La députée gaspésienne a vécu une expérience désagréable du 17 au 19 décembre quand elle est revenue dans sa circonscription pour les Fêtes. Il lui a fallu 48 heures pour se déplacer d’Ottawa à Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Ce périple, qui a débuté en avion, l’a conduite d’Ottawa à Québec et aux… Îles-de-la-Madeleine, parce que le plafond nuageux ne permettait pas d’atterrir à Gaspé.
Elle a dormi aux Îles et l’avion est revenu à Québec au lieu d’atterrir à Gaspé le lendemain, le plafond nuageux constituant toujours un obstacle. Elle a attendu 12 heures avant de prendre le prochain autocar, le seul autocar par jour revenant en Gaspésie, de nuit.
Elle a été renversée à la vue de personnes âgées attendant l’autocar d’Orléans Express passé minuit. Elle est sortie de l’expérience « tellement “raquée” que j’avais l’impression que l’autobus m’avait passé sur le dos ».
Quelle leçon tire Diane Lebouthillier de sa mésaventure d’avant Noël? « On a besoin d’avoir un aéroport où les avions atterrissent en tout temps. On ne pourra jamais avoir du développement autrement. »
Elle fait fausse route. Tout le monde en Gaspésie souhaite bien sûr une amélioration des services aériens et, surtout, une baisse des tarifs. Toutefois, ce problème ne se réglera pas au cours des cinq prochaines années.
À mots à peine couverts, la députée fédérale disqualifie les aéroports de Gaspé et de Bonaventure. Il est clair que son jupon dépasse, lorsqu’elle souhaite que l’aéroport de Grande-Rivière devienne cet aéroport régional, un souhait qu’elle masque derrière la suggestion de réaliser une étude visant à trouver l’aéroport optimal.
Si les compagnies comme Air Canada Jazz et Pascan ont respectivement choisi Gaspé et Bonaventure, c’est parce que les clients s’y trouvent. L’aéroport de Grande-Rivière doit être maintenu et sa piste doit être améliorée, mais il serait utopique d’en faire un aéroport régional, au coût de dizaines de millions de dollars, sans volonté des transporteurs.
On peut aimer ou détester le train. Il n’en demeure pas moins que dans le contexte actuel, les deux autres moyens de transport en commun, l’avion et l’autocar, n’ont pas la capacité de le remplacer.
Dans le cas de l’avion, c’est avant tout une question d’excentricité des tarifs, mais aussi de confort. Même en conditions de billets abordables, nombre d’usagers potentiels ont tout simplement, et légitimement, peur de voler, en particulier dans des appareils de taille réduite. Le nombre d’usagers restera bas.
Dans le cas des autocars, Orléans Express offre à ses usagers des voyages de nuit en provenance de Montréal et de Québec. Ces conditions ne sont pas du tout adaptées aux personnes âgées et aux familles avec des enfants, notamment.
Dans un train, il est possible de marcher, de manger, de prendre une douche, de dormir dans un lit, même si ça coûte parfois assez cher dans ce cas, ou dans un siège. On peut travailler plus aisément sur rails que sur route, même si nos voies d’acier et de bitume pourraient être en bien meilleur état.
Malgré un service très moyen, découlant de décisions administratives douteuses de Via Rail, entre 27 000 et 29 600 personnes prenaient annuellement le train entre 2008 et 2011 inclusivement. C’est un service qui aurait attiré bien plus de monde s’il s’était fait dans le respect de la clientèle gaspésienne. Quand il était quotidien, avant le 15 janvier 1990, plus de 42 000 usagers le fréquentaient annuellement entre Montréal et Gaspé.
Le gouvernement fédéral a le devoir de faire arriver Via Rail au 21e siècle, comme le suggère actuellement la Coalition des Gaspésiens pour l’avenir du train. Et Mme Lebouthillier, malgré ses préférences pour l’autocar et l’avion, exprimées en campagne électorale, a le même devoir d’écouter ses électeurs et leur bon sens.
L’état des modes de transport en commun constitue présentement, et depuis longtemps, un frein au développement de la région. Des signes encourageants de diversification économique se manifestent depuis quelques années. La capacité de ces projets d’éclore plus rapidement dépend notamment de la fluidité du transport des personnes et des marchandises.
Les politiciens doivent accélérer le pas en ce sens. L’État québécois n’a impressionné personne depuis l’accession au pouvoir du gouvernement Couillard en venant en aide trop faiblement aux services d’autocar ou à l’amélioration du réseau ferroviaire gaspésien, qui lui appartient maintenant.
Une intervention réfléchie d’Ottawa en transport ferroviaire, ou en transport en général, mettra de la pression sur Québec pour agir plus significativement, pour le bénéfice des Gaspésiens. Diane Lebouthillier doit appuyer une solution tenant compte de la pluralité des modes d’acheminement de personnes et de biens.
Limiter les options au transport par autocar et par avion, c’est se placer en position de vulnérabilité, c’est laisser la possibilité aux transporteurs d’augmenter les tarifs, faute de concurrence. Nous n’avons pas besoin de ça.
Après tout, c’est la période durant laquelle nous contribuons aux paniers de Noël pour les démunis, un exercice qui a parfois le travers de nous déculpabiliser plutôt que de nous sensibiliser à la nécessité d’agir pendant toute l’année afin d’abolir les déséquilibres collectifs.
Il y a présentement dans la société québécoise amplement d’argent, de nourriture, de biens et de services pour l’ensemble des huit millions de personnes qui la peuplent. Le même constat pourrait sans doute être fait pour la Gaspésie, malgré la faiblesse de certains de nos indicateurs économiques.
Une société doit être jugée sur la façon dont elle traite ses démunis. Sur ce plan, le Québec fait mauvaise figure depuis quelques années, en particulier depuis que nos gouvernements, d’abord celui du Parti québécois, entre septembre 2012 et avril 2014, et plus particulièrement celui du Parti libéral, depuis 20 mois, sont obsédés par le déficit zéro.
Les coupes draconiennes en éducation et en santé, particulièrement en prévention, dans ce dernier cas, entraînent déjà des effets dévastateurs sur les plus démunis et, par extension, sur les groupes qui prennent soin des plus démunis, les organismes communautaires.
Ces organismes, au nombre d’une centaine en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, bénéficient de 12,4 M$ par an. Si le chiffre impressionne, il pâlit rapidement quand on le divise par le nombre d’organismes.
