le Lundi 21 septembre 2026

 

GRAFFICI a demandé aux artisans de décrire une de leurs boissons typiquement gaspésienne et de dire à qui ils aimeraient la faire goûter.

Léa, vin de rhubarbe

La Ferme Bourdages est surtout connue pour ses fraises et les alcools qu’elle en tire, mais elle produit aussi un vin de rhubarbe, le Léa. « Il est doux, avec 11 % d’alcool. Il est 100 % rhubarbe. On le met en fermentation pendant trois semaines, puis il est vieilli dix mois. C’est à découvrir en accord mets-vin avec des fruits de mer. Il peut se comparer à certains sauvignons blancs », décrit le président et copropriétaire de l’entreprise, Pierre Bourdages.

Les Bourdages cultivent la rhubarbe à leur ferme de Saint-Siméon, mais pas n’importe quelle variété. « C’est un cultivar de rhubarbe assez verte, pour faire un vin blanc, pas rosé. » Lancé il y a trois ans, le Léa a été le premier vin de rhubarbe commercialisé à la Société des alcools du Québec.

Pour qui?

« Je le bois en mémoire d’un ami, décédé maintenant, qui m’avait fait découvrir un sauté de pétoncle glacé au Léa et accompagné au Léa », raconte Pierre Bourdages.

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À lire aussi sur le web et dans le journal, dans les prochaines jours: l’hydromel de John Forest, la bière Tripel Boréale du Frontibus, le gin aromatisé aux champignons d’O’Dwyer, la bière la Ferme à houblon du Naufrageur, et beaucoup d’autres…

Un employé du ministère des Ressources naturelles a d’abord épinglé un avis sur le camp. M. Laflamme n’en a pas tenu compte. Il n’était pas encore officiellement propriétaire du terrain et travaillait à déterminer le bornage avec ce même ministère. Depuis, l’arpentage a prouvé qu’il était chez lui.

« J’ai trouvé qu’ils auraient pu m’avertir plus et vérifier d’abord leurs limites […]. Ils se sont trompés chez nous et peuvent s’être trompés ailleurs. Les limites entre le privé et le public ne sont pas toujours évidentes et le ministère ne fait pas les efforts pour mettre ça au clair », croit M. Laflamme.

Le ministère a admis son tort. « Ils sont venus nettoyer la semaine après qu’ils aient reconnu leur faute. Ils m’ont demandé de leur faire une proposition [de dédommagement]. »

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À lire aussi: Surveillance accrue depuis trois ans

Touche pas à mon camp de chasse

Le jour où GRAFFICI visite le chemin de la Craque, entre Grande-Vallée et Murdochville, on est à 15 jours de la chasse à l’arbalète et les bouleaux commencent à virer au jaune. Les chasseurs d’orignal prisent ce secteur situé en territoire public. Ils sont plus de mille à y chérir un « trou de chasse », estiment mes guides-chasseurs. Si certains occupants ont signé un bail pour s’installer à demeure, des centaines occupent leur camp sans être enregistrés.

La question demeure délicate. Les deux chasseurs veulent bien m’accompagner dans le dédale des chemins pour me montrer des camps, mais refusent qu’on les nomme. Ils ne s’approchent pas non plus des camps avec moi, de peur qu’une caméra-vigile les repère. Ils craignent des représailles. « C’est une corde vraiment sensible. Le territoire appartient à tout le monde. Mais quand ça fait 50 ans que tu es là… », lance le premier.

Camps brûlés
Ces dernières années, le ministère des Ressources naturelles a intensifié son contrôle des camps de chasse. Ceux qui ont construit un chalet ou immobilisé une roulotte sans permission voient un avis épinglé sur leur bien. S’ils ne s’y conforment pas – le camp est souvent impossible à déplacer de toute façon – le ministère en prend possession et peut le brûler, ce qu’il a fait 80 fois dans les trois dernières années.

C’est arrivé au deuxième chasseur qui me guide. Il insiste pour dire que le camp appartenait non pas à lui, mais à son frère décédé il y a 16 ans. Toutefois, il l’occupait et ses affaires étaient dedans. « Une arbalète, des flèches, des vestes de chasse… ils ont tout flambé et ils n’ont rien ramassé. Le camp ne nuisait pas, il était à l’extérieur du chemin! Ils ont flambé de la tôle, des pneus et des chaises de plastique », dit-il.

