le Lundi 21 septembre 2026

Prawda raconte l’histoire d’amour de neuf jours entre Marie et Marek, un Polonais de passage en Gaspésie pour le travail. Le roman décrit leur liaison en détails par le biais d’une longue lettre de Marie à Zofia, l’épouse cocue restée en Pologne.

GRAFFICI.CA: Comment une journaliste, dressée à écrire des textes de 400 mots et des reportages d’une minute, s’est retrouvée à écrire un roman?

Roxanne Langlois: La journaliste a besoin de ça, d’aller au-delà d’un contexte qui peut être contraignant, d’un traitement simplifié et neutre de l’information. Les journalistes ont besoin d’exprimer leur créativité en dehors de leur travail. J’avais besoin d’écrire pour moi, pas pour informer les gens, mais pour m’évader », dit l’auteure.

Marie vit à Carleton-sur-Mer, elle rencontre Marek dans le bar d’une microbrasserie, il travaille pour WindSynergy, une entreprise éolienne… As-tu eu du plaisir à décrire ton lieu de vie?

« Immensément, confie Mme Langlois. Et ça fait partie de la belle aventure d’écrire ce livre. C’était une façon de remettre à Carleton-sur-Mer ce qu’il m’a donné. Je suis arrivée en Gaspésie en septembre 2011, je me suis installée à Carleton, mon « âme sœur de village ». Les gens ont été très généreux à mon égard. Je me sentais incluse dans cette communauté tissée serrée. Mon décor au quotidien, l’ambiance que je vis, c’est Carleton-sur-Mer. Je voulais que les gens de l’extérieur découvrent ce magnifique endroit et que les gens d’ici se reconnaissent et reconnaissent des lieux, avec une réalité qui n’est pas toujours positive mais qui est la leur.

J’ai donc eu un grand plaisir mais aussi un petit malaise, poursuit-elle. Tu sais que les gens vont reconnaître les lieux. C’est un peu délicat. Je me suis demandée : est-ce que je nomme les lieux? J’ai décidé de ne pas les nommer, de laisser les gens deviner quels sont les endroits et peut-être avoir un sourire en coin. »

Marie est fleuriste. Son travail et la boutique sont décrits avec beaucoup de détails. D’où ça vient?

J’ai une formation de journaliste, j’ai souvent occupé des emplois qui demandaient de la rigueur pour les heures de tombée ou qui touchent la résolution de problèmes. Pendant des années, quand la pression était grande, je disais : j’aurais dû être fleuriste. À mes yeux, c’était un métier qui ne pouvait être que beau, que positif. Même quand quelqu’un décède, le bouquet de fleurs est un baume sur une douleur. [La fleuristerie], c’est une machine à joie, un lieu magique, créateur de bonheur et d’apaisement. C’est pour ça que j’ai voulu donner ce métier à Marie, une personne simple, très authentique et près de ses émotions.

J’ai adoré l’accueil des gens de l’Agenda Fleuriste à Maria. Je les ai contactés il y a trois ans en disant : vous ne me connaissez pas, je ne suis pas auteure encore mais j’aimerais le devenir, pouvez-vous m’aider à placer mon personnage de façon réaliste? Ils m’ont accueilli plusieurs heures pour me décrire leur métier, me raconter des anecdotes.

On dit qu’un premier roman parle souvent beaucoup de soi. Est-ce dangereux, ou bien commode?

C’est un piège qu’il faut éviter. J’avais acheté un livre intitulé « Comment écrire son premier roman » (rires). Ils disaient justement d’éviter ça, de ne pas tomber trop dans l’autobiographique parce que ce n’est pas ce qui intéresse les gens. Dans chaque livre, il y aura toujours une part de vérité, que ce soit pour les rencontres, les lieux ou les personnages, mais j’ai mis cette histoire dans un contexte de fiction.

Je ne voulais pas que les gens m’identifient à Marie, mais que les lecteurs puissent eux-mêmes s’identifier à Marie. Elle se retrouve prise dans une histoire avec une date de péremption, elle veut un bonheur qui appartient déjà à quelqu’un d’autre. Au-delà du sexe, c’est une histoire qui sera importante pour elle.

Le roman est une longue lettre de Marie à Zofia, la femme de Marek. Pourquoi avais-tu besoin de Zofia pour écrire l’histoire de Marie?