En moyenne, un organisme communautaire doit donc vivre avec 124 000 $ par an pour payer son personnel, son loyer, ses déplacements et défrayer les coûts inhérents à l’offre de services.
C’est très peu. C’est tellement peu qu’un nombre significatif de ces organismes doit fermer ses portes pendant plusieurs mois par année, ou limoger une partie de son personnel pendant des périodes prolongées, ou recourir à des bénévoles au-delà d’un seuil raisonnable.
Des coupes dans le public… qui pèsent lourd sur le dos du communautaire
Le gouvernement de Philippe Couillard se targue de ne pas avoir coupé dans le financement des groupes communautaires. C’est une grossière manipulation de la réalité.
Ce gouvernement a effectivement maintenu ses subventions aux organismes, et il les a même indexées, mais sous le seuil d’indexation de l’indice des prix à la consommation, bref sous le seuil de l’inflation. Cette situation perdure depuis des années. Ainsi, les besoins de la centaine d’organismes communautaires de la région se situent à 25,2 M$ par an, au lieu de 12,4 M$. C’est le double! Et ce calcul, datant de 2010, est déjà périmé. De plus, près de 3,3 M$ du budget de ces organismes communautaires vient directement des Gaspésiens et Madelinots, par le biais de campagnes de financement.
Les coupes de l’État en éducation et en santé forcent donc un nombre considérable de personnes à recourir aux services des organismes communautaires. L’exemple des banques alimentaires, où la clientèle est en nette progression depuis des années, en Gaspésie comme ailleurs, illustre bien cette réalité.
Un nombre croissant de travailleurs ont recours aux comptoirs alimentaires pour joindre les deux bouts. Ce n’est pas normal. Travailler devrait être suffisant pour combler les besoins alimentaires de base.
Dans un monde idéal, les banques alimentaires devraient disparaître. Pour y arriver, il faut attaquer le problème de pauvreté à la source, ce que nos gouvernements ne font pas. Attaquer le problème à la source, c’est hausser le salaire minimum ou accorder un revenu minimum garanti permettant de combler les besoins de base.
Il est vrai que l’État, c’est nous, jusqu’à un certain point, puisque les fonds gouvernementaux viennent irrémédiablement de notre poche.
Avons-nous les moyens de nous attaquer à la pauvreté, plutôt que d’attaquer les pauvres? Considérant que 20 % de nos coûts de santé sont attribuables à la pauvreté, que le budget de la santé s’établit à 33 milliards $ par an au Québec, il serait plus juste de dire que nous n’avons pas les moyens du statu quo.
Que faire? La redistribution de la richesse constitue une piste incontournable, tout comme la sensibilisation de nos élus nationaux à la volonté de la population d’attaquer le problème à la racine, la pauvreté, plutôt qu’une fois le mal bien implanté.
Qui d’entre nous a écrit ou parlé à nos députés, à nos ministres, sur la nécessité de résoudre la pauvreté? Qui peut dire que cette solution, qui requiert au plus 15 minutes, ne fonctionne pas?
La résolution du problème passe par de l’argent et de l’éducation populaire plutôt que par des diachylons sur des maux croissants. En parler et envoyer un mot à nos élus à ce sujet constituerait sans doute la plus belle résolution à suivre au cours du mois à venir.
Le dernier député fédéral représentant une partie de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine au sein d’un gouvernement fut Georges Farrah, et il est loin de s’être distingué, même s’il était expérimenté, à un autre niveau de gouvernement, puisqu’il avait passé 13 ans à l’Assemblée nationale. Son mandat à Ottawa, entre 2000 et 2004, a été marqué par ses absences et par sa déconnexion récurrente vis-à-vis les enjeux régionaux.
Diane Lebouthillier et Rémi Massé sont des novices en politique fédérale. Cette verdeur les incitera sans doute à tenir moins de choses pour acquises.
Toutefois, bien des pièges les guettent. Ils sont membres d’un caucus de 184 députés libéraux. C’est beaucoup de monde à satisfaire. Nommée ministre du Revenu national le 4 novembre, Diane Lebouthillier aura la chance de s’exprimer plus souvent, par sa présence au cabinet.
Par contre, elle en aura plein les bras en début de mandat pour se familiariser avec son ministère, quoiqu’il soit hautement subordonné au ministère des Finances, sans compter la lourdeur des déplacements entre Ottawa et sa région, puis l’apprentissage de l’anglais, auquel elle s’est engagée.
Elle doit aussi réaliser qu’elle a été davantage portée par la vague libérale qu’elle y a contribué. Bien qu’elle ait fait une vigoureuse campagne, elle aurait tort de penser que l’électorat a d’abord voté pour ses engagements. Comme dans bien d’autres circonscriptions, l’électorat de Gaspésie−Îles-de-la-Madeleine a largement opté pour le parti susceptible de mettre fin au règne conservateur, dont le support populaire, faut-il le rappeler, s’est établi à 6,1 % dans la péninsule.
Elle a bien tâté le pouls des électeurs dans le dossier de l’assurance-emploi, un régime abusif dans les régions où il y a une forte proportion de travail saisonnier. Elle s’est engagée à réduire le nombre d’heures requises afin de se qualifier et de couper de deux à une semaine le temps d’attente avant de toucher des prestations.
Mme Lebouthillier, si elle ne l’a pas déjà fait, devra par contre réviser ses autres priorités régionales.
En transport, elle avait amorcé sa campagne en statuant que dans son échelle, « c’était l’autobus avant l’avion, et l’avion avant le train ».
Elle avait le droit de penser ainsi, mais maintenant qu’elle est élue, elle a le devoir d’aligner son action sur la réalité la plus pratique. Tout le monde veut que le service d’autocars Orléans Express s’améliore et revienne à deux allers-retours par jour, des deux côtés de la péninsule. Toutefois, la méthode pour que le gouvernement fédéral appuie le gouvernement québécois et Orléans Express afin de rehausser le service d’autocars reste à trouver, surtout que Québec semble se satisfaire du niveau actuel de desserte, à en croire les ministres Jean D’Amour et Robert Poëti.
Diane Lebouthillier peut bien promettre qu’elle travaillera à la réduction du prix des billets d’avion, mais cela exigera une révolution, et beaucoup de temps.
