«À mon avis, le travail est une valeur fondamentale. La seule façon de se réaliser, tant sur le plan individuel que collectif», lance l’homme de 72 ans. En plus de faire la culture de pommes de terre, il est attaché politique à temps partiel pour l’actuel député de Bonaventure, Sylvain Roy.
«Au bureau, je suis, et de loin, le plus vieux, et sans doute, j’oserais dire, le plus expérimenté», dit en riant celui qui fut député de Bonaventure de 1994 à 1998 et ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation entre 1994 et 1996, puis sous-ministre adjoint au développement régional de 1999 à 2003. Les libéraux ont alors pris le pouvoir et il a été «recyclé à l’environnement», également comme sous-ministre adjoint, poste qu’il occupera jusqu’en 2007.
«Je me rappelle que la graine a été semée jeune. Je passais beaucoup de temps dans la forge de mon père, à Nouvelle-Ouest. J’appelle ça ma première université, parce qu’il y avait là des personnes âgées, un peu plus jeunes que je le suis maintenant, qui venaient s’obstiner […]. Ça discutait beaucoup de politique et j’étais passionné par ça», raconte le premier député indépendantiste élu dans la circonscription de Bonaventure. Son mandat suivait plus de 37 ans de règne libéral, sous la gouverne de Gérard D.

Marcel Landry passe beaucoup de temps dans ses champs, parfois à bord de son tracteur. Ses réflexions sur la politique et la société lui tiennent généralement compagnie, quand ce ne sont pas ses enfants et ses petits-enfants.
Photo : Gilles Gagné
Travailler en forêt pour payer ses études
Le petit Marcel a fait ses premières armes au travail à douze ans pour le compte de son père. «J’ai commencé à travailler pour payer mon cours classique. Vu la grosseur de la famille(13 enfants), il fallait gagner notre pitance, surtout si on voulait étudier. […] Vu que j’étais petit, j’ai commencé par écorcer la « pitoune ». L’année d’après, j’ai, disons, monté en grade et j’ai commencé à mener les chevaux pour débusquer le bois», se souvient M. Landry.
À partir de 15 ans, jusqu’à 21 ans, le jeune Marcel partagera ses étés entre le bois et les cadets de l’armée. Il y deviendra entraîneur sur les camps militaires, puis officier de réserve jusqu’à sa première année d’université.
Les sciences sociales «pour changer le monde»
«Mes meilleures matières, aux études, étaient les maths et la physique, dit l’humaniste que plusieurs professeurs croyaient destiné à une carrière en ingénierie ou en mathématiques.
«Moi, j’ai dit non! Je voulais aller en sciences sociales. Parce que je pensais qu’on pouvait changer des choses. Je trouvais qu’il y avait plein de choses qui n’étaient pas correctes. J’étais né pour être un peu contestataire.» C’est ainsi qu’il a choisi de faire un baccalauréat spécialisé en sociologie à l’Université Laval, puis de poursuivre des études de deuxième cycle en développement régional, une autre passion de l’homme de convictions.
Après ses études, dès 1971, il fut agent de développement pédagogique en Gaspésie pour le compte du ministère de l’Éducation. Puis, la défunte Commission scolaire de la Baie-des-Chaleurs lui confia la coordination des activités étudiantes jusqu’en 1980. Entre 1976 et 1980, il fut également chargé de cours pour l’Université du Québec à Rimouski en sociologie de l’éducation et en management.
De la culture à l’agriculture
«Pendant mes études, j’avais aussi développé mon goût pour les communications. Et je me suis tapé ce « trip-là » quand j’ai travaillé au bureau régional de Radio-Québec», dit celui qui a installé, puis dirigé ce bureau de Saint-Omer pendant cinq ans.
«En 1986, quand Bourassa (Robert, le premier ministre de l’époque) a mis la hache dans la régionalisation de Radio-Québec, j’ai lâché la culture pour l’agriculture en devenant directeur régional de l’Union des producteurs agricoles de la Gaspésie, puis ensuite directeur national de la vie syndicale de l’UPA». Il occupera ces fonctions pendant deux ans et demi, durant lesquelles il a dû s’installer en Montérégie.
Fier de sa contribution au développement régional
En 1994, Marcel Landry décide de se lancer en politique. C’est là qu’il devient député de Bonaventure avec un passage au conseil des ministres. Pendant sa carrière politique, de 1994 à 1998 (il fut alors défait par la libérale Nathalie Normandeau), l’homme dit être notamment heureux d’avoir eu à plancher sur des dossiers comme la relève agricole et sur l’autosuffisance alimentaire en tant que ministre de l’Agriculture. «Je crois qu’on a marqué beaucoup de points en peu de temps dans ce domaine.»
Mais ce dont M. Landry dit être le plus fier, c’est d’avoir contribué à «développer la fierté et l’identité régionale». Entre son élection en 1994 et la fin de son travail comme sous-ministre adjoint au développement régional en 2003, il se dit vraiment satisfait d’avoir vu le taux d’emploi monter et le taux d’aide sociale diminuer dans la région.
«Le pire qu’une population peut vivre, c’est de ne rien faire. Ça, c’est mortel, à la longue.[…] Au tournant de 2001-2002, avec le plan de relance sur lequel j’avais pioché comme député et dont j’avais contribué à la mise en place comme sous-ministre, on est monté à 40 000 emplois en Gaspésie, soit une dizaine de mille de plus qu’en 1994, quand je suis arrivé en politique… Ce n’est pas rien!»
On se souviendra que ledit «plan de relance» porta notamment sur les balbutiements du développement éolien, de la mariculture, des technologies de l’information, des deuxième et troisième transformations des ressources régionales et de la modernisation de l’industrie touristique.
«C’est du travail d’équipe qui s’est fait au coude à coude, sur plusieurs années, même après que je sois parti, mais je suis fier d’y avoir participé. Parce que la Gaspésie a progressé et qu’elle continue de le faire.»
