Lire la première partie du dossier : Avez-vous gardé votre fiole de pétrole?
Dix ans après la publication du dossier Pétrole : avons-nous le contrôle?, la situation a évolué mais « il reste encore du chemin à faire », estime le président du Conseil régional de l’environnement de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine (CREGÎM), Steve Pronovost.
Le dossier de 2010 pointait le manque d’information offerte : « il a fallu aller chercher les réponses pendant les dix années suivantes, dit-il. Tout le monde a appris : les élus et la population, les entreprises. »
« Côté élus, la Ville de Gaspé a pris les devants fin 2012 pour protéger son eau potable en adoptant un règlement qui instaurait une distance minimale entre sources et forages », rappelle M. Pronovost. Un règlement que Gaspé a d’ailleurs dû défendre en cour, tout comme Ristigouche Sud-Est contre Gastem, plus récemment.
Des citoyens se sont mobilisés, à travers divers groupes qu’ils ont créés, pour ensuite questionner, revendiquer et parfois même occuper des sites de forage, comme à Galt, près de Gaspé, en 2017 et 2018. « Sans ces mobilisations, le sujet passerait plus souvent sous silence », croit le président du CREGÎM.
« Même si, en 2010, les firmes actives en Gaspésie insistaient sur leur propriété québécoise, les relations avec le milieu laissaient parfois à désirer », juge M. Pronovost. Il se souvient notamment que l’enthousiaste président de Pétrolia, André Proulx, n’avait « pas toujours le tour ». « Les compagnies pétrolières ont appris à améliorer leurs communications », estime le président du CREGÎM.
Autre changement depuis 2010 : ces firmes québécoises sont passées à d’autres intérêts, parfois extérieurs. Pétrolia a fusionné avec la compagnie albertaine Pieridae. Junex est passée à Cuda, aussi basée à Calgary, avant que son actif québécois revienne à Ressources Utica, une firme domiciliée dans la province, mais dont l’actionnaire majoritaire est en Autriche.
« La Gaspésie était un peu un cobaye dans le domaine du pétrole en 2010 et l’est encore », croit M. Pronovost. La région n’a toujours pas été l’objet d’une évaluation environnementale stratégique, au contraire d’Anticosti. Sauf pour les environs d’Haldimand, à Gaspé, l’étude hydrogéologique sur l’ensemble du territoire reste à faire. « Un manque flagrant », juge M. Pronovost.
Côté réglementation, « on a avancé mais pas suffisamment », ajoute le président du CREGÎM. « Les lois et règlements ont été mis à jour, il y a plus de restrictions, mais il reste un préjugé favorable envers les compagnies. Les bénéfices économiques souhaités font qu’on ne met pas trop de bâtons dans les roues des entreprises. Il y a un manque de courage politique. »
Un mot d’ordre a pris sa place peu à peu dans le discours public : la transition énergétique. « L’idée de diminuer notre dépendance au pétrole prend beaucoup de place. Pour les projets énergétiques, on se demande si on en a vraiment besoin. On se questionne sur les coûts et les bénéfices », illustre M. Pronovost.
La notion d’acceptabilité sociale a aussi pris de l’importance : « On en est plus conscients, mais elle reste à définir, selon de quel côté de la clôture on est. »
Le président du CREGÎM observe que le pétrole gaspésien est « moins un enjeu » puisque certains projets semblent être sur la glace. Une situation en partie due aux bas prix actuels du pétrole, analyse-t-il.

En 2010, le dossier Pétrole : avons-nous le contrôle? a joué un rôle dans le réveil de l’opinion publique sur les hydrocarbures, en particulier sur les risques environnementaux et les retombées locales.
Les Québécois découvraient les techniques modernes d’exploration et le retard de leurs règlements face à ces réalités. Mais en Gaspésie, le sentiment dominant était encore une confiance joviale dans les firmes qui exploraient alors le sous-sol.
Pétrolia distribuait avec fierté des fioles de pétrole gaspésien comme objet promotionnel. Pendant de longues années, la mienne a résisté à ma volonté de faire le ménage. On ne vide pas du pétrole dans le lavabo et on ne le jette pas aux ordures non plus. Quant à me pointer à la collecte des résidus domestiques dangereux avec quelques millilitres d’or noir, j’avais un peu peur du ridicule.