Or, après 25 ans de compressions fédérales, les Gaspésiens sont pressés. La façon la plus pratique, en sus des services d’autocars, de satisfaire les besoins de transport de la population, c’est de prendre les mesures pour ramener Via Rail à Gaspé, et sur une base quotidienne, comme si on faisait partie d’un pays normal, en 2015.
Utopie? Pas si les gouvernements, tant au fédéral qu’au provincial, travaillent ensemble, ce qui n’est pas acquis. Transports Québec possède maintenant le tronçon Matapédia-Gaspé et sa mise à niveau pourrait coûter environ 100 M$. Considérant l’importance de l’enjeu, pour les passagers et pour les marchandises, la négligence des dernières années et l’imminence d’un important programme d’infrastructures venant d’Ottawa, c’est faisable.
Les déplacements entre la péninsule, Québec et Montréal prennent entre cinq et dix heures, parfois plus. Tout le monde n’est pas prêt à le faire en autobus, de nuit en plus, quand il s’agit de revenir ici. En ce sens, le train est vital.
Les quais, de pêche et commerciaux, prendront aussi beaucoup de place dans l’agenda de Diane Lebouthillier et de Rémi Massé. Si Justin Trudeau est aussi innovateur qu’il le dit, il serait temps que le gouvernement fédéral mette tout simplement fin au processus de transfert de propriété des quais vers les communautés. Ces infrastructures représentent un fardeau financier trop élevé. Il est temps que l’État reprenne en main ses responsabilités et qu’il répare ses quais et ses ports.
Les deux députés devront aussi aiguiser leurs réflexes environnementaux s’ils veulent mener la parade au lieu de la suivre. Cette remarque s’applique toutefois à tout le Parti libéral du Canada, qui reste vague sur certains enjeux, par exemple le transport du pétrole albertain vers le Québec et le Nouveau-Brunswick, question qui touche la Gaspésie.
Le ton de M. Trudeau, depuis le 19 octobre, allège l’atmosphère dans tout le pays. Il lui reste maintenant, de même qu’à son équipe, à livrer ses promesses.
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Depuis l’élection d’avril 2014 du gouvernement de Philippe Couillard, le ministre responsable de la Gaspésie, Jean D’Amour, s’est engagé à trouver une solution à long terme pour Exploramer. Il n’a toutefois pas livré la marchandise en 18 mois au pouvoir.
Il demande maintenant à la direction d’Exploramer de retourner « faire ses devoirs ». Une énième fois. En créant un comité visant à développer un « autre modèle d’affaires ». Démagogue, il insiste sur les 2 M$ obtenus par l’organisme en 12 ans.
C’est de la foutaise. Les devoirs sont faits depuis longtemps. Le ministre D’Amour tente purement et simplement d’acheter du temps, une fois de plus, pour permettre à son gouvernement d’atteindre le sacro-saint déficit zéro, une lubie, et ce de manière outrageuse sur le dos des régions rurales.
Sauver Exploramer ne revient pourtant pas à braquer Fort Knox, la réserve d’or américaine. Exploramer a besoin de 265 000 $ par an de l’État québécois pour boucler son budget. C’est, et l’analogie est frappante pour ce lieu de préservation et de reconnaissance du milieu marin, une goutte d’eau dans l’océan. Cette somme représente 35 % du budget total de 752 000 $ d’Exploramer.
Pourtant reconnue pour son excellence
Fondée en 2004 pour prendre le relais d’Explorama, qui vivotait, l’attraction annemontoise est régulièrement citée en exemple au plan national pour son degré d’autofinancement et la qualité de ses activités.
Elle a remporté le prix d’excellence de la Société des musées québécois en 2008. Le dynamisme de l’équipe est palpable. Et la réponse du public traduit bien cet engagement. De 8500 visiteurs en 2004, l’achalandage est passé à 17 000 personnes en 2009, et à 20 000 visiteurs au cours des dernières années.
Alors, comment expliquer qu’une telle somme d’énergie soit nécessaire pour assurer la pérennité d’Exploramer?
Moratoire sur le financement des musées
Le contexte pour le moins troublant de moratoire sur le financement de nouvelles institutions muséales au Québec constitue l’une des principales explications de l’absence de « déblocage » de fonds récurrents pour Exploramer et un ensemble d’autres musées « reconnus, mais non subventionnés à long terme ».
Le moratoire a été imposé en 2001. Par définition, un moratoire est une suspension temporaire. Quatorze ans ont maintenant passé depuis l’instauration de ce moratoire. C’est du long terme, ça. Les derniers gouvernements du Québec, pourtant à la tête d’une société évoluant dans un milieu nord-américain essentiellement dominé par la culture américaine, n’ont pas réussi à comprendre qu’il faut donner de l’oxygène à la culture pour la préserver et lui permettre de s’épanouir.
En situation non précaire culturellement, mais militairement et budgétairement instable, Winston Churchill, alors qu’il était premier ministre du Royaume Uni, durant la Deuxième Guerre mondiale, avait insisté pour protéger le budget consacré à la culture.
Quand on lui a demandé de couper dans le budget des arts pour l’effort de guerre, Winston Churchill a répondu : « Alors, pourquoi nous battons-nous? »
Le déficit zéro, l’objectif si cher à ce gouvernement libéral, est en train d’étouffer nombre d’initiatives valables, dont l’esprit qui anime l’équipe à la barre de cette institution qui rapporte beaucoup, par ailleurs.
Des retombées d’au moins 6 M$/an en Haute-Gaspésie
La direction d’Exploramer qui estime les retombées de ses activités à 6 M$/an se bat pour du financement récurrent depuis au moins 2009, première année de gestion de crise, alors que le manque à gagner de 265 000 $ a été rendu public. Il découlait notamment du retrait du gouvernement fédéral.
La ministre québécoise responsable de la Gaspésie à l’époque, Nathalie Normandeau, comblait généralement une partie de ce manque à gagner annuel, environ 150 000 $, mais depuis son départ de la politique, en 2011, le degré de difficulté a augmenté pour Exploramer.
Il n’y a pas un seul musée rentable au Canada. Il serait ainsi bien injuste de demander à Exploramer de l’être. Il serait tout aussi injuste de cantonner l’essentiel du financement québécois aux musées urbains, qui reçoivent déjà beaucoup.
En fait, il serait intéressant de voir où cette attraction en serait rendue si le travail dévolu à sécuriser son financement avait été consacré à son développement.
