le Mardi 22 septembre 2026

Il y a 20 ans, le secteur touristique gaspésien était secoué par un reportage de l’émission s’appelant alors Enjeux, de Radio-Canada, un reportage identifiant certes des forces en tourisme, mais aussi des faiblesses, notamment dans la qualité de l’hébergement.

Comme c’est parfois le cas dans des reportages réalisés par les équipes de Montréal, Radio-Canada ne donnait pas dans la dentelle, mais le constat était juste à plusieurs égards : la Gaspésie avait besoin en 1998 d’un certain dépoussiérage en matière d’hébergement hôtelier.

Dans l’année qui a suivi, le gouvernement québécois a lancé un fonds de 6,6 millions $ destiné à des investissements en tourisme en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine.

Ce fonds a eu l’effet multiplicateur désiré, puisque des investissements privés dépassant 30 millions $ ont suivi. L’hébergement en Gaspésie et aux Îles n’est pas parfait 20 ans plus tard, mais sa qualité a nettement progressé, et le succès touristique des dernières années y est lié en partie.

Revenons à l’agriculture.

Il y a présentement 250 fermes en Gaspésie, générant des revenus de 30 millions $. L’agriculture de la région arrive à une sorte de croisée des chemins. Plusieurs dizaines d’agriculteurs cherchent une relève, le nombre exact étant en évaluation, alors qu’une initiative nommée Arterre cherche à mettre en contact vendeurs et acheteurs.

Le secteur agricole subit la dévitalisation de certains villages où les fermes sont ou étaient concentrées, et c’est parfois l’effritement de l’agriculture qui génère cette dévitalisation. C’est le dilemme de l’œuf ou la poule, pourrait-on dire.

Le marché local et régional est restreint pour les produits s’écoulant dès la sortie des fermes ou après une transformation de proximité. De plus, comme ailleurs, l’agriculture fait face à une pénurie de main-d’œuvre. Enfin, le secteur le plus rémunérateur de l’agriculture gaspésienne, le lait, doit faire face aux assauts des Américains, et des fermes risquent de tomber au combat si la gestion de l’offre est abolie.

Le portrait est toutefois agrémenté de points positifs. Plusieurs producteurs laitiers ont résisté à l’effritement du système de gestion de l’offre au fil des ans en utilisant efficacité et imagination.

Les producteurs bovins du Québec, dont les Gaspésiens, ont passé à travers une crise particulièrement dure au cours de la dernière décennie et leur vaillance les servira encore.

Notre marché local est certes petit, mais la croissance du tourisme et la réputation des aliments gaspésiens devraient constituer des facteurs facilitants pour l’agrotourisme, notamment.

La Gaspésie compte encore des producteurs de pommes de terre très compétents et la région est reconnue pour la qualité de son agneau nourri aux algues. Les Gaspésiens sont d’ailleurs considérés parmi les meilleurs producteurs d’agneaux au Québec et leurs produits sont demandés dans des marchés haut de gamme aux États-Unis.

La Gaspésie est aussi dans le peloton de tête en acériculture. À Gaspé, Sylvain Tapp vend sa choucroute sur le continent. Dans ce cas, la disponibilité des terres agricoles à proximité de son entreprise constitue un frein à sa croissance.

Pendant ce temps, de nombreuses familles se lancent dans de modestes productions sans pour autant aspirer à une exploitation d’envergure.

Ces réalités côtoient la relative indifférence démontrée par la plupart des candidats en campagne électorale pour l’agriculture. On aurait dit que la place prise par les négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain sur la gestion de l’offre ne laissait aucune place à quelque autre réflexion sur des considérations agricoles.

Pourtant, la nourriture que nous mettons sur nos tables devrait nous préoccuper au-delà des allers-retours que nous effectuons dans les marchés d’alimentation. Cette nourriture est le carburant de notre motricité et de notre capacité de penser.

Elle est aussi, ou devrait être, une source de plaisir et de connaissances. La popularité des émissions de cuisine témoigne d’un intérêt certain. Le problème avec l’intérêt, c’est qu’il ne se traduit pas toujours en actions. Pendant que les gens écoutent des émissions de cuisine avec boulimie, ils achètent des plats préparés d’avance dans des usines à caractère industriel.

Il est généralement reconnu que le développement économique d’une région passe par l’augmentation de son autonomie alimentaire. Les fermes ont la particularité de concentrer leurs investissements dans l’économie locale. C’est la base, et bien que la Gaspésie ne dispose pas des meilleures terres agricoles au Québec, elle peut compter sur de nombreux avantages.

Nos terres ont généralement été développées en harmonie environnementale avec les cours d’eau, comme en témoigne la qualité des rivières à saumon qui bordent les surfaces agricoles. Nos sols ne sont pas brûlés par les produits chimiques comme le sont tant d’autres terres agricoles du Québec.

Si l’essor de l’agriculture biologique se poursuit, la Gaspésie est donc bien placée pour en profiter. Il y a de la place pour l’expansion. La population de la terre croîtra, et la demande d’aliments suivra.

Nos politiciens verront-ils ces indices? Auront-ils la volonté de se pencher sur le développement de notre agriculture? Le dernier plan en ce sens remonte au début des années 2000. Il a été reconduit pendant un certain temps mais c’est presque le désert depuis une décennie. L’austérité a aussi fait mal dans ce domaine.

Jusqu’à présent, l’Union des producteurs agricoles de la Gaspésie et des Îles est en mouvement pour déposer un plan de développement de l’agriculture tenant compte des besoins de chaque MRC, et du contexte régional.

Une sensibilisation et une mobilisation de la population seraient certes utiles, à ce stade, peut-être par le biais d’une consultation régionale. On pourrait notamment se servir des marchés publics et des réseaux comme Baie des saveurs pour mobiliser les gens. Autrement, nous avons la possibilité de penser à l’agriculture régionale et à des façons de l’appuyer au moins trois fois par jour.

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Même s’il porte un lourd bilan depuis 2014 en Gaspésie, le Parti libéral profite de son recrutement en présentant deux candidats capables d’être élus.

Il y a toutefois bien deux questions à poser à MM. Whittom et Boulay d’ici octobre. Primo : s’associent-ils au travail de saccage budgétaire, de centralisation et de déstructuration des organismes de développement de la région auquel s’est livré leur parti depuis avril 2014?

Secundo, quelle est la garantie que l’élection d’un ou deux candidats libéraux, dans un hypothétique deuxième gouvernement Couillard, soustraira les Gaspésiens à un autre mandat de coups durs?