Les méthodes qui avaient permis de récolter ce pétrole gaspésien étaient peu connues en 2010. Les journalistes se faisaient dire par des décideurs locaux, et même par des organismes environnementaux, qu’ici, on se contentait de prélever des « carottes » de sédiments. J’ai commencé ma recherche en doutant moi-même qu’il y aurait la moindre chose nouvelle à dire sur un sujet aussi inoffensif.
Finalement, il y avait beaucoup à rapporter. Les entreprises actives en Gaspésie ne pratiquaient pas la fracturation, mais certaines y songeaient sérieusement. L’injection d’acide avait déjà été expérimentée dans certains puits, notamment à Haldimand. Les élus locaux étaient laissés dans l’ignorance partielle ou totale, tout comme la population. Des résidents avaient appris qu’on creusait près de chez eux en entendant le bruit de la foreuse. Le pétrole extrait à l’étape de l’exploration l’était sans redevance aucune. Et la Loi sur les mines permettait toujours d’exproprier des habitants à l’étape de l’exploration, même si la pratique n’était pas utilisée.
Bref, ma fiole de pétrole gaspésien prenait tout d’un coup une allure un peu plus controversée. Je savais que le contenu de mon dossier irriterait les firmes d’exploration. Il ne fallait laisser aucun espace à la critique en ce qui concerne les faits rapportés. J’avais multiplié les entrevues et les vérifications. Je me rappelle avoir sollicité un enseignant de chimie du cégep et avoir visité ma quincaillerie pour mieux comprendre à quoi correspondait la concentration d’acide chlorhydrique dans les liquides d’acidification.
J’avais fait sonner le téléphone à maintes reprises chez les firmes, sous-question après sous-sous-question. J’avais attendu des réponses de ministères qui livraient l’information au compte-gouttes et demandaient à recevoir mes questions par écrit, une pratique encore très utilisée aujourd’hui.
Restait à illustrer le dossier à la Une avec panache. Ma rédactrice en chef, Maïté Samuel-Leduc, a même joué les figurantes sur un site de forage dont le photographe Jacques Gratton avait tiré le maximum, malgré le caractère peu photogénique du lieu. Notre graphiste Marilou Levasseur avait aussi fait des miracles pour disposer un contenu très dense de manière intelligible.
Ce travail en avait valu la peine. Je peux compter sur les doigts d’une main mes textes qui ont fait autant réagir en 17 ans de métier. Des citoyennes sont entrées dans mon bureau pour me dire, en substance, « ça n’a pas d’allure, qu’est-ce qu’on fait, Geneviève? » On m’a aussi posé la question dans des entrevues radio sur le dossier. La seule réponse possible, pour une journaliste : notre travail est de vous informer. Ma part est donc faite. Si vous voulez que ça change, c’est à vous de vous mobiliser.
Graffici n’était évidemment pas seul dans l’écosystème médiatique. Toute la presse régionale a continué de suivre le dossier pétrole et de talonner nos élus et les compagnies. Le niveau de sensibilisation dans la population s’est élevé de beaucoup. Des élus ont réclamé un meilleur encadrement et des groupes citoyens se sont constitués.
En conséquence, des changements notables sont survenus. L’exploration et l’exploitation des hydrocarbures sont mieux encadrées en 2020, même si la perfection est loin d’être atteinte (voir texte suivant).
Ce dossier montrait aussi ce que le journalisme peut faire quand on lui donne le temps nécessaire. Pétrole : avons-nous le contrôle? avait d’ailleurs été finaliste des Prix Judith- Jasmin 2011 dans la catégorie Nouvelles – Médias locaux et régionaux.
J’ai finalement égaré ma fameuse fiole de pétrole gaspésien, quand j’ai quitté les bureaux de Graffici pour entreprendre une carrière dans un autre domaine. Mais je me promets bien que si je la retrouve un jour, je la garderai en souvenir.
Déjà, « avec 88%, la population de la Gaspésie est mieux desservie que celle du Grand Montréal », estime MarieChristine D’Amours, vice-présidente de Telus, Solutions consommateurs.
Depuis 2015, Telus a investi 34 millions de dollars, alors que Québec et Ottawa ont injecté 11 M$ pour déployer la fibre optique sur la péninsule. En 2018, les travaux se sont concentrés dans la Baie-des-Chaleurs. En 2019 et 2020, ils se poursuivront dans Rocher-Percé, Côte-de-Gaspé et la HauteGaspésie jusqu’à ce que la presque totalité (99%) du territoire soit branchée.