Depuis au moins 2009, le bateau d’excursions d’Exploramer ne suffit pas à répondre à la demande. Comment piloter un projet d’expansion si on n’a pas l’assurance d’être là l’année suivante? Que serait l’achalandage d’Exploramer avec un plus gros bateau? Quel serait son ratio d’autofinancement? Les chiffres seraient sans doute supérieurs à ce qu’ils sont déjà, et ils sont remarquablement élevés, malgré la précarité imposée au musée.
Depuis peu, la ministre de la Culture Hélène David tente de faire baisser la pression en faisant miroiter une nouvelle enveloppe de 1 M$ pour un groupe de musées reconnus, mais non subventionnés à long terme. Y aura-t-il de la place pour Exploramer?
En attendant, l’État québécois joue à la roulette russe. Il émousse l’engagement exemplaire des bénévoles du conseil d’administration et la patience des employés qui, comme tout le monde, aspirent à des revenus prévisibles.
Les excuses et les explications du ministre Jean D’Amour pour retarder un appui à Exploramer ne tiennent plus.
Régionalement, ce gouvernement ne coupe pas dans le gras, il sectionne des artères.
Il complique même l’atteinte de son obsessif et idéologique déficit zéro en mettant en péril ses propres revenus de taxation découlant du tourisme.
Si c’est ça, la « gestion responsable », répétons que nous n’en voulons pas.
DEPUIS LA RÉDACTION DE CE TEXTE DISPONIBLE EN PAGE 8 DU JOURNAL GRAFFICI DISTRIBUÉ CES JOURS DERNIERS, LA DIRECTION D’EXPLORAMER A TENU UNE CONFÉRENCE DE PRESSE POUR ANNONCER LA FERMETURE DU LIEU… AUSSITÔT, DURANT LA FIN DE SEMAINE ET ENCORE CE MATIN, UNE VAGUE DE SYMPATHIES ET DE MOBILISATION DÉFERLE, EN PROVENANCE DE DIVERS HORIZONS, POUR SAUVER LE MUSÉE GASPÉSIEN.
GRAFFICI A FAIT POUR VOUS UNE PETITE REVUE DE PRESSE ET VOUS FAIT ICI QUELQUES SUGGESTIONS DE LECTURE POUR SUIVRE L’ÉVOLUTION DU DOSSIER ET PEUT-ÊTRE CONTRIBUER À LA SAUVEGARDE DU MUSÉE.
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Trois sous et demi par Québécois, ça sauverait le Festival en chanson
PETITE-VALLÉE — Le Festival en chanson de Petite-Vallée connaît de durs moments financièrement, à cause d’un déficit accumulé de 272 000 $. Le problème découle notamment de coupes de Tourisme Québec depuis 2012, et de l’abolition de la Conférence régionale des élus (CRÉ) et du Centre local de développement (CLD), donc de l’idéologie du gouvernement libéral québécois.
Ces deux facteurs ont coûté 105 000 $ au Festival en chanson, à raison de 80 000 $ n’étant pas venus de Tourisme Québec depuis trois ans, et de 25 000 $ non versés par la CRÉ et le CLD.
La baisse des subventions de Tourisme Québec découle du rapport Rozon, qui recommandait de baser l’appui financier sur la taille des événements, un critère désavantageant les régions, banalisant ainsi le rôle de ciment communautaire joué par les festivals.
Ce ne sont évidemment pas les seules raisons expliquant le difficile passage de Petite-Vallée. Au fil des ans, l’organisation du Festival en chanson s’est très légitimement dotée de moyens pour croître, en agrandissant le Théâtre de la Vieille forge et en créant ses camps. Ces camps de la chanson constituent une nécessité pour former les auteurs-compositeurs-interprètes de demain, et afin de garder des jeunes dans le village de 175 personnes, puisque cinq à six personnes travaillent au camp.
En 2013, l’année financière s’est soldée par un déficit de 170 000 $, dont 45 000 $ découlant du camp. En 2014, la saison touristique a été particulièrement ardue dans le secteur de l’Estran, où se trouve Petite-Vallée.
Or, les 1,5 M$ composant le budget du Festival en chanson ne sont pas générés uniquement par l’événement de 10 jours, mais par un assortiment d’activités, dont les spectacles de l’été et du reste de l’année, par le théâtre, dont la pièce Attention, quatre chasseurs, et par des événements et des campagnes de financement à Montréal et en Gaspésie. Ainsi, quand la saison touristique est ordinaire à Petite-Vallée, elle affecte le financement du festival.
Les administrateurs du festival ne sont pas restés les bras ballants devant les écueils des trois dernières années. Le directeur Alan Côté et son équipe ont pris les moyens pour que les camps s’autofinancent, ce qui devrait être le cas en 2015.
La pièce Attention, quatre chasseurs est jouée à Québec tout l’été, ce qui devrait apporter de l’eau au moulin. Cette pièce a rapporté annuellement entre 40 000 et 50 000 $ nets pendant une décennie. Ce pourrait être davantage cette année.
Aussi, le Festival en chanson s’internationalise, et des alliances avec la France, la Belgique et même des francophiles américains vont vraisemblablement apporter encore de l’eau au moulin.
Le déficit pourrait donc être abaissé quand le Festival en chanson fera ses comptes, le 30 septembre. Mais il serait illusoire de croire qu’il sera réduit au point de crier victoire.
Les besoins créés par une infrastructure importante et le fait d’évoluer dans l’un des plus petits villages du Québec constituent d’importants défis pour l’équipe du festival. Le charme extraordinaire du lieu donne beaucoup d’oxygène à l’événement, puisqu’il est plus facile d’y attirer des cerveaux et des bras pour l’été, mais durant le reste de l’année, peu de personnes le tiennent à bout de bras.
Bref, le Festival en chanson a besoin d’aide. À l’échelle de l’axe Mont-Louis – Madeleine – Grande-Vallée – Petite-Vallée – Cloridorme, redresser un déficit accumulé de 272 000 $ semble insurmontable, et ce l’est probablement.
Le reste de la Gaspésie, qui profite notamment de l’École en chanson, et tout le Québec doivent donc contribuer à sauver l’événement.
Mathématiquement, l’équation est simple. Si chaque Québécois verse trois cents et demi au Festival en chanson, le déficit sera effacé dès cette année.
Il faut collectivement sauver un événement qui représente l’un des meilleurs ambassadeurs de la chanson québécoise depuis 30 ans, sinon le meilleur.