L’enjeu suscite encore de la grogne chez les chasseurs, même s’ils se résignent de plus en plus, observe Alain Poitras, président de la Fédération des chasseurs et des pêcheurs de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. « Il y en a qui ne sont pas contents, c’est sûr, mais c’est ceux qui ont des camps illégaux. Ceux qui respectent la loi n’ont pas de problème. Et ceux qui se font brûler, ils avaient été avertis plusieurs fois. »

Le ministère pas assez assidu, selon des chasseurs
M. Poitras pense que le ministère aurait dû appliquer la loi de façon plus assidue dans les dernières décennies. « S’il avait fait respecter la loi à 100 %, on n’en parlerait pas aujourd’hui […]. Les gens ne se seraient pas mis à se gâter, à se dire : ils m’ont pas tanné, je me fais une galerie, puis une rallonge. »

Légaliser les camps en faisant payer les chasseurs? Les détenteurs de baux auraient l’impression de se « faire avoir », dit M. Poitras. Et les camps sont si nombreux que le territoire n’aurait plus rien de public après une telle opération.

Un « trou de chasse » à 15 000 $
Les camps de chasse illégaux sont liés à un autre enjeu : l’appropriation du territoire. En théorie, les détenteurs de permis peuvent chasser à leur guise en terres publiques. Dans les faits, les chasseurs qui ont construit des échafauds, installé des salines et bâti un camp voient ce territoire comme le leur.

Au point où ces « trous de chasse » se vendent à prix fort, malgré l’absence de titres de propriété, rapporte Yves Moussette, de Grande-Rivière. « Ça se fait régulièrement. Ça peut être vendu 5000 $, 10 000 $ ou 15 000 $. »

Le nombre de permis de chasse à l’orignal a presque doublé en Gaspésie depuis 1998, mais est stable autour de 24 500 depuis 2009. La popularité de la péninsule s’explique par le succès de chasse qui dépasse les 20 %.

 

La pharmacienne

Stéphanie Smith, 34 ans, est propriétaire de la pharmacie depuis février 2016. « J’aime ça, travailler ici. J’ai une belle pratique de proximité qu’on ne trouve pas nécessairement ailleurs. J’ai le luxe d’avoir un peu plus de temps. »

Elle a pris la relève de son père, Gary  Smith. « C’est un risque calculé, je rachète à mesure de mon père, qui est encore actionnaire. » Il y a moyen de faire vivre une pharmacie avec les 660 habitants de Murdochville, assure Mme Smith. De toute façon, « ce n’est pas envisageable qu’on ferme nos portes. On ne peut pas avoir une heure de route à faire [vers Gaspé] pour aller à la pharmacie ».

L’épicier

Michel Pelletier, 43 ans, vient d’investir 250 000 $ pour rénover le marché Ami, avec l’aide de sa chaîne d’alimentation. Il doit se battre contre le déclin démographique et la concurrence des supermarchés de Gaspé. « On a fait un magasin amélioré en espérant contrer ça », dit M. Pelletier.

Aussi propriétaire de six condos pour les travailleurs et les touristes, il vient d’en acheter quatre autres. « Je ne fournissais pas à la demande. Je n’ai jamais fait de publicité nulle part et ça augmente chaque année. » M. Pelletier est revenu à Murdochville en 2001, pour prêter main-forte à ses parents épiciers, à qui il a succédé en 2003.

Les dynamos du tourisme

Le Chic-Chac devient une entreprise quatre saisons avec l’achat du Centre de plein air du lac York, son camping de 100 emplacements et ses cinq chalets. Les propriétaires du Chic-Chac, Eloïse Bourdon, 36 ans, et Guillaume Molaison, 35 ans, offraient déjà des forfaits de ski hors-piste et de rafting à leurs clients. L’entreprise a aussi acquis le centre de ski Mont-Miller l’automne dernier; ses revenus ont atteint 300 000 $ cet hiver, soit le triple d’une année normale. La combinaison de ces activités est la clé pour « donner de bonnes conditions d’emploi et maintenir mes gestionnaires », dit M. Molaison. Le Chic-Chac embauche 35 personnes dont cinq l’été. Les propriétaires veulent développer les sentiers de vélo de montagne et les tracés de ski hors-piste au lac York.

Renouveau côté pompes

Jacques Gauthier, 55 ans, est trop jeune pour penser à la relève. Mais il vient de donner un coup de jeune à sa station-service. Son investissement privé de plus de 200 000 $ a permis de changer les pompes et les réservoirs. De quoi garantir l’approvisionnement en essence à Murdochville pour les 25 prochaines années.