Sans aide publique, «une partie du territoire aurait été faite, mais pas tout », précise Mme D’Amours.
La fibre optique ceinturait déjà la Gaspésie mais auparavant, elle arrivait dans des relais, puis était distribuée via des fils de cuivre dans les rues et les maisons. Les techniciens qu’on voit juchés dans des nacelles changent le câblage pour de la fibre optique. La capacité du réseau est ainsi augmentée : une fois des modems ajoutés pour traiter les données, les Gaspésiens pourront télécharger et téléverser jusqu’à 1 gigabit (1 000 mégabits) de données par seconde.
La popularité croissante de la vidéo en ligne impose cette évolution, estime Mme D’Amours. «La consommation de données augmente de façon exponentielle. On répond aux besoins du futur. »
Comparativement au fil de cuivre conventionnel, la fibre optique permet de multiplier par quelques centaines ou quelques milliers de fois la vitesse de transmission de fichiers lourds.
Carol Cotton, du Technocentre des TIC, note «qu’à l’interne, si les équipements (des entreprises) ne sont pas performants, on a un nœud. On nous donne une Ferrari, et il faut l’utiliser selon son potentiel »
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Navigue.com a récemment mené une offensive médiatique dans les secteurs de Trois-Rivières et de Shawinigan. «On a commencé en Mauricie, mais on va y allersecteur par secteur […]. On a plusieurs clients à Québec, on branche à Montréal et à Sherbrooke,mais on n’a pas développé encore de stratégie[pour ces régions] », indique le copropriétaire Jean-Marie Perreault. Navigue.com compte environ 3 000 clients en Gaspésie et 200 hors de la région.
Développer hors de la péninsule était une question de survie pour Navigue.com. M. Perreault digère encore mal que Québec et Ottawa aient fait le choix de subventionner Telus pour installer la fibre optique dans la région. «Les deux paliers de gouvernement ont donné des millions à une firme de Vancouver [où se trouve le siège social de Telus]. Si on voulait rester en vie, il fallait développer ailleurs », dit-il.
L’entreprise n’a pas mis une croix sur la Gaspésie. « On va bâtir notre propre fibre, à partir de janvier 2019, mais à une vitesse de petite entreprise », indique M. Perreault.
En Gaspésie comme ailleurs au Québec, Navigue.com utilise le réseau d’autres firmes pour offrir ses services. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) impose ce partage, à un prix prédéterminé, afin de favoriser la concurrence. «C’est important qu’on reste en vie parce qu’il n’y a rien de pire qu’un monopole », estime M. Perreault.
Navigue.com compte maintenant quatre techniciens certifiés en « fusion de fibre », soit la connexion des fibres optiques. «On a travaillé à relier des bâtiments pour la cimenterie de Port-Daniel, . Et on vient de signer un contrat avec Temrex », indique M. Perreault. Cette expertise n’existait pas dans la région jusqu’ici, souligne-t-il.
L’entreprise a diversifié ses services en 2017 en achetant Solution Infomédia, une firme qui développe des systèmes informatiques et héberge des serveurs. Navigue.com compte 40 employés dans la Baie-des-Chaleurs.
Évolution « énorme »
M. Perreault voit une « énorme différence » dans l’accès à Internet haute vitesse aujourd’hui par rapport à 2006, l’année où il préparait son plan d’affaires. « J’étais dans une imprimerie, où travaillaient des graphistes et il n’y avait pas de haute vitesse. Je suis arrivé dans ce domaine parce qu’il y avait un manque. »
Avec un taux d’accès à la fibre optique de 88%, la Gaspésie est «bien placée pour une région», observe M. Perreault. Ailleurs au Québec, « il y a encore beaucoup de secteurs où on est les seuls, même autour de Montréal. »
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Louis, 3e optométriste de la lignée, possède des appareils bien plus modernes. Mais rien d’aussi pratique que ces lentilles centenaires, qu’il accroche aux lunettes de ses patients pour vérifier s’il vaut la peine de modifier leur prescription.
La caisse faisait partie du kit de base d’opticien – l’optométriste d’il y a 100 ans – de Roch Thibault. Il avait suivi un cours de seulement trois mois, la norme de l’époque. « Ce sont des bijoutiers de formation qui le suivaient parce qu’ils fabriquaient les montures », explique Louis Thibault.