Le temps efface parfois des détails importants mais les mots saccage budgétaire, centralisation et déstructuration caractérisent avec justesse le dernier mandat libéral pour la Gaspésie.

Une austérité coûteuse pour la région

L’austérité, amorcée il est vrai par le gouvernement péquiste de Pauline Marois lors du budget de novembre 2012, a privé la Gaspésie de fonds précieux. Il est ardu de chiffrer exactement la ponction de fonds réalisée lors de l’abolition de la Conférence régionale des élus et de l’appui retiré aux centres locaux de développement, mais une somme prudente la situe à 10 millions de dollars par an depuis 2014.

Le budget routier a chuté de 65,25 % dans la région entre 2011 et 2017. C’est en pleine conclusion d’austérité qu’un pilier du pont enjambant la rivière Grande Cascapédia a lâché, 18 mois après qu’une inspection eut détecté un affouillement. L’inspection et la décision de reporter les correctifs sont survenues lors des deux pires années budgétaires de la décennie, en dollars constants. La crue du 8 mai 2017 aurait peut-être causé des dommages même après réfection, mais le doute subsiste.

Lors du budget de mars 2015, le gouvernement a coupé 66 millions de dollars des 180 millions de dollars au volet régional du Fonds de développement des territoires, alors qu’il bonifiait l’enveloppe de Montréal de 111 M$ à 119 M$. Pourquoi ce déséquilibre venant d’un régime tentant aujourd’hui de vanter son bilan régional?

Pourquoi avoir réduit de 900 000$ par an à presque rien entre 2014 et 2017 le budget de la Stratégie d’établissement durable, alors qu’on savait depuis une décennie que la région allait connaître une pénurie de main-d’œuvre? Comment ne pas déplorer l’effet de cette compression sur la perte démographique de la région entre 2011 et 2016, alors que le quinquennat précédent laissait entrevoir une remontée?

En créant les centres intégrés de santé et de services sociaux, l’État québécois a centralisé les pouvoirs de son plus gros ministère dans les mains d’une personne, Gaétan Barrette, au détriment des administrateurs régionaux, et en imposant des initiatives comme Optilab, vouées à l’échec.

On réalise que cette même austérité débouche sur un taux de délabrement de 57 % des résidences publiques de personnes âgées en Gaspésie, la pire fiche au Québec. Est-ce une façon de remercier nos bâtisseurs?

Bien des écoles sont dans un état douteux, et les services aux élèves en difficulté ont aussi beaucoup souffert depuis 2014.

Ce qu’on a mal entretenu hier coûtera bien plus cher à réparer demain. Les « économies » de 2014 à 2018 ne sont que des reports de dépenses, et ils frapperont la prochaine génération. Est-ce une façon d’accueillir la jeune génération?

Démembrement d’organismes
Ce n’est pas fini. Le démembrement des organismes de développement a privé la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine d’une équipe composée majoritairement de jeunes ayant appris à travailler ensemble et à sortir la région d’impasses.

Bien qu’imparfaite, la Conférence régionale des élus constituait le lieu où ont démarré le Réseau collectif de communications électroniques et la Régie intermunicipale de l’énergie de la Gaspésie et des Îles, qui verse annuellement des redevances éoliennes de millions de dollars à nos villes et villages. La RÉGIM, le réseau régional de transport en commun et la Société de chemin de fer de la Gaspésie, sont issus des mêmes efforts de réflexion pour résoudre des problèmes.

Des remue-méninges existent encore mais ils incluent moins d’esprits libres. La Table élargie des préfets constitue un groupe limité pour voir au développement de la région. Le gouvernement du Québec s’est simplifié la vie, et le budget, en supprimant les CRÉ, que Philippe Couillard associait à une structure stérile, un aveuglement idéologique laissant les régions plus démunies pour trouver des solutions.

Comment se fait-il que l’État, bien qu’ayant annoncé 100 millions de dollars, n’ait pas réussi à entamer la vraie réfection du chemin de fer, alors que la moitié du réseau, l’axe Paspébiac-Gaspé, a été construit de 1902 à 1911 pratiquement au pic et à la pelle? Pourquoi des gens supposément intelligents comme Jean D’Amour, Sébastien Proulx et Pierre Moreau, les trois ministres responsables de la Gaspésie depuis 2014, croient-ils bêtement les avis de fonctionnaires de Transports Québec en ce qui a trait à la présumée complexité des réparations à apporter au réseau Matapédia-Gaspé?

Au rythme actuel, le train retournera à Gaspé dans 50 ans. Ce sont ces fonctionnaires qui ont mis en dormance l’axe Caplan-Gaspé alors que la cimenterie de Port-Daniel était en construction et qu’il était prévisible que la croissance viendrait aussi de LM Wind Power.

Pourquoi paie-t-on encore des billets d’avion à des prix stratosphériques?

Les candidats libéraux et, surtout, les ministres qui les accompagneront d’ici octobre, doivent répondre à ces questions.

Ce bilan ne qualifie pas d’emblée les candidats d’autres partis, considérant que la Coalition avenir Québec dispose d’un maigre programme pour la Gaspésie, et que le Parti québécois aurait dû réserver un meilleur sort à Gaétan Lelièvre.

Toutefois, si le Parti libéral et ses représentants continuent d’agir comme s’ils présentaient un bilan enviable, le choix des électeurs pourrait bien être simplifié.

Il fallait pourtant du doigté pour gérer la situation entourant le mammifère marin dont il ne reste que 450 spécimens sur terre.

Au lieu de ça, le ministre Dominic LeBlanc et son équipe roulent des épaules en multipliant les secteurs fermés, comme s’ils voulaient montrer à la face des Américains qu’ils sont plus verts que vert, dans ce pays qui, simultanément, prend tous les moyens pour concrétiser le projet de pipeline Kinder Morgan à l’autre bout du pays, afin d’exporter le pétrole des sables bitumineux.

Dix-sept baleines noires sont mortes en 2017, dont 12 en eaux canadiennes. Un seul cas est indubitablement lié à l’empêtrement dans des engins de pêche de crabier, et un autre cas est probable.

En 2017, ce contexte a incité le ministère à imposer une zone de protection de 14 000 kilomètres carrés. La pêche au crabe y était fermée, mais la saison était pratiquement terminée.

6490 kilomètres carrés fermés dès le 28 avril
Cette année, dès le 27 mars, le ministre LeBlanc a annoncé l’imposition d’une zone dite statique de fermeture de la pêche au crabe des neiges dans le golfe Saint-Laurent. Elle est statique dans le sens où, baleines noires ou pas, sa fermeture entrait en vigueur le 28 avril, sans égard non plus à la date d’ouverture de la pêche au crabe. Ce secteur de 6 490 kilomètres carrés restera fermé toute la saison.

