit la travailleuse sociale Myriam Johnson. On s’assoit autour de la table et on regarde quels sont les besoins de l’enfant. »
Par la suite, la travailleuse sociale peut établir des liaisons avec différents partenaires qui interviennent dans le développement de l’enfant. « On les invite à nos cliniques pour faire un cercle autour de l’enfant avec les adultes qui lui sont significatifs, ajoute-t-elle. C’est quelque chose que la Fondation du Dr Julien priorise. C’est pour que tout le monde ait le même plan d’action. »
Pour qui?
Le CPS de la Haute-Gaspésie s’adresse aux enfants de 0 à 17 ans et leur famille vivant sur le territoire s’étendant des Capucins à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine. « La clientèle qu’on vise, ce sont les familles les plus vulnérables de la région sur le plan socio-économique, explique la travailleuse sociale du Centre. Ça inclut les parents qui ne sont pas beaucoup éduqués. »
120 enfants suivis
La Haute-Gaspésie est l’une des MRC les plus pauvres du Québec. « C’est donc un endroit où c’est excessivement pertinent d’avoir un centre de pédiatrie sociale », souligne le Dr Hardy. « En 2016, on était au dernier rang de l’indice de défavorisation au Québec, soit au 104e rang, ajoute Me Loiselle-Boudreau. À Cap-Chat, c’est un enfant sur trois, à Sainte-Anne-des-Monts, c’est un sur quatre et jusqu’à Gaspé, on tombe à un sur deux qui est issu d’une famille défavorisée. » Le CPS de la Haute-Gaspésie suit 120 enfants et leur famille. Mais selon les statistiques, quelque 300 enfants auraient besoin des services du Centre.
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Depuis la fin des années 1940, la Gaspésie est soumise à divers chocs, dont la gravité varie. De toutes ces secousses, celles déclenchées par les actions, et l’inaction, des gouvernements conservateur de Stephen Harper et de libéral de Philippe Couillard sont probablement les plus graves.
C’est pour cette raison que le livre écrit par un collectif d’auteurs supervisés par David Bourdages et Philippe Garon arrive à point. C’est un peu comme planter une fourchette dans le grille-pain. Il se passera quelques chose et dans ce cas, ce sera assurément salutaire.
Le livre redonne des arguments pour se battre, pour réfléchir et il fournit des solutions pour refaire le plein de courage. Ce courage est sans doute le plus utile des carburants pour les Gaspésiens. Il l’a été dans le passé, il l’est actuellement et il le sera demain.
Déjà, les mentions de la parution du livre diffusées en «ville» ont attiré les critiques, du genre «nos taxes vont baisser si les Gaspésiens», et «qu’ils emmènent leurs éoliennes».
Ces réactions sont-elles surprenantes? Bien sûr que non, parce que les gueulards qui écoutent les inepties des clowns tristes que sont Jeff Fillion et d’Éric Duhaime seront toujours plus bruyants que les gens réfléchis. Les critiques, peut-on présumer, n’ont pas compris que David Bourdages, Philippe Garon, Roxanne Langlois, Myreille Allard et Roseline Lemire-Cadieux, pour ne nommer que ceux-là, étaient capables, eux, de parler au deuxième degré.
Parce que c’est bien sûr du deuxième degré dont il s’agit. «Je ne m’intéresse pas du tout à une sécession de la Gaspésie dans le sens pur et dur (…) Ce que je veux, c’est que nous nous parlions. Comme du monde. Que nous choisissions la bienveillance. Que nous nous tenions. Que nous prenions des risques. Que nous mobilisions notre vaillance, notre efficacité, nos compétences et notre bonne humeur», écrit Philippe Garon.
Que répond-on à des gouvernements qui, par aveuglement idéologique, par ignorance ou par simple stupidité, choisissent de déstructurer des régions pour mieux les livrer aux forces du marché, au capitalisme sauvage et à leurs amis? Que répond-on à des gouvernements qui divisent pour régner, qui se sentent menacés par des citoyens, par opposition aux «contribuables» si chers au premier ministre Philippe Couillard, qui avaient pris l’habitude de s’organiser pour mettre fin aux guerres de clocher, pour contrer l’exode des jeunes?
Nous avons le choix de nous écraser, ou de regagner nos esprits, de nous relever et d’établir le dialogue avec ceux qui ont une colonne vertébrale. Et ces gens munis d’épine dorsale sont suffisamment nombreux en Gaspésie pour faire une différence, pour générer les emplois qui sont fauchés par les coupes gouvernementales, pour encourager ceux qui ont tendance au découragement, pour montrer par l’exemple que nous devons «prendre soin de nous», notamment par le biais de l’achat local, puisqu’il est possible que personne d’autre ne le fasse. Et si d’autres le font, ce qui est plausible, ce sera tout simplement un boni.
Là où nous sommes rendus, après des milliers d’années d’établissement autochtone et plus de 500 ans de présence d’autres peuples, il est clair que l’abdication n’est de toute façon pas une solution.
Ce qui frappe le plus chez les jeunes et moins jeunes revenus ou venus s’établir en Gaspésie depuis 10 ou 15 ans, c’est leur détermination. Malgré la bassesse démontrée par le gouvernement Couillard en abolissant la Conférence régionale des élus et la Commission jeunesse, en affaiblissant ou en supprimant les Centres locaux de développement, et en minant ou en modifiant un large groupe d’institutions de santé et d’éducation, ces jeunes instruits, bien qu’ébranlés par les assauts des 15 derniers mois, semblent décidés à rester et à faire croître la région.
Ce qui est plus rassurant encore, c’est que de nouveaux arrivants continuent à «débarquer», ou à montrer de l’intérêt pour s’y établir.