Aujourd’hui, l’homme continue de s’investir en développement régional, notamment par son engagement au sein de la Société nationale Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, dont il est administrateur pour la MRC Avignon depuis 10 ans. Il siège également au sein de la Corporation de développement du Mont Saint-Joseph de Carleton-sur-Mer.
Marié depuis près de 50 ans, père de quatre enfants et de huit petits-enfants, ce travailleur passionné et acharné a son idée bien personnelle de la conciliation travail-famille:
«Tu t’arranges pour ne pas perdre trop de temps à dormir. Pendant longtemps, je me satisfaisais de quatre, cinq heures de sommeil. Maintenant, la semi-retraite, c’est se payer le luxe de dormir huit heures », dit celui qui ne voit pas le jour où il cessera de travailler et de s’investir pour le rayonnement de sa Gaspésie natale.
«Par le travail, on gagne sa pitance, mais aussi, on se réalise là-dedans. Moi, quand on a une belle récolte à l’automne, je suis content de ce que la terre m’a fourni, mais je suis fier parce qu’on l’a aidée. Cultiver la terre, ce n’est pas un projet fini, c’est aussi un projet d’avenir. Pis, j’aime ça!», conclut l’actif septuagénaire.

Patricia et Marcel Landry sont ensemble depuis 51 ans. «Il a été sur la route tellement longtemps que j’ai l’impression qu’on commence juste à vivre ensemble», signale-t-elle avec humour, au milieu de son endroit préféré de la ferme, les framboisiers. Il approuve sans sourciller. «J’ai calculé que j’avais roulé 4 millions de kilomètres avec mes véhicules, sans compter l’avion et le transport partagé avec d’autres personnes», précise-t-il.
Photo : Gilles Gagné
Il n’y a qu’à « googler » le nom de Jules Bélanger pour saisir toute la grandeur du personnage né à Nouvelle en 1929. Il était le quatrième d’une famille de 18 enfants.
« Jeune, j’étais très curieux. J’étais tannant parce que je posais beaucoup de questions et je crois que ça devenait fatiguant pour les adultes. Mais me faire dire c’est parce que… ça me fâchait terriblement », se souvient l’homme avant de raconter qu’il a eu la strap à sa première journée d’école, justement parce qu’il était curieux… de voir laquelle des règles, entre la sienne et celle de son copain de classe, était la plus solide.
« La règle de mon ami a cassé et un éclat de bois s’est retrouvé dans les cheveux d’une jeune fille devant nous qui a crié… Vous imaginez! »
La strap le premier jour. Puis, en arrivant après le diner, la maîtresse annonce que les enfants resteraient plus longtemps après la classe, pour une piqûre! « J’ai pleuré et résisté. Ma grande sœur a dû venir me consoler. Le soir, je ne voulais plus jamais aller à l’école. Heureusement, ça m’a passé », raconte M. Bélanger avec un rire dans la voix.
Encore aujourd’hui, retraité, M. Bélanger occupe la plupart de ses journées à apprendre. « Ma vie, c’est une vie de lecteur maintenant. Je lis cinq ou six heures par jour. Je suis aussi curieux que quand j’étais petit gars… Et, heureusement, pas un livre ne se contente de me répondre « parce que… »
Enfant, le petit Jules se destinait à la médecine… Il raconte qu’il y avait un médecin, à Nouvelle qui s’engageait beaucoup auprès de la jeunesse et de la communauté. « C’était un modèle et je voulais faire comme lui », lance l’homme qui opta plus tard pour les arts et lettres, la philosophie et la religion.
C’est que, alors qu’il faisait son cours classique, d’autres modèles se sont pour ainsi dire imposés à lui.
« Il y a eu cette perception d’un bonheur de vivre chez mes professeurs du cours classique, les prêtres des Clercs de Saint-Viateur, cette communauté dédiée à l’éducation. Cet exemple m’a amené à penser que je pourrais peut-être, moi aussi, trouver mon bonheur à les imiter dans leur choix de vie. »
M. Bélanger est bachelier ès Art de l’Université Laval et en théologie du Holy Heart Seminary de Halifax, d’une licence en lettres, d’une maîtrise en philosophie de l’Université Laval, ainsi que d’un doctorat en littérature de l’Université de Rennes.
Après ses études, l’évêque l’a nommé vicaire à la cathédrale de Gaspé. Après quelques mois, le même évêque a cru bon de l’envoyer enseigner.
C’est ainsi qu’il enseigna le français et le latin au séminaire de Gaspé, de 1958 à 1969, avant de présider le comité d’implantation du Cégep de la Gaspésie et des Îles où il enseigna la littérature jusqu’en 1987.
« Tout le monde avait le droit de parler dans ma classe. Mais un à la fois », dit celui que le Cégep de la Gaspésie et des Îles a honoré en tant que « professeur émérite ».
Passionné d’histoire, Jules Bélanger a été à la tête de la Société historique de la Gaspésie de 1977 à 1995 et il a vu personnellement au développement du Musée de la Gaspésie. C’est aussi lui qui a mis en place la Fondation de la Société historique de la Gaspésie. Il a également coécrit le livre Histoire de la Gaspésie avec Marc Desjardins et Yves Frenette.
« Je crois que c’est mon doctorat en histoire littéraire qui m’a donné le goût de l’histoire. Et je constatais que la Gaspésie n’avait pas d’histoire écrite. Je me suis donc, avec d’autres, attelé à la tâche, et ça a donné Histoire de la Gaspésie (1981). Ensuite, toutes les régions du Québec ont emboîté le pas. Elles ont toutes aujourd’hui un livre du genre, faite sur le même modèle. »
« Je pense à tous nos grands-pères et arrière-grands-pères. Ils ont eu des vies difficiles… Je me disais que, si on avait une histoire qui raconte tout ça, nos gens d’aujourd’hui seraient fiers de ce que leurs ancêtres ont vécu… Je voulais leur donner la fierté et l’énergie pour améliorer le sort de la Gaspésie en s’inspirant du passé. »
De même, dans la foulée de son désir de donner de la vitalité à sa région, l’homme de lettres s’est largement engagé dans le développement des médias d’ici. Il a participé à la fondation de l’hebdomadaire Le Pharillon et il a intégré le conseil d’administration de Radio-Gaspésie, à ses débuts, et celui de Radio-Québec, maintenant Télé-Québec.