À la recherche de relève

Réal St-Gelais, 75 ans, exploite le seul garage de Murdochville. « Ça en prend un absolument. Si quelqu’un fait un flat, il ne peut pas aller sur le flat jusqu’à Gaspé! ». M. St-Gelais, originaire de Danville en Estrie, est venu travailler à Murdochville en 2005, pendant la construction du parc éolien du mont Copper, en 2005. Il n’est jamais reparti – « j’aimais ça, ici » — et il racheté le garage pour pouvoir rester. Il songe maintenant à vendre le commerce à l’un de ses employés.

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Dans les cinq premiers mois de 2017, Zian Bernatchez a répondu à 56 appels. Cet orthopédagogue à la Polyvalente Mgr Sévigny de Chandler est pompier depuis dix ans pour les casernes de Grande-Rivière et Chandler. « Ce n’est pas un sacrifice quand je vais répondre à un appel », précise M. Bernatchez, devenu pompier pour « s’impliquer dans sa communauté » et « aider les gens ».

« Que ce soit juste d’aller réconforter une personne qui a de l’eau dans son sous-sol et de fermer son disjoncteur, ou de secourir quelqu’un perdu en mer, tous les gestes sont importants », dit M. Bernatchez.

« Être pompier, ce n’est pas juste quand le radio sonne. C’est les soirs, le samedi, pour maintenir les acquis », ajoute le pompier, qui passe 150 à 200 heures par an à s’entraîner et à se former.

Anne Babin fêtera bientôt ses 24 ans comme pompière, à Caplan d’abord, puis à Maria et finalement à Carleton, au fil de ses déménagements. « Mon père, déjà, était pompier à Caplan. J’avais assisté aux compétitions amicales dans mon coin, des épreuves physiques en lien avec le métier de pompier. Ce qui m’a plu, c’était l’esprit d’équipe, de famille. Ils avaient du plaisir. »

« Le « paget » dort toujours à côté de moi, 365 jours par an, dit Mme Babin. Ça m’est arrivé d’avoir des gens à souper et qu’on les laisse en plan, mon mari [il est aussi pompier] et moi. » Le salaire a peu à voir avec sa motivation. « Je ne compte pas là-dessus pour payer mes factures. Avec cet argent-là, je vais dans le Sud au printemps. Mais ce n’est pas pour ça que je me lève à 3 h du matin, que je reviens à 5 h 30 avant de commencer ma journée de travail », raconte Mme Babin, qui gagne sa vie comme massothérapeute.

Ce type d’engagement se raréfie. Les jeunes de la nouvelle génération ont envie de temps libre, rapportent des chefs pompiers. Et devenus parents, ils veulent se consacrer à leur famille. Ryan Sinnett, pompier à Gaspé et père de deux enfants, est demeuré dans le service. Mais il convient que « jongler avec les deux, c’est difficile. Avec toute la formation, les exigences, ma vraie carrière [il est col bleu à la Ville], plus la famille, ce n’est pas toujours évident. » Certains démissionnent faute d’être capables de concilier le tout.

Comment recruter?
« Il n’y a pas de solution miracle, c’est en parlant autour de nous, en expliquant ce métier-là », dit Zian Bernatchez. Il ne croit pas aux campagnes de publicité. Les recrues attirées ainsi ne persévèrent pas souvent, remarque-t-il. M. Bernatchez entraîne des élèves de 3e à 5e secondaire en vue des tests physiques des pompiers. Pour certains, cette expérience restera une façon de se mettre en forme. Mais au fil des ans, deux de ses élèves se sont dirigés vers un diplôme en sécurité incendie et deux autres sont devenus pompiers à temps partiel à Grande-Rivière.

« La meilleure chose, c’est de les recruter jeunes et de les former, confirme le chef des pompiers de Gaspé, Carl Sinnett. Je les prends à 16 ans. Comme ça, quand ils commencent leur famille, au moins, ils sont formés. »

« On a parlé d’être plus souples pour l’arrivée du personnel féminin », indique Bobby Bastien, directeur de la sécurité incendie à Chandler, de retour d’une rencontre provinciale de chefs pompiers. En donnant des « tâches plus légères » aux pompières, « ça libérerait des gars qui peuvent aller au-devant de l’incendie ».