Les histoires d’adultère et de trahison, on pourrait les écrire 20 000 fois de la même façon. Moi, je me suis mise dans la peau d’une cocue. Je me suis dit : ça doit être terrible de ne pas savoir, mais ce serait probablement pire de savoir. C’est une correspondance de la maîtresse à la cocue, qui explique et place la liaison dans son contexte, qui peut être très dur. Je trouvais que c’était un merveilleux angle. Ça laissait beaucoup de liberté à la création littéraire. On peut « fesser » fort, y aller avec tendresse, avec émotion surtout. On ne voit pas Zofia, mais elle devient un personnage à part entière par les mots de Marie. C’est Marie qui la crée. C’est intéressant d’inventer un personnage qu’on ne voit pas mais qui est omniprésent.

L’histoire d’amour entre Marek et Marie dure neuf jours, au cours desquels ils font au moins neuf fois l’amour. Comment fait-on pour écrire une scène d’amour sans qu’elle soit mièvre ni pornographique?

C’est la chose la plus difficile que j’aie jamais écrite. J’ai fait des déclarations à des funérailles, des mots de remerciement, des lettres d’opinion, des nouvelles journalistiques sur des sujets difficiles à vulgariser. Mais une scène érotique, ç’a été le plus éprouvant. C’est tellement facile de tomber dans le cliché. Il faut dire les choses mais en même temps, user d’une certaine poésie, d’un style qui n’est pas vulgaire. On ne veut pas tomber dans la version Carleton-sur-Mer de Fifty Shades of Grey (NDLR : une romance érotique). Il faut doser. Une scène du roman est particulièrement explicite et je ne l’assumais pas. Je me suis dit, ça n’a pas de bon sens, ma mère va lire ça! Mon éditrice m’a dit : on laisse ça comme ça. Il y a eu un gros travail de réflexion, de réécriture. Ça m’a convaincue de ne pas me lancer dans la littérature érotique!

Qu’est-ce qui s’en vient pour Roxanne Langlois, l’auteure?

Certainement quelques mois de congé! J’ai commencé à écrire le roman en novembre 2012. Mais la dernière année a été consacrée à la réécriture et à la correction. C’était moins le côté créatif que j’aime. J’étais plus en mode « devoir ». J’ai des projets qui traînent dans mon ordinateur mais je vais laisser ça mijoter avant de m’y remettre.

Les fermières de Maria ont gardé les comptes rendus de leurs réunions depuis 1916, incluant les listes de membres. La responsable des communications pour le Cercle, Françoise Poirier, les a consultés. « À la deuxième réunion, elles ont statué sur le coût, 25 ¢ pour devenir membre. Sur les listes, on pouvait savoir aussi qui était célibataire et qui était mariée. Les femmes mariées écrivaient le nom de leur mari. La première présidente s’appelait Mme Alfred Fugère. »

Les cercles de fermières sont réservés aux femmes, à partir de 14 ans. Pourtant, ce sont deux hommes qui ont démarré le mouvement, les agronomes Alphonse Désilets et Georges Bouchard. « En 1916, on était en pleine Première Guerre mondiale. Les hommes étaient à la guerre, rappelle Mme Poirier. Les agronomes voulaient donner une chance aux femmes de s’impliquer et de survivre. Ils donnaient des grains de semence, des œufs d’incubation et des ruches. »

Le plus ancien à l’est de Québec

Le Cercle de Maria a été le premier fondé à l’est de Québec. Par la suite, les femmes de Sainte-Anne-des-Monts (1922), Caplan (1926) et Nouvelle (1929), ont créé leur propre cercle, suivies par les citoyennes de 36 autres villes ou villages.

En filigrane tout au long de l’histoire des fermières : la défense de la condition des femmes et de la famille ainsi que le transfert des connaissances artisanales. « Ça leur permettait de sortir des maisons et de se rencontrer. Elles parlaient de trucs pour les potagers, de trucs pour le tissage, le filage. Ce qui m’a frappé aussi, c’est que pendant la Deuxième Guerre mondiale, elles tricotaient des bas, des mitaines et des foulards pour envoyer aux soldats », rapporte Mme Poirier.

Le transfert des techniques artisanales est encore à l’ordre du jour du Cercle de Maria, mais leur rôle social est aussi bien présent. Le Cercle amasse de l’argent pour la Fondation OLO, qui offre du jus d’orange, des œufs et du lait aux femmes enceintes défavorisées. Les fermières de Maria rendent le même service à la Fondation Mira et à l’Opération Enfant Soleil. Elles offrent aussi le Café de l’amitié aux familles et aux proches endeuillés après les funérailles.

