Toute lutte mettant aux prises des combattants de tailles initialement inégales attire un certain degré d’attention. Celle de Ristigouche-Sud-Est frappe davantage l’imaginaire que la moyenne en ce qu’elle oppose l’une des municipalités les moins populeuses du Québec et le représentant d’une industrie qui a historiquement peu fait pour gagner de la sympathie.
En adoptant en mars 2013, comme des dizaines d’autres municipalités québécoises à l’époque, un règlement pour établir une distance minimale de deux kilomètres entre un forage pétrolier et une source d’eau potable, Ristigouche-Sud-Est a soulevé l’ire de la direction de Gastem, qui prévoyait percer le sol à 100 mètres d’une maison et d’un bras de la rivière Kempt.
Lors du dépôt de son action en justice en juillet 2013, la compagnie a établi que la municipalité lui avait causé des dommages de 1,5 M$. C’est cinq fois et demie le budget du village et un montant susceptible de l’envoyer à la faillite, s’il perd la cause sur toute la ligne.
Le contexte de 2013 était acrimonieux, rappelons-le. La Ville de Gaspé avait sonné la charge pour protéger son eau potable à Haldimand. En décembre 2012, elle avait, dans la mouvance de 70 autres municipalités, adopté un règlement établissant cette fameuse distance de deux kilomètres entre un forage exploratoire et une source.
Il a fallu plus d’un an et demi, et deux gouvernements, pour pondre un règlement québécois situant à 500 mètres la zone de protection.
Dans la lutte entre Gastem et Ristigouche-Sud-Est, deux éléments frappent l’imaginaire. Si la firme voulait forer présentement, le règlement québécois l’empêcherait d’obtenir un permis. De plus, Gastem a vendu ses claims dans le secteur d’Avignon-Ouest à Pétrolia.
En lançant sa campagne de financement pour recueillir 225 000 $ et assurer sa défense contre Gastem, Ristigouche-Sud-Est a éveillé les consciences de milliers de personnes.
Il y a quelque chose d’assez révélateur dans cette campagne, et ce sont les plus petits et les plus grands dons. Une personne requérant l’anonymat a ainsi consacré 10 000 $ à la cause. Mais les petits dons sont aussi déterminants, sinon plus. Des gens versent un dollar, ou 2,30 $, ou 3 $ parfois. Cela veut dire que des enfants, ou des adultes fauchés, considèrent tout de même important d’appuyer le village.
Pour cette raison, parce que l’appui vient de milliers de personnes, et parce que ce mouvement est sur le point de s’étendre bien au-delà des frontières québécoises, il arrivera sans doute un moment où les positions de Gastem et du gouvernement québécois seront intenables.
Gastem, même si elle est loin d’être une multinationale, voit son image corporative passablement écorchée dans le contexte actuel, les compagnies pétrolières n’ayant au départ qu’un très faible capital de sympathie publique.
En refusant, pour le moment du moins, d’appuyer financièrement Ristigouche-Sud-Est dans sa cause en Cour supérieure, le gouvernement québécois se place politiquement en état d’infériorité. Sa majorité à l’Assemblée nationale lui donne de la marge de manœuvre, mais la cause pourrait n’être entendue qu’en 2016.
Ce gouvernement, qui risque d’être fort impopulaire en coupant un peu partout dans les services, n’a et n’aura nullement besoin de montrer une insensibilité vis-à-vis une cause aussi importante que la protection de l’eau. Il serait mieux avisé de tenter de jouer les médiateurs, malgré le doigté que requiert une intervention dans une cause déjà signifiée à un tribunal.
Autre mauvaise nouvelle pour l’État, l’appui à Ristigouche-Sud-Est vient aussi de centrales syndicales, comme le Syndicat des professionnelles et des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Son président Richard Perron a exprimé son appui de vive voix au maire François Boulay, le 7 septembre. Aux 5 000 $ du syndicat s’ajouteront des dons individuels de membres, suivant l’invitation de M. Perron.
En expliquant les motifs de son don, le président du SPGQ a servi une leçon de citoyenneté au ministre des Affaires municipales Pierre Moreau en statuant que «tant par ses principes que par ses objectifs et ses méthodes d’action, le SPGQ apporte sa contribution à l’édification d’une communauté humaine solidaire dans le respect de la liberté, de la dignité, de l’égalité, de la justice et de la fraternité».
Le SPGQ, comme d’autres donateurs, n’a aucun bénéfice à retirer de sa contribution à Ristigouche-Sud-Est, où il n’a probablement aucun membre.
À la limite, l’État québécois, en plus de faire preuve de civisme, aurait un intérêt politique à intervenir dans le dossier Gastem. Saura-t-il le voir?
Depuis quelques années, les gens ont changé leur façon de voyager et la planification par le biais d’outils comme l’ordinateur, la tablette électronique et le téléphone intelligent prennent une place prépondérante. Ce serait toutefois une erreur de ne plus compter sur l’être humain pour diffuser des renseignements.