Mauvaise idée, croit Linda Ferguson, pompière à Gaspé depuis 1991. « Les tests d’entrée, les femmes les passent. Ça prend une certaine force, mais c’est surtout d’être en forme. Il faut plutôt changer les mentalités. Il y a des chefs pompiers qui n’en veulent pas, de femmes. »

Mme Ferguson et Mme Babin ont senti qu’elles devaient « faire leurs preuves » davantage que les recrues hommes. « À l’époque, il n’y avait aucune pompière dans la région Baie-des-Chaleurs, dit Anne Babin. On était regardées de travers. Tu es qui, tu veux quoi? Vas-tu être capable de forcer comme nous? Peut-on compter sur toi? »

Plus de 20 ans plus tard, les femmes sont encore minoritaires. Elles sont 3 sur 21 à Carleton-sur-Mer. À Gaspé, il y a 7 ou 8 femmes parmi les 120 pompiers. À Cap-Chat, une seule sur 14.

M. Alain a reçu l’Ordre mercredi au Musée de la Gaspésie, à Gaspé. « Je trouve que je suis jeune un peu pour l’avoir, du haut de mes 43 ans, mais c’est une belle reconnaissance », a-t-il réagi.

Il a retourné l’honneur aux bâtisseurs pas nécessairement connus  de la région. « Ce qui me touche, c’est les gens qui travaillent dans l’ombre, qui ont construit la Gaspésie. J’ai été élevé avec des valeurs de partage, d’appartenance. J’ai toujours travaillé dans cet esprit-là. »

Présente à la cérémonie, Anne-Marie Ouellet, la mère de M. Alain, ne cachait pas sa fierté. « Ça me fait chaud au cœur. Je prends de l’âge et je vois tout le beau travail qu’il fait. »

Parmi ses réalisations, « si c’était à refaire, je mettrais autant de temps et d’énergie dans la création d’un journal, un média avec des prises de position », a déclaré M. Alain. À  l’époque où Graffici a été fondé en 2000, il n’y avait pas d’éditorial en français, souligne-t-il.

Pascal Alain a participé à la mise sur pied de l’Écomusée Tracadièche en 1997 et du Festival Musique du bout du monde en 2004. Il a été président du Conseil de la culture de la Gaspésie de 2006 à 2012.

Diplômé en histoire, études politiques et développement régional, il a partagé ses analyses et ses connaissances via 300 textes et articles et 200 conférences au fil des ans. Il a récemment fait paraître Carleton-sur-Mer, un regard sur le passé, sur l’histoire de la municipalité de 1860 à 1960.

M. Alain travaille comme directeur du service de la culture, des loisirs et du tourisme à la ville de Carleton-sur-Mer.

Cinq récipiendaires

L’Ordre reconnaît quatre autres récipiendaires pour sa seconde édition. Michel Pouliot, de Gaspé, est considéré comme le père de l’aviation en Gaspésie. Depuis, plus de 40 ans, Gaétane Rioux Sasseville s’implique comme bénévole en Haute-Gaspésie, notamment pour la Croix-Rouge, Héma-Québec et Partagence.

Simon Grenier Doiron est une femme d’affaires engagée au sein du club de l’Âge d’or de Newport. Le maire de Saint-Siméon depuis 1977 et préfet de Bonaventure depuis 1979, Jean-Guy Poirier reçoit lui aussi l’Ordre.

Le Musée de la Gaspésie a créé l’Ordre pour promouvoir l’identité régionale. Les personnes honorées le sont sur recommandation de chacune des MRC, qui doivent proposer quelqu’un de leur territoire.

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La saison des REER se pointe, avec son lot de calculs et de casse-tête pour décider combien et où cotiser. Michel Marin, 49 ans, de Sainte-Anne-des-Monts, a préféré investir dans des propriétés forestières.

« J’ai pris un peu de REER il y a quelques années, mais le rendement n’était pas à mon goût. J’appelle ça de l’argent de Polichinelle. Je ne dis pas que ce n’est rien de bon, mais il y a des fonds qui ne tiennent pas à grand-chose. Je crois plus aux biens tangibles », dit M. Marin, directeur du Groupement forestier coopératif Shick Shock.

