le Mercredi 23 septembre 2026

En mai 2013, la première ministre dévoilait la stratégie d’intervention gouvernementale pour le développement de la Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine 2013-2018.

Dès le lendemain, Mme Marois annonçait 10 M$ pour réparer trois ponts ferroviaires entre Gaspé et L’Anse-à-Beaufils, ce qui a permis le passage du train touristique L’Amiral. Pour l’instant, il s’agit du seul projet chiffré mené à terme du côté des infrastructures de transport.

La stratégie prévoit la remise à niveau du chemin de fer gaspésien, des investissements estimés à 69,5 M$. En campagne, le ministre responsable de la région, Gaétan Lelièvre, est demeuré prudent sur la participation financière de Québec. Le gouvernement a demandé à la Société du chemin de fer de la Gaspésie de mettre à jour les études sur l’état du rail et de réaliser une étude de marché sur son potentiel, indique-t-il. « Lorsque ces deux éléments auront été analysés, nous serons en mesure de nous prononcer sur l’implication du gouvernement provincial. » La participation du fédéral sera sollicitée, ajoute le ministre.

Aéroports

La piste de l’aéroport de la MRC du Rocher-Percé doit être agrandie pour accueillir des gros porteurs (10 M$), préconise la stratégie. Les élus de la MRC prendront connaissance ce mois-ci des études réalisées sur le potentiel du projet pour le tourisme et les pêches ainsi que sur les impacts possibles pour les autres aéroports de la région.
En Haute-Gaspésie, on entame tout juste l’étude sur l’allongement de la piste de l’aéroport de Sainte-Anne-des-Monts (3,5 M$). C’est une « question de mois » avant que les résultats soient disponibles, indique le préfet de la Haute-Gaspésie, Allen Cormier.

TIC et centres d’appels

Le Technocentre des technologies de l’information et des communications (TCTIC), basé à Chandler, travaille bel et bien à étendre son mandat à toute la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Québec s’est engagé à lui verser 100 000 $ par an au cours des trois prochaines années. Le TCTIC devra trouver 150 000 $ par an de plus pour mener à bien son plan d’action. « On va par exemple promouvoir l’utilisation des TIC dans les entreprises et aider les nouveaux arrivants dans ce domaine à se tailler une place », explique Greg Georges, président du TCTIC.

La stratégie Marois prévoit de soutenir les entreprises qui voudraient implanter des centres d’appels de service à la clientèle en Gaspésie-les Îles. Un seul promoteur a fait signe à M. Lelièvre, mais son projet est en suspens depuis quelques mois. « Il est déjà dans le domaine à Montréal, il a une bonne crédibilité, indique le ministre. Il a visité plusieurs endroits dans la région. » Il est question de créer 75 emplois au cours d’une première phase et de mettre sur pied deux ou trois centres d’appel à terme dans la région.

La première ministre dévoilait il y a presque un an la stratégie d’intervention gouvernementale pour le développement de la Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine 2013-2018.
Dans le domaine éolien, le plan est « respecté et bien enclenché », déclare le directeur du TechnoCentre éolien, Frédéric Côté. « L’élément central était de relancer les [800] mégawatts orphelins. De là découle tout le reste. »

Hydro-Québec a signé un contrat d’achat d’électricité avec les Micmacs de la Gaspésie pour un parc de 150 mégawatts (MW) dans l’arrière-pays d’Escuminac. Un appel d’offres communautaire est en cours en vue de commander 300 MW d’énergie éolienne en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent et 150 MW dans le reste du Québec.

Le problème du « goulot d’étranglement » c’est-à-dire les limites du réseau d’Hydro-Québec à intégrer de nouveaux parcs gaspésiens, demeure entier, selon les acteurs interrogés par GRAFFICI. La stratégie prévoit « d’évaluer la possibilité » d’augmenter la capacité du réseau de transport d’électricité.