Docteur honoris causa de l’Université Laval et de l’Université du Québec à Rimouski, officier de l’Ordre national du Québec, Jules Bélanger a reçu la médaille d’argent du lieutenant-gouverneur et cumule les mentions et distinctions tant en Gaspésie qu’à l’échelle nationale.
Laquelle de toutes ses distinctions lui a fait le plus plaisir? « Elles m’ont toutes touché. Choisir, c’est exclure vous savez… Mais, je dirais que l’Ordre national, ça m’a particulièrement ému. »
Confiant en l’avenir de la région, constatant entre autres que des jeunes reviennent vivre et travailler ici, le passionné d’éducation déplore toutefois le taux de décrochage élevé et il a souhaité terminer notre entretien avec un message que monseigneur François-Xavier Ross transmettait en son temps.
« Il y a encore beaucoup de choses à faire. Mais il faut commencer par l’intelligence », disait Mgr Ross. « Moi, je dirais à tous les jeunes et à leurs parents, que, le plus bel héritage c’est la scolarisation. »
« Je crois que le bonheur est dans la réussite de la connaissance. Et j’invite les jeunes à persister malgré les difficultés. Lâcher l’école, ça rétrécit l’avenir et l’horizon. Et parmi toutes les matières, la plus importante est le français. La qualité de la langue est un outil puissant pour toutes sortes de causes, peu importe le métier. Si on s’exprime correctement, on a du pouvoir », conclut l’homme, sagement.

En novembre 2016, Jules Bélanger est devenu le premier Gaspésien à recevoir le prix Gérard-Morisset, la plus haute distinction québécoise en matière de protection du patrimoine. Il a notamment rejoint l’anthropologue Serge Bouchard, l’historien Jacques Lacoursière, le muséologue John Porter et l’architecte Phyllis Lambert à titre de récipiendaires. Il était accompagné pour l’occasion de France Côté, Nathalie Spooner, alors directrice du Musée de la Gaspésie, et de l’avocat Lionel Bernier, qui avait mené dans les années 1970 la bataille pour les expropriés de Forillon.
Ça faisait tout juste six ans que j’étais exilée dans la région de Montréal. Un ami m’appelle un soir et me dit : « Y’a un gars de « Bona » qui lance un album au Lion d’or. Tu devrais venir ! ». C’est ainsi qu’en 2006, rue Ontario, ce poète au goût salin et à l’odeur d’épinette m’a donné une bonne gorgée de Gaspésie. Moi qui étais assoiffée d’horizons, de vrai et du sentiment de liberté qu’offre la nature gaspésienne, vous imaginez quel bien ça m’a fait ? Treize ans plus tard, me voilà terriblement fébrile à l’idée de vous résumer ma rencontre avec Guillaume Arsenault qui a traversé de l’autre côté des montagnes pour venir jusqu’à New Richmond, par une pluvieuse journée du mois d’août.
Le soir du lancement au Lion d’Or, en 2006, je m’étais fait la réflexion que ce gars-là allait avoir une carrière exceptionnelle. D’entrée de jeu, je lui demande donc ce qu’il pense de sa carrière, lui qui vit de son art, bien ancré dans sa Gaspésie natale depuis 20 ans.
« Je me souviens qu’un autre artiste m’a dit que je ne faisais pas de compromis dans ce que je faisais. Mais si je regarde derrière, il n’y a pas eu tant de décisions que ça. (…) Je ne suis pas un pilote. Dans le sens que tout est là. » Guillaume affirme ne s’être jamais posé la question sur ce qu’il allait faire dans la vie ou comment il allait le faire. Il dit ne s’être jamais non plus demandé si ça allait être possible ou pas. « Je fais de la musique et c’est ça que je suis.»
L’artiste a inventé ses premières chansons à trois ans puis, à l’adolescence, il en faisait d’instinct et ce sont ses amis qui les retenaient, parce que lui les oubliait, raconte-t-il. Le jour où il a décidé de faire un album, il ne s’est jamais demandé si ça pouvait être rentable.
« J’ai pris les moyens que j’ai pu de la façon que j’ai pu. Comme pour Le rang des Îles, je suis allé chercher des commanditaires de producteurs locaux pour réussir à boucler le budget. »
Il se réjouit de pouvoir vivre de son art ici, dans la nature gaspésienne.
« Faut dire que je n’ai pas besoin de grand chose pour être heureux. J’ai un rythme de vie qui ne demande pas beaucoup d’argent. C’est sûr que je ne suis pas un gars qui veut le gros pickup et ce genre de choses-là. Ma richesse est ailleurs. Je fais ce que j’aime. En plus, le monde ne me reconnaît pas dans la rue… Tu sais, je ne suis pas la vedette »
C’est que le gars de Bonaventure, qui habite maintenant à Cap-au-Renard, avoue qu’il aurait eu du mal à endosser la célébrité.
« C’est le fun d’être artiste sans trop être connu. Moi, je suis un ermite aussi. Ça fait aussi partie de ce qui motive mon choix de vivre en Gaspésie. Je suis tranquille et j’ai le rythme de vie que j’ai choisi. » Cela inclut favoriser de passer du temps avec ses deux filles plutôt que de partir sur la route en tournée.
Le poète affirme n’avoir jamais envisagé de vivre à Montréal. Depuis 17 ans, il fait partie d’une coopérative d’artistes : Les Faux-Monnayeurs sise dans la métropole et qui s’occupe essentiellement de la commercialisation de ses albums et de la vente de spectacles.
Si la ville n’était pas une option pour Guillaume, ce dernier assure qu’il aurait pu vivre ailleurs qu’en Gaspésie… s’il l’avait voulu.
