le Lundi 21 septembre 2026

C’est le cas du drone, de plus en plus répandu. Un chasseur qui ferait survoler la forêt par un drone en juillet, histoire de trouver une bonne place pour dresser sa cache, le ferait en toute légalité. Par contre, s’il utilise son engin en période de chasse, carabine en mains, pour repérer un orignal, il contrevient à la loi.

Même chose pour une caméra qui envoie ses images en direct. Le chasseur peut les admirer de son salon, pour le plaisir. Mais il n’aurait pas le droit de s’en servir en situation de chasse, pour trouver le gibier.

Les appeaux électroniques sont maintenant permis, en autant que le chasseur l’active directement. Il lui serait interdit, par exemple, de le mettre en marche et aller se poster 100 mètres plus loin.

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Depuis 22 ans, le concours Chapeau, les filles! récompense les femmes qui se dirigent vers des métiers traditionnellement masculins. Des voix s’élèvent aussi pour que davantage d’hommes investissent les secteurs à prédominance féminine, comme la santé et l’éducation. Mais au ras des pâquerettes, les stéréotypes ont la vie dure.

GRAFFICI a consulté les sites web des trois commissions scolaires gaspésiennes : René-Lévesque, des Chic-Chocs et Eastern Shores. Elles offrent, à elles trois, 48 programmes de formation professionnelle.

Dans 32 cas, soit les deux tiers des formations, les photos choisies pour illustrer le programme sont conformes aux stéréotypes. Par exemple, les soins aux patients, le secrétariat et l’esthétique sont personnifiés par des femmes. Des hommes occupent l’écran en charpenterie-menuiserie, montage de lignes électriques et soutien informatique.

Un seul exemple sur 48 va à l’encontre de la tradition. Un homme, barbe fournie et crâne rasé, sert un plateau-repas à une patiente. La photo illustre la formation « assistance à la personne en établissement ou à domicile » (préposé aux bénéficiaires), offerte à la commission scolaire René-Lévesque.

Sur les 15 images restantes, le genre est impossible à déterminer, ou il s’agit d’un métier paritaire ou d’une formation qui ne mène pas vers un métier précis. Dans cette catégorie, on retrouve des personnes en train de souder avec un masque devant le visage, le programme « Lancement d’une entreprise » et la formation vente-conseil, un domaine où 54 % de femmes et 46 % d’hommes partagent le marché du travail en Gaspésie et aux Îles. Dans ce dernier cas, la commission scolaire René-Lévesque a choisi de montrer un homme qui vend une voiture.

Un travail à refaire

« On constate une tendance à aller vers les stéréotypes de sexe », dit la coordonnatrice de la Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles, Mireille Chartrand. « À l’époque de la Conférence régionale des élus [de 2003 à 2015], la Table travaillait avec les institutions scolaires. On avait fait de belles avancées. Je ne veux pas jeter la pierre aux commissions scolaires, elles ont vécu de grands changements. Mais depuis qu’on ne fait plus ce travail, on est peut-être retournés un peu dans les anciennes habitudes. »

Les stéréotypes utilisés pour illustrer les différents métiers ont un effet, juge Mme Chartrand. « Ça fait partie de l’imaginaire collectif. On maintient l’idée que le monde doit être ainsi. »

Au contraire, montrer des modèles a le pouvoir de changer les choses, poursuit Mme Chartrand. « Des filles nous ont dit, à plein d’occasions, qu’elles se sont inscrites dans tel domaine parce qu’elles avaient vu une femme le faire. Comment peut-on se représenter si on ne peut pas se reconnaître? » Ainsi, les photos où le sexe est indéterminé (soudeuses ou soudeurs casqués) ont sans doute moins d’effet, croit la coordonnatrice.

Du progrès à venir?

Les photos présentées sur le site web ne traduisent pas la volonté de la commission scolaire, réagit Marjorie McRae, conseillère en communication à Eastern Shores. « On invite toujours les hommes et les femmes à s’inscrire à nos formations, même si historiquement, il y a plus de femmes ou plus d’hommes. »

« Le site web est vieux. Il n’y a pas eu de mise à jour depuis au moins cinq ans », dit Mme McRae. Plus récemment, Eastern Shores a publié des témoignages vidéo, indique-t-elle. On y voit une étudiante en charpenterie qui lance aux filles « N’ayez pas peur ». Même scénario pour le programme assistance en établissements de santé : un étudiant parle de sa passion pour ce métier. « C’est là où on veut aller », indique Mme McRae.