Roch Thibault a pratiqué de 1917 à 1955 sur la 3e rue à Sainte-Anne-des-Monts. Il a notamment fabriqué les premières lunettes de Clément, le père de Louis.
En 1964, Clément Thibault décroche à son tour son diplôme d’optométriste, à l’issue d’une formation universitaire de trois ans. Il ouvre la même année son premier bureau sur la rue Morin, à Gaspé, quelques jours après la naissance de Louis. Liane, la mère de Louis, gérait l’entreprise.
Louis Thibault a d’abord pris un autre chemin : il a complété un baccalauréat en biochimie et une maîtrise en optique physiologique. « Puis je me suis dit : j’aimerais revenir à Gaspé, qu’est-ce que je pourrais faire? C’est là que j’ai décidé d’aller en optométrie […]. Le jour de ma graduation, mon père était particulièrement fier. »
Cette fierté est réciproque. Louis Thibault a monté une vitrine d’exposition dans la salle d’attente de la clinique En vue. On y voit l’ophtalmoscope de Roch et celui de Clément, ainsi que d’autres outils, livres et revues professionnels ayant appartenu aux deux hommes.
« Papa a officiellement arrêté de travailler en décembre 1992 à cause de problèmes de santé. J’ai commencé en janvier 1993. Quand j’avais des interrogations, j’appelais mon père. Après deux ans, il m’a dit : pose donc cette question-là à Lucie! »
Lucie Tremblay, optométriste, épouse de Louis et copropriétaire de la clinique, a quatre ans d’expérience de plus que son mari, d’où la remarque du beau-père. Le couple a quatre enfants mais aucun ne semble vouloir prendre la relève.
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Yvan Blais, de Saint-François-de-Pabos, a vécu une année 2018 mouvementée. Il travaillait à l’usine du Marché Blais, à Pabos, spécialisée dans la transformation du crabe, quand elle a flambé le 2 avril. Il s’est trouvé un autre emploi chez Poisson salé gaspésien, à Grande-Rivière, qui traite le homard. Nouvelle tuile à la mi-juin : la pêche au homard a fermé de Percé à Gascons, une mesure de protection de la baleine noire. Avec 10 semaines de travail au compteur, M. Blais ne se qualifiait pas à l’assurance-emploi.
Pendant cinq semaines, du début juillet au 10 août, l’homme de 54 ans a donc suivi des formations en salubrité, en anglais et en informatique. Pourtant habitué à des semaines de 70 heures, debout dans le froid et l’humidité, M. Blais n’a pas trouvé l’école de tout repos. « Il faisait chaud, il n’y avait pas de climatisation. C’est pas tout le monde, dans la cinquantaine, qui va aller suivre des cours à la journée longue. »
Il s’agissait quand même d’une « belle expérience », estime M. Blais. « Ça a rallumé notre cerveau. Personne ne prenait ça pour du niaisage. La plupart voulait apprendre. »
Un total de 889 personnes, dont 785 travailleurs d’usine et 104 aides-pêcheurs, a reçu des formations. Les 3,4 millions de dollars nécessaires ont été défrayés par l’Entente Canada-Québec pour aider les travailleurs saisonniers aux prises avec le trou noir de l’assurance-emploi, une période sans salaire ni prestations.
« À l’école à rien faire »?
Sur les médias sociaux, des gens ont questionné la pertinence d’envoyer des travailleurs « à l’école à rien faire » alors que l’industrie touristique manque de main-d’œuvre.
Ce type de commentaire irrite Kim Poirier, qui a enseigné l’anglais à ces travailleurs cet été. D’abord parce que ses élèves ne se sont pas tournés les pouces. « Ils étaient à l’heure, engagés, motivés », dit-elle.
Et aussi parce qu’il n’est pas si simple de s’adapter à un nouvel emploi, rappelle Mme Poirier. « Si ça fait 30 ans que tu es dans la transformation du homard, tu ne peux pas te revirer de bord et devenir serveur dans un resto […]. Et si tout le monde s’était trouvé autre chose, qui aurait fait les jobs d’usine ensuite? »
Parmi les élèves de Mme Poirier, certains n’avaient pas 20 ans et le plus âgé en avait 73. Des travailleurs avaient complété leur secondaire alors que d’autres ne savaient ni lire ni écrire. Mais « tout le monde s’est amélioré comme être humain », observe Mme Poirier. Les enseignants en ont aussi profité pour inciter les plus jeunes à retourner aux études.