« Je suis assez facile d’adaptation. Mais la Gaspésie a tout ce dont j’ai besoin. Oui, j’aurais pu vivre ailleurs, avec cet horizon-là, la mer, la nature. Mais il y a quelque chose de réconfortant d’avoir grandi ici. Mes parents sont là. C’est une belle mine d’or aussi. Donc, autant j’y retrouve le réconfort que l’exploration dont j’ai besoin. Il y a bien des endroits où je vais, même derrière où j’habite, j’ai l’impression de voyager parce que je n’y suis jamais allé. En Gaspésie, c’est grand puis il y a beaucoup de territoires différents, des sentiers à découvrir. J’y retrouve le réconfort et l’exploration en même temps. »
« Ça se reflète un peu aussi dans ma façon de faire de la musique. C’est ce que j’aime : l’exploration. Ma satisfaction est de découvrir des choses et de créer. J’ai fait six albums et c’est toujours le processus qui est important, plus que le résultat. »
« Pendant longtemps, pour moi, écrire, ça été de dépeindre l’intérieur émotif des humains. En chanson, c’était ça mon but, essayer de décrire ce que je vis, ce que je ressens. Puis après, une fois que tu as fait ça, tu peux passer à autre chose, parce que tu as compris l’état. Et le fait de faire des chansons, des albums, des spectacles, j’espère que les gens se retrouvent et (qu’ils) puissent faire le même processus. »
Ces dernières années, Guillaume a offert des ateliers, notamment dans des prisons et dans des centres jeunesse. Ce sont « les moments de ma carrière où je me suis senti le plus utile. La personne après fait : Ah, oui, c’est ce que je suis en train de vivre. Souvent, ces gens-là, réagissent plus physiquement qu’avec les mots. Le fait d’avoir les mots, ça les fait avancer ».
Un sixième album
Il présente ces jours-ci son sixième album, La partie de moi qui tremble . Contrairement à son album précédent, De l’autre côté des montagnes, qu’il qualifie de plus communicatif et relationnel, il voit son petit dernier comme plus personnel et intérieur.
« Je suis encore dans ce que j’appelle un panoramique intérieur, de grands paysages, mais là, c’est plus des petits compartiments (…) La partie de moi qui tremble, c’est ce qui est vivant, c’est cette poésie en moi. La partie sensible, ce qui inspire (…) La beauté inutile, mais qui fait que ça devient intéressant de vivre. C’est ça la partie de moi qui tremble. (…) C’est fou tout ce qu’on apprend sur nous à travers les années et il y a des choses qu’on essaie de combattre, qu’on n’aime pas. Mais les cicatrices sont belles. La partie de moi qui tremble c’est aussi ça. C’est laisser ça aller, même si c’est fébrile, même si c’est fragile. »
Guillaume a plusieurs projets pour le futur, entre autres, la littérature et aussi du cyclotourisme à travers le monde. Mais pas question d’aller vivre ailleurs. « En plus de l’inspiration que la Gaspésie m’apporte pour me nourrir poétiquement, je m’y sens vraiment soutenu et ça me donne l’énergie pour faire ce métier-là. »
«Le projet dont je suis le plus fier, c’est toujours le prochain que je vais faire. Ce qui m’allume, c’est d’inventer des choses nouvelles qui seront porteuses d’avenir. C’est ça qui est le plus stimulant pour moi», explique l’homme interpellé sur ce qui le motive et le passionne.
Passage marquant dans la Baie-des-Chaleurs
En venant ouvrir sa clinique dentaire à Carleton en 1985, Yvan Whittom s’engage rapidement dans sa communauté. De 1985 à 1990, il est président fondateur du Centre d’artistes Vaste et Vague. « Il y avait beaucoup d’artistes émergents qui avaient besoin de se regrouper », se souvient-il.
Il fonde, préside et coordonne, de 1989 à 1995, le diffuseur de spectacle Maximum ’90 ainsi que le célèbre Maximum Blues qui prendra son envol en 1993. Comme on le sait, le festival fera vibrer Carleton pendant 20 ans. Mais ce sera ensuite sans Yvan Whittom, qui quitte toujours quand tout est en place, pour de nouveaux défis.
Pendant son passage dans la Baie-des- Chaleurs, il aura aussi notamment été président fondateur du Conseil de la culture de la Gaspésie. Il est également de ceux qui ont jeté les bases du projet du Quai des arts, qui sera construit en 2002-2003 à Carleton- sur-Mer.
«Mais, c’était toujours avec d’autres. Je n’étais jamais tout seul. Il y a bien des idées qui ont émergé avant que j’arrive, précise humblement Yvan Whittom. Le Conseil des arts, c’était bien plus l’idée d’Aurélien Bisson et de Daniel Galarneau», tient-il à souligner. Tout de même, il a plaisir à se rappeler le temps où sa demeure était à la fois le siège social du Conseil des arts, de Maximum ’90 et du Maximum Blues.
L’envers du décor
En délaissant sa profession de dentiste en 1994, puis en quittant la Baie-des-Chaleurs en 1995, Yvan Whittom a envie de voir l’envers du décor. Il prend alors la route avec Kevin Parent pour sa première tournée : Pigeon d’argile , de 1995 à 1997. Puis, il repart avec le groupe Okoumé en 1997-1998.
L’artiste dans l’âme se fait ensuite producteur d’albums : Franchir la nuit de Pierre Robichaud (1755) et Hymne au fleuve de Gilles Bélanger, puis producteur délégué des Films Gilles Carle pour Je pleure, tu pleures , de Chloé Sainte-Marie.
Puis il contribue à la rédaction et à la diffusion des nouveaux programmes de la Fondation Musicaction à travers tout le Canada.