Une partie du travail a été accompli pour « identifier les entraves à l’exportation de composantes d’éoliennes ». Le Créneau éolien ACCORD, de pair avec les Armateurs du Saint-Laurent, a étudié le transport par navire vers un parc québécois (ce qui s’est avéré trop coûteux). La Conférence régionale des élus et GIMXPORT réalisent une étude sur les flux de transport dans la région.
Même s’il n’existe pas encore de plan d’action, conformément au plan, pour remédier à ces entraves, Frédéric Côté estime que « la machine gouvernementale s’est mise en phase pour soutenir les exportations. Quand on écoute le discours de la ministre [des Ressources naturelles, Martine Ouellet], qui parle de composantes stratégiques, d’une filière capable d’exporter, quand on regarde les volumes d’appels d’offres qui laissent de l’espace pour exporter, on voit que ce souci est présent. »

Les entreprises régionales sont incitées à utiliser davantage les divers crédits d’impôt, notamment via une ressource embauchée au ministère des Finances et de l’Économie « qui s’assure que les entreprises aient accès à l’information », indique M. Côté.

Mines et hydrocarbures

Dans le domaine des mines, Québec a fait davantage « qu’appuyer » les démarches d’implantation d’une cimenterie à Port-Daniel. L’État québécois, avec Investissement Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec, a annoncé fin janvier un prêt de 250 M$ et deux participations en capital-actions de 100 M$ dans la cimenterie du Groupe Beaudier.
Le gouvernement a bel et bien réussi, en décembre dernier, à moderniser la Loi sur les mines. Toutefois, on attend toujours une loi sur les hydrocarbures, tout comme un règlement sur la protection de l’eau potable en cas de forages pétroliers et gaziers.

La stratégie prévoit aussi de développer une offre locale de biens et de services destinés à l’industrie du pétrole et du gaz, ainsi que la création de liens entre les producteurs de ressources et les clients potentiels. Pour l’instant, il s’agit évidemment encore de vœux, indique le ministre responsable de la région, Gaétan Lelièvre. « Ça va se concrétiser dans la mesure où l’industrie du pétrole et du gaz se développe. »

M. Lelièvre s’est engagé, pendant la campagne, à soutenir les efforts de Gaspésiens pour mettre en place un « technocentre des hydrocarbures » qui aurait une expertise dans les technologies de ce secteur et le contrôle environnemental. Il s’agit d’une « idée à explorer » dans la stratégie gouvernementale.

Le principal obstacle à la reprise existe toujours, soit l’absence de débouché dans la région pour les résidus forestiers depuis la fermeture de la Smurfit-Stone et de la Gaspésia. « On vend notre bran de scie beaucoup moins cher que ce qu’on a déjà eu », indique Robert Belzile, du groupe GDS.

Aucun centre de valorisation des bois à des fins énergétiques n’a été implanté en Gaspésie, comme le prévoyait le plan. Le projet en lice ces dernières années, Atlantic Fiber Resources à Chandler, est mort et enterré.

La stratégie souhaite encourager l’utilisation de la biomasse pour remplacer les combustibles fossiles. Le dernier budget du Parti québécois (présenté en mars, mais non voté) prévoit un fonds d’investissement pour développer le chauffage à la biomasse forestière. Si ce fonds voit le jour, il pourrait permettre à des projets de voir le jour, croit M. Roy.

Toutefois, le chauffage à la biomasse n’est pas une panacée, ajoute l’industriel. Les usines gaspésiennes produisent 200 000 tonnes de résidus par an; les divers projets de chauffe en utiliseraient seulement  5000.

Quant à l’engagement sur l’appui à la recherche pour la transformation d’essences comme le sapin, il agace M. Roy. « Pour la valorisation, on l’a, la solution, pas besoin de faire de la recherche! », lance le directeur, qui caresse depuis dix ans un projet de fabrication de panneaux trois plis contenant du sapin.

Aménagement forestier

En matière d’aménagement forestier, Québec a maintenu à 6 M$, tel que promis, le Programme de création d’emplois en forêt. Ce sont les fonds dévolus à la stratégie d’aménagement propre à chaque région qui ont été diminués de 25 %. « Ce n’était pas une surprise. C’est à cause du changement de régime forestier », explique René Babin, directeur de la Coopérative forestière de la Gaspésie.