La commission scolaire René-Lévesque présente des photos de ses propres élèves pour illustrer ses formations, explique Christine Lepage, directrice des services éducatifs de  la formation professionnelle. Et la réalité est qu’en « électricité, il n’y a pas souvent de filles inscrites », dit-elle.

Pourtant, la commission scolaire est « vraiment » préoccupée d’ouvrir ses formations à tous les genres, dit Mme Lepage. L’organisation a fait la tournée des écoles secondaires pour présenter les métiers traditionnellement masculins à l’ensemble des élèves. « À l’automne, on va cibler cinq filles pour explorer les milieux de travail et nos centres de formation professionnelle », rapporte-t-elle. De même, « on favorise autant les hommes dans des métiers féminins ».

À la commission scolaire des Chic-Chocs, « nous ne choisissons pas nos images en fonction du sexe mais en fonction de la composition de nos groupes », indique la conseillère en communication Marie-Noëlle Dion. La commission scolaire développe des mesures pour faciliter l’accès des femmes aux métiers traditionnellement masculins, ajoute-t-elle.

Cégep : de la « vraie » diversité

Le Cégep de la Gaspésie et des Îles, qui dispense 18 diplômes techniques, présente des photos moins stéréotypées que les commissions scolaires de la région.

En mécanique marine, un étudiant et une étudiante partagent  l’écran, tout comme en maintenance industrielle. Sur la photo des soins infirmiers, on voit un homme aux côtés de deux femmes et d’une enseignante.

GRAFFICI a demandé au Cégep comment il s’y prenait. « Quand on a besoin de photos pour un programme, c’est important pour nous d’avoir de vrais étudiants. On demande qui se porte volontaire. On essaie de montrer la variété : des gars, des filles, des étudiants internationaux », explique Julie Lépine, conseillère en communication.

Récemment, le Cégep a renouvelé sa banque d’images pour le programme tourisme d’aventure. « On avait deux étudiants et une étudiante. On a pris des photos d’eux en camping. Sur la première photo choisie, la fille faisait à manger. On a dit non, pas celle-là. On fait attention de ne pas reproduire des clichés. Cette sensibilité montre les valeurs du Cégep », indique Mme Lépine.

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M. Anel, qui a grandi à Toulouse, en France, est connu des agriculteurs de Rocher-Percé. Implanté dans la région depuis 2005, cet ancien employé de la MRC, formé comme ingénieur agronome, s’occupait et s’occupe toujours d’un projet d’agroforesterie, pour planter du bois de qualité en bordure des champs.

Ses activités l’ont mené sur les terres de Lorenzo Athot, où il venait tailler des arbres. Démarrer comme éleveur? « Ça me paraissait improbable, je ne viens pas d’une famille d’agriculteurs. Mais j’ai vu des terres, et le besoin de relève […]. J’avais le goût de faire, et pas seulement d’aider », dit M. Anel.

L’homme de 40 ans a installé son troupeau sur la ferme de M. Athot, dans le 2e rang de Cap-d’Espoir. « Je n’aurais pas pu me bâtir une étable à 150 000 $. J’ai accès à ses infrastructures. De la mi-novembre à juin, nos animaux sont mélangés. En contrepartie, je soigne le troupeau l’hiver. » Les deux agriculteurs partagent la machinerie et font les foins ensemble.

M. Athot travaille à temps plein chez Revenu Québec. « Ça diminue ma charge de travail, il surveille les animaux quand je ne suis pas là. Ça me fait quelqu’un de confiance; c’est plus facile de partir en vacances », dit-il.

M. Athot est la quatrième génération d’éleveurs bovins. Ces dernières années, « on a vu beaucoup de gens quitter. Il y a déjà eu de la relève d’entreprises dans la même famille. » Mais un nouvel éleveur dans le décor de Rocher-Percé, « à ma connaissance, c’est la première fois », dit-il.

Au-delà des biens et services matériels, « je gagne autre chose », dit M. Anel. « Je bénéficie de l’expertise de Lorenzo. Ça m’évite des erreurs et quand c’est dur, je me sens moins tout seul. »

À trois sur une terre

Quand GRAFFICI est passé à Cap-d’Espoir à la mi-juin, M. Anel s’apprêtait à déménager son troupeau dans son pâturage d’été, à Val-d’Espoir. Il loue une terre sur la Côte des pères, une propriété jadis utilisée par la coopérative des Bio-Jardins du Rocher-Percé.