En contrepartie, le ministre LeBlanc s’était engagé à ouvrir la pêche au crabe des neiges dans le sud du golfe Saint-Laurent le plus tôt possible, mentionnant la mi-avril comme objectif.

Lui et son équipe ont lamentablement failli à la tâche. La pêche s’est ouverte le jour de l’entrée en vigueur de la fermeture du secteur de 6 490 kilomètres carrés.

Des efforts semblant bien timides ont été déployés par la Garde côtière pour libérer de glace les ports de pêche de la Péninsule acadienne, une condition obligatoire, semble-t-il, pour que la pêche au crabe dans le sud du golfe Saint-Laurent démarre. Tant que ces havres ne sont pas libérés, la pêche ne peut débuter en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, pour des raisons que le ministère des Pêches et des Océans n’explique pas.

Aucune baleine noire avant le 15 mai
Il est également permis de se demander pourquoi il était pertinent d’établir une zone de protection statique de 6 490 kilomètres carrés si tôt au printemps alors qu’aucune baleine noire n’avait jamais été observée dans le sud du golfe Saint-Laurent avant le 15 mai.
C’est 17 jours après le 28 avril. En 2014 et en 2016, aucune n’a été vue avant le 31 mai. Ce printemps, la première a été vue le 15 mai.

Le plus troublant, dans la « logique » de Pêches et Océans, c’est de ne pas avoir limité les fermetures de sous-zones aux secteurs où les baleines noires étaient aperçues en temps réel.
Pour arriver dans le quadrilatère de protection du golfe Saint-Laurent, les baleines noires n’ont pas volé; elles ont nagé. Elles étaient de plus suivies, comme c’était prévisible, par un ensemble de chercheurs et d’observateurs de mammifères marins. Ainsi, il aurait été beaucoup plus logique d’adapter les secteurs fermés à leur progression.

De plus, en déterminant d’avance et de façon arbitraire le secteur fermé, le ministère des Pêches et des Océans a lui-même instauré des conditions susceptibles d’une part de nuire aux baleines noires, et d’autre part de créer un déséquilibre géographique dans la capture du crabe des neiges.

Les crabiers ont ainsi été contraints de concentrer leurs efforts de pêche autour de la zone fermée. Les baleines ont donc dû franchir ces secteurs à haute concentration en casiers avant d’arriver à la zone protégée, dont elles ignorent du reste l’existence!

De plus, ces mêmes crabiers devront probablement composer l’an prochain, et peut-être au cours des années subséquentes, avec les conséquences de secteurs surexploités, une situation causée par l’incompétence du ministère supposé protéger la ressource.

Mesures bancales
Tout le monde veut protéger les baleines noires. En instaurant une psychose chez les pêcheurs en raison de mesures de protection bancales, Pêches et Océans Canada a probablement perdu ses meilleurs alliés, les gens qui passent le plus de temps sur l’eau.

Cette incompétence de la division de gestion du ministère éclabousse malheureusement d’autres secteurs de Pêches et Océans Canada. Elle témoigne toutefois encore plus d’un seuil élevé de déconnection du gouvernement fédéral à l’égard des citoyens qu’il est supposé servir.

Il y a 30 ans que ce détachement à l’endroit des citoyens sévit, que ce soit en matière d’assurance-emploi, de délestage de responsabilités dans le secteur des transports et maintenant dans la gestion des pêches.

Si les propriétaires de crabiers peuvent sans doute absorber le coup dur d’une année au cours de laquelle ils pourraient ne pas atteindre leur quota, l’insécurité est plus grande chez les membres d’équipage et les travailleurs d’usines.

La polyvalence des usines gaspésiennes de transformation de produits marins viendra sans doute plus aisément à la rescousse des travailleurs d’usines que les propos du ministre LeBlanc à l’effet que son gouvernement s’assurera de qualifier la main-d’œuvre à l’assurance-emploi.

Un État qui n’a toujours pas résolu les problèmes du système de paie Phénix affectant ses propres fonctionnaires depuis quatre ans part avec un déficit de crédibilité.

L’utilisation des mots « défendre » et « mauvaises orientations » est réfléchie ici. Comment désigner autrement l’extraordinaire faiblesse des règlements, des lois et des projets de règlement adoptés ou proposés par les gouvernements de Jean Charest, de Pauline Marois et de Philippe Couillard depuis le début de la décennie 2010?

Comment ne pas écarquiller les yeux de dépit devant le laxisme démontré par ces gouvernements dans la délivrance de permis d’exploration?

Comment ne pas s’incliner, pour vomir, devant la décision du ministre Pierre Moreau, alors qu’il était aux Affaires municipales en septembre 2014, de ne pas appuyer financièrement un village de 160 personnes aux prises avec la firme Gastem, alors que l’État avait déjà appuyé une ville visée par une action en justice initiée par une compagnie de pâtes et papiers?

Gastem appuyé par un état pétrolier ?
Gastem est un petit joueur certes, mais il était appuyé par une gigantesque industrie et même, il est permis de le penser, par le gouvernement Couillard, qui se comporte en état pétrolier depuis avril 2014, quoiqu’il se targue d’être vert.

La poursuite de Gastem était abusive, une évidence dès la signification de l’avis d’action en justice de 2013, alors porteuse d’une intention de réclamer 2 millions $ en dommages et intérêts à un village qui voulait protéger son eau potable. La somme a été révisée à 1,5 million $ en 2014, et de nouveau à 1 million $ en septembre 2017.

Sur la question des hydrocarbures, le gouvernement Couillard, en déposant des projets de règlement ou des projets de loi qu’on croirait dictés par l’industrie pétrolière, se comporte comme s’il croyait que les citoyens allaient finir par s’endormir ou abandonner la partie.

Le rôle déterminant de Ristigouche-Sud-Est
Quoi qu’il en soit, dans 5, 10 ou 20 ans, des gens se souviendront qu’un village gaspésien, mené par François Boulay, un maire courageux, inspiré et inspirant, a joué un rôle déterminant dans l’évolution des mentalités. On parlera de Ristigouche-Sud-Est pour la protection de l’eau comme on parle de Petite-Vallée pour la chanson.

En gagnant sa cause contre Gastem, la municipalité a prouvé une fois de plus à la face du Québec que la Gaspésie, loin de traîner en fin de classement en matière de vision moderne, se situe dans le peloton de tête. Elle l’avait déjà prouvé en énergie éolienne, en transport en commun et en ceinturant son territoire d’un réseau internet à haute vitesse avant bien d’autres régions.
La bataille pour la protection de l’eau potable et la prévalence du bon sens est toutefois loin d’être gagnée.