Les 25 % restants sont dorénavant soumis à des appels d’offres. Cette pratique n’a toutefois pas permis aux coopératives de la région de combler la différence, indique M. Babin.

Pêche et mariculture

L’engagement le plus précis de la stratégie en matière de pêche a été rempli. Il s’agissait d’investir 5 M$ pour permettre à Cap sur Mer, aux Îles-de-la-Madeleine, de fonctionner en 2013. Les activités sont garanties encore cette année, grâce au rachat des usines de Gros Cap et Grande-Entrée par la néo-brunswickoise L.A. Trading.
En mariculture, le fonds d’investissement de l’industrie n’a pas encore été regarni, même si la stratégie s’y engage. Ce fonds est vital pour les mariculteurs, indique Michel Fournier, des Moules de culture des Îles. « Toutes les institutions financières sont très frileuses par rapport à la mariculture et on n’a pas d’autre organisme dédié au financement ». Toutefois, en matière de recherche, « la marchandise a été livrée » par Merinov, ajoute M. Fournier.

Quant à la modernisation de la flotte de navires de pêche, « c’est un dossier qui est moins avancé », admet le ministre responsable de la région, Gaétan Lelièvre. La moitié de la flotte québécoise des navires de 15 tonneaux et plus est âgée de plus de 30 ans.

Il y a près d’un an, la première ministre dévoilait la stratégie d’intervention gouvernementale pour le développement de la Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine 2013-2018.
Mme Marois ne prenait pas un grand risque en s’engageant à poursuivre le programme EPRT (Entente de partenariat régional en tourisme), destiné à augmenter la qualité de l’hébergement touristique. « On avait signé l’entente avant que Mme Marois l’annonce », indique Joëlle Ross, directrice de l’Association touristique régionale de la Gaspésie. Cette entente, de 1,2 M$ pour trois ans, vient à échéance à la fin de 2014.

Pour la mise en valeur des Chic-Chocs, une somme de 7,5 M$ a été annoncée sur les 12,385 M$ préconisés par la stratégie. Avant de voir des projets concrets, il faudra toutefois attendre un plan d’action et des programmes, un « travail bien amorcé », dit la SÉPAQ.
La SÉPAQ doit aussi investir 4,2  M$ dans ses infrastructures gaspésiennes, indique le plan. De cette somme, un total de 3 M$ a été annoncé pour le parc de la Gaspésie, la Réserve faunique des Chic-Chocs et celle de Port-Daniel.

En attente du fédéral

En ce qui concerne la mise sur pied d’un Géoparc à Percé et le développement du Bioparc de Bonaventure, Québec a annoncé sa part de financement, soit 2 M$ pour le Géoparc et 1,8 M$ pour le Bioparc. Toutefois, les projets ne peuvent aller de l’avant tant que le fédéral n’aura pas confirmé sa participation. Dans les deux cas, les promoteurs sont confiants que l’annonce d’Ottawa se fera d’ici peu.

Quant au Géoparc de Mont-Saint-Pierre, un projet de plus de 4 M$, les demandes de financement ont été déposées en février aux ministères fédéraux et provinciaux. La balle est donc dans le camp des gouvernements.

À Percé, l’étude sur la reconstruction du mur de protection des berges est en cours. Ses résultats seront disponibles à l’automne. À noter : le gouvernement ne s’est pas engagé à soutenir la reconstruction, mais seulement l’étude sur le sujet.

Pas un sou n’a encore été dévolu à la création d’un circuit régional réunissant les quatre parcs nationaux (fédéral et provincial) de la région. Une somme de 450 000 $ pour trois ans y serait dédiée, si Québec respecte sa stratégie.

Les Micmacs de Gespeg ont abandonné leur projet de 10 M$ pour créer un complexe touristique autochtone sur le site de l’Auberge et Golf Fort-Prével. Cet engagement tombe donc à l’eau.

Et Forillon?