« Je crois beaucoup aux terres, poursuit-il. Pas juste pour l’investissement financier : c’est dans mes valeurs. Ça regroupe plusieurs ressources : le fond de terre, l’eau, la faune. Un ensemble de valeurs ajoutées qui devrait prendre de la valeur avec la pression démographique mondiale. »

Fleurdelise Dumais, designer graphique indépendante à New Richmond, professe la même méfiance face aux moyens de planification qu’on lui offre. « Je ne suis pas sûre qu’il va en rester tant que ça, au moment de récolter », dit la femme de 38 ans, mère de trois enfants. « J’ai une maison. C’en est une, épargne. Ça, au moins, c’est de l’argent qui risque de me servir. »

L’entrepreneur Sébastien LeBlanc faisait figure d’extraterrestre dans son groupe d’âge quand il a commencé à cotiser à un REER à 17 ans. Depuis, le directeur créatif du Web simple, 35 ans, a englouti son placement dans un retour aux études. Et au moment de se remettre à épargner, il a changé de méthode.

« Je posais des questions à mon conseiller financier, mais il n’y avait pas moyen de savoir dans quoi je mettais mon argent. Comme je veux avoir un certain contrôle, j’ai décidé de jouer en Bourse », rapporte M. LeBlanc. Un « jeu » sérieux, toutefois. « J’investis dans des compagnies qui vont durer longtemps », dit celui qui consacre 25 à 30 heures par an à suivre ses placements.

Séquelles de 2008

Dans la méfiance face à l’épargne-retraite, Louis Sexton de Groupe Investors voit des séquelles de la crise financière de 2008. « C’est sûr que ça fait peur quand tu vois baisser ton placement de 20 %. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est qu’il avait retrouvé sa valeur dès 2010. »

Il y a encore moyen de faire fructifier son argent, juge M. Sexton. Il faut abandonner les placements garantis à 2 %, dit-il, et accepter de prendre des risques. « Les gens en prennent, des risques, dans la vie! » Depuis 2009, les clients de son groupe ont obtenu des rendements moyens variant de 4,5 % à 7,5 %, dit-il.

« Diversifier son épargne à travers des terres, de l’immobilier, c’est une bonne idée », convient Richard Chrétien, de Raymond Chabot Grant Thornton à Gaspé. « L’important, c’est de ne pas tout mettre dans le même panier. »

Un terrain ou un immeuble est plus difficile à transformer en argent liquide, avertit M. Chrétien. « Il peut arriver que le marché ne soit pas favorable au moment où tu tombes à la retraite. Et le REER demeure un véhicule intéressant pour économiser de l’impôt », ajoute-t-il.

Les parents gaspésiens ne devraient pas négliger les régimes d’épargne-étude (REEE), eux dont les enfants devront s’exiler pour fréquenter l’université, conseille M. Chrétien. « Des études universitaires peuvent coûter facilement 10 000 $ à 15 000 $ par an. Sans épargne-études, les parents peuvent se retrouver incapables d’épargner entre 45 et 55 ans. Ça fait mal. Ceux qui ont prévu un REEE ont moins de mal à traverser ces années-là. »

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À lire aussi: Les Gaspésiens, plus cigales que fourmis?

Au Québec, 22,7 % des déclarants à l’impôt bénéficient d’un régime de pension offert par leur employeur ou leur syndicat. En Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, c’est seulement 19,8 %, selon des données de Statistique Canada datant de 2014.

La différence se creuse davantage quand on compte ceux qui cotisent à un Régime enregistré d’épargne-retraite, un REER, ou à un autre type de régime collectif, de leur propre initiative. Ils sont 15,8 % des déclarants à y souscrire en Gaspésie et aux Îles, très loin des 24,0 % de l’ensemble de la province.

Charlène Roussy, 32 ans, de Chandler, étudie à temps plein en secrétariat cette année. Son objectif : améliorer son sort, notamment du côté de l’épargne-retraite. « Je veux un meilleur emploi. Épargner, c’est impossible. J’ai deux enfants à faire vivre. Après avoir tout payé, il ne reste rien », explique cette ex-caissière dans un supermarché, qui travaillait jusque-là au salaire minimum.

Le cas de Mme Roussy est loin d’être unique dans notre région, où le revenu disponible par habitant est à la traîne. Mais les Gaspésiens ne sont pas tous pauvres, loin s’en faut. Pour ceux-là, le coût du logement, moins élevé ici, devrait en théorie leur permettre d’épargner davantage.

« Dans un centre urbain, le même profil de famille va dépenser une plus grande part pour l’habitation. Ils ne pourront peut-être pas avoir autant d’accessoires de loisirs – motoneige, roulotte, quatre-roues – mais ils auront un bien durable qu’ils peuvent revendre », analyse Richard Chrétien, comptable professionnel agréé et associé de Raymond Chabot Grant Thornton à Gaspé.