La terre est louée à trois. Benoit Couillard, de la microbrasserie Auval, y plante un verger de petits fruits destinés à ses bières. Benoit Tireau y cultive de l’ail et des légumes. Le fumier des vaches engraisse le verger. Le microbrasseur donne ses résidus de brassage – la drêche – aux vaches, qui en raffolent.

M. Anel estime qu’il faut 100 bêtes pour vivre d’un élevage vache-veau traditionnel, un modèle où l’on vend ses veaux à un intermédiaire à l’étape de l’engraissage. « Je veux les amener un peu plus loin, garder les veaux 14 à 18 mois. Je vais vendre la viande à des particuliers, en boîtes de 10 kilos avec une diversité de coupes […]. C’est 5 % plus cher qu’à l’épicerie, mais pour une viande de qualité supérieure, des animaux finis à l’herbe, pas au grain. »

La recette et l’ingrédient manquant

Bertrand Anel estime avoir investi 15 000 $ à 20 000 $ de fonds personnels dans son entreprise, la Ferme Percé Nature. La Financière agricole et le Programme de développement du secteur agroalimentaire lui versent un total de 70 000 $ en subventions. « Je n’avais pas les moyens de mettre tout ça en mise de fonds. Je serais en train de payer des intérêts, et un tout petit peu de capital. »

M. Anel reçoit 420 $ bruts par semaine (35 heures au salaire minimum) du Soutien aux travailleurs autonomes pour développer sa ferme. Cette mesure dure un an « mais dans le cas précis de l’agriculture, ce serait bien que ça dure de deux à trois ans », dit-il. « Le cycle d’élevage est long, il y a énormément de choses à apprendre. Si tu dois travailler à l’extérieur en même temps, ça devient extrêmement difficile. Ça ne coûterait pas si cher à la société et ça aiderait à l’établissement d’agriculteurs », juge M. Anel.

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Mme Éloquin était une Montréalaise aux origines madeliniennes. Elle travaillait comme commis comptable dans la métropole. Son conjoint, Bernard Beaudoin, est originaire de Grande-Vallée. Formé en cuisine, il occupait un emploi en gestion hôtelière. « On travaillait fort. On s’est dits : « tant qu’à travailler pour les autres, on va travailler pour nous ». »

Ils ont acheté leur hôtel-restaurant à Grande-Vallée en 2003. « Je suis tombée dedans. Je n’avais aucune expérience en service. Il y avait deux serveuses d’expérience. C’est elles qui m’ont appris. Quand c’est ton entreprise, tu as intérêt à apprendre vite ! »

Mme Éloquin y a pris goût. « En restauration, les clients sont heureux, ils sont en vacances, ils viennent prendre une bonne bouffe. J’aime ce contact, on fait de belles rencontres. […] Tout le monde me connaît : on me dit « bonjour Ginette! » On n’est pas habitués, à Montréal, d’être reconnu. »

Pour offrir un bon service en restauration, « l’approche est importante, il faut savoir accueillir, être souriant même quand on est débordé, connaître ton produit, savoir le recommander », énumère Mme Éloquin. Mais par-dessus tout, « je sers les gens comme j’aimerais être servie », dit-elle.

La réputation d’un restaurant est « très fragile », « Ça prend de la rigueur. Il faut être à l’écoute. Si un client n’a pas aimé, il faut corriger », insiste Mme Éloquin.

La copropriétaire arrive à la salle à manger dès 6 h, pour superviser le petit déjeuner. Jusqu’à l’été dernier, elle faisait aussi le service du soir, parfois jusqu’à 23 h. « Entre les deux, je fais de la comptabilité et je prends une pause d’une heure ou deux. »

Cet été, l’embauche d’étudiants lui laissera « un petit répit » jusqu’en août, à la rentrée du cégep. « Je ne travaillerai pas le soir, sauf quand ça va déborder. »

En hiver, les horaires sont aussi exigeants. Les groupes de motoneigistes se couchent tard et se lèvent tôt, remarque Mme Éloquin. « On dort quatre ou cinq heures par nuit. »

Son rôle de copropriétaire, plus que de serveuse, lui impose une présence en tout temps, précise-t-elle. « C’est notre façon de contrôler la qualité »

Le couple prend une pause d’un mois en novembre et d’un mois en avril. « J’ai aussi beaucoup de clients locaux et des clients de Gaspé. Quand je pars en vacances, ils me disent : repose-toi bien, tu le mérites ! »

GRAFFICI a demandé à Mme Éloquin où elle souhaite en être dans dix ans. « J’ai 61 ans, j’espère être à la retraite! Mais on a encore la passion. »

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Carole Nadeau avait six ans d’expérience en formation générale aux adultes quand elle a reçu l’offre d’enseigner à la prison de New Carlisle deux jours par semaine, en 2015.