Retour remarquable dans sa ville natale
«Tout d’un coup, je décide de tout laisser, de tout vendre, et de revenir chez ma mère à Chandler.» C’était en 2007. Depuis, Yvan Whittom calcule que ses projets ont suscité des investissements dépassant les 20 millions de dollars. Ainsi, il reconnaît qu’il a carrément révolutionné l’offre récréotouristique dans Rocher-Percé
« Je ne suis pas un artiste, mais j’aime être un artisan du changement». Et la tombée officielle de la vocation industrielle pour Chandler lui donnait toute la place pour du gros changement. « Ils m’ont laissé une très, très grande liberté pour créer. »
D’abord à titre de consultant en développement d’événements, de 2009 à 2011, il donne vie au Chandler Challenge, à Exploration Quad et à Motoneige en musique
« Mais tu ne développes pas une économie juste sur de l’événementiel. Il fallait faire plus que ça», opine celui qui devient, à partir de 2011, agent de développement récréotouristique pour la Ville de Chandler, où l’on souhaite miser énormément sur le développement de l’offre touristique. S’ensuivent le Circuit des bâtisseurs, l’Atelier d’art, la passerelle pour piétons et cyclistes et la rénovation de la salle de spectacle Thomas- Morrissey.
« Pendant que les projets avançaient, les gens disaient qu’il y aurait de moins en moins de monde malade à l’hôpital. Ils étaient convaincus que tout ça allait améliorer la santé des gens. En tout cas, ça leur a redonné le sourire, c’est certain. Pour moi, ç’a été le premier impact. Le plus important, améliorer la qualité de vie et l’estime des gens de la place. »
Selon lui, le Circuit des bâtisseurs fut le point culminant. De faire un élément muséal de la vocation industrielle de Chandler, c’était à son avis affirmer que tout Chandler acceptait de passer à autre chose, de mettre l’industriel bel et bien derrière eux.
«Et de relier Chandler au Parc du Bourg de Pabos et la Base de plein air de Bellefeuille par le chenal a définitivement été l’élément fondateur de la renaissance post-Gaspésia, opine Yvan Whittom. C’est d’ailleurs après ça qu’est apparu, sans surprise, Nova Lumina de Moment Factory », fait-il remarquer. Mais à ce moment, le créateur planchait déjà sur un autre projet.
Pilier du Géoparc mondial de l’UNESCO de Percé
De 2014 à 2017, il est coordonnateur et chargé de la construction et de la mise en opération du Géoparc Mondial de l’UNESCO à Percé. «Le projet ne datait pas d’hier. D’autres y avaient travaillé avant moi», précise encore M. Whittom. Il aura tout de même trimé dur pendant trois ans pour formater, boucler le financement et concrétiser ce projet de 7,5 millions $, devenu le premier Géoparc mondial de l’UNESCO au Québec.
« Le label de l’UNESCO, c’est très important. C’est un gage d’un achalandage mondial pour Percé », se réjouit Yvan Whittom qui, depuis, a déjà deux autres accomplissements à son actif, soit la fusion de Nova Lumina avec le Bourg de Pabos l’an dernier et la réalisation du projet URA, un circuit multimédia qui raconte aux visiteurs dans de petites salles de cinéma installées au bord de la mer, tout plein d’histoires en lien avec l’eau et les naufrages.
URA sera en activité cet été. Évidemment, Yvan Whittom a déjà la tête ailleurs… une histoire de piste cyclable pas comme les autres pour Chandler…
«J’en suis à ma huitième version du projet. C’est parce que je travaille dans l’ouverture et qu’une idée en amène toujours une autre. Mon trip, c’est de prendre toutes ces petites pièces de puzzle imaginées par plein de monde et d’en faire quelque chose de concret, de réalisable. De faire d’une pizza, une marguerite. C’est ça que j’aime faire ! », conclut le créateur d’avenir.
Prix et distinctions
2017 – TEKTONIK (Géoparc de Percé) remporte le Prix NUMIX et le prix Excellence de la Société des musées du Québec.
2014 – Le Circuit des bâtisseurs (Chandler) remporte le prix Attraction touristique aux Grands prix du tourisme gaspésien et obtient une nomination aux Grands prix nationaux.
1995 – Yvan Whittom reçoit le prix Hommage ROSEQ
1995 – Maximum Blues reçoit le Prix gaspésien de l’événement aux Grands prix du Tourisme
1992 – Maximum ‘90 remporte le Félix dans la catégorie «Diffuseur de spectacles de l’année» au gala de l’ADISQ ainsi que le prix RIDEAU catégorie «Diffusion» pour le Réseau d’été de l’Est du Québec.
C’est ainsi que Rose-Hélène Tremblay a conclu notre entretien à la Boulangerie La Pétrie, à Bonaventure, dans le brouhaha d’un samedi matin de mars. Pourquoi commencer par la fin? Parce que celle-ci m’a semblé aussi savoureuse que le café que je sirotais, tout en m’abreuvant des paroles de cette femme on ne peut plus colorée et inspirante.
Le but de l’entrevue était de mieux connaître cette réputée résidente de Saint-Siméon, emprunter avec elle le chemin qui l’a menée à l’écriture et, bien sûr, parler de La Révolution des fleurs , le dernier-né d’une vingtaine d’ouvrages signés de sa main.
La Révolution des fleurs présente ce qui a été, pour son auteure, une amorce où une génération a développé de nouvelles habitudes citoyennes, de nouvelles façons d’être. Il s’agit d’une œuvre regroupant une trentaine d’histoires de gens qui sont allés, comme elle, à contre-courant dans les années 1970, juste après l’autre révolution, celle dite tranquille.
« Nous, on n’était plus du tout tranquilles! On s’est opposé à l’autorité. On a essayé de ralentir la progression de la société de consommation. On n’a pas fait basculer le monde, mais on a ouvert une nouvelle porte, avec un nouveau chemin», dit l’auteure, évoquant entre autres le fait qu’il est possible, depuis ce temps, de vivre avec qui on veut sans avoir à se marier, d’avoir un enfant hors mariage, de revenir à la terre, de choisir l’agriculture bio et tant d’autres pratiques de la contre-culture amorcées à l’époque hippie.
« Maintenant, on a le CHOIX ! C’est ça notre grande réussite. On a offert des alternatives», lance fièrement la révolutionnaire.