Des retombées importantes pour tout le Québec
Le nombre d’artistes issus de Petite-Vallée est hallucinant. Sans ordre particulier, Daniel Boucher, Catherine Major, Patrice Michaud, Guillaume Arsenault, Bernard Adamus, Lisa Leblanc, Vincent Vallières, Louis-Jean Cormier, Marie-Pierre Arthur et les membres des Hay Babies y sont passés depuis 20 ans.
La nécessité de le sauver va toutefois au-delà de la renommée de ses ressortissants. Combien de chanteurs et de musiciens établis, parce qu’ils y donnent des ateliers de formation, en sortent tout aussi grandis que les concurrents d’hier, devenus auteurs, compositeurs et interprètes depuis que la compétition a été mise de côté à Petite-Vallée?
La musique permet minimalement de rendre les épreuves de la vie supportables, quand elle ne constitue tout simplement pas l’une de ses principales sources de bonheur.
Ainsi, peut-on mettre un prix sur les bienfaits générés par l’événement de Petite-Vallée? Probablement pas, mais il est certain que c’est beaucoup plus élevé que 272 000 $.
Combien de villages de 175 personnes peuvent se passer de spécifications géographiques sur leur région quand ils sont mentionnés dans les médias nationaux? Sans doute aucun à l’exception de Petite-Vallée, et c’est le tour de force qu’ont réussi les artisans du Festival en chanson depuis que le Festival de la parenté, son ancêtre, a été créé en 1983.
Il faut conséquemment leur donner les moyens de continuer.
En 11 mois, le gouvernement libéral de Philippe Couillard a réalisé peu d’interventions salutaires en Gaspésie. Il se distingue davantage par des compressions improductives et nuisibles. Le cas du rail pourrait différer.
L’État était dans une situation spéciale. Un groupe mené par Gilles Babin proposait d’acheter la portion du réseau entre Matapédia et Caplan, afin d’y protéger l’activité économique dépendante du rail. Si l’offre avait été acceptée, l’axe Caplan-Gaspé serait resté propriété de la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG), donc des quatre MRC qui l’ont fondée.
Malgré l’intérêt de la «proposition Babin», qui avait l’avantage de payer les 3,6 M$ de créances de la SCFG, la suite aurait été délicate à gérer. Les deux ponts enjambant la rivière Cascapédia ont besoin d’être remplacés ou réparés, une facture, selon le scénario, sans doute située entre 10 et 15 M$.
Comme la proposition privée reposait sur un engagement de l’État québécois à réparer ou reconstruire ces ponts, il aurait été ardu pour le gouvernement de justifier un appui dépassant la somme déboursée par le groupe pour acquérir le tronçon. Transports Québec aurait sans doute pu acheter seulement les ponts dans un tel contexte mais le ministère ne voulait sûrement pas créer ce précédent, en contexte d’austérité.
Québec garantit aussi le maintien des activités ferroviaires entre Gaspé et Percé, où le train touristique L’Amiral roule, généralement pour transporter des croisiéristes, une clientèle qui croîtra en 2015.
Toutefois, en mettant en dormance de façon indéterminée la portion Caplan-Percé, sous prétexte qu’il ne possède pas le potentiel justifiant les réparations importantes sur des ponts situés principalement à Caplan, Saint-Siméon, Port-Daniel et Grande-Rivière, Transports Québec risque de compromettre la viabilité des deux extrémités.
Tant que ce tronçon «dort», le ministère pourrait refuser à la queue leu leu des propositions de transport de fret qui, prises individuellement, ne sont pas «importantes» aux yeux des autorités mais qui, globalement et à moyen terme, le deviendraient.
Par exemple, un gros volume de billes de bois part de la MRC du Rocher-Percé à destination de scieries de Nouvelle et du Nouveau-Brunswick, ou de l’usine Panval, à Sayabec. Ce trafic, si on le juxtapose à un éventuel retour du train de Via Rail ou au transport de pales produites à Gaspé, signifieraient des millions de dollars de revenus pour la Société du chemin de fer de la Gaspésie.
De plus, combien de propositions intéressantes risquent de s’évanouir parce qu’il faudra du temps, des années, entre leur émergence et le délai de réparation des ponts du secteur en dormance?
L’histoire récente du chemin de fer gaspésien nous apprend aussi que tout retard dans la réalisation de réparations des ponts se traduit par l’escalade des frais encourus, un contexte qui rendra encore plus difficile l’acceptation d’un projet de transport pour qu’il soit jugé valable par Transports Québec. On crée un cercle vicieux.
On comprend que la proposition déposée le 2 mars par le ministre des Transports Robert Poëti est perfectible. Il a toutefois été clair au sujet de la «dormance» du tronçon central.
Manifestement, le ministre Poëti a beaucoup à apprendre avant de saisir les caractéristiques du réseau gaspésien. Le 2 mars, il a notamment déclaré que «les chiffres ne sont pas là» lorsqu’appelé à se prononcer sur d’éventuelles réparations entre Caplan et New Carlisle pouvant faciliter la première étape du retour du train de passagers de Via Rail.
Ce train a transporté entre 22 000 et 29 000 personnes par an durant la décennie 2000, alors qu’il se rendait encore à Gaspé, une performance bien supérieure aux trains du Saguenay et de l’Abitibi. Si le ministre Poëti l’ignore, comment convaincra-t-il les autorités fédérales de la nécessité de ramener Via Rail à l’est de Matapédia?
Diverses études réalisées entre 2010 et 2013 ont établi le coût total de mise à niveau des ponts situés entre Matapédia et Gaspé à un intervalle de 93,5 M$ à 107 M$. C’est un montant important, mais il serait bien inférieur si la corvée avait été amorcée par les propriétaires antérieurs et si Transports Québec et le gouvernement fédéral avaient identifié le problème il y a huit ans, quand ils ont financé le transfert du tronçon Matapédia-Chandler dans le giron de la SCFG.
Il est préoccupant de constater qu’en 2007, Québec et Ottawa ont payé 16 M$ à Chemin de fer du Québec, une entreprise défunte, pour cette portion d’un réseau qui avait perdu 95 % de son trafic en huit ans, portion que le Canadien National avait vendu quatre fois moins cher en 1996.
Le ministère des Transports doit proposer un plan progressiste, éviter toute dormance de l’axe Caplan-Percé et réaliser que les marchandises restant sur les routes lui coûteront cher, plus cher que réparer les ponts.