Dans sa stratégie, Québec s’engage à négocier avec le fédéral en ce qui a trait au développement du parc Forillon. Le ministre Gaétan Lelièvre rapporte que « des discussions » ont eu lieu entre la SÉPAQ et Parcs Canada pour que les deux organisations collaborent, notamment en matière de promotion. Parcs Canada fait preuve « d’ouverture », rapporte M. Lelièvre, mais il n’y a « pas de développement majeur » en lien avec ces discussions. Le gouvernement garde l’option de demander une rétrocession de Forillon au provincial « mais on espère ne pas arriver à ça ».

Les escales de croisière de la pointe gaspésienne et des Îles ont vu allongée de trois ans l’enveloppe dévolue au développement de cette industrie. La somme de 5,9 M$ est sans commune mesure avec le premier programme d’aide, mais est « drôlement intéressante » selon René Trépanier, directeur de l’Association des croisières du Saint-Laurent. La plupart des infrastructures sont construites et la somme « permet de faire des ajustements ».

Agroalimentaire

Un seul engagement dans ce domaine : lancer un programme de développement du secteur agroalimentaire spécifique à la Gaspésie et aux Îles. Le fonds de 1,35 M$ pour trois ans a été annoncé en février. Il servira notamment à accroître la rentabilité des entreprises agricoles, à favoriser la relève et à aider les agriculteurs qui veulent se regrouper pour régler des problèmes.

Il y a près d’un an, la première ministre dévoilait la stratégie d’intervention gouvernementale pour le développement de la Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine 2013-2018.
Mme Marois ne prenait pas un grand risque en s’engageant à poursuivre le programme EPRT (Entente de partenariat régional en tourisme), destiné à augmenter la qualité de l’hébergement touristique. « On avait signé l’entente avant que Mme Marois l’annonce », indique Joëlle Ross, directrice de l’Association touristique régionale de la Gaspésie. Cette entente, de 1,2 M$ pour trois ans, vient à échéance à la fin de 2014.
 
Pour la mise en valeur des Chic-Chocs, une somme de 7,5 M$ a été annoncée sur les 12,385 M$ préconisés par la stratégie. Avant de voir des projets concrets, il faudra toutefois attendre un plan d’action et des programmes, un « travail bien amorcé », dit la SÉPAQ.
La SÉPAQ doit aussi investir 4,2  M$ dans ses infrastructures gaspésiennes, indique le plan. De cette somme, un total de 3 M$ a été annoncé pour le parc de la Gaspésie, la Réserve faunique des Chic-Chocs et celle de Port-Daniel.

En attente du fédéral

En ce qui concerne la mise sur pied d’un Géoparc à Percé et le développement du Bioparc de Bonaventure, Québec a annoncé sa part de financement, soit 2 M$ pour le Géoparc et 1,8 M$ pour le Bioparc. Toutefois, les projets ne peuvent aller de l’avant tant que le fédéral n’aura pas confirmé sa participation. Dans les deux cas, les promoteurs sont confiants que l’annonce d’Ottawa se fera d’ici peu.

Quant au Géoparc de Mont-Saint-Pierre, un projet de plus de 4 M$, les demandes de financement ont été déposées en février aux ministères fédéraux et provinciaux. La balle est donc dans le camp des gouvernements.

À Percé, l’étude sur la reconstruction du mur de protection des berges est en cours. Ses résultats seront disponibles à l’automne. À noter : le gouvernement ne s’est pas engagé à soutenir la reconstruction, mais seulement l’étude sur le sujet.

Pas un sou n’a encore été dévolu à la création d’un circuit régional réunissant les quatre parcs nationaux (fédéral et provincial) de la région. Une somme de 450 000 $ pour trois ans y serait dédiée, si Québec respecte sa stratégie.

Les Micmacs de Gespeg ont abandonné leur projet de 10 M$ pour créer un complexe touristique autochtone sur le site de l’Auberge et Golf Fort-Prével. Cet engagement tombe donc à l’eau.

Et Forillon?