Rose-Hélène dit avoir voulu écrire La Révolution des fleurs, pour mieux comprendre cette époque de tous les possibles. Le livre présente une trentaine de témoignages où, sous le couvert de l’anonymat, des gens racontent leur histoire en précisant ce que ça leur a donné d’être sorti des sentiers battus.
«Quand on fait la révolution, ce n’est pas toujours élégant. C’est pour ça que je n’ai pas mis les vrais noms. Je n’aurais pas pu raconter ces histoires personnelles et profondes autrement», esplique l’auteur.
L’enfance de l’art
La petite Rose-Hélène a été très tôt envoutée par les histoires. Même avant d’apprendre à lire, elle était fascinée par les récits de ses grands- parents, dont ceux de sa grand-mère qui lui lisait la bible.
«C’est comme une graine qu’ils ont semée, grand-père pis grand-mère. Après, quand j’ai commencé l’école, je trouvais qu’on pouvait lire des choses dans les livres qu’on ne pouvait pas dire dans la réalité. Apprendre à mettre des mots sur les états d’âme, très tôt, j’ai trouvé que c’était pour moi comme une libération», raconte la femme de lettres.
« Le désir de mettre des mots sur les réalités, ça m’a préoccupée très jeune. Au secondaire, je me suis mise à écrire mon journal. Puis, j’écrivais mes rêves, parce que je rêvais beaucoup. Disons que ça a été le chemin qui m’a amenée à la fiction», se souvient l’auteure qui n’a commencé à écrire des romans que dans la trentaine.
«À ce moment-là, j’ai choisi de faire des romans historiques, parce que j’aime me projeter dans le passé, pour comprendre notre histoire et qui on est», explique-t-elle, avouant, bien humblement et sourire en coin, toujours tourner autour de la même thématique. Citant un auteur qu’elle aime bien, elle explique que, d’après lui, un écrivain n’a que deux ou trois choses à dire et qu’il les répète constamment.
«Je n’échappe pas à la règle, lance-t-elle en riant. J’ai une dizaine de livres derrière moi et quelques autres contes et récits et, je m’en rends bien compte, j’écris toujours la même affaire: ce sont toutes des histoires de guérison, des histoires complexes avec des personnes qui ont des nœuds à l’intérieur d’elles-mêmes et qui, au fil des années, de l’expérience de vie, finissent, ou pas, par dénouer leurs nœuds et ainsi pouvoir se projeter dans le présent, sans porter un bagage qui les alourdit. »
L’œil pétillant, l’auteure avoue d’ailleurs adorer explorer ce qui crée tous ces nœuds et ce qui les dénouent. Aussi, elle est bien déterminée à continuer de nous donner, espérons-le, encore bien des histoires qui sauront transmettre aux générations présentes et à venir, des tranches du passé imprégnées d’un soupçon de résilience et d’une bonne part de résistance.
Auteures et révolitionnaires à la petite école
Quelques jours après ma rencontre avec Rose-Hélène, j’ai eu le plaisir de rencontrer deux jeunes auteures tout aussi pétillantes que leur aînée et qui, à leur façon, font aussi leur petite révolution. Charlotte Drapeau, 11 ans, et Léa Durand, 12 ans, fréquentent l’école Le Bois vivant de New Richmond. Elles verront leur premier livre publié aux éditions Le Point Bleu, à l’automne 2019.
«Les valeurs de notre livre, c’est de bouger, de bien s’alimenter et d’aller à la rencontre des autres », explique Léa.
Passer par la littérature jeunesse pour faire bouger les jeunes, de pousser ainsi les jeunes à contre-courant d’une tendance lourde qui les colle, seuls, devant leur écran, avec de la malbouffe sous la dent, n’est-ce pas là une délicieuse petite révolution ?
Les deux filles ont d’abord écrit ce livre dans le cadre du Grand défi Bâtir ma région. Mais la mère de Charlotte, Caroline Drapeau, a décidé de pousser l’affaire plus loin en dénichant un éditeur. Ainsi, le livre sera sur les tablettes des librairies, cet automne.
De 27 à 54 ans, Mme Gallant a vécu à Valbon, sur la Côte d’Azur. Elle y enseignait l’informatique pour gagner sa vie, mais elle s’est aussi investie intensément sur le plan social. «On dirait que c’est une maladie…», dit-elle avec humour en énumérant à notre demande ses implications là-bas.
Élue municipale pendant 14 ans, elle a aussi été engagée pendant 15 ans, de 1991 à 2006, dans une association de Maisons des jeunes qui a notamment fondé en 1998, un foyer offrant chambres et logements en communauté à prix modique à de jeunes travailleurs. Elle s’est aussi investie de 1999 à 2009 dans la Maison d’économie solidaire, un regroupement d’associations œuvrant dans l’économie solidaire, notamment en France et en Afrique. Finalement, elle a été présidente de 2005 à 2007 d’Alliance Provence, une association qui a développé le principe de la vente directe de produits locaux (système de paniers de légumes bio). «Alors que des groupes de consommateurs existaient déjà autour de Marseille, j’ai lancé le premier groupe dans mon département des Alpes Maritimes, qui en compte aujourd’hui près d’une vingtaine. »
Retour au bercail
Mme Gallant dit avoir eu l’idée de revenir au pays pour prendre un pause de toute cette implication sociale. En 2009, elle s’établit à Saint-Alexis pour se consacrer à sa passion du cinéma et fondera, en 2012, la Maison de production des Plateaux. « J’ai fait trois films localement, dont un qui a rayonné plus largement», dit-elle en soulignant Les métiers de Doré . Sortie en 2015, cette œuvre met en scène Doré Gagnon Belzile, une centenaire d’Amqui, et sa passion pour le tissage qui ne l’a pas lâchée jusqu’à la toute fin de sa vie.«Après Les métiers de Doré, je me suis fait attraper par l’histoire solidaire.
J’avais déjà consenti au projet de journal communautaire Tam Tam que j’ai fondé avec Denise Jalbert en 2011. On peut pas dire non à Denise ! (…) Puis, il m’est arrivé la même chose en 2015. J’avais d’autres projets de films, mais quand un groupe de citoyens m’a approchée, je n’ai pas su dire non».