Or, les Gaspésiens n’utilisent pas cette marge de manœuvre pour épargner plus, observe M. Chrétien. Le secret serait de vivre en-dessous de ses moyens. « Si quelqu’un gagne 40 000 $, il devrait faire comme s’il gagnait 30 000 $ ou 35 000 $ et épargner le reste. Aujourd’hui, les gens font le contraire. Ils gagnent 40 000 $ et vivent comme s’ils en avaient 80 000 $. Est-ce nécessaire d’avoir une roulotte de 70 000 $ pour cinq semaines dans l’été? », illustre le comptable.

« Il faut commencer quelque part, même si ce n’est pas grand-chose. Avec 10 % de son revenu qu’on épargne, si possible », croit aussi Louis Sexton, planificateur financier chez Groupe Investors à New Richmond. « Les jeunes pensent plus à la semaine prochaine ou à l’année prochaine qu’à leur retraite. L’endettement n’a jamais été aussi élevé. Ce qui me préoccupe, c’est quand les taux d’intérêt vont augmenter. La dette va prendre une part plus importante des revenus. »
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Nicole (nom fictif), une Gaspésienne de 65 ans, a divorcé en 2010. Une situation qui a fragilisé ses finances. « Quand tu es tout seul, tu ne divises plus la facture d’Hydro en deux », illustre-t-elle.

Nicole a revu son niveau de vie. Elle a acheté une petite maison modulaire « au prix d’un loyer » et elle garde le chauffage au plus bas dans sa cave. Quand elle monte visiter sa fille à Québec, elle covoiture plutôt que de prendre sa propre auto. « Et les voyages dans le Sud, il faut oublier ça! », lance-t-elle.
La Gaspésienne a eu droit à une partie de l’épargne du couple et à une pension alimentaire. Sans cette protection accordée par le mariage et la révision de son niveau de vie, « ça aurait été la faillite ou un terrible mal de tête! », lance-t-elle.

285 faillites en 2015

Tous les consommateurs n’ont pas eu la sagesse et la chance de Nicole. En 2015, 285 consommateurs gaspésiens ou madelinots ont fait faillite. C’était 224 l’année précédente, indique le Bureau du surintendant des faillites du Canada.

L’organisme compile aussi le nombre de propositions de consommateur, qui ont doublé de 2012 à 2015 pour atteindre 222. Cette situation survient lorsqu’une personne est incapable de payer sa dette aux conditions convenues et propose des conditions différentes aux créanciers.

La Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine est la région québécoise où les faillites et les propositions de consommateur ont le plus augmenté de 2014 à 2015. Au Québec, ce nombre a crû, mais de seulement 5,2 %, comparativement à 21,9 % dans la région.

« Ça confirme ce qu’on voit dans notre bureau, dit Stéphane Gauvin, syndic associé chez Raymond Chabot Grant Thornton. Dans une région, quand il y a ralentissement économique ou pas de moteur économique, quand les gens travaillent moins, ils ont moins de revenus, dépensent moins au resto, au dépanneur, à l’épicerie. Ça démontre à quel point l’économie est fragile. »

« L’emploi, particulièrement en Gaspésie, est de plus en plus précaire. Les gens ont du mal à prévoir à long terme. Le moindre imprévu vient fragiliser le budget », ajoute M. Gauvin.

« Ça devient plus corsé »

Même son de cloche à l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de la Péninsule, qui couvre la Gaspésie, les Îles et l’est du Bas-Saint-Laurent. « Je ne sais pas si c’est parce qu’on est plus connus ou parce que les gens sont plus mal pris, mais ça devient plus corsé », dit Cloé Paquette, consultante à l’ACEF.

« Les pertes d’emploi, la réforme de l’assurance-chômage n’ont pas aidé. Les semaines d’attente, le trou noir du printemps ont créé des situations difficiles. Les gens n’étaient pas préparés à ça, mais certains n’ont pas les moyens de se préparer », dit Mme Paquette.

« Pour une personne à faible revenu, tout a augmenté, le panier d’épicerie, les coûts d’électricité, alors que le salaire minimum augmente peu. On se demande ce qu’il leur reste à part survivre », lance la consultante.

Les organismes communautaires qui viennent en aide aux pauvres sont à sec, indique Mme Paquette.