Si le ministre Robert Poëti n’adopte pas un plan progressiste, il devra arrêter d’afficher le ton de sauveur qu’il avait le 2 mars. La balle est dans son camp.
De plus, en étant proférés alors que le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, Pierre Moreau, s’arrêtait en Gaspésie, les propos de M. Dorval ont eu l’effet pervers de faire passer ce ministre pour un défenseur des régions, alors qu’il coupe depuis des mois dans les organismes régionaux, incluant l’aide aux territoires dévitalisés!
En parlant ainsi devant une commission parlementaire dont les travaux portaient sur le développement durable, le président-directeur général du Conseil du patronat évoquait presque dans les mêmes termes le rapport Higgins-Raynauld-Martin de 1970, vantant les mérites de la concentration de population et de l’accent à mettre sur l’économie de Montréal.
Pourtant, la thèse de Benjamin Higgins, Fernand Martin et André Raynauld a prouvé que l’obsession du développement urbain avait débouché sur un retentissant échec, puisque la concentration de moyens donnés à Montréal n’a pas empêché son déclin vis-à-vis Toronto, et que le luxe de moyens conférés à la métropole du Québec n’a pas rejailli naturellement vers le Québec rural, comme le prévoyaient les trois «experts».
Si les 45 ans écoulés depuis ce rapport constituaient une trop longue période pour la mémoire de M. Dorval, il aurait pu se souvenir du tollé soulevé par l’ex-président de la Banque Nationale, André Bérard, qui avait suggéré, au printemps 1995, la fermeture de régions, dont la Gaspésie, n’offrant que du travail saisonnier à leur population. Il avait dû venir s’excuser peu après, à Paspébiac.
Yves-Thomas Dorval aurait pu se souvenir du tollé déclenché il y a 15 ans par l’ex-ministre péquiste David Cliche, qui avait suggéré aux Gaspésiens de prendre exemple sur Laval en matière de dynamisme en affaires. Comble de malheur pour lui, cette déclaration suivait de quelques heures une remise de prix du Concours québécois en entreprenariat au cours de laquelle de jeunes Gaspésiens avaient raflé plusieurs prix nationaux. La carrière politique de M. Cliche a stagné, pour se terminer avant même la fin de son mandat.
Ce qui sidère, et parfois mène à l’impuissance des citoyens ruraux quand ils entendent de pareilles balivernes, c’est qu’ils savent que les ignorants que sont MM. Higgins, Martin, Raynauld, Bérard, Cliche et Dorval ont des auditoires influents, et qu’ils sont des catalyseurs de recul, des agents de sous-développement.
Ils entraînent l’auditoire influençable dans leur ineptie, et provoquent des réactions contre-productives. Quand le Québec rural entend leur discours, il est tentant de proposer de couper les vivres à Montréal et à Québec, que ce soit en denrées agricoles, en produits marins, en bois d’œuvre, en électricité, en aluminium et autres métaux, notamment.
Qui, de Higgins, Bérard et Dorval, tient compte de la saisissante ponction financière et cérébrale pour les régions que représente chaque année l’envoi de dizaines de milliers d’étudiants vers Montréal et Québec, à 12 000 ou 15 000$ par an par «tête»? La note s’élève à quelques milliards de dollars annuellement. N’est-ce pas là une subvention des régions aux grandes villes?
Les produits marins pêchés en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et sur la Côte-Nord alimentent des établissements urbains où ils créent aussi de la richesse.
Quand les régions du Québec accueillent des visiteurs, qu’ils soient nationaux ou internationaux, ils contribuent à la balance commerciale. Et quand des groupes d’Américains, de Français ou d’Italiens viennent en Gaspésie, ils séjournent généralement aussi à Québec et à Montréal.
Depuis 12 ans, la filière éolienne, une revendication de longue date des Gaspésiens, a créé 1 000 emplois dans la péninsule et dans l’est du Bas-Saint-Laurent, mais elle en a généré 3 500 de plus dans le reste du Québec! Ce n’est pas la première fois qu’une initiative gaspésienne profite davantage à l’extérieur de la région qu’ici.
Dans la «pensée Dorval», une logique comptable mal fagotée, comment quantifier le rôle de la culture, en musique notamment, où les Gaspésiens contribuent significativement plus que le suggère leur poids démographique? Faudra-t-il déterminer une échelle «d’unités de plaisir»?
Le fait qu’Yves-Thomas Dorval ait d’abord dit, sans nier l’essence de son message, que ses propos avaient été «maladroits», pour ensuite s’excuser et corriger le libellé de son mémoire, n’a que peu de poids. Il ne s’agissait pas d’une réaction spontanée mais d’un mémoire, écrit, lu, relu et corrigé. Le Conseil du patronat devra vivre longtemps avec ce boulet. Il ne mérite pas mieux.
Ces maires, pas tous, mais une majorité, ont accepté l’idée première du gouvernement libéral de supprimer les CLD et d’assujettir les miettes restantes de leur budget venant de Québec à un contrôle municipal à peu près exclusif.
Parler de « miettes restantes de budget » n’est pas exagéré. Il reste dans l’enveloppe jadis dévolue aux CLD environ 40 % de leur fonds, souvent moins.
Les CLD de la Gaspésie fonctionnaient avec une enveloppe d’environ 800 000 $ par an. La moitié de la somme sert à payer du personnel et l’autre à appuyer des initiatives de développement. Les CLD géraient de plus un portefeuille de prêt approchant 2 M$, portefeuille qui tombe dans le giron des MRC.
C’est l’enveloppe de 700 000 $ provenant de Québec qui passe à la hache. En gros, il reste entre 270 000 $ et 350 000 $. Québec a décidé de confier cette somme aux MRC, et de leur donner finalement le choix de maintenir les CLD. Une fois de plus, le gouvernement Couillard a joué de ruse. Promettant de couper deux bras, il est revenu sur sa décision. Il n’en coupera qu’un.
Globalement, les MRC de la Gaspésie, bref les maires, avaient une occasion de montrer qu’ils avaient un brin de résilience. Symboliquement, et concrètement dans une certaine mesure puisqu’il reste des miettes de budget, tous les CLD auraient dû être maintenus. À ce jour, seule la MRC de la Haute-Gaspésie a résisté en le maintenant, mais seuls les maires et le préfet y siégeront dorénavant.