Un constat qui génère l’action
De 2015 à 2017, Mme Gallant a mené une étude approfondie de la situation de Matapédia et des Plateaux. «Devant mon diagnostic, mon constat, les gens ont réagi en disant : on est sur le bord d’un précipice, il faut qu’on bouge ! ».
C’est ainsi qu’en octobre 2017, était lancée la Table Concert’Action territoire solidaire Matapédia et Les Plateaux. Cette action citoyenne a notamment pour but de renforcer la fierté locale et le sentiment d’appartenance en regroupant les forces vives de chacune des cinq municipalités de Matapédia et des Plateaux. Après avoir mené ce projet à terme, Jocelyne Gallant a tiré sa révérence au moment du lancement officiel de la Table.
« Je croyais bien être sortie d’affaires, dit Mme Gallant à la blague, jusqu’à ce que ma sœur Sylvie m’appelle en juin, pour que je l’aide à lancer la machine pour le Festival des cordes de bois qui était prévu pour septembre, poursuit-elle (…) Ça doit être mon inconscience, mais j’ai encore décidé d’embarquer. »
Préparé en moins de deux mois, le premier Festival des cordes de bois a connu un vif succès. Pas moins de 150 cordes de bois aux formes diverses et originales ont fait jaser, ici comme ailleurs, en plus d’attirer bien du monde. sur les Plateaux dans un véritable défilé qui a duré plus de deux mois. Pour Jocelyne Gallant et toute l’équipe, c’est mission accomplie ! «Le but était de faire participer les gens et de les rendre fiers, de faire rayonner et d’attirer du monde chez nous.
Et on peut dire que ça a vraiment fonctionné (…) Ce que je trouve le plus intéressant là-dedans, c’est que les gens ont beaucoup participé même si, au départ, ils ne pensaient pas pouvoir le faire; ils ont découvert qu’ils pouvaient imaginer des choses et les réaliser et ça, c’est formidable ! »
***
«Sans les autres, on n’arrive à rien!»
Comme elle était à l’extérieur du pays, GRAFFICI a demandé à Mme Gallant de fournir une photo qui la représenterait bien. Quelle surprise de recevoir celle-ci où elle pose au sein d’un groupe, pas vraiment en avant plan. Pourquoi ? : «Parce que moi, je suis quelqu’un qui ne travaille pas toute seule. Sans les autres, on n’arrive pas à faire des projets. Si on arrive à réaliser quelque chose, c’est parce qu’il y a un groupe solide qui se crée. Cette photo de groupe représente la réussite, une base solide. Je me vois au centre du groupe, le cœur du groupe. Mais je ne suis pas seule et je n’ai pas besoin d’être en avant. Ce qui m’importe, c’est de construire des bases solides. »
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C.A. Norton Ltée est une véritable institution à Nouvelle. Le Magasin général ouvert au début du siècle dernier par la famille Frenette a été racheté par Charles Alison Norton, après qu’il ait marié leur fille, dans les années 1940. Au fil des ans, le magasin général s’est transformé en quincaillerie reconnue comme étant « l’endroit où l’on trouve tout ce qu’on ne trouve pas ailleurs », selon un client rencontré au hasard par GRAFFICI.
« M. Norton était un contacteur de Dalhousie. Il est venu s’installer ici, il avait 35 ans », raconte Réjeanne Vallières, mère de Michaël et véritable visage du commerce où elle travaille depuis 55 ans. Elle voit son beau-père comme un visionnaire et un véritable bourreau de travail. Elle précise d’ailleurs qu’il a été présent dans le magasin jusqu’à sa mort, à 95 ans.
Son fils Michaël avait alors 20 ans. Son grand-père lui a tout légué. « J’ai rien demandé, moi, mais ce que je veux, c’est de continuer de garder ça dans la famille aussi longtemps de possible. Il a travaillé dur icitte et je ne veux pas qu’il ait travaillé pour rien », dit Michaël Norton.
Comment y arrivent-ils? « Juste travailler tous les deux 70 heures par semaine », dit Mme Vallières. « Et compter sur de bons employés comme Marc. Marc Leblanc est arrivé ici à l’âge de 19 ans et il est encore ici, il a 53 ans », ajoute-t-elle.
C’est ainsi que l’équipe de C.A. Norton conserve ce qui a fait la notoriété de l’entreprise, soit un service personnalisé et le souci de toujours répondre au besoin du client, quel qu’il soit. « Si on l’a pas, ben on le cherche, on le trouve pis on le commande », dit Mme Vallières, visiblement fière de faire équipe avec son fils dans la poursuite de l’aventure de ce commerce plus que centenaire.
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« Depuis que je suis haute comme deux pommes, je le suivais ici et je savais que c’était ça que je voulais faire… », dit la jeune femme de 26 ans. Elle a fait une technique en gestion de commerce pour revenir vite au sein de l’entreprise familiale où elle œuvre à temps plein depuis six ans. « Je ne suis pas allée à l’université […]. Avec toutes les connaissances que mon père a, c’est lui mon université. »
Denis Leblanc a repris le commerce à la mort de monsieur Gustave il y a 30 ans. Il a lui aussi travaillé avec son père plusieurs années avant d’hériter du commerce. « On a fait ensemble un premier agrandissement du commerce en 1987 », se souvient le propriétaire actuel, encore bien loin de la retraite, mais qui se dit très fier de faire de la place pour sa fille à la tête de l’entreprise.
« Faut savoir se tasser un peu », dit M. Leblanc, sourire en coin. « C’est un très gros avantage qu’elle veuille prendre la relève parce que si elle n’est pas là, on peut penser que ce sera la fin de Meubles Gustave Leblanc. »
« Je crois que ma présence a changé sa façon de travailler », estime Emmanuelle, qui dit être très portée vers le modernisme et les nouvelles technologies. « On est rendus avec des iPads géants pour nos catalogues par exemple. Lui, des fois il met le frein pis c’est correct. Je crois qu’on se complète bien », dit la fille.