« J’étais excitée par l’idée. Je suis une fille dynamique, qui ne craint pas le nouveau, qui ne veut pas de routine. Sans hésitation, j’ai dit oui. Ce sont la curiosité et le défi qui m’ont amenée à dire oui. Je ne regrette absolument pas », dit-elle. 

Carole Nadeau enseigne le français à des prisonniers « en-dedans » pour moins de deux ans. Son groupe est composé d’une quinzaine d’hommes.

« Ça roule. On est victimes de notre succès », note-t-elle à propos de la taille du groupe. « Ils ont tous un projet et ça avance. Certains d’entre eux veulent leur DES [diplôme d’études secondaires] alors que d’autres sont des anglophones en francisation. J’ai aussi des gens du présecondaire. Ils partent de loin. J’ai des gars qui font des mots croisés et qui veulent juste être meilleurs », décrit-elle.

Ceux qui assistent à ses cours sont motivés et elle encourage ceux qui manquent d’assurance.

« Tu t’es levé, tu t’es brossé les dents, tu es venu, tu es en mouvement, tu as fait un effort. Je les félicite. Je leur dis : « Ça semble banal pour vous mais pour moi, c’est important. Je vous fais écrire. Je vous fais travailler la motricité fine. » On aborde des thèmes, comme la colère. Ça leur permet de ventiler », explique Carole Nadeau.

« Tu me rappelles que je suis vivant »

« Un gars m’a dit : « C’est l’fun, venir ici. Moi, tu me rappelles que je suis vivant ». Je porte des pantalons rouges parfois. Ça fait contraste avec les habits ternes des prisonniers, avec les murs », indique Mme Nadeau.

Elle n’a pas suivi de formation spécifique pour enseigner aux prisonniers. Elle progresse avec quelques consignes des services correctionnels et elle a vite compris certaines règles, un code de vie, dont la discrétion à propos de ses affaires personnelles.

« Tout ce qui ne concerne pas l’enseignement du français, je ne peux pas toucher à ça. Je ne peux pas apporter un journal en dedans. Je ne touche pas à des choses comme une copie du rapport de police d’un prisonnier mais je peux l’aider à écrire une lettre à sa blonde […]. Je ne m’attends vraiment pas à connaître les sentences. Parfois, ils racontent pourquoi ils sont là mais ça ne dure pas longtemps. On tourne la page et on avance », dit-elle.

Carole Nadeau a vite réalisé qu’elle joue un rôle important dans le développement de l’estime de soi des prisonniers.

« Ils ont un problème d’estime de soi et il a un effet de démobilisation. Je veux leur réapprendre à apprendre. « Tu es capable de lire, donc tu as de l’intelligence. On va réactiver tes capacités. Tu as tapé sur ta femme. On va apprendre à exprimer ta colère autrement » », note-t-elle.

Ce contact avec eux lui permet de remettre des choses en perspectives.

« Ils ont un vécu. Certains ont eu tout cuit dans le bec, des bons parents, et ils sont tombés dans la drogue mais il y a aussi des enfants de la rue. Certains ne sont pas conscients qu’ils sont responsables. Ce n’est jamais de leur faute. C’est une microsociété mais c’est « tranquilo », à New Carlisle. Il y a quand même beaucoup de récidive. Il y a six ou sept gars que je revois en trois ans. L’espoir, c’est qu’avec l’âge vienne la maturité. J’en vois un qui est marqué pour la vie mais il sourit encore et il a le goût de faire du français », conclut-elle.

Des enseignantes primées par l’Unesco

Les deux enseignantes gaspésiennes ont raflé chacune leur tour, deux années de suite, le prix offert par la Chaire Unesco de recherche appliquée pour l’éducation en prison. Le prix souligne, une fois par an, un accomplissement réalisé dans l’une des prisons provinciales du Québec.