Une relève à intéresser

Dans le Cercle de Maria, la plupart des Fermières ont entre 55 et 75 ans. Les moins de 35 ans sont rares. Sarah Auger, 33 ans, l’agricultrice de la Ferme du Ruisseau vert de Maria, fait figure d’exception. « Je suis membre depuis 2012. J’avais le goût d’apprendre à tisser. Je fais de l’artisanat depuis que je suis toute jeune : du crochet, du tricot, de la couture. »

Françoise Poirier estime que si Les Fermières avaient plus de visibilité, elles recruteraient davantage de jeunes comme Mme Auger. « Les Fermières, ce ne sont pas juste des madames qui tricotent. On parle du Jour de la terre, de comment économiser l’eau. Ce n’est pas juste un point à l’endroit, un point à l’envers… »

Mme Poirier a bon espoir que des jeunes fermières poursuivront les techniques artisanales, mais à leur façon, souvent plus artistique, estime-t-elle.

Congrès régional les 29 et 30 avril

Pour ses cent ans, le Cercle de Maria reçoit ses consœurs du reste de la Gaspésie. Les membres retourneront à l’idée des fermières au sens propre, qui cultivent et élèvent des animaux, en décorant avec des motifs de grains et de fleurs.

« Pour avoir un souvenir tangible, on a confectionné une murale avec les techniques artisanales. Elle fait environ 55 pouces par 60. Elle est faite de carrés textiles qui montrent des techniques de tissage, de broderie, de tricot », ajoute Mme Poirier.

Et si les fermières font aujourd’hui les mêmes gestes que leurs prédécesseures, ils n’ont pas la même fonction, reconnaît Mme Poirier. « En 1916, les fermières tissaient pour leur survie. Aujourd’hui, c’est pour le plaisir. Je suis en train de tisser des serviettes de plage. Je ne pense pas que les fermières de 1916 auraient fait ça… »

À voir : À l’occasion du congrès régional des fermières, le grand public est convié à une exposition d’arts textiles incluant des pièces de tissage, de couture, de crochet et de dentelle. Les œuvres des Gaspésiennes seront exposées de 18 h à 20 h le 29 avril et de 7 h à 13 h le 30 avril, au Pavillon communautaire de Maria.

Entrepreneure dans l’âme, cette historienne a été de plusieurs batailles gaspésiennes avant d’aller prêter main-forte aux Montréalais.

Mme Lelièvre est née à Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Son père Gérard, d’abord pêcheur, a acquis ensuite une usine de transformation de poisson. Sa mère, une enseignante, a ouvert un magasin général.

D’où lui vient son intérêt pour l’histoire et le patrimoine? « J’ai toujours du mal à répondre à cette question, dit Mme Lelièvre. À mon époque, quand on grandissait dans un petit village, il n’y avait pas énormément de professions qui s’ouvraient aux filles. On nous orientait vers la santé ou l’enseignement. La santé ne m’intéressait pas du tout. »

Elle passe donc son brevet d’enseignante, qu’elle enrichira d’un baccalauréat en pédagogie, puis d’une maîtrise en histoire. Mme Lelièvre a d’ailleurs enseigné au campus de Gaspé du Cégep de la Gaspésie et des Îles de 1968 à 1973.

L’historienne se décrit « fondamentalement comme une entrepreneure ». Au fil des décennies, son nom apparaît au crédit de plusieurs projets de mise en valeur du patrimoine.

Sauver l’anse Blanchette

Au début des années 1970, elle travaille au parc Forillon. Planifier la mise en valeur du territoire n’était « pas évident », dit Mme Lelièvre, dans un contexte où les habitants venaient d’être expropriés, leurs maisons incendiées. Les bâtiments sauvés l’ont été « de peine et de misère, parce que la loi, changée depuis, ne permettait pas de garder des traces humaines dans le parc […]. La première priorité était la préservation. On a sauvé l’ensemble de l’anse Blanchette, un témoignage exceptionnel du pêcheur-cultivateur qui avait tout. Depuis, il a fait les couvertures de Geo et du National Geographic », rappelle Mme Lelièvre.