Dans son verdict, la juge Nicole Tremblay rejette l’indemnisation demandée par Gastem, condamne la firme à rembourser 164 000 $ à Ristigouche-Sud-Est, soit la moitié de ses frais légaux, et précise qu’une municipalité a non seulement le droit mais le devoir de protéger ses champs de juridiction, comme l’eau potable.

Pas encore de la jurisprudence
Ce n’est toutefois pas encore un jugement qu’on peut classer comme de la jurisprudence, c’est-à-dire établissant des balises complètes, parce qu’à l’origine de la cause, en 2013, le gouvernement du Québec n’avait pas encore adopté de règlement de protection de l’eau potable. Un tel règlement a été entériné en 2015. La juge Tremblay ne pouvait donc statuer en fonction d’un règlement qui n’existait pas quand la cause a été instituée. Bref, pour renforcer la jurisprudence, il faudrait un nouveau différend avec une firme exigeant une indemnisation à cause d’un projet supposément avorté par un règlement municipal.

Le règlement québécois de 2015, jugé nettement insuffisant par les experts en protection de l’eau, limite à 500 mètres la distance entre un puits de forage pétrolier et une source d’eau potable. Le règlement de Ristigouche-Sud-Est établit cette distance à deux kilomètres.
On ne sait donc pas comment un tribunal réagirait s’il avait à choisir entre une préséance québécoise ou une préséance municipale, mais le sillon tracé par la juge Tremblay donne beaucoup de poids aux municipalités.

Élection au Québec : espoir et menace
Le contexte électoral représente à la fois un espoir et une menace pour les défenseurs de l’eau. D’une part, près de 340 municipalités représentant 4 millions de personnes, la moitié des Québécois, demandent au ministère de l’Environnement une dérogation pour faire respecter une distance séparatrice de deux kilomètres sans risquer d’aller en cour. D’autre part, s’il fallait que le Parti libéral soit réélu ou que la Coalition avenir Québec accède au pouvoir, les défenseurs de l’eau auront à faire face à un gouvernement agissant en état pétrolier.

Des gens sursautent à la mention d’état pétrolier pour désigner le comportement du gouvernement québécois en matière de règlementation d’hydrocarbures. Pourtant, l’expression est pleinement justifiée : avec un potentiel que les géologues éclairés jugent faible, le cabinet du gouvernement Couillard maximise le risque de dégâts. La CAQ trouve d’autre part que l’accent sur le pétrole devrait être renforcé. Quant au Parti québécois, il a tellement louvoyé en matière de pétrole au cours des dernières années qu’il est difficile de se fier à son programme.

C’est le gouvernement Couillard qui traîne le plus lourd bilan. On l’a vu avec le règlement sur la protection de l’eau potable, avec l’ignoble loi sur la transition énergétique d’avril 2016, qui se présente en réalité comme une ouverture au pétrole, et en septembre 2017 avec les quatre projets de règlement en matière d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures, une invitation à la fracturation.

Allumettes et kérosène
Tout semble taillé sur mesure pour bénéficier à des compagnies pétrolières ayant par contre peine à trouver un embryon de gisement prometteur.

C’est comme si on permettait à des promoteurs de se promener en craquant des allumettes dans une maison où on aurait répandu ici et là quelques litres de kérosène.

Si ce gouvernement était vert, il soumettrait des projets de loi et de règlements modernes, au lieu de brouillons qu’on croirait sortis d’un tiroir fermé en 1950. À six mois du scrutin, c’est une situation difficile à rattraper.

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Quel que soit le parti élu à Québec, la composition du gouvernement changera, et il est à espérer que ce sera pour le mieux. Les gouvernements Couillard, surtout, et Marois, dans une moindre mesure, n’ont pas été de tout repos avec leurs nuisibles politiques d’austérité.

De plus, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau se trouvera vraisemblablement en pré-campagne, puisque des élections sont prévues en 2019.

C’est donc le moment pour les Gaspésiens d’être clairs à l’endroit de leurs élus et des autres personnes en possession d’un pouvoir de décision.

Si la Gaspésie pouvait profiter de cette fin de 2017 pour faire des souhaits en prévision de 2018, quels seraient-ils?

Pétrole : exiger des règlements qui ont du sens

Du ministre des Ressources naturelles Pierre Moreau, maintenant ministre responsable de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, nous pouvons exiger des règlements sur les hydrocarbures qui ont du sens, plutôt que les inqualifiables projets de règlements déposés en septembre et qui laissent la porte ouverte à la fracturation hydraulique, à des forages exploratoires sous les cours et nappes d’eau ou à proximité d’édifices publics, de même que l’éventuelle exploitation de gisements s’y trouvant.

Des excuses de Pierre Moreau 

À ce même ministre Moreau, nous demandons des excuses pour la déstructuration des outils de développement régional que comptait la région avant l’adoption de l’ignoble loi 28 en avril 2015, loi qui a mené à l’abolition de la Conférence régionale des élus et de la plupart des centres locaux de développement, à l’appauvrissement des enveloppes budgétaires consacrées aux jeunes, aux femmes et aux plus démunis, entre autres.

Il était ministre des Affaires municipales en 2014 et 2015, quand cette loi a été planifiée et appliquée, sous le leadership de son collègue Carlos Leitão. Elle porte aussi l’empreinte de M. Moreau, qui a beaucoup à faire seulement en rattrapage pour redonner des outils à la région.

Du concret sur le chemin de fer

Loin de tomber dans l’acharnement, il faudra bien demander à ce même ministre pourquoi son gouvernement niaise dans le dossier ferroviaire. Il y a plus de six mois que le premier ministre Philippe Couillard est venu annoncer 100 millions de dollars pour la réfection du réseau ferroviaire entre Matapédia et Gaspé. Depuis, pas un sou n’a été débloqué à cette fin et personne ne peut dire quand un investissement surviendra dans ce dossier essentiel à l’économie et, éventuellement, à la reprise du transport de passagers par train en Gaspésie.

Un déblocage en Haute-Gaspésie

À nos préfets et des autres élus municipaux, les Gaspésiens sont en droit de demander de retourner l’ascenseur à la MRC de la Haute-Gaspésie, qui a appuyé avec enthousiasme la désignation du chemin de fer comme priorité régionale en 2016, même si elle est dépourvue de ce mode de transport.