Dans sa stratégie, Québec s’engage à négocier avec le fédéral en ce qui a trait au développement du parc Forillon. Le ministre Gaétan Lelièvre rapporte que « des discussions » ont eu lieu entre la SÉPAQ et Parcs Canada pour que les deux organisations collaborent, notamment en matière de promotion. Parcs Canada fait preuve « d’ouverture », rapporte M. Lelièvre, mais il n’y a « pas de développement majeur » en lien avec ces discussions. Le gouvernement garde l’option de demander une rétrocession de Forillon au provincial « mais on espère ne pas arriver à ça ».

Les escales de croisière de la pointe gaspésienne et des Îles ont vu allongée de trois ans l’enveloppe dévolue au développement de cette industrie. La somme de 5,9 M$ est sans commune mesure avec le premier programme d’aide, mais est « drôlement intéressante » selon René Trépanier, directeur de l’Association des croisières du Saint-Laurent. La plupart des infrastructures sont construites et la somme « permet de faire des ajustements ».

Agroalimentaire

Un seul engagement dans ce domaine : lancer un programme de développement du secteur agroalimentaire spécifique à la Gaspésie et aux Îles. Le fonds de 1,35 M$ pour trois ans a été annoncé en février. Il servira notamment à accroître la rentabilité des entreprises agricoles, à favoriser la relève et à aider les agriculteurs qui veulent se regrouper pour régler des problèmes.

Gaétan Lelièvre, PQ : des lois… après les élections

Depuis plus d’un an, le Parti québécois prépare un règlement sur l’eau potable, qui n’a pas encore été adopté. M. Lelièvre ne dévoile pas quelles distances séparatrices seront imposées entre les puits artésiens et les forages pétroliers.  « On mettra les normes à propos pour protéger la population et l’environnement. […] On préconise qu’il n’y ait pas de forage avant que l’étude hydrogéologique soit complétée », ajoute-t-il. M. Lelièvre a « la conviction d’interdire la fracturation » au forage projeté Haldimand n° 4. Il n’est toutefois pas question d’élargir à la Gaspésie le moratoire sur la fracturation prévu dans la Vallée du Saint-Laurent. Le programme du PQ promet des consultations publiques du BAPE sur l’île d’Anticosti si du pétrole exploitable est trouvé, mais ne contient aucun engagement de la sorte pour la Gaspésie.
Un gouvernement du PQ adoptera une loi sur les hydrocarbures, promet M. Lelièvre. Il s’engage aussi à « appuyer les démarches du milieu » pour implanter en Gaspésie un « technocentre des hydrocarbures » qui développerait une expertise régionale sur les technologies de ce secteur et le contrôle environnemental.

Frédérick DeRoy, ON : développer sans le pétrole

« Je suis contre toute exploration ou exploitation des hydrocarbures, sur terre ou en mer, en Gaspésie ou à Anticosti », tranche M. DeRoy, candidat d’Option nationale dans Gaspé. Les risques seront toujours trop élevés, estime-t-il. « Développer des hydrocarbures dans un bijou comme la Gaspésie, c’est un non-sens. » La région doit avoir « l’audace et l’intelligence » de se développer sans le pétrole, notamment en valorisant le tourisme.
M. DeRoy est conscient que sa position est plus sévère que celle de son parti, qui propose un moratoire sur le gaz et le pétrole de schiste « jusqu’à ce que des études indépendantes aient pu prouver que leur exploitation respecte les principes de développement durable ».

Christian Rioux, conservateur : oui, pour les emplois

Pétrolia devrait avoir le droit de forer Haldimand n° 4 dès maintenant, et d’utiliser la technique de la fracturation si elle le juge nécessaire, estime Christian Rioux, candidat d’Équipe Adrien Pouliot, Parti conservateur du Québec. « À Gaspé, il y a eu de l’exploration, [Pétrolia] a investi des millions, il y en a [du pétrole], il faudrait l’exploiter. On a la possibilité d’avoir des emplois payants dans une région où chaque emploi compte. » M. Rioux ne voit pas de problème dans l’emplacement actuel du futur forage Haldimand n° 4 (à 350 mètres des maisons). La fracturation est une « technique éprouvée », dit-il. Les lois et règlements existants balisent correctement le développement des hydrocarbures, croit M. Rioux, qui ne voit pas la nécessité de les changer. Le candidat est également en faveur de l’exploitation du pétrole et du gaz en mer. « Le jeu en vaut la chandelle », dit-il.