Le crédit facile au banc des accusés

Nicole, la Gaspésienne interviewée par GRAFFICI.CA, a su résister aux sirènes du crédit facile. Récemment, elle a été choquée de recevoir une lettre de sa caisse populaire qui lui offrait d’augmenter sa marge de crédit à 10 300 $. Cette somme représente cinq mois de revenus pour elle. « J’ai déchiré la lettre en mille morceaux mais ça m’a tenté de les appeler pour leur dire : quel est votre problème? Les banques sont pour beaucoup dans l’endettement des gens », juge Nicole.

Le comportement individuel des consommateurs est souvent à blâmer, estime le syndic Stéphane Gauvin. « Je crois plus aux attitudes qu’à trouver un coupable extérieur », dit-il. En d’autres mots, une perte d’emploi ou les politiques d’austérité du gouvernement ne mènent pas à la faillite de façon automatique. Mais si un ménage est surendetté, un tel coup dur peut être fatal.

« Les gens doivent essayer de planifier plus, de faire la différence entre leurs besoins et leurs désirs. Ils ne doivent pas se laisser influencer par les rabais miraculeux. Quand on achète à crédit, il faut s’assurer qu’on peut rembourser », avertit M. Gauvin.

L’accès facile au crédit est peut-être même la première cause des culs-de-sac où aboutissent les clients de Cloé Paquette, à l’ACEF. « Il y en a eu d’autres, des périodes économiques difficiles dans l’histoire […]. Mais il y a 30 à 40 ans, le crédit était beaucoup moins accessible. Les gens qui faisaient faillite, c’était des situations exceptionnelles, pour des paiements de maison. Aujourd’hui, les faillites sont principalement dues à des dettes à la consommation. Les gens prennent du crédit pour payer des biens, l’épicerie… Plutôt que d’épargner, ils le veulent tout de suite. »

Les employés de l’ACEF de la Péninsule ont offert 450 consultations budgétaires pendant l’année financière 2014-2015. Plus de 80 % des dossiers ont pu se régler par un réaménagement du budget, indique Mme Paquette, moins néfaste au dossier de crédit qu’une faillite.

Pas plus de faillites en proportion

Malgré la forte hausse, les Gaspésiens et les Madelinots ne font pas davantage faillite, en proportion, que le reste des Québécois. Leurs dossiers représentaient 1,16 % des faillites et propositions de consommateurs au Québec en 2015, alors qu’ils comptent pour 1,25 % de la population.

Quant au nombre de faillites d’entreprises, il a diminué entre 2014 et 2015 en Gaspésie et aux Îles, de 20 à 15. Ces petits nombres incitent toutefois à la prudence dans leur analyse.

GRAFFICI.CA : Tu as déménagé de Bonaventure à Cap-au-Renard, « De l’autre côté des montagnes », du côté du nord, du vent, de l’ombre. Est-ce que ça a changé quelque chose à ta musique?

GUILLAUME ARSENAULT : Je ne penserais pas, mais en même temps, je suis souvent sur la route, à travers les montagnes. La chanson, c’est prendre des images pour préciser des opinions, des émotions. Inconsciemment, on prend les images de ce qui nous entoure. [Du côté nord], la montagne est plus proche, les éléments plus hostiles, les vents plus présents.

C’est aussi que mon lieu de création a changé. Je me suis construit un petit studio, L’Oreille du renard. Ça change ma méthode de travail, j’ai une petite bulle que je n’avais pas. C’est un bâtiment à part avec une vue sur le fleuve. Certaines pièces ont été enregistrées là, d’autres au studio Tracadièche à Carleton, d’autres à Montréal, d’autres à la chapelle de Cap-au-Renard ou au sanctuaire de Pointe-Navarre [à Gaspé].

Dans tes chansons, tu parles de route, de retrouvailles, d’un amour… C’est un disque où tu racontes beaucoup de ta vie?

Oui, c’est très intime comme album, c’est très amour, poésie, relations, communication. C’est moins dirigé que mes autres albums. Tant sur Le Rang des Îles que sur Geophonik ou Oasis Station Service [d’autres albums], il y avait une direction précise, plus serrée. Alors que là, c’était liberté totale, ce qui venait, ce que l’inspiration allait m’apporter. Dans cette liberté, il y a des choses qui ne sont pas dans le style de ce que je fais habituellement. Il y a une fragilité.