« C’est facile de dire : oui, on aurait pu les mettre dans un resto ou un hôtel. Mais de prendre quelqu’un sans expérience, je ne suis pas sûr que ça aurait été la meilleure solution. Et avaient-ils le temps d’entraîner ces gens? », se demande le président de l’Office du tourisme de Rocher-Percé, Steve Lafontaine.
Polyvalence
« Dans l’avenir, il faut travailler sur la polyvalence de la main-d’œuvre », estime quant à lui Ken Cahill, propriétaire des hôtels Fleur de Lys et Panorama à Percé. Deux de ses préposées aux chambres l’été sont aussi des employées de Poisson salé gaspésien au printemps et à l’automne. « Dans la transformation du homard, il y a une pause vers le 10 juillet, qui correspond à ma haute saison. Et ce sont des gens habitués à travailler dur, de longues heures. » La transformation du homard importé reprend en octobre, quand les touristes se font plus rares.
L’emploi en tourisme est souvent vu comme un domaine crève-faim, une perception à changer, juge M. Cahill. « Personne ne travaille au salaire minimum dans mon commerce », insiste-t-il. Ses préposés gagnent 15 $ l’heure et passent à temps et demi après 40 heures.
M. Cahill croit qu’un meilleur maillage entre le tourisme et les pêches est possible. « Il faut aller avec le bon vouloir des gens et combattre la résistance au changement. »
Chez Emploi-Québec, on n’en est pas à faire des scénarios en vue de 2019. « C’est très embryonnaire. C’était un projet-pilote et on est dans la phase d’évaluer les résultats », indique Marie-Pierre Raymond, adjointe à la direction régionale.
Il y a dix ans, Marie-Eve Tessier-Collin, alias Orbie, se promettait de produire un dessin par jour et rendait public son engagement sur les médias sociaux. Dix ans plus tard, elle fête cet anniversaire alors que paraissent presque en même temps trois des livres qu’elle a illustrés.
Ceux qui ont aimé Sven le terrible : pas de vacances pour les pirates seront heureux de retrouver l’aventurier dans un deuxième épisode : Pas de princesse pour les pirates. Orbie se dit peu emballée par les histoires de princesses en général : « mais finalement, je l’aime plus que le premier. J’ai trouvé une façon pas trop quétaine de dessiner la princesse. »
Pour un éditeur ontarien, la femme de 34 ans a pris plaisir à illustrer Sloth at the Zoom, un texte où un paresseux emménage dans un zoo où tout va très vite. « C’est une première collaboration hors Québec », dit-elle.
Cerise sur le sundae : Orbie publie un premier livre dont elle est à la fois l’auteure et l’illustratrice : On a un problème avec Lilou la loutre. Un deuxième avec sa seule signature paraîtra le printemps prochain au Québec et en Belgique : La corde à linge, une bande dessinée de 60 pages.
Depuis son Percé à colorier en 2008, les Gaspésiens ont aperçu la griffe d’Orbie sur des T-shirts, des dépliants, des « cherche et trouve »… « En 2014, quand on m’a offert d’illustrer deux livres, c’était un rêve qui prenait vie. Avec un livre, tu te retrouves dans les foyers des gens, des enfants vont se le faire lire avant de se coucher. Je suis en train de tasser tout le reste pour ne faire que ça. »
Francine Poirier et Anie Cayouette se connaissent depuis leur maternelle, à Carleton-sur-Mer. « Je dessine pour Francine depuis le primaire : elle a conservé des dessins que j’avais faits pour elle », indique Mme Cayouette. Quant à Mme Poirier, « j’écris des histoires depuis que je sais écrire », dit-elle.
Après s’être perdues de vue au cégep, les deux amies se sont retrouvées il y a cinq ans. Mme Cayouette était devenue designer graphique et illustratrice. « Je travaille avec l’aquarelle et les encres, mais pas de façon conventionnelle », décrit-elle.