Yvan Blanchard, CAQ : oui, mais dans l’arrière-pays

Le candidat de la CAQ est en faveur de l’exploitation des hydrocarbures dans l’arrière-pays gaspésien, comme le projet Bourque de Pétrolia (entre Grande-Vallée et Murdochville)  ou celui de Junex à 20 km de Gaspé. Il est plus réticent face au projet d’Haldimand. Le futur forage Haldimand n° 4 est « vraiment trop proche des maisons. […] Je serais inquiet pour mon eau potable », dit M. Blanchard. Le caquiste permettrait la fracturation à l’intérieur des terres, mais pas près des municipalités. Quant aux hydrocarbures en mer, il n’est « pas en faveur en ce moment ». Il estime que le Québec devrait rapatrier les pouvoirs environnementaux d’Ottawa sur cette question.
La position de M. Blanchard est plus détaillée et plus sévère que celle de son parti, qui « croit possible d’exploiter les ressources d’hydrocarbures de manière responsable ».
 
Daniel Leboeuf, QS : « Sortir du pétrole »

Daniel Leboeuf dit non à toute exploration ou exploitation du gaz et du pétrole québécois, qu’il soit sur terre ou en mer. « On veut sortir du pétrole, amorcer une transition vers les énergies renouvelables, vers l’éolien en particulier pour la Gaspésie. » L’argent prévu pour l’exploration doit plutôt servir à développer les énergies renouvelables et des modes alternatifs de transport, croit M. Leboeuf.
Le candidat de QS précise ainsi la position de son parti, qui entend « mettre fin à toute recherche et mise en exploitation d’énergie fossile telle que le pétrole dans le golfe du St-Laurent, les gaz de schiste et les ports méthaniers ».

Annie St-Onge, PLQ : oui, avec des redevances locales

« On est en faveur du développement de la filière pétrolière, mais il faut le faire dans le respect des communautés locales et autochtones et s’assurer de meilleures normes environnementales », dit Mme St-Onge. La candidate libérale se dit « mal à l’aise » de commenter la distance qui sépare le forage projeté Haldimand n° 4 des résidences – Pétrolia a obtenu son permis de forage sous les libéraux –, mais affirme que le gouvernement du PQ a « manqué de leadership pour que le dossier se rende devant les tribunaux ». Un gouvernement du Parti libéral partagerait les redevances de l’exploitation des hydrocarbures avec les municipalités, dans une proportion « qui reste à définir », indique Mme St-Onge. Il adopterait deux lois sur les hydrocarbures : l’une sur l’exploration et l’exploitation, l’autre sur les redevances.

Mme St-Onge considère « qu’un climat d’instabilité s’est créé » depuis l’arrivée au pouvoir des péquistes il y a 18 mois. « De parler constamment de souveraineté, ça crée de l’incertitude », dit-elle.
Interrogée sur les moyens à prendre pour rétablir la confiance, la candidate répond que « sans aller dans des mesures précises, on a une stratégie maritime qui peut s’appliquer à [la circonscription de] Gaspé. On veut continuer d’appuyer les croisières et développer le transport des marchandises [par navire]. » Elle ajoute que « nos richesses naturelles doivent profiter aux gens d’ici ».
Dans Gaspé, le péquiste Gaétan Lelièvre a obtenu deux fois plus de voix que les libéraux aux élections de 2012. « Je sens que j’ai un énorme défi à relever, réagit Mme St-Onge, mais j’ai confiance et j’ai beaucoup à proposer. »
« J’ai envie de servir les gens, de leur donner un choix, dit-elle. Je suis une jeune femme dynamique avec un profil intéressant. Je sais comment nos dossiers cheminent à Québec une fois partis d’ici et je veux mettre mon expérience à profit. »
Pas une parachutée, se défend-elle
Annie-St-Onge a complété des études universitaires en administration, marketing et communication. Originaire de la Mauricie, elle a vécu en Gaspésie de 2005 à 2010.
Elle a travaillé comme préposée à l’accueil à l’Office du tourisme et des congrès de Gaspé, puis comme conseillère en tourisme au CLD du Rocher-Percé. Elle a ensuite été à l’emploi du député libéral Georges Mamelonet comme attachée politique, puis a déménagé à Québec pour occuper ces fonctions pour Nathalie Normandeau, Jean Charest et Geoffrey Kelley.
Mme St-Onge se défend d’être « parachutée » dans la circonscription. Elle est en congé sans solde d’un emploi auprès de Geoffrey Kelley, président du caucus libéral. « Si je ne suis pas élue, je dois retourner à Québec compléter mon mandat, mais j’ai l’intention sincère de revenir [en Gaspésie] ».