Mme Lelièvre gravit les échelons à Parcs Canada, où elle sera chef de l’interprétation pour tout le Québec. En 1986, elle devient directrice des expositions du Musée national de la civilisation du Québec, qui prépare son ouverture en 1988. Puis elle fonde son entreprise privée, Processus, via laquelle offrira son expertise à des dizaines de musées, municipalités ou sites historiques, en gestation ou bien établis. « J’ai toujours été en développement. Ensuite, je remettais la clé à ceux qui allaient l’exploiter. »

Les plus anciennes traces du Vieux-Montréal

Arrive le projet de Pointe-à-Callière, le musée d’archéologie et d’histoire de Montréal. Mme Lelièvre a d’abord été responsable de sa construction. La signature du musée : une crypte archéologique, au sous-sol, où les visiteurs déambulent parmi des vestiges des siècles passés. « On est construit sur des sites historiques et archéologiques qui sont les plus anciennes traces qui existent dans le Vieux-Montréal. Peu de villes ont conservé des traces au point de pouvoir les rendre accessibles au public. »
Pour une première fois, Mme Lelièvre reste pour exploiter le Musée après son inauguration. « Mais j’ai gardé mes mauvaise habitudes, lance-t-elle à la blague. Je veux toujours développer. » Depuis son ouverture en 1992, le musée a pris de l’expansion avec une école de fouilles et deux pavillons.

Ville-Marie : l’accès au fort de 1642 comme legs

Et ce n’est pas fini. « Nous sommes en travaux pour ouvrir deux nouveaux lieux en 2017. On a fait des fouilles et on a retrouvé le fort de Ville-Marie, où Maisonneuve, Jeanne-Mance et les 50 compagnons [se sont établis]. » Un pavillon rendra ce lieu accessible au grand public. Le second lieu, le « collecteur William » fera office de lien souterrain avec le bâtiment principal du musée. « En 1832, une rivière a été canalisée comme égout collecteur, explique Mme Lelièvre. C’est presque une œuvre d’art, en pierre taillée avec un arc cintré. »

Le fort de Ville-Marie et le collecteur William constituent le legs patrimonial de la Ville de Montréal pour le 375e anniversaire de la ville.

Coup de cœur : le Musée de la Gaspésie

Dans la région, l’institution la plus chère au cœur de Mme Lelièvre demeure le Musée de la Gaspésie, à Gaspé, « un rêve réalisé ». Elle a participé à sa création comme conservatrice pour la Société historique de la Gaspésie, à l’origine du musée. « On nous avait donné des caisses, pleines de poussière. C’était dans le grenier du séminaire. »

Percé a besoin d’une « ligne de force »

Quand on demande à Mme Lelièvre ce qui gagnerait encore à être mis en valeur en Gaspésie, elle précise d’abord : « On ne peut pas tout mettre en valeur et c’est comme ça partout. Ce sont les gens qui le réalisent, ça prend un engagement local. »

Percé mériterait mieux, ajoute-t-elle. « Même si la zone est protégée, le lieu est si exceptionnel qu’il y aurait de la place pour une institution interdisciplinaire nature/culture/tourisme. Il y a des choses, mais c’est éparpillé. Il manque un regroupement ou une ligne de force. »

L’influence de la Gaspésie

Mme Lelièvre revient une à deux fois par an pour sentir l’air salin de la Gaspésie. Les Gaspésiens connaissent bien l’un de ses frères, Roch Lelièvre, copropriétaire de l’usine Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.

Selon Mme Lelièvre, c’est la Gaspésie, avec sa mer et ses montagnes, qui l’a préparée à sa carrière. « Je fais cette carrière parce que je suis née en Gaspésie. La mer n’a pas de limites, c’est le rêve. Les montagnes, ce sont les obstacles. Il faut avoir la tête pleine de rêve et les pieds sur terre. »

Fils d’un Paspéya, M. Horth-Audet a grandi à Maria. « On mangeait vite, chez nous. Ma mère était pressée. J’ai appris jeune à me faire à manger. Dès le début du secondaire, je faisais mes steaks dans la poêle. »

Ça n’empêche pas M. Horth-Audet d’avoir de beaux souvenirs culinaires. « Pour nous faire plaisir, notre mère nous faisait le fameux hamburger [du casse-croûte] Mam’zelle Maria », dit-il. Chez les Horth-Audet, la légende familiale veut que ce hamburger, garni de salade de chou et de cornichons, soit né des envies de femme enceinte de la mère de Jean-Sébastien.

M. Horth se souvient aussi de parties de pêche qui se soldaient par une bonne bouffe. « On allait pêcher des truites sur la rivière Cascapédia et ma grand-mère nous les préparait avec des patates bouillies salées. »

Le jeune homme a suivi son cours de cuisinier à Rivière-du-Loup, où il a habité cinq ans. Il y a trois ans, il déménage à Québec. « Je suis parti sur un coup de tête. J’ai suivi ma blonde et je suis allé apprendre avec les meilleurs. »

Le chef est en train de terminer un emploi au Moine Échanson, une boîte à vins de la rue Saint-Jean, à Québec, où il concoctait des menus pour les marier aux vins bio importés par le propriétaire. Pendant son séjour dans la capitale, il a aussi cuisiné chez SSS (Simple Snack Sympathique) et au Clocher penché.