Mme Poirier avait accumulé un presque plein tiroir d’histoires : « Je me spécialise dans le court et le bref, des nouvelles et des contes […]. J’ai fait lire une de mes histoires à Anie et elle a dit qu’elle aimerait illustrer mon livre », rapporte l’auteure.
Les deux femmes publient La voix du Père Noël chez Liberté des mots, une maison d’édition de Paspébiac qui a vu le jour à l’automne 2017. Il est le huitième de la collection Petit soleil, destinée aux enfants de 0 à 10 ans.
Le livre commence avec un sérieux problème : le père Noël est atteint d’une extinction de voix un 24 décembre. Plus moyen de faire rire les enfants avec ses « Ho, ho, ho! »… La suite dans les pages de La voix du Père Noël!
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Comment ça marche?
C’est encore le gouvernement fédéral qui décide qui aura le statut d’Indien, en vertu des dispositions de la Loi sur les Indiens. En résumé, on est admissible à ce statut si au moins un parent de nos parents est inscrit au registre des Indiens ou avait le droit de l’être.
Listuguj et Gesgapegiag utilisent la liste du fédéral pour déterminer qui est membre de la bande.
Gespeg a son propre code d’appartenance. « Pour appartenir à Gespeg, ton père ou ta mère doit avoir été inscrit sur la liste de Gespeg. Si elle ou il ne l’est pas mais aurait eu le droit de l’être, on t’accepte », résume Manon Jeannotte, la chef de Gespeg. À cause de ce code, Gespeg compte des membres qui possèdent le statut d’Indien au sens du fédéral (les membres « statués ») et d’autres qui ne l’ont pas (les « non statués »).
De 1985 à nos jours, Ottawa a modifié à trois reprises la Loi sur les Indiens, souvent poussé dans le dos par les tribunaux, qui ont jugé discriminatoires envers les femmes plusieurs anciennes dispositions de la Loi (voir La discrimination en 6 dates, plus bas).
Plus d’autochtones
Avec le projet de loi S3, sanctionné fin 2017, des centaines de milliers de personnes supplémentaires obtiennent ou obtiendront le droit de s’inscrire sur le registre fédéral des Autochtones. Les estimations varient : ce serait plus de 1,2 million, selon le rapport Clatworthy commandé par Ottawa, ou seulement 670 000 selon le Directeur parlementaire du budget, qui croit que seule une fraction (40 %) de ces personnes s’inscriraient vraiment.
À Listuguj, 294 personnes supplémentaires pourraient obtenir leur statut d’autochtone, estime le ministère des Affaires autochtones et du Nord du Canada (AADNC). À Gesgapegiag, il y en aurait 94 de plus.
Mais c’est à Gespeg qu’il y aura la hausse la plus importante. Déjà, les modifications de 2010 ont fait passer le nombre de membres de moins de 800 avant cette date à 1383 aujourd’hui. En raison des récents changements, entre 300 et 500 membres non statués devraient être reconnus par le gouvernement fédéral.
L’impact est fort à Gespeg parce que « nous, on est sans réserve, les membres sont dispersés. Il y a plus de mariages entre autochtones et non-autochtones », explique l’administratrice du registre de Gespeg, Linda Kelly. Les femmes de Gespeg qui ont perdu leur statut à cause d’un mariage mixte sont donc plus nombreuses qu’à Listuguj ou Gesgapegiag, qui ont une réserve.
Entre 2010 et 2018, le nombre de membres à Listuguj a augmenté de 19 %, pour atteindre 4074. À Gesgapegiag, ce nombre a grimpé de 16 %, jusqu’à 1542. La croissance s’explique aussi par les naissances, pas seulement par les changements législatifs.
Dans deux ou trois générations…
À court terme, les récentes modifications à la Loi sur les Indiens allongent donc la liste des autochtones reconnus par le fédéral.
Toutefois, à long terme, les autochtones perdent leur statut d’Indien au fur et à mesure qu’ils se métissent avec des non-autochtones. « Le système au complet est fait de façon à ne plus avoir d’Indiens inscrits selon la loi un jour », estime Fred Vicaire, directeur général de Gesgapegiag.