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« Je saute dans l’arène, car on n’a pas souvent l’occasion de parler de l’indépendance du Québec, dit M. DeRoy. Pour la Gaspésie, l’indépendance serait une occasion de décentraliser les pouvoirs, de donner une marge de manœuvre aux régions en reprenant notamment le contrôle des pêches. »
Le candidat d’ON militera pour le développement du tourisme dans la circonscription. « On peut être un joueur international. Il faudra que le Québec comprenne que la Gaspésie est un atout, pas un boulet. »
M. DeRoy entend aussi faire campagne pour les organismes communautaires, qui ont « besoin d’être soutenus et mieux financés ». Il croit en l’importance de l’éducation aux adultes « pour aller chercher les décrocheurs ».

Objectif : 500 voix

Après avoir récolté 395 voix aux dernières élections (1,9 %), M. DeRoy vise 500 cette fois-ci. Il se défend d’être trop modeste. Sa candidature est d’abord « un geste militant », explique-t-il. Option nationale « a un job de promotion de l’indépendance à faire. On n’a pas la prétention de courir après un gouvernement majoritaire. »
Frédérick DeRoy détient un diplôme d’études collégiales en graphisme et a exercé le métier de photographe. Il occupe présentement le poste de directeur adjoint de la piscine municipale pour la Ville de Sainte-Anne-des-Monts. Il est en couple et a deux enfants de 13 et 8 ans.
Le candidat fera campagne seul, en accordant des entrevues et en participant à des débats. Il dépensera « un minimum d’argent » et n’installera aucune affiche électorale. « C’est du gaspillage et de la pollution », estime M. DeRoy

Dans le contexte d’une étude hydrogéologique, le ministère a mesuré le taux de méthane des 75 puits artésiens situés dans un rayon de deux kilomètres du site projeté du forage Haldimand n° 4. Résultat : deux puits présentaient des concentrations de 9,8 mg/l et 11 mg/l, soit légèrement au-dessus du seuil (7 mg/l) où l’on recommande de poser un évent de ventilation sur le puits.

La présence de méthane dans des puits n’a « rien d’inhabituel au Québec ou ailleurs », écrit le ministère. Les risques sont davantage liés à la sécurité des personnes – il s’agit d’un gaz inflammable — qu’à la qualité de l’eau. Mais il faudrait des concentrations supérieures à 28 mg/l pour engendrer des risques d’explosion. « Le méthane dissous n’est pas toxique pour la santé humaine », ajoute le ministère.
 
Labo indépendant exigé

Le comité Ensemble pour l’avenir durable du grand Gaspé demeure inquiet. Bien des puits du secteur Haldimand n’ont pas été échantillonnés, notamment autour des forages Haldimand n° 1 et n° 2, souligne la présidente, Lise Chartrand. « C’est inquiétant pour les gens qui n’ont pas été testés. On ne sait pas ce qui se passe. […] On ne boit plus notre eau de la même manière. » Le comité réclame un laboratoire indépendant qui analyserait l’eau de tous les puits du secteur.
 
Le maire de Gaspé, Daniel Côté, ne veut pas s’en mêler, arguant qu’il ne dispose pas d’information suffisante. Il demande au ministère de l’Environnement de venir présenter ses résultats à Gaspé.

Le ministère complètera son étude hydrogéologique fin mars ou début avril et la présentera à la population « dans les semaines qui suivent. »
Le méthane (CH4) est un gaz de la famille des hydrocarbures. Il est inodore, incolore et sans goût.