Ailleurs, on a choisi la « municipalisation » du développement régional. C’est déplorable parce que cette méthode marginalise la contribution de la société civile, c’est-à-dire les gens qui viennent de divers horizons, les entreprises privées, les organismes sociaux, les jeunes, le milieu de l’éducation et de la santé notamment. Or, tout développement significatif et continu ne peut venir qu’en étant inclusif, l’envers de ce à quoi on assiste présentement.
Si la Gaspésie a réussi à se tirer d’affaire en dépit de la déveine qui a fait disparaître ses trois grandes industries entre 1999 et 2005, c’est parce que tout le monde s’est attelé à la tâche, au premier rang des membres de la société civile, notamment par le biais des CLD.
Il y a plus d’une décennie que la région n’a pas été marquée par une grande guerre de clochers. Il est permis de croire que le rôle croissant de la société civile y a été pour quelque chose.
Les maires ne sont pas des freins au développement régional. Depuis 10 ans, il y a eu un dépoussiérage considérable ayant débouché sur l’émergence d’une nouvelle génération d’élus, plus jeunes et aux horizons plus larges. Toutefois, le contexte d’augmentation des responsabilités conférées au palier municipal depuis la réforme Ryan et la réticence de nos populations à rémunérer un maire à temps complet représentent une barrière à l’entrée de jeunes élus. De plus, globalement, les maires d’ici et d’ailleurs sont loin d’avoir prouvé qu’ils avaient les compétences nécessaires pour gérer le développement.
Il est même permis de présumer que plusieurs d’entre eux ont été flattés de voir que Québec leur fait confiance plus que jamais.
Traditionnellement, les maires et le gouvernement québécois dansent un bien étrange tango. Quand ils se croient investis de la nécessité d’accomplir le genre de sale besogne qui se fait présentement au gouvernement québécois, les élus de l’Assemblée nationale tentent d’épargner les maires jusqu’à un certain point.
Par exemple, dans le dernier pacte fiscal, Québec a balancé 300 M$ de coupes dans la cour des municipalités, mais en leur promettant que la renégociation prévue pour 2015 leur réservera d’agréables surprises. Il est assez singulier de constater que Montréal et Québec s’en sont bien tirés dans ce pacte fiscal. Ils ont perdu d’importantes sommes, mais l’État a réglé pour eux le très lourd dossier des fonds de retraite des employés municipaux.
Si le gouvernement tente de prouver à la face du monde qu’il n’est pas trop dur pour les municipalités, c’est notamment pour des motifs électoralistes. Quand arrive une campagne électorale, il est utile pour un gouvernement sortant de compter sur l’appui de maires et de partisans prêts à se mobiliser.
Les changements dans les CLD entreront en vigueur dans les prochains jours. Même si officiellement, quatre des cinq CLD de la Gaspésie seront abolis, il n’est pas trop tard pour que les maires trouvent une place pour la société civile dans la nouvelle façon de fonctionner. Cela constituerait d’une part un exercice d’humilité essentiel, susceptible d’autre part de maximiser ce qui restera dans les modestes enveloppes budgétaires.
Le «travail» de déconstruction des organisations vouées au développement régional amorcé par le gouvernement libéral de Philippe Couillard aura des répercussions déplorables dans les régions du Québec, et pour longtemps. La Gaspésie n’y fera pas exception. Il faudra puiser encore dans nos réserves d’imagination et d’opiniâtreté pour se relever de cette jambette majeure, servie cette fois par l’État québécois, censé aider la population.
Au-delà des détails associés à cette démolition de la Conférence régionale des élus et des Carrefours jeunesse-emploi, et du couperet servi aux Centres locaux de développement, les gens se demandent pourquoi le gouvernement libéral s’en prend à des organisations qui ont donné des résultats non pas parfaits, mais tout de même déterminants dans une région qui a perdu ses trois grandes usines entre 1999 et 2005.
Est-ce l’ignorance qui guide l’État? Le gouvernement libéral semble ignorer que les meneurs socio-économiques de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ont atteint depuis 30 ans un équilibre en matière de dialogue et de discussion, des étapes fondamentales dans l’émergence d’une cohésion régionale. Cette cohésion permet de dissiper les guerres de clochers qui ont souvent nui aux Gaspésiens, et d’instaurer des plans de développement.
Comme le rappelait avec justesse le président de la Conférence régionale des élus (CRÉ), Daniel Côté, à la mi-octobre, qui sait à Québec que cet organisme a été déterminant dans la création du Réseau collectif des télécommunications, une force dans l’accessibilité à Internet haute vitesse et à la téléphonie cellulaire pour une proportion de la population inégalée dans les régions du Québec?
Qui connaît à Québec le rôle joué par la CRÉ dans le sauvetage du chemin de fer gaspésien, une première fois en 1996-1997, alors qu’il s’agissait d’empêcher le démantèlement de l’axe Chandler-Gaspé, et une seconde fois en 2006-2007, pour protéger le réseau Matapédia-Chandler?
Qui sait à Québec l’importance de la CRÉ dans le développement d’un service de transport en commun, le RéGÎM, qui transporte 100 000 Gaspésiens et Madelinots par année vers leur travail et leurs services?
Qui sait à Québec que la CRÉ a constitué le fer de lance de la Régie intermunicipale de l’énergie, l’organisme panrégional qui investit à parts égales avec Invenergy dans un projet, le parc éolien du Plateau 2, qui rapportera au total plusieurs millions de dollars en 20 ans aux villes et villages participants?
Est-ce de l’indifférence? Il est très possible que ces initiatives ayant contribué au développement de la Gaspésie et des Îles laissent complètement froids les membres du gouvernement, ou les mandarins du pouvoir qui «guident» leurs décisions.
Est-ce de l’aveuglement comptable ou idéologique? Ce gouvernement est obsédé par l’atteinte du déficit zéro d’ici 2016, oubliant que le dernier premier ministre aveuglé par l’équilibre budgétaire, Lucien Bouchard, l’a temporairement atteint au prix du pelletage en avant de sommes faramineuses, dont nous payons la facture encore aujourd’hui.
Est-ce une volonté de briser un modèle de cohésion sociale, celle à laquelle la Gaspésie et les Îles est arrivée, parce qu’elle «menace» de constituer une force susceptible d’ébranler le petit royaume des mandarins du pouvoir de Québec et de Montréal?
La déconstruction actuelle découle probablement d’une combinaison d’ignorance, d’indifférence, d’aveuglement comptable et idéologique, de même que d’une volonté de briser la cohésion régionale.