Le financement récurrent d’Exploramer, une attraction qui a de nouveau battu un record d’achalandage en 2017, la réfection de la piste de l’aéroport de Sainte-Anne-des-Monts, la réfection de la Maison de la culture de cette même ville et le déblocage d’un bon projet de création d’emplois doivent se réaliser en 2018. La solidarité s’impose ici.

Des jeunes et des immigrants

Le secteur des pêches, le tourisme, la construction navale et la filière éolienne vivent une période particulièrement stimulante depuis quelques années. Pour que cette lancée continue, la Gaspésie a besoin de recruter de la main-d’œuvre puisque des centaines de postes demeurent à pourvoir.

Il existe des programmes pour remettre au travail une partie de la main d’œuvre démobilisée depuis des années, mais cette réinsertion atteindra rapidement ses limites. Il faut donc convaincre des gens établis à l’extérieur de revenir, dans le cas des expatriés, et de venir dans les autres cas, que ces gens soient Québécois, Canadiens ou immigrants. Pour y arriver, il faudra regarnir les budgets dévolus à la jeunesse et à la réception de nouveaux arrivants, mis à mal par l’austérité. Encore là, le ministre Moreau devra jouer de ses influences.

La démographie demeure la question de l’heure, avec les transports. Elle constituera un frein majeur à la poursuite de la diversification économique de la région. Ignorer cette réalité revient à se balancer du sort de la Gaspésie.

L’abandon d’Optilab

Du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, attendons, sans trop retenir notre souffle, l’abandon du projet Optilab, cette centralisation des laboratoires hospitaliers manifestement vouée à l’échec dans les régions rurales.

Éducation : des cours aux petits groupes

En éducation, demandons au ministre Sébastien Proulx, responsable de la région jusqu’au 11 octobre, de se servir d’une partie des surplus de son gouvernement, acquis sur le dos des plus vulnérables, pour accepter que des cours soient donnés même si les groupes d’étudiants sont plus modestes qu’en ville. Le taux de succès est bien supérieur dans ces petits groupes, un gain pour la société.

La réfection du quai de Chandler

Du gouvernement fédéral, il faut souhaiter que la ministre Diane Lebouthillier entende raison afin de militer en faveur de la réfection du quai commercial de Chandler, plutôt que de continuer à semer le doute quant à son utilité et sur l’impact financier de son transfert de propriété. Son état actuel (il est fermé depuis septembre 2016) n’est attribuable qu’à la négligence du palier de gouvernement de la ministre.

Il est temps qu’elle défende les intérêts de la région à Ottawa, plutôt que d’être le porte-voix des décisions fédérales dans la région.

Leur argument revient à dire qu’une petite ville comme la leur n’a pas les moyens de se payer un maire à temps complet. Cette orientation découle de la période houleuse ayant caractérisé le mandat du maire actuel, Roch Audet, qui occupe ses fonctions à temps complet.

M. Audet a été notamment critiqué pour avoir tenté de faire passer des projets trop coûteux, comme celui de la réfection complète de la rue Louisbourg, ramené de 11,3 millions $ à 9 millions $ après son rejet par les citoyens en signature de registre en janvier.

Or, ce n’est pas parce que le maire Audet travaille à temps complet pour la municipalité qu’il a défendu un ou des projets jugés trop coûteux par une majorité de contribuables. Il n’est pas nécessaire de gratter longtemps pour trouver des municipalités menées par des maires à temps partiel ayant proposé et défendu des projets exorbitants. À Carleton-sur-Mer, le projet de reconstruction du quai, à 24 millions $, est mené par un maire à temps partiel, Denis Henry.

Un plus grand éventail d’âges

Les questions les plus importantes à considérer quand des citoyens réfléchissent sur la pertinence d’ouvrir ou non la porte à un maire à temps complet, c’est l’éventail d’âges des candidats potentiels et leur compétence, et non la somme qui sera versée comme salaire.

Dans des petites villes dont la population tourne autour de 2000 à 4000 personnes comme Cap-Chat, Maria, Bonaventure, Paspébiac, Carleton ou New Richmond, la pertinence d’un maire à temps complet se pose donc avec justesse.

La rémunération d’un maire à temps partiel coûtera généralement la moitié, approximativement, de celle d’un maire à temps complet. On parle souvent d’un intervalle de 18 000 à 25 000 $ dans le premier cas, et de 40 000 à 60 000 $ dans le second cas. En équivalence, on tourne autour de 0,25 % à 1,5 % d’un budget municipal annuel.

Essayez l’incompétence!

Le philosophe Normand Baillargeon dit souvent : « Si vous croyez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance ». Le même adage s’applique en politique municipale. Si vous croyez que la compétence coûte cher, essayez l’incompétence!

L’un des principaux défis de la société gaspésienne, c’est de continuer à faire de la place aux jeunes, principalement dans les postes de commandes. Depuis les élections de novembre 2005, les jeunes et les femmes occupent une part croissante des postes dans les conseils municipaux.

Toutefois, l’élan est brisé, notamment à la mairie, parce que peu de jeunes sont prêts à mener de front trois orientations aux fortes responsabilités, à savoir fonder une famille, mener une carrière professionnelle stimulante et occuper des fonctions d’élues ou d’élus municipaux.

S’il y a moyen de fusionner les deux dernières orientations, la carrière et la politique, il faut obligatoirement songer à verser un salaire décent aux élus municipaux, à plus forte raison aux maires.

Jeune ne rime pas nécessairement avec compétent, évolué et dynamique mais comme notre société, à l’exemple de toutes les autres, n’a pas les moyens de se passer d’une abondance de ces trois caractéristiques, il faut élargir le spectre des candidats potentiels, de façon à encourager l’engagement de tous les groupes d’âges.

Surreprésentation des retraités

Présentement, en politique municipale, il y a surreprésentation des gens ayant atteint l’âge de la retraite. La raison est simple : la complexité de l’administration municipale a fortement crû depuis 30 ans, et elle ne se simplifiera pas dans l’avenir.

Voulons-nous vraiment confier notre sort municipal à un groupe dominé par des retraités, parce qu’ils sont les seuls à disposer du temps nécessaire pour remplir les fonctions exigées par ce niveau politique? L’expérience, c’est bien, mais un mélange d’expérience, de vision et d’idées nouvelles, c’est mieux. C’est plus susceptible d’arriver si le pouvoir municipal fait de la place, plus de place à la jeunesse.

Le rôle du leadership municipal prend en outre une nouvelle place depuis les coupes à la tronçonneuse effectuées depuis l’automne 2014 par le gouvernement de Philippe Couillard dans les organismes jadis voués à la planification à long terme et au développement régional, comme la Conférence régionale des élus, qui a disparu.