Les idiots sont minoritaires au Québec, même s’ils jappent souvent fort. Pour rejoindre les gens influençables toutefois, il faut renforcer notre solidarité régionale. Il faut commencer ici, avec le plus de citoyens possible, et sensibiliser les autres régions par la suite. Elles emboiteront le pas si elles ont un exemple à suivre. L’émergence du mouvement Touche pas à ma ou à mes régions est en un bon exemple de Gaspésie évoluée plutôt que suiveuse.
Nous avons déjà des meneurs, de divers styles, et d’autres n’attendent qu’une occasion de le devenir. Ils n’ont pas besoin d’être tous d’accord. Il faudra encourager ces meneurs avec des idées progressistes.
Comment? Si on les considérait comme de jeunes chanteurs en émergence? Les Kevin Parent, Laurence Jalbert, Patrice Michaud, Marie-Pierre Arthur et Gilles Bélanger de ce monde ont d’abord cru en eux ici avant de se faire connaître ailleurs.
Les Gaspésiens sont forts, contrairement au discours qui nous arrive trop souvent de l’extérieur et, malheureusement, de l’intérieur. Ils doivent le devenir davantage. C’est de cette façon qu’ils attireront d’autres gens courageux, des gens qui n’auront pas peur des frondes venant des gouvernements qui nous «dirigent». C’est un peu ça, le message de «Sécession».
La performance d’un gouvernement se mesure notamment à sa façon de traiter les plus vulnérables de la société. Bien qu’il existe plus vulnérable que les jeunes et les travailleurs sylvicoles, ces deux groupes entrent néanmoins dans la classe des citoyens n’ayant pas besoin de difficultés supplémentaires.
Il y a 25 ans, il était « normal » pour les jeunes de s’établir en ville, non seulement pour leurs études supérieures, mais pour leur vie professionnelle. Bien des gens déploraient cet état de fait, mais peu d’entre eux s’attaquaient à la source du problème.
Les organismes Place aux jeunes et la Commission jeunesse de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ont eu le courage de le faire, avec des résultats suffisamment bons pour qu’ils fassent école au Québec. En 2015, il est normal qu’un jeune se fasse demander s’il reviendra dans la région, et qu’on lui demande pourquoi il n’envisage pas cette possibilité, si c’est le cas.
Ce renversement, même si on aimerait bien que la Gaspésie rapatrie davantage de jeunes, découle en grande partie du travail de la Commission jeunesse. Et voilà qu’on les abolit toutes!
Pourquoi cette politique de table rase ?
Est-ce seulement le fruit d’une « vision » comptable à court terme, comme les mesures qui ont conduit à l’abolition des conférences régionales des élus (CRÉ) et de la plupart des Centres locaux de développement (CLD)?
Les coupes vont tellement loin dans les régions qu’il est permis de se demander si l’État québécois n’a pas décidé de les vider pour parer l’éventuel manque de main d’oeuvre à Montréal et à Québec. Le gouvernement Couillard, aussi à droite que Stephen Harper au niveau fédéral, revient à la mentalité arriérée de 1970 du rapport Higgins Martin Raynauld, où les régions comme la Gaspésie sont considérées comme des bassins de main-d’oeuvre à la disposition des centres urbains, les « pôles moteurs ».
Pourtant, c’est ce modèle qui a échoué lamentablement depuis 45 ans, qui a produit « deux Québec dans un ». D’une part, un Québec urbain (en gros, Québec, Laval et Montréal), infiniment mieux pourvu en ressources et en services que le reste du territoire. Et d’autre part, les régions, qui se battent pour conserver le peu qu’elles ont au lieu de mobiliser leurs énergies à progresser.
Contrairement à la croyance répandue en ville, les régions ne vivent pas aux crochets du monde urbain. Le modèle de pôles moteurs n’a pas produit la prospérité pour tous. Il y a de la richesse à Montréal, mais elle est mal répartie. Et couper dans les ressources des régions pour les concentrer dans la métropole ne réglera pas ses problèmes.
Il y a des solutions spécifiques au milieu urbain, comme il y a des solutions particulières à la ruralité. Ces deux réalités doivent se retrouver dans un Québec « moderne », un mot difficile à justifier actuellement alors que ses dirigeants veulent nous mener dans un sentier déjà emprunté et parsemé de pièges.
Il faut tendre à éliminer les disparités des deux Québec pour qu’ils avancent, ensemble, plus rapidement. Toutes proportions gardées, les régions paient présentement bien plus cher l’austérité du gouvernement Couillard que les centresurbains.
Le présent redressement des finances publiques est à ce point draconien qu’il menace l’activité économique. Le ralentissement qu’il produira incitera l’État à couper de nouveau, parce qu’il aura perdu des revenus de taxes, entraînant une spirale descendante dont l’issue est fort incertaine.
En supposant qu’il faille vraiment couper, pourquoi abolir tant d’organismes régionaux, plutôt que d’imposer à tout le monde des coupes « équitables » ? Comment expliquer l’abolition pure et simple d’un Programme de création d’emplois en forêt, une somme de 7 M$ pour le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, alors qu’il aurait pu écoper une perte de 5 % ou 10 %, mais subsister?
Lors de la campagne électorale de 2011, Stephen Harper a négligé le Québec, pariant que le Parti conservateur pourrait former un gouvernement majoritaire sans la belle province. Il a gagné ce pari.
À voir aller le gouvernement Couillard, il est permis de se demander s’il n’a pas fait le pari qu’il pourra gagner une autre élection majoritaire sans les régions, en 2018.
Respect de la vie privée