Avant, en ayant un but précis, je jetais beaucoup de choses vraiment intéressantes. Je me suis rendu compte que ce que je trouvais en cours de route était plus important des fois que ce que je cherchais. J’ai commencé à l’exploiter, à accepter ce qui m’arrivait. C’est mettre la lumière sur un versant de moi que je ne dévoilais pas, ou moins, dans mes autres albums.

Ton album commence avec une voix, une guitare. Puis au fil des chansons, on entend de la clarinette, du violon, de la trompette. Cette recherche de timbres, elle arrive quand?

J’entendais beaucoup le cor français, mais j’ai trouvé le son que je voulais avec le « superbone » [interprété par Charles Imbeau], un mélange de trompette et de trombone. Je voulais beaucoup de réverbération. On est allés chercher ça en enregistrant à la chapelle de Cap-au-Renard.

Je suis aussi un fan de deux personnes d’une autre génération, Mathieu Pelletier-Gagnon et Antoine Létourneau-Berger, qui ont dans la vingtaine. Je me suis dit : c’est l’occasion de travailler avec eux. Pour « Dors comme une montagne », Mathieu a pris deux clarinettes, un violon, un violoncelle. C’est très vivant, c’est la faune et la flore, des petits animaux qui bougent, comme dans un dessin animé. C’est très coloré comme arrangement.

Tu écris : « Je tire du 12 à pompe dans le ciel/Avec des cartouches d’imprimante »… Il y a plein de ces images flyées dans ton disque. Où prends-tu ça?

« Constellation de bouées » [le nom de la chanson], c’est une œuvre éphémère, in situ, qu’on a faite Julie Fournier [son amoureuse, artiste en arts visuels] et moi sur le bord de la mer à partir de choses trouvées : des grands arbres avec de la corde, des bouées, des fils, des marmites rouillées, des petits arbres de plantations, des cartouches de 12, un vieux canard en plastique de chasse… On a fait une installation avec ça. Tous les éléments de cette chanson viennent de cette création. On avait présenté notre création avec cette chanson-là.

En déménageant à Cap-au-Renard, tu ne t’es pas beaucoup rapproché des grands centres. Quand on est musicien en Gaspésie, peut-on tout faire ici? Sinon, qu’est-ce qu’on ne peut pas faire?
Tu vois, les violons, clarinette, j’aurais bien aimé les enregistrer en Gaspésie, mais ça aurait été une dépense importante d’amener les gens de Montréal en Gaspésie. Sinon, pour le côté studio, on ne peut pas avoir mieux ailleurs, ni en relations de presse. En Gaspésie, on a de bonnes plumes, comparativement à la ville où ça va vite et où les gens « butch » même leur travail.

Ça veut dire que pratiquement tout a été fait ici?

Oui, sauf le mix et le mastering. J’aurais pu le faire en Gaspésie mais je voulais travailler avec Francis [Beaulieu], quelqu’un de Rimouski qui est à Montréal.

La chanson « Une guitare, une valise », est-ce un peu toi et la nécessité de te déplacer pour le travail?

« Une guitare, une valise », c’est une chanson pour Éric Dion [musicien gaspésien du duo Dans l’shed], et qui résume la vie de musicien. Éric avait laissé son travail d’enseignant pour faire de la musique avec Dans l’shed. Il a l’habitude d’avoir plusieurs instruments et guitares avec lui. Ça prend un corridor de long de guitares, d’amplis et de pédales d’effet. Mais une fois, on venait de faire un spectacle très intimiste, comme j’en fais de plus en plus, le plus acoustique possible. Quand Éric a débarqué de la voiture, il a dit « c’est donc le fun, juste une guitare, une valise ». J’ai eu beau essayer de l’envoyer ailleurs, c’est une phrase country.

Moi, je suis toujours sur la route, pour différentes choses : les médias, travailler avec des gens ailleurs, je fais de la réalisation, de la musique pour le théâtre, des spectacles, des ateliers, de la musique pour des documentaires. Ce sont des choses que j’ai développées. Mais le métier a changé. On n‘a pas le choix, il y a tellement peu de revenus. Quand j’ai commencé le métier en 2002, on payait les musiciens 300 $ pour un concert. Aujourd’hui, les jeunes musiciens reçoivent 150 $ ou 200 $ alors que le coût de l’épicerie a plus que doublé. Il faut se diversifier, c’est comme si c’était un autre métier.

Guillaume Arsenault lance son album le 6 mai à La Pétrie de Bonaventure et le 7 mai au Malbord de Sainte-Anne-des-Monts.

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