M. Lelièvre connaît seulement deux de ses adversaires pour l’instant. Frédérick DeRoy, d’Option nationale et Yvan Blanchard, de la Coalition avenir Québec, avaient déjà représenté ces partis aux élections du 4 septembre 2012.
Le Parti libéral n’a pas encore annoncé de candidat. L’organisation locale de Québec solidaire insiste pour dire qu’elle aura un représentant, mais il n’est toujours pas désigné.

Les enjeux
Le débat sur le pétrole risque de traverser toute la campagne, alors que Gaspé vient d’annoncer qu’elle ira en appel pour défendre son règlement sur l’eau potable, qui empêche Pétrolia de forer Haldimand n° 4.
Les enjeux liés au tourisme pèsent lourd dans la circonscription, qui compte trois parcs nationaux. Le directeur de la Chambre de commerce et de tourisme de Gaspé, Olivier Nolleau, veut s’assurer qu’on parle de développement touristique. « Les programmes [du gouvernement du Québec] sont-ils adaptés aux entreprises gaspésiennes? », demande-t-il.
Les pêches passent souvent sous le radar, même si la circonscription inclut Rivière-au-Renard, le plus gros port de débarquement de crevette au Québec et Sainte-Thérèse-de-Gaspé, haut lieu du débarquement de crabe, avec à la clé des centaines d’emplois en mer et en usine. La campagne se déroulera pendant les préparatifs de la pêche et tout soubresaut de ce secteur pourrait l’influencer.
Le développement éolien a été crucial pour la circonscription, qui compte huit parcs, une usine de pales à Gaspé et plusieurs PME liées à ce secteur. « L’éolien, ce sont des retombées énormes, pas juste en Gaspésie, mais pour tout le Québec », rappelle M. Nolleau, inquiet du récent débat sur la pertinence de poursuivre ce développement.
L’industrie du bois a connu de meilleurs jours. Le préfet de la Haute-Gaspésie, Allen Cormier, milite pour que Québec accorde des volumes de bois permanents aux deux scieries de Cap-Chat, Damabois et Deniso Lebel, dont dépendent 120 emplois en usine et en forêt.
La santé et l’éducation sont d’importants employeurs, mais offrir des services dans ces secteurs est souvent un défi. « On veut maintenir nos acquis en santé », plaide M. Cormier, rappelant les difficultés du Centre de santé de la Haute-Gaspésie.

Un retard socioéconomique
La circonscription de Gaspé s’étend de Cap-Chat à Grande-Rivière, incluant Murdochville. Elle compte 37 895 personnes, âgées en moyenne de 46 ans, comparativement à 40 ans au Québec. Une petite communauté de langue anglaise (6,8 %) est concentrée à Gaspé et à Percé.
Au plan socioéconomique, la circonscription est en retard sur le reste du Québec. Le taux de chômage y est deux fois plus élevé, soit 14 % comparativement à 7,2 % dans la province, selon les données de Statistique Canada, compilées en 2011 par le Directeur général des élections du Québec.
Le travail saisonnier demeure important. Les résidents de la circonscription travaillent 38,1 semaines par année en moyenne, alors que ceux du Québec en général sont au boulot 44,7 semaines.
Le territoire compte presque deux fois plus de personnes sans certificat ni diplôme, alors que deux fois moins détiennent un diplôme universitaire. Le revenu annuel moyen d’un particulier, à 29 060 $, est 20 % sous la moyenne nationale.
Aux dernières élections, Gaétan Lelièvre avait raflé la circonscription au libéral Georges Mamelonet en obtenant le double de voix et 57 % des suffrages. M. Mamelonet (28 % des voix) succédait à un autre Lelièvre, Guy, député du Parti québécois de 1994 à 2008.
Yvan Blanchard, de la CAQ, avait récolté 9,5 % des votes, davantage qu’Éric Boucher de Québec solidaire (3,7 %) et Frédérick DeRoy, d’Option nationale (1,9 %). Le taux de participation avait frôlé les 67 %.

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