Ces coupes ont réduit à sa plus simple expression le rôle de la société civile en matière de développement économique, le gouvernement libéral ayant confié aux élus municipaux la tâche de s’occuper des miettes budgétaires laissées à cette fin.

Si les maires sont appelés à jouer un rôle accru en développement régional, ne serait-il pas judicieux alors que la population puisse choisir ses candidats dans un plus grand bassin de meneurs potentiels, incluant les jeunes?

Ces jeunes ne mettront pas leur carrière entre parenthèses pour une pitance de salaire, et c’est compréhensible. Payer de 40 000 $ à 60 000 $ pour compter sur un élu allumé, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement qui se paie quand une seule bonne décision est prise.

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Dernièrement, des gens dela Baiedes Chaleurs se sont fait demander par des recherchistes de Radio-Canada à Montréal de leur trouver un Micmac qui accepterait de jouer torse nu le rôle d’un autochtone accueillant Jacques Cartier en 1534. Il est difficile de faire pire comme cliché.

Pour la même émission, il fallait aussi trouver des costumes traditionnels acadiens pour représenter le peuplement dela Baiedes Chaleurs après la déportation de 1755.

On veut bien comprendre qu’il peut être attachant dans une émission de divertissement de mettre en lumière certains éléments historiques d’une région, mais encore faudrait-il qu’ils soient historiques justement, ces éléments, donc un tant soit peu branchés sur la réalité.

La Gaspésie des cordes à linge

Combien de journalistes ou documentaristes basés en Gaspésie se font demander, voire imposer, année après année, de montrer des cordes à linge dans leurs reportages, pour perpétuer l’image « de pauvreté d’une population qui n’a pas beaucoup de sécheuses »?

Combien de ces mêmes journalistes et documentaristes se font refuser des angles de reportage parce qu’ils ne coïncident pas avec la représentation que les urbains se font de nous?

Quand les journalistes régionaux ne proposent pas ce que les urbains veulent, les grands réseaux dépêchent leurs propres équipes, pas souvent avec de bons résultats.

Il y a une douzaine d’années, une émission de Radio-Canada diffusée à une heure de grande écoute en avant-midi avait fait l’ultime effort de se pencher sur des solutions pouvant potentiellement sortir les régions de leur situation économique peu enviable. Qui avait-on invité pour en parler? L’économiste Pierre Fortin, sous prétexte qu’il avait un chalet à Rivière-du-Loup, et qu’il devait connaître ça, les régions, lui!

Bien qu’économiste compétent et reconnu comme intègre, M. Fortin, après avoir présenté un diagnostic potable, avait maladroitement bafouillé des propos peu cohérents quand l’animatrice lui avait demandé de suggérer des voies prometteuses. Il était visiblement en panne d’inspiration, et de connaissances des enjeux régionaux. Pourquoi l’avoir invité alors?

Même le réputé Michel Nadeau, directeur général de l’Institut de la gouvernance, n’a pu s’empêcher durant l’hiver de donner dans l’excès de raccourci en ondes lors de sa tribune du samedi matin à Radio-Canada en résumant la situation économique des Maritimes au fait que « les pêches sont en chute libre », alors que là comme en Gaspésie, elles vont très bien.

Pour bien des urbains, nous sommes presque tous de pauvres pêcheurs de morue, comme tout le monde le sait. Nous sommes en outre apparemment dépourvus de gens pouvant expliquer les réalités régionales. Qui sait en ville que les pêches commerciales vivent une période faste depuis au moins quatre ans, bien que la morue ne soit pas encore revenue en abondance?

Les urbains n’ont bien sûr pas tous l’esprit obtus. Proférer ce type d’affirmation reviendrait à folkloriser leur réalité comme nous déplorons que certains montréalo-centristes et québéco-centristes le fassent pour la nôtre.

Distorsion chez les médias publics

La situation est minée inutilement par le rôle important que jouent souvent des médias publics comme Radio-Canada et Télé-Québec dans la propagation de distorsions régionales, alors qu’elles ont des équipes sur le terrain pour non seulement produire, mais bien orienter les angles de reportage ou d’émissions. Encore faut-il que ces équipes régionales soient écoutées.

Ces diffuseurs publics devraient pourtant augmenter d’un cran leur intérêt par rapport aux régions. C’est non seulement dans leur mandat, mais c’est une responsabilité éthique, compte tenu du poids démographique des régions. Ce poids diminue, mais il est plusieurs fois plus élevé que la part des nouvelles ou des reportages d’affaires publiques parlant des régions dites rurales.

On aimerait aussi que tous les diffuseurs électroniques privés fassent preuve de rigueur et qu’ils aillent au fond des choses. Ceux qui utilisent les ondes oublient souvent que ces ondes sont publiques. Malgré les immenses possibilités de recherche qu’offre l’internet, la tendance est malheureusement à la superficialité. C’est tellement moins compliqué pour les neurones.

Serait-il d’autre part si compliqué de mettre en relief des éléments présentant la modernité des régions rurales, modernité bien réelle tant au plan des mentalités que de l’utilisation des technologies?

1 % de l’espace médiatique

De récentes études révèlent que la part des nouvelles émanant des régions ou présentant leur réalité n’occupe qu’environ 1 % de l’espace médiatique. C’est bien moins qu’il y a 25 ans. S’il faut en plus que cette réalité passe par le prisme des décideurs de Montréal, on comprend un peu mieux pourquoi nos gouvernants prennent des décisions débranchées des réalités.

Dans ce bourbier, il peut être tentant d’abdiquer et de se dire qu’il sera impossible de renverser les distorsions imposées par plusieurs grands médias. L’abdication n’est toutefois pas une politique valable d’information régionale. L’ouvrage de sensibilisation reste énorme, mais avons-nous le choix de continuer dans cette voie?

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S’il s’agit par contre de centraliser pour le plaisir dans quelques grands laboratoires des analyses présentement réalisées dans une multitude d’hôpitaux et de CLSC régionaux, le ministre Barrette sera satisfait.

Mais il sera pratiquement impossible de faire des économies en ce qui a trait à des régions le moindrement éloignées de Montréal et de Québec. La réalité géographique, qui multiplie les lieux de collecte d’échantillons à analyser, et la navrante faiblesse des moyens de transport, principalement en ce qui a trait à la fréquence des autocars, posent des problèmes organisationnels et financiers considérables.

Si le ministère de la Santé et des Services sociaux s’en remet au service existant d’Orléans Express pour acheminer ses échantillons de Gaspé, de Chandler, de Sainte-Anne-des-Monts, de Maria et de tous les CLSC gaspésiens vers Rimouski, il sera utopique d’analyser et de communiquer les résultats le même jour.