Pour l’instant, ce n’est « pas une préoccupation », dit M. Vicaire. « La population est jeune, il y a beaucoup d’enfants. Mais dans deux ou trois générations, ça deviendra préoccupant. »
La discrimination en six dates
1951 : Le fédéral adopte une nouvelle version de la Loi sur les Indiens qui resserre les règles sur le statut d’Indien. Les femmes autochtones qui se marient avec un Blanc perdent dorénavant leur statut, alors qu’une non-Indienne qui se marie avec un Indien continue d’en devenir une. Une autre règle discriminatoire persiste : une femme autochtone dont la mère et la grand-mère sont blanches se voit enlever son statut à l’âge de 21 ans, ce qu’on appelle la règle de la « mère grand-mère ».
1985 : L’adoption du projet de loi C31 redonne leur statut d’Indienne aux femmes autochtones qui l’ont perdu en se mariant, ainsi qu’à leurs enfants. Les petits-enfants de ces femmes se voient toujours refuser le statut d’Indien si leur père n’est pas indien. La règle de la « mère grand-mère » est abolie et ces femmes retrouvent leur statut.
2009 : L’arrêt McIvor de la Cour d’appel de la Colombie-Britannique établit que la Loi sur les Indiens est encore discriminatoire envers les femmes. En effet, les grands-mères autochtones qui avaient perdu leur statut en se mariant peuvent transmettre ce statut à moins de générations que les grands-pères.
2010 : Le projet de loi C3 élimine certaines discriminations résiduelles de la Loi sur les Indiens. Les petits-enfants des femmes lésées par la loi de 1951 retrouvent leur statut d’autochtones.
2015 : Selon le jugement Descheneaux de la Cour du Québec, il persiste des inégalités hommes/femmes dans le statut d’Indien, notamment chez les arrière-petits-enfants d’une femme qui a perdu son statut, et entre frères et sœurs nés hors mariage.
Fin 2017 : Le projet de loi S3 entre en vigueur et efface les discriminations identifiées par le jugement Descheneaux.
Les 6(1) et les 6(2), c’est quoi?
La Loi sur les Indiens définit deux types d’autochtones inscrits, les 6(1) et les 6(2), des chiffres qui font référence aux articles de la Loi.
À titre d’exemple, Fred Vicaire, directeur général de Gesgapegiag, est né d’un père autochtone et d’une mère blanche. Comme ses parents se sont mariés avant 1985, sa mère a acquis le statut d’Indienne. Tous deux sont des autochtones de statut 6(1) et leur fils Fred aussi.
Fred Vicaire a des enfants nés après 1985, dont la mère est blanche. Nés d’un Micmac 6(1) et d’une non-autochtone, ils ont donc un statut 6(2). Être un 6(2) signifie que s’ils ont à leur tour des enfants avec une personne non-Indienne, ils ne pourront pas leur transmettre leur statu
Une bataille posthume
L’exemple qui suit est réel, mais les noms sont fictifs puisque la dame qui nous l’a raconté préfère ne pas être identifiée. C’est donc l’histoire de Lyne Côté, une Micmaque de Gespeg, et de sa grand-mère, Flavie Basque.
Mme Basque, une Micmaque, a perdu son statut d’autochtone en épousant un Blanc. En 1985, elle aurait pu retrouver son statut et le transmettre à son fils, Roger Côté. Trop tard : elle était décédée.
Roger, le père de Lyne, a bataillé pour ravoir son statut. Pas si simple : pour convaincre le fédéral, il a fallu fouiller dans un vieux recensement, où Flavie était identifiée comme « Micmac Canadian ». Le père de Mme Côté a retrouvé son statut d’Indien, mais ne pouvait toujours pas le transmettre à sa fille Lyne.
Il a fallu la loi C3, adoptée en 2010, pour que Lyne soit reconnue comme Indienne. Grâce à S3, adoptée fin 2017, les enfants et les petits-enfants de Lyne auront aussi droit au statut
Des noms de famille micmacs
Gespeg : Jeannotte, Basque, Samson, Lambert
Gesgapegiag : Condo, Gedeon/Gideon, Jerome, Martin
Listuguj : Barnaby, Isaac, Metallic, Vicaire
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« Le leader n’existe pas sans ses membres qui lui donnent ce pouvoir. C’est une rencontre », résume Marie-Andrée Pelland, professeure de criminologie à l’Université de Moncton.
« De l’extérieur, on dit que ces gens ont été manipulés. Mais ils ont une part de responsabilité. On fait le parallèle avec la dépendance aux drogues : pour ne pas avoir à couper ce lien de dépendance, des gens sont prêts à commettre des crimes », explique le sociologue des religions Alain Bouchard, coordonnateur du Centre de ressources et d’observation de l’innovation religieuse, à l’Université Laval.