Personne ne prétend que la note de la CRÉ et des CLD approche 100 %. Des erreurs ont été commises dans certains dossiers, mais qui n’en fait pas? Au total, le bilan est positif. Combien de régions ont perdu 1 600 emplois industriels bien rémunérés tout en stabilisant par la suite leur population, leur solde migratoire et en augmentant le taux d’activité de la main-d’œuvre? Au Québec, seule la Gaspésie et les Îles ont réussi pareil exploit.
Ce qu’il y a de particulièrement odieux dans les annonces du premier ministre Philippe Couillard et de ses ministres, dont Pierre Moreau, des Affaires municipales, c’est leur côté démagogue. Bien des citoyens ignorent le rôle des organismes comme la CRÉ, les CLD, les Carrefours jeunesse-emploi et Place aux jeunes.
Combien de personnes savent à quel point le personnel spécialisé de ces organismes peut épauler des entrepreneurs qui n’arrivent pas avec tous les outils requis pour mener leurs projets à terme?
Il est conséquemment assez facile de prétendre, comme l’ont fait Philippe Couillard et compagnie, qu’il faut sabrer les «frais d’administration», dans les salaires, alors que ce personnel fait un travail d’appui fondamental qui n’a rien à voir avec des frais d’administration.
Ce gouvernement ne serait-il pas mieux avisé d’agir avec discernement, et de nous expliquer comment il entend récupérer les milliards de dollars «échappés» par des membres éminents de son cabinet dans la poche d’entrepreneurs véreux, l’essence même du scandale qui a mené à la création de la commission Charbonneau? À moins que la déconstruction actuelle, et le chaos qu’elle crée, ne soit qu’une diversion visant à faire oublier ce scandale.
La centralisation actuelle, parce que c’est bien de ça dont il s’agit, présente aussi le danger de déboucher sur une érosion de la démocratie, par le biais d’une démobilisation de la population. Le gouvernement Couillard calque ainsi le modè
La seule intervention significative de ce gouvernement depuis le 7 avril touche la cimenterie de Port-Daniel. Elle est survenue le 2 juin et elle consistait en un recyclage, avec quelques ajustements, de l’annonce que le gouvernement précédent avait réalisée le 31 janvier précédent. Elle touchait de plus un projet encore controversé à l’échelle régionale et nationale, notamment sur le plan environnemental, malgré de forts appuis dans la MRC du Rocher-Percé et dans les cercles municipaux et commerciaux.
Il est permis de penser que le gouvernement libéral considère avoir réglé le cas de la Gaspésie pour quatre ans avec la cimenterie, alors que tant de dossiers urgents doivent progresser.
On croirait ce gouvernement en panne totale d’idées, ou aveuglé par les étincelles générées par le chantier de la cimenterie, au point de faire abstraction de questions fondamentales en développement régional, comme la mobilité des personnes et des biens.
La Gaspésie a fait des pas de géants pour freiner la saignée démographique qui l’assaillait durant les années 1990 et le début des années 2000. Ses meneurs socio-économiques, les jeunes surtout, ont retroussé leurs manches il y a 20 ans pour faire de la péninsule, une décennie plus tard, la première région dite éloignée du Québec à afficher un solde migratoire positif chez les 25 à 35 ans.
Pour que cette tendance se poursuive, il faut toutefois doter la région d’outils de base, comme un réseau routier décent, un chemin de fer fiable, des aéroports bien équipés et des quais praticables. En sus de ces infrastructures, on doit retrouver des transporteurs prêts à les utiliser.
Or, rarement depuis 50 ans, la situation de la mobilité des personnes et des biens a semblé aussi précaire en Gaspésie.
En six mois, a-t-on vu un ministre de ce gouvernement venir rassurer la population sur la pérennité du service interurbain par autocar, présentement offert par Orléans Express, filiale de Kéolis? La firme joue des bras depuis qu’elle a signifié à la Commission des transports du Québec son intention d’abandonner les deux tiers de ses services à l’est de Rimouski.
Oui, elle perd de l’argent entre Rimouski et Gaspé, jusqu’à 3,6 M$ l’an passé, si on la croit, mais à travers le Québec, elle a fait de l’argent 11 ans sur 12. S’il faut revoir le modèle, qu’on aille s’asseoir avec Kéolis et qu’on négocie. Il est de plus assez singulier que les centaines de milliers de dollars de revenus venant du transport des colis ne fassent pas partie de l’équation.
En six mois, le gouvernement libéral a laissé moisir la situation du chemin de fer gaspésien, en imitant très bien l’ancienne direction de Via Rail, qui semblait trouver tous les moyens depuis des années pour couper ses services en Gaspésie. Transports Québec retarde l’annonce de financement pour réparer les ponts du tronçon Matapédia-Gaspé, en particulier l’axe Matapédia-New Carlisle, la portion la plus susceptible de générer de bons revenus et de maximiser les retombées économiques.
Le ministre des Transports Robert Poëti et le très discret ministre régional Jean D’Amour ont trouvé toutes sortes d’excuses pour ne pas intervenir dans la réfection du chemin de fer, invoquant le retard dans le dépôt du plan d’action de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, l’engagement nécessaire d’Ottawa et l’obligation de soumettre un plan d’affaires.
Pourtant, une moyenne de 13,5 M$ par an a été injectée en 2012 et 2013 dans le rail par les gouvernements libéral et péquiste. On aurait pu comprendre une légère baisse du montant, mais pas un gros zéro. La capacité portante de certains ponts de notre réseau ferroviaire limite présentement le développement de plusieurs entreprises. Est-ce ça, la vision de développement des libéraux?
À quand des tarifs aériens moins chers entre Gaspé et Montréal qu’entre Montréal et Paris? D’autres pays se sont attaqués avec succès à cet enjeu.
L’immobilisme du gouvernement libéral est tel, jusqu’à maintenant, que le ministre Pierre Moreau a tenté de présenter comme une nouvelle positive, les 11 et 12 septembre, un programme d’infrastructures qui se solde par une perte de 7,2 % comparativement au programme antérieur.
En santé et en éducation, il apparaît de plus en plus évident qu’on se dirige vers des centralisations majeures, l’envers de ce dont les régions ont besoin.
S’il fallait donner une note pour caractériser le bulletin de ce gouvernement, elle s’approcherait dangereusement du zéro.
Respect de la vie privée