Emmanuelle estime, à l’instar de son père, que la pérennité du commerce passe par un service personnalisé. « Il faut faire tout pour rendre l’expérience ici plus intéressante que sur Internet. Conseiller le client, bien cerner son besoin et même se rendre chez lui s’il le faut pour prendre des mesures et bien le conseiller. C’est ce genre de chose qui fait toute la différence », précise Emmanuelle avec l’approbation de son père.
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Le rêve d’enfance de Romain Berthelot est devenu sa réalité et celle de sa conjointe Marie-Claude Boudreau. Depuis huit ans, ils élèvent des bêtes pour faire la vente directe de viande à partir de leur ferme située dans le rang deux à Maria. Leur troupeau, comme leur clientèle d’ailleurs, ne cesse de prendre de l’expansion. Le secret de leur succès? « Une viande presque bio, moitié moins cher qu’à l’épicerie », disent-ils.
Dans la dernière année, 16 vaches et un taureau ont engendré une quinzaine de veaux engraissés à la ferme de façon « presque bio », affirment les producteurs.
« Notre bœuf est pas mal produit en circuit fermé. On a assez de terre et je fais tout mon foin, je fais mon grain aussi et j’engraisse les terres avec mon propre fumier », explique M. Berthelot.
« Tout ce qu’on fait à la ferme, il n’y a aucun engrais chimique. Romain n’arrose pas ses clos, n’utilise pas de pesticides et ne donne pas d’hormones de croissance », ajoute Mme Boudreau.
« Dans les gros élevages aujourd’hui, ils donnent des antibiotiques en continu pour prévenir, poursuit M. Berthelot. Nous, c’est juste quand on n’a pas le choix, pour sauver une bête. Et quand on doit en donner, c’est un retrait pour la viande d’au moins un mois, le temps que ça soit évacué du système. »
Après avoir fait faire boucherie à l’abattoir de Luceville, étant donné l’absence d’abattoir en Gaspésie, la viande revient à la ferme pour être vendue, « deux moins cher qu’à l’épicerie », affirment les producteurs.
« Un bœuf de 700 livres, on va le faire à 5 $/livre s’il est acheté en entier, ce qui équivaut à 3500 $. Si tu vas chercher tout ton bœuf, tranche par tranche à l’épicerie, tu vas facilement mettre le double », soutient M. Berthelot.
Comme peu de gens peuvent dépenser 3500 $ d’un coup et ont de la place pour entreposer 700 livres de viande, Mme Boudreau offre des paniers de 30, de 50 et de 70 livres pour un prix unique de 8,50 $/ livre.
« J’y mets différentes pièces de viandes. Plus le panier est gros, plus je vais ajouter des pièces plus rares, explique la productrice. Comme le filet mignon, j’en ai dans le 50 et le 70, mais pas dans le 30 livres. De la bavette, j’en mets juste dans le 70 livres. Cette façon de faire plaît au client », précise-t-elle.
Mme Boudreau est d’ailleurs fière de voir plus de 95 % de sa clientèle revenir d’année en année, en plus d’entraîner de nouveaux clients dans leur sillage.
« C’est que la viande ne goûte pas pareil. Je suis allée à la Virée [festival de Carleton-sur-Mer] cette année et j’ai fait cuire de la viande hachée et du faux filet. Le monde goûtait et me demandait : qu’est-ce que tu as mis dedans? Je leur disais : « rien ». Ils insistaient pour savoir ce que j’avais mis comme épices. Je leur disais : juste un petit peu de beurre. Le monde capotait. « Mais ça goûte ben bon! », qu’ils disaient. »
Le Verger de la butte à Miguasha compte aujourd’hui 300 arbres destinés principalement à la production de 2500 litres de jus écoulés dans des supermarchés et dans plusieurs restaurants de la Baie-des-Chaleurs.
« Le verger était mature quand on est arrivés, mais la « juterie », comme je l’appelle, n’était pas finie, dit Mme Soucy. On a mis des éviers et on s’est mis aux normes pour continuer dans le jus. On fait aussi du cuir de pomme, du beurre de pomme et là on va se mettre au jus de poire à la demande générale… On offre des portes ouvertes, pour les écoles par exemple, et les pommes moins attrayantes sont vendues pour les chevreuils. C’est certain que pour rentabiliser l’affaire, faut multiplier les activités. »
Le couple voit d’un bon œil l’arrivée de nombreux nouveaux pomiculteurs dans la région. « Ce n’est pas la place qui manque et avec de l’imagination, il y a de quoi faire », estime Mme Soucy.
« Mais celui qui démarre son verger ne peut pas s’attendre à faire des profits avant cinq à dix ans, indique M. Cyr. Faut être patient et il faut de l’argent. Mais c’est surtout les cours qu’il faut suivre […]. Et s’ils peuvent se trouver un mentor, ça aide. Nous, l’ancien propriétaire nous a aidés quelques années et ça a fait une différence, c’est certain. »
La pomme gaspésienne en plein essor
Outre les projets de cidreries en démarrage, il appert que le marché de la pomme en général, qui se portait déjà bien dans la région, connaît un véritable essor ces dernières années.
« Ce qui est clair, c’est qu’il y a de plus en plus de monde qui veut en faire un gagne-pain », observe Stéphane Day, directeur adjoint à la Fédération de l’UPA (Union des producteurs agricoles) de la Gaspésie-Les Îles. La Fédération régionale a vu le nombre de pomiculteurs inscrits passer de trois à sept depuis 2012. C’est sans compter tous les propriétaires et exploitants de vergers non inscrits.
Delphis Porlier est technologue agricole à la direction régionale du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec depuis 35 ans. Il constate aussi une recrudescence de l’intérêt pour la pomme dans la région depuis sept ou huit ans. « Il y a beaucoup de jeunes, des particuliers, qui en font un passe-temps mais qui veulent s’en faire un projet rentable pour leur retraite », dit M. Porlier.
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