Les patients externes sont généralement appelés à fournir un échantillon pour le laboratoire tôt le matin, afin que le résultat soit obtenu le jour même, parfois le midi. Malgré cette réalité rassurante, les gens de Gaspé, dans le scénario Optilab, verront les autocars partir trop tôt le matin pour que les échantillons soient placés à bord. Le même contexte frappera à Chandler. Les cas de Maria et de Sainte-Anne-des-Monts sont à peine mieux, les autobus passant sur l’heure du midi.

Les échantillons arriveront à Rimouski un peu avant 16 heures. Imaginons le tri de quelques milliers d’échantillons quotidiens venant de multiples lieux, avant de plonger dans les analyses elles-mêmes. Certains de ces échantillons peuvent circuler à la température ambiante, mais d’autres doivent être conservés à une température de 4 degrés, et d’autres doivent rester congelés.

Si, d’autre part, le ministère de la Santé se met dans l’idée d’instaurer son propre réseau de transport, d’où viendront les économies, avec des dizaines de lieux de collecte d’échantillons à couvrir?

Dans tout ce débat, deux choses passent au second, sinon au troisième rang : il s’agit de la qualité des soins aux patients et des conditions de travail du personnel déjà en place.

Considérant qu’à peu près tous les patients voyant leurs échantillons partir vers Rimouski ne seront informés des résultats que le lendemain, comparativement au jour même si l’analyse peut être effectuée dans leur hôpital local, où est le gain pour ces gens?

Considérant toute l’incertitude caractérisant les technologues de laboratoire depuis l’annonce du projet Optilab, tous les retards imputables à un système qui n’est même pas encore conçu, et encore moins appliqué, et les chambardements qu’ils pourraient causer, malgré les paroles rassurantes du ministre Barrette, où est le gain pour le personnel soignant?

Il y aurait environ deux millions d’échantillons de toutes sortes pris sur des patients gaspésiens annuellement. Présentement, 10 % des analyses sont réalisées à Rimouski, Québec, Montréal ou Sherbrooke.

À l’origine, les intentions du ministre Barrette étaient de faire passer la proportion des échantillons envoyés dans les grands laboratoires de 10 % à 60 % ou 70%. Il était moins clair lors de son passage en Gaspésie en mars.

Ce qui est clair par contre, c’est que les patients devront patienter pour avoir leurs résultats d’analyses. Si on assiste à des délais pour le savoir, on verra des délais pour poser les bons gestes médicaux. Cette situation sera particulièrement délicate dans une catégorie d’échantillons désignés comme les « valeurs critiques », c’est-à-dire quand les résultats nécessitent des soins immédiats.

Les laboratoires de nos « petits » hôpitaux traitent ces valeurs critiques tous les jours. Avec Optilab, certains de ces échantillons seront dans la soute à bagages des autocars alors que dans le contexte actuel, le patient serait déjà traité. Pourquoi prendre des risques?

Les médecins auront un gros mot à dire dans le projet Optilab. Ils pourraient faire dérailler jusqu’à un certain point l’initiative du docteur Barrette dans le classement qu’ils donneront aux échantillons de leurs patients, en exigeant une analyse immédiate.

Le ministre de la Santé aurait-il tant à perdre si, pour une fois, il admettait que son plan est mal adapté aux réalités régionales, que son modèle est essentiellement applicable, et encore, quand il y a moins d’une heure de route entre le petit hôpital et le grand laboratoire? A-t-il tant à perdre à admettre enfin qu’il n’est pas infaillible?

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Cet attentisme a déjà mené à des pertes économiques pour des compagnies de la région, et à des pertes sociales et pécuniaires pour tous ceux qui ont besoin de voyager régulièrement entre la péninsule et le reste du continent.

En fait, le désavantage d’avoir un chemin de fer en dormance sur presque deux tiers de sa longueur et handicapé dans son fonctionnement par la capacité portante de certains ponts limite les revenus fiscaux de ce même gouvernement. Ces revenus sont perdus en raison du ralentissement imposé à certaines entreprises, comme Rail GD. L’État se tire dans le pied.

Le ministre responsable de la Gaspésie, Sébastien Proulx, indiquait lors de sa visite des 12 et 13 janvier qu’il fallait faire un choix, à tout le moins dans un avenir prévisible, entre le transport de marchandises et le transport de passagers.

Cette position est indéfendable quand on regarde les chiffres, quel que soit l’angle.

Diverses études réalisées depuis six ans situent le coût de réfection de la voie ferrée Matapédia-Gaspé dans une fourchette variant de 86 millions de dollars à 122 millions.

La plus récente et la plus réaliste de ces études penche pour 86 millions de dollars, notamment en favorisant le recours à la régie interne, un mode économique d’effectuer certaines réparations, comparativement à des appels d’offres.

C’est une somme importante, 86 millions, mais elle doit être replacée dans son contexte. En 2010, Transports Québec a consacré 141,6 millions de dollars pour une seule année dans son réseau routier gaspésien et madelinot. Au cours de la dernière décennie, et en dépit des coupes draconiennes imposées par l’État québécois depuis 2013, ce même ministère a investi 893,5 millions dans ce même réseau routier.

Ne vaudrait-il pas la peine de protéger cet investissement, étant donné que le chemin de fer et la route devraient aussi travailler en complémentarité, et considérant que le rail allège le fardeau infligé aux routes?

Il y a plus. Le contrat obtenu par LM Wind Power pour fournir pendant quelques années des pales à General Electric (GE) vaut des centaines de millions de dollars. En appliquant une règle reconnue à l’effet qu’environ 15 % de l’activité économique se transforme en revenus fiscaux pour l’État, il en résulte que ce gouvernement récoltera beaucoup d’argent dans cette affaire, qu’il regagnerait sa mise. Ne vaudrait-il pas la peine alors de faciliter la tâche à LM, qui demande le transport ferroviaire jusqu’à Gaspé?

LM Wind Power est en concurrence avec des usines de son propre réseau, puisque la firme danoise exploite deux usines de pales américaines, des usines bien plus proches des parcs éoliens texans à rééquiper. L’usine de Gaspé est sans contredit d’une grande efficacité puisqu’elle gagne sur ses « sœurs ». Ne serait-il donc pas normal de l’appuyer avec un transport efficace, plutôt qu’en lui imposant de coûteux frais de transport routier?

La question se passe de réponse. De prime abord, l’attentisme du gouvernement de Philippe Couillard est incompréhensible, puisqu’il est supposé être fort en économie. Toutefois, son comportement à l’égard des régions rurales, et particulièrement envers la Gaspésie, est assez constant depuis le scrutin de 2014. C’est là que l’État a choisi de sabrer le plus fort, en fait d’austérité. Puis, les régions n’ont en général pas voté du « bon bord ».