Line Gagné a reçu le prix en 2017 pour son cours de Critique cinématographique. Carole Nadeau l’a mérité en 2018 avec l’enseignant en création musicale Dominic Potvin pour avoir encadré un étudiant quand il a composé de A à Z (musique comprise) un rap racontant sa vie derrière les barreaux.

M. St-Louis, un cuisinier de formation et guide de randonnée breveté, enseigne en tourisme d’aventure au Cégep de la Gaspésie et des Îles.

L’homme de 38 ans a vécu ses premières expériences de camping dans la roulotte de ses parents. Les scouts de sa ville natale, Nicolet, l’ont aussi amené camper dans des tipis en toile.

Puis il y a eu les voyages de camping avec des amis, souvent en canot. « On amenait trop d’eau, trop de bouffe, trop de tout », se rappelle-t-il. Sept ans dans l’Ouest canadien lui ont permis de multiplier les types de camping : pas juste à côté de la voiture, mais aussi à vélo.

Il fait des randonnées de plusieurs jours, sac au dos, « pour aller plus loin qu’une journée peut m’amener. Pour faire une approche jusqu’où on campe, respirer l’endroit, le vivre. Tu as l’impression d’être où personne n’est jamais allé, même si ce n’est pas le cas. Ça permet de te dépayser », dit M. St-Louis.

Le plaisir de la simplicité

« Je décroche vraiment, ça me rend zen. Il y a aussi des moments anxiogènes, où je me demande si je vais être capable. Je me dis : je suis loin, mais je l’ai voulu. Et c’est le plaisir de la simplicité, de n’avoir rien d’autre à t’occuper que tes besoins de base. Ça m’attriste parfois de voir la fin d’un trip. »

Son plus long périple, il l’a fait sur une section du Pacific Crest Trail, dans la Sierra Nevada californienne, « 1000 km sur un mois ». C’est là aussi qu’il a vécu son pire moment de camping. Une tempête tropicale s’est abattue sur un parcours jusque-là très sec. « Même si on était en juillet, je ne suis jamais passé plus proche de me retrouver en hypothermie. C’était l’enfer. Tu te sens misérable et tu te dis : qu’est-ce-que je fais ici? »

L’hiver aussi

Pourtant, M. St-Louis n’est pas frileux. Pour lui, toutes les saisons sont bonnes pour camper, y compris l’hiver. Il utilise la neige pour améliorer son confort. « Tu peux creuser dans ton vestibule de tente, construire une cuisine sous une bâche en sculptant des bancs, des tables », dit-il. L’hiver dernier, il a passé un total d’un mois en camping d’hiver avec ou sans ses étudiants, dont  cinq jours dans les monts Groulx, au nord de Baie-Comeau, en ski-camping. « Après, tu retombes dans ton confort et tu réalises combien tout est facile. »

Son plus bel emplacement de camping, il l’a découvert au Népal. « On était dans un fond de vallée, à 4000 mètres d’altitude, avec des montagnes de 6000 mètres autour, dans un ancien village d’éleveurs de yacks. On s’est installés dans les ruines de vieilles maisons en pierre pour se protéger des yacks qui se promenaient. Le matin, on a vu une avalanche au loin. »

Résident de la Gaspésie depuis un an, M. St-Louis admet ne pas connaître encore tous les trésors de la région. Il aimerait parcourir le Sentier international des Appalaches, section gaspésienne.

Et la bouffe?

M. St-Louis enseigne la cuisine en plein air, parmi d’autres cours, à ses étudiants de tourisme d’aventure. Alors qu’est-ce qu’on charge pour une randonnée? Les mets déshydratés du commerce peuvent le contenter, dit-il. Mais « je déshydrate de plus en plus moi-même. J’ai un beau gros déshydrateur. On a plus de contrôle sur les ingrédients. »

Il se permet de traîner un morceau de saumon congelé pour son souper du premier jour. « Le soir, il est juste assez dégelé, je le cuis avec du riz et des légumes. »

M. St-Louis admet que l’équipement, léger de préférence, a son importance quand on est à pied. « Tu ne peux pas partir avec ton gros sac de couchage du Canadian Tire », illustre-t-il.