Le psychiatre Jean-Yves Roy (aujourd’hui décédé), qui a traité certains membres du groupe de Thériault, appelait ce phénomène le « syndrome du berger », rappelle M. Bouchard. « Il se développe une codépendance maladive entre des gens blessés intérieurement, à la recherche de quelque chose. Tant le leader que les adhérents trouvent tout d’un coup une grande satisfaction. Ils pensent que la solution est là. Ils se coupent du reste de la société. Et quand quelque chose de malsain se développe, ceux à l’interne ne le voient pas. Ils pensent que les autres ne comprendront jamais. »
Dans ces groupes, on voit souvent un « engagement intensif des membres » et une quête d’autosuffisance, où l’on tente de se séparer du monde extérieur, explique Mme Pelland. Le message véhiculé : « Le monde extérieur transmet des mauvaises choses. Nous allons vous donner accès à des choses exceptionnelles : l’illumination personnelle ou le paradis », analyse Mme Pelland. La séparation est marquée de diverses manières. « On s’installe dans la forêt en Gaspésie, on crée une école ou une ferme. Il y a des points distinctifs [aux membres] : des vêtements, des médailles, un vocabulaire. »
Il ne faut pas voir des sectes partout. « Le mot secte est souvent utilisé pour étiqueter un groupe minoritaire qui s’éloigne de ce qu’on est habitués de voir », dit M. Bouchard. Lui comme Mme Pelland sont d’ailleurs mal à l’aise avec le terme « secte ». « Personne ne veut faire partie d’une secte! », lance-t-elle.
Il n’y a pas d’indicateur fiable pour dire qu’un groupe est dangereux, selon M. Bouchard. « Je peux dire : tout groupe qui se coupe de la société, c’est dangereux. Mais il y a des groupes catholiques cloîtrés. Est-ce dangereux? Non », illustre-t-il.
Et si jamais…
A-t-on les ressources et les mécanismes en place pour intervenir si jamais une autre affaire Roch Thériault se présente? « Oui, on les a, mais ça pourrait arriver encore », estime M. Bouchard. « Les mécanismes vont fonctionner en autant que quelqu’un dénonce. Mais dans certains cas qu’on a vécus, les gens étaient coupés de l’environnement. »
Quarante ans plus tard, l’affaire Moïse Thériault est encore vivante dans bien des mémoires. Pourquoi? « J’ai la profonde conviction que ces histoires ont marqué notre imaginaire parce que ça nous conforte dans notre attitude d’aujourd’hui, dans notre rejet des organisations religieuses », estime M. Bouchard.
Quoi faire?
« Il ne faut jamais dire à quelqu’un qu’on aime qu’il est dans une secte et que c’est dangereux. On renforce son idée du « eux » et du « nous » », insiste Marie-Andrée Pelland. « Il faut écouter, poser des questions sans jugement. Et surtout, il faut toujours avoir une porte ouverte, maintenir les liens. »
Les autorités peuvent voir le problème comme tellement gros qu’ils prennent du temps à intervenir, remarque Mme Pelland. Et quand ils le font, ils commettent parfois l’erreur d’aller discuter avec le leader, le renforçant ainsi dans son rôle. « Où ça s’est bien passé, c’est quand les autorités sont intervenus avec les parents, en réaffirmant leur autorité parentale », dit Mme Pelland, en rappelant l’exemple de l’Église baptiste de Windsor, au début des années 1980. À la suite d’une intervention de la Direction de la protection de la jeunesse, les parents ont pris leurs distances d’un pasteur qui prescrivait les châtiments corporels pour les bébés de moins d’un an. Roch Thériault battait d’ailleurs des enfants de moins d’un an.
Pour Alain Bouchard, l’information peut prévenir bien des dérives. Et si les choses tournent au vinaigre, il faut intervenir en douceur. « Si ces gens voient le monde extérieur comme mauvais, il suffit que des gens débarquent en force pour que ça crée une commotion et ça peut dégénérer », dit-il. Il donne l’exemple de Waco, au Texas, où un siège des forces de police en 1993 s’est soldé par la mort de 82 personnes, la plupart dans un incendie à la résidence des Davidiens, un groupe religieux.
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