Ce sont sans doute des facteurs expliquant la frilosité de tous les porte-parole de ce gouvernement sur la question du chemin de fer. Le ministre responsable de la région jusqu’au début de 2016, Jean D’Amour, tout comme l’ex-ministre des Transports Robert Poëti, exagérait systématiquement, et sans fondement, le coût de réfection de la voie ferrée. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage.

Le même Robert Poëti a également adopté la pire stratégie en statuant que la voie sera réparée quand les occasions de transport se présenteront. Ce choix bancal a pour conséquence que les occasions sont là mais que les Gaspésiens sont pénalisés parce que le tronçon n’est pas optimisé.

Alors qu’un programme fédéral d’infrastructures bien garni est disponible, programme auquel Jean D’Amour faisait référence comme source potentielle de financement pour le chemin de fer, Sébastien Proulx dit ne rien savoir de pourparlers avec Ottawa.

Des pays du tiers-monde auraient déjà réglé la question du transport en Gaspésie si leur administration y avait été confrontée. Québec prend plutôt une attitude colonialiste, comme s’il attendait l’imminence de l’élection de 2018 pour arriver en faux sauveur avec une solution inadéquate.

Si quelqu’un connaît la clé pour déverrouiller l’inertie de Québec, il est temps de lever la main!

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Pour une deuxième fois en quatre printemps,le quai de Percé a été fermé par le ministère fédéral des Pêches et des Océans du Canada (MPO) en raison d’un état risquant de poser un problème de sécurité des usagers.

Le Ministère a débloqué des fonds d’urgence pour réparer le quai temporairement. En toile de fond, le MPO cherche depuis des années à se départir de ce quai. Il négocie avec la Ville de Percé un transfert de propriété. Sur papier, le marché proposé semble alléchant. Le ministère fédéral cédera
à la municipalité un quai neuf, quai que la ville de 3 300 habitants devra administrer et entretenir, avec la possibilité – le sens de probabilité est important ici – d’avoir accès à des fonds quand il faudra le reconstruire.

La Ville de Percé ne devrait jamais accepter de devenir propriétaire du quai. Les raisons sont multiples. La réalité climatique changeante, menant à l’intensification des tempêtes, dans le temps et dans l’espace, est la plus importante raison. Ces tempêtes sont de plus en plus fréquentes, et de plus en plus violentes. Elles finiront bien par casser une partie du quai neuf.

Seul un niveau supérieur de gouvernement a les moyens d’en assurer l’entretien. Il est vrai que les gouvernements ne pourront vraisemblablement garder tous les quais au pays. Un premier tamisage a déjà été fait, avec souvent des conséquences malheureuses, parfois nécessaires.

Percé ne peut tomber dans la catégorie des quais sacrifiés. Plus de 60 000 personnes y embarquent à des fins d’excursions chaque année. Et des centaines de milliers de personnes additionnelles y mettent le pied par curiosité, parce qu’il s’agit d’un aimant pratiquement irrésistible. Tant de visiteurs vont marcher sur le quai avant même d’aller à leur hôtel.

Le ministère fédéral a décidé de se départir du quai de Percé parce qu’il n’est pas un quai de pêches commerciales primordial.

Six homardiers le fréquentent sur une base quotidienne pendant un peu plus de 10 semaines.
La valse-hésitation coûte cher. Depuis six ans, Ottawa a injecté 400 000 $ pour garder le quai sécuritaire. Cette somme aurait dû aller à son inévitable reconstruction. Cette année, le contrat s’élève à 34 895 $ pour rendre une partie du quai accessible aux piétons et une rampe d’accès sur trois aux bateaux.

Quand le quai de Percé est endommagé, ce n’est pas seulement l’image régionale qui
en souffre; c’est l’image du Québec et du Canada.

Percé est connue à travers la planète et il est évident que dans n’importe quel pays industrialisé, de même que dans la plupart des pays du tiers-monde, on ne laisserait pas croupir un tel attrait.

La Ville de Percé prend déjà sous son aile la promenade, un autre cadeau empoisonné d’un échelon supérieur de gouvernement, celui du Québec. Ainsi, une petite ville devra entretenir deux infrastructures dont le coût de reconstruction totalisera probablement plus de 30 M$, une promenade et un quai soumis aux « caresses » d’un climat en plein dérèglement.

Le modèle proposé pour financer l’entretien consiste pour le moment à surtaxer les propriétaires de bateaux d’excursions, qui verseraient 300 000 $ par année, puisés à même leurs revenus d’exploitation.

Un quai est un service public. Voyons-nous beaucoup de petites villes installer des postes
de péage pour financer l’entretien des routes?

Le modèle qu’impose une rétrocession abusive à Percé est aussi étriqué qu’un péage. La politique de cession des quais du gouvernement fédéral est allée au bout de son absurdité. Que la gestion des quais, sur une base opérationnelle, revienne à des autorités locales est sans doute souhaitable, quand c’est désiré, parce que l’esprit régional d’initiative est supérieur à ce qu’on peut trouver à Ottawa. Mais le transfert de propriété est illusoire, parce qu’exorbitant.

Ailleurs en Gaspésie…

Sainte-Anne-des-Monts a refusé ce transfert de propriété. Les autorités ont négocié serré avec Pêches et Océans Canada pour obtenir une réfection du quai tenant compte de multiples besoins, comme la pêche, le transport de marchandises, les navires de croisières et la navigation de plaisance, le tout pour moins de 5 M$. Bravo!

À l’autre bout du spectre, Carleton-sur-Mer défend un projet de 23,4 M$, où l’aspect utilitaire du quai à des fins commerciales, pour le transbordement du sel, du bois, de l’acier, des composantes éoliennes ou la réception de navires de croisières, est exclu. Ces activités sont pourtant les seules susceptibles de générer des revenus pour l’administration municipale, qui deviendrait propriétaire de
la partie délaissée par Transports Canada, sans garantie que l’autre propriétaire, Pêches et Océans Canada, y restera longtemps. Ce n’est pas ça, du développement économique régional. Ce modèle obtus n’aurait pas vu le jour si le gouvernement fédéral avait détecté les situations précaires dans lesquelles la rétrocession des quais place des administrations locales.

Le gouvernement de Justin Trudeau a démontré de l’ouverture pour nombre de domaines desquels Stephen Harper, Paul Martin et Jean Chrétien s’étaient retirés.

L’état fédéral doit garder ses quais.

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