Il incite quand même tout le monde à essayer. « J’appelle les gens à sortir des sentiers battus, à aller dans l’arrière-pays. Commencez petit, mais osez! »

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Avant son accident, M. Côté, un Gaspésien diplômé en plomberie, travaillait dans les raffineries de pétrole en Alberta. Le 8 janvier 2010, il roule à motoneige dans le « chemin du camp 18 », entre Gaspé et Murdochville. Le verglas a plié un arbre et emprisonné sa cime dans la glace. La motoneige de M. Côté la libère en passant. « Le bout de l’arbre m’a empalé », rapporte-t-il. La branche a fait des dégâts, dont la compression de sa moelle épinière. Conséquence : M. Côté ne peut plus marcher.

L’homme, âgé aujourd’hui de 35 ans, a eu « des deuils à faire », dit-il. « Tu perds tes sorties, tes passe-temps, un mode de vie que tu aimes, avec 20 jours de travail et 10 jours de congé. »
« Être dépendant, c’est le plus dur. Tu te bats pour être indépendant vers 18-19 ans, tu y goûtes jusqu’à 26 ans puis après, c’est la pomme de route », le surnom qu’il donne à son accident. « Au début, le regard des autres t’affecte plus. Tu es en cr… parce que les accès [aux commerces et services] ne sont pas adaptés. Tu veux au moins être capable d’entrer et de sortir tout seul, et d’aller aux toilettes! »

Moins d’un an après l’accident, il enfourche à nouveau sa motoneige. À l’entendre, il n’y a rien là. « Je m’entraîne trois, quatre fois par semaine, j’ai le haut du corps fort. Je n’ai pas de problème en motoneige. En quatre roues, c’est encore plus facile. » Avec des membres de sa famille, il a acheté un bateau de type ponton. « On a adapté la porte. Je saute sur le banc du conducteur et c’est parti! »

M. Côté chérit son indépendance retrouvée. « J’ai mon appartement, mon camion adapté, je fais mon épicerie, mon lavage. Je fais tout, tout seul. »

L’homme affiche un mélange d’assurance et d’autodérision qui mettent ses interlocuteurs à l’aise. L’humour fait aussi partie de son arsenal. Chaque semaine, il signe une capsule humoristique pour Radio-Gaspésie. Il collabore comme auteur aux projets solo de sa sœur Ève Côté, l’une des deux humoristes des Grandes Crues. « Elle m’a incité à écrire. On a les mêmes référents, le même genre d’humour », dit M. Côté.

Quand il est retourné aux études il y a deux ans, M. Côté a choisi la technique en travail social, inspiré par une travailleuse sociale à qui il a eu affaire à Québec. « J’ai trouvé qu’elle ne faisait pas une bonne job, qu’on était traités comme des numéros. Je me suis dit que je pouvais sûrement faire mieux. »

Au campus de Gaspé du cégep, M. Côté est connu pour sa bonne humeur contagieuse. Le regard des autres, il s’y est plus qu’habitué. Quand il roule dans les corridors du cégep, il échange quelques mots ou au minimum un salut avec beaucoup des personnes qu’il croise. « Les gens, s’ils viennent me parler, ils ne seront jamais mal à l’aise. Je m’accepte à 100 %. Je ne me casse pas le bicycle avec ça. »

M. Côté n’a jamais eu de « pensées noires » après son accident et a été bien entouré par sa famille, souligne-t-il. Notamment par sa mère, une infirmière qui avait pris sa retraite une semaine avant l’accident. Lui-même a développé certaines qualités en perdant de sa mobilité : « tu apprends à remercier les gens, à être patient, indulgent, résilient », dit-il.
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Sur les bateaux côtiers de pêche au poisson de fond, la majorité des capitaines paient leurs aides avec un salaire à la semaine. La moyenne tourne autour de 1200 $ à 1300 $ par semaine, pour 14 à 26 semaines de travail, indique Jean-René Boucher, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du nord de la Gaspésie. Appliqués sur une saison, ces salaires totalisent entre 17 000 $ et 34 000 $.

« Quand j’entends des gens qui sortent dans les médias, dire qu’ils gagnent 20 000 $ par an… Oui, mais c’est pour 18 semaines. Il t’en reste 34 pour aller gagner ta vie autrement », dit M. Boucher.

La situation type de ces bateaux : un quota de turbot, un peu de crabe des neiges et du flétan de l’Atlantique. C’est le cas de Rosario Junior Dunn, un capitaine de Rivière-au-Renard. Il n’est pas gêné de révéler combien il paie ses aides-pêcheurs. L’an dernier, ils ont gagné 50 000 $, dit-il, soit 13 % des revenus bruts.