Dans cette optique, la sauvegarde du bureau d’information touristique de Pointe-à-la-Croix devrait s’inscrire dans l’échelon supérieur des priorités du secteur touristique du sud de la Gaspésie et, dans une perspective plus large, de toute la péninsule.
Présentement, le bureau d’information de Pointe-à-la-Croix vivote. Le 15 juillet, seulement 13 400 $ des 35 000 $ nécessaires à son ouverture quotidienne jusqu’en octobre étaient dénichés. Bref, la Chambre de commerce de la Baie-des-Chaleurs, qui l’exploite, n’avait assez d’argent que pour en assurer l’exploitation jusqu’à la mi-août, dans un contexte d’ouverture couvrant une période de neuf heures par jour.
Le bureau de Pointe-à-la-Croix a ouvert le 1er juillet. Dans les faits, et considérant la présence de tourisme européen au printemps, c’est deux mois trop tard. Cette ouverture est survenue grâce à des interventions in extremis du député de Bonaventure Sylvain Roy, pour 5 000 $, d’une somme semblable de la MRC d’Avignon et de 3 400 $ versés par Service Canada, pour l’embauche d’un seul étudiant.
Cette situation de sous-financement s’est produite à quelques reprises depuis son ouverture il y a une quinzaine d’années. Cette fois, elle a été déclenchée par une décision de l’ex-ministre délégué au Tourisme, Pascal Bérubé, qui y a retranché une somme de 30 000 $. La coupe budgétaire a été accompagnée du retrait des ordinateurs.
L’achalandage au bureau de Pointe-à-la-Croix est élevé, l’un des trois plus élevés en Gaspésie, même en situation d’horaire tronqué qui le désavantage sur le plan statistique. En 2009, 22 000 personnes s’y sont arrêtées, et 11 500 pendant trois mois et demi en 2013. À titre comparatif, le bureau de l’ATR à Mont-Joli en a reçu 12 500 en 2013, en douze mois !
Situé au coin du boulevard Interprovincial et de la route 132, ce bureau est placé stratégiquement pour recevoir le flot régulier de visiteurs entrant en Gaspésie par le Nouveau-Brunswick. Ces visiteurs ont soit entamé leurs vacances dans les Maritimes, soit pris la route passant par Edmundston et Saint-Quentin, en provenance du centre du Québec ou des États-Unis.
Il est permis de penser qu’une ouverture à raison d’une douzaine d’heures par jour pendant quatre mois, et un horaire d’une dizaine d’heures par jour pendant six semaines, divisées aux extrémités de saison, vaudrait encore près de 20 000 visiteurs à Pointe-à-la-Croix.
Ces visiteurs arrêtent pour plusieurs raisons. Ils voyagent de façon plus traditionnelle, ils ne peuvent trouver ce qu’ils cherchent sur le web ou ils optent pour le « facteur humain ». Ils veulent parler à des gens de la place, pour découvrir des lieux qui ne sont pas touristiques à l’évidence, mais qui valent le déplacement, des petits secrets hors des sentiers battus qu’ils rapporteront comme des trésors dans leurs bagages.
Ce sont ces trésors, généralement communiqués de bouche à oreille, qui font revenir les gens.
Ce sont les bons conseils d’un préposé à l’accueil qui feront découvrir les meilleures tables aux visiteurs. Si on s’appuyait uniquement sur les conseils dénichés sur internet, la plupart des restaurants de la planète seraient uniques!
Considérant la situation frontalière de Pointe-à-la-Croix, il est clair que Tourisme Québec doit revenir sur la décision du ministre Bérubé et doter le bureau d’information de Pointe-à-la-Croix de ressources financières dignes d’en assurer une exploitation respectant le principe du bon accueil sur une plage horaire satisfaisante.
Ça prend à peine quelques dizaines de familles satisfaites pour laisser dans la région des retombées de 30 000 $. Si on prend en considération le fait qu’il y a moyen de satisfaire des milliers de familles, la décision de pourvoir suffisamment les installations de Pointe-à-la-Croix est facile à prendre.
La nécessité de doter ce bureau d’un meilleur financement devrait aussi échoir aux MRC d’Avignon, de Bonaventure et du Rocher-Percé, les autres grands bénéficiaires des services rendus à Pointe-à-la-Croix.
Les touristes viendront quand même, bureau ou pas? C’est le genre de laxisme qui crée des chutes lentes, mais durables d’achalandage, chutes qui sont si difficiles à inverser. C’est le genre d’attitude qu’il faut éviter en tourisme. La stagnation et le déclin ne sont pas des solutions pour la Gaspésie. Il faut monter. Les ressources nécessaires à Pointe-à-la-Croix sont dérisoires si on tient compte des avantages qu’elles procureront.
Respect de la vie privée