« Si on veut garder nos équipages, ils ont le droit de vivre comme les autres », dit M. Dunn. Plusieurs autres pêcheurs de poisson de fond paient à pourcentage, entre 8 % et 14 % selon les témoignages recueillis par GRAFFICI.

La pratique de payer à pourcentage est perçue comme « la norme » à Rivière-au-Renard, peu importe le type de pêche. « C’est plus ambitionnant pour les hommes de pont. Plus il y a de poisson dans la cale, mieux c’est pour eux », explique un capitaine.

Et la moyenne?
Toutes espèces confondues, il y avait 665 matelots de pont en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine en 2015, selon le Recensement 2016. Leur revenu moyen était de 23 085 $.

Cette moyenne cache d’importantes disparités : la moitié  de ces matelots gagnait moins de 13 506 $ (revenu médian) et la moitié gagnait davantage.

Des 665 aides-pêcheurs, 490 ont travaillé moins de 16 semaines en 2015; le revenu moyen de ceux-là était de 14 720 $.

Les données ont été fournies par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec.
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Les capitaines de crevettiers paient un pourcentage de leurs revenus bruts à leurs aides-pêcheurs, une pratique généralisée dans leur flotte. Ces pourcentages varient de 5 % à 8 % selon l’expérience du pêcheur et le nombre de marins à bord. Avec un quota type de 675 000 livres l’an dernier, un aide-pêcheur à 6 % aura gagné environ 40 000 $.

Mais plusieurs pêchent sur des bateaux auxquels sont rattachés des quotas plus importants, avec des capitaines qui trouvent de la crevette de bonne taille, plus payante. Un homme de pont employé sur un crevettier de Rivière-au-Renard nous a indiqué avoir gagné entre 65 000 $ et 95 000 $ par saison ces trois dernières années. Le travail dure environ six mois et les jours de congé sont rares, souligne ce jeune homme. « En mer, on est tout le temps là. On lève le chalut aux cinq heures. »

À la Coopérative des capitaines-propriétaires de la Gaspésie, on évalue entre 60 000 $ et 65 000 $ le salaire moyen sur un crevettier.

Le paiement à pourcentage rend toutefois les salaires plus variables. Les pêcheurs de crevette du golfe subiront une diminution moyenne de 35 % des prises autorisées dans le golfe cette année. Même si le prix du crustacé augmente, les aides-pêcheurs pourraient voir leurs salaires diminuer.

Plusieurs capitaines de crevettiers critiquent les salaires payés sur les crabiers. Ils considèrent que ces capitaines auraient les moyens de payer bien mieux leurs aides-pêcheurs. « On ne s’en est jamais mêlés, ce n’est pas de nos affaires. Mais ça a entaché un peu notre réputation. On passe tous pour du monde comme ça », lance Réginald Cotton, propriétaire de crevettier.
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Catherine Audet, originaire de Maria, s’est fait remarquer pour son rôle dans la pièce Irène sur Mars, créée à Carleton à l’été 2016 puis partie en tournée, où elle joue aux côtés de Pauline Martin. La comédienne se souvient de l’un de ses premiers passages sur scène, au TRAC, costumée en… fœtus!

À l’école secondaire de Carleton, Catherine Audet faisait du théâtre avec l’enseignante Myreille Allard. Deux fois, elle a participé au TRAC de Paspébiac. « C’est drôle, on avait joué une pièce où on faisait les fœtus dans le ventre de notre mère. On l’avait écrite, on avait fait la mise en scène et les costumes », se rappelle Mme Audet. « On faisait tout, c’était vraiment de la création et ça m’a marquée. Je savais que je voulais être comédienne, j’ai eu la piqûre, mais aussi pour l’écriture, le désir de créer en gang », ajoute-t-elle.

Depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre en 2010, Mme Audet a surtout joué du théâtre de création. « J’aimerais éventuellement mettre plus de temps à l’écriture, écrire pour un jeune public. C’est un rêve que je porte en moi », dit-elle.

Catherine Audet souligne le plaisir de rencontrer d’autres ados passionnés de théâtre au TRAC. « Dans une société où on est parfois portés à les juger, c’est important, dans une communauté, d’avoir des occasions où on les laisse prendre la parole, monter sur scène. »

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