La bouffe gaspésienne sur quatre roues

Le Gaspésie Food Truck est né dans l’esprit de Pierre-André Doiron, un exportateur de fruits de mer de Matane, du même âge que M. Horth.

« Le but, c’est de faire comprendre qu’il y a du mouvement en Gaspésie, qu’il y a plein de producteurs, connus ou inconnus, qui font de bonnes choses », explique M. Horth-Audet.
La demande de permis pour le camion de bouffe de rue est sur les bureaux de la Ville de Montréal. Les promoteurs espèrent une réponse cette semaine.

M. Horth-Audet a déjà préparé un menu qui met en vedette le résultat de la pêche. Une orientation incontournable, estime-t-il. « Ça va mettre en valeur les fruits de mer, parce que c’est à ça que les gens associent la Gaspésie. Ils catégorisent les Gaspésiens comme les gourous des fruits de mer. »

Du crabe et du concombre de mer

Le cuisinier apprêtera des valeurs sûres. La crevette se trouvera dans une salade de céleri-rave et mayo. De l’ail rôti et de la crème sûre relèveront le crabe des neiges. Et dans la rue, il faut pouvoir manger tout ça avec les doigts. « On aura un pain spécial, fait par des boulangères gaspésiennes, pour mettre notre amalgame de crustacés », indique M. Horth.

Il y aura des délices de la mer moins connus à découvrir, comme de la mactre de Simpson (un mollusque). Le chef souhaite apprêter du concombre de mer, un aliment chouchou des Asiatiques mais peu connu des Québécois pure laine.

« Le menu va changer au courant de l’été. Il y aura de la pomme en septembre; la fraise aura aussi son jour de gloire », illustre-t-il. Rhubarbe, champignons sauvages, algues et chocolat gaspésien seront aussi de la partie. M. Horth-Audet tient à ce que leurs producteurs aient leur nom sur le menu.

Montréal compte 41 camions de cuisine de rue, qui se partagent 38 emplacements répartis dans 31 sites. Ils servent de tout, des gaufres à la cuisine thaïe, en passant par de la raclette et des restaurants prestigieux comme Le Pied de cochon. Montréal permet cette diversité. « Tu pourrais faire un « food truck » de biscuits végétaliens et tu aurais une clientèle! », lance M. Horth-Audet.
Le jeune chef croise les doigts pour que le permis soit accordé. Il se prépare à vivre avec l’adrénaline d’un commerce de style cantine. « C’est vraiment dynamique, c’est une toute autre histoire que de cuisiner en restaurant. C’est plein de gens debout, qui partagent leur expérience […] C’est le fun que quelque chose de vraiment original « pop ». Je ne retournerai pas vivre en Gaspésie, mais je suis content de participer à ça. »

Ses gestionnaires ont récemment reçu des « signaux positifs » de Québec. Ils espèrent poursuivre leurs activités de prévention, dans un contexte où le nombre de skieurs hors piste se multiplie dans les Chic-Chocs.

Les avalanches, ça n’arrive pas que dans les Rocheuses ou dans les Alpes. Isara Bureau-Lafontaine, une résidente de Gaspé, peut en témoigner. Le 6 mars dernier, elle en a vu une de très près. Avec son conjoint et une amie, l’adepte de planche à neige s’est rendue pratiquer le hors piste dans le secteur du Petit Whilloughby, dans l’arrière-pays de Mont-Saint-Pierre.

« C’est dans une petite forêt. En haut, il y a un mur avec deux beaux couloirs de neige formés par les avalanches au cours des ans », décrit Mme Bureau-Lafontaine.

Au pied de la pente, le trio de la planchiste s’est arrêté pour changer d’équipement. Pendant ce temps, un premier groupe a commencé l’ascension. « La personne la plus en haut a décroché une motte de neige qui a déclenché l’avalanche. Ça s’en venait rapidement vers nous. On a juste eu le temps de se tasser », rapporte Mme Bureau-Lafontaine.

Dans les minutes qui ont suivi, une deuxième avalanche, plus sérieuse, s’est déclenchée. « On a eu le temps de se cramponner à des arbres sur le côté. Quand ça s’est arrêté, on avait de la neige jusqu’aux épaules », indique la planchiste.

« Il n’est rien arrivé de grave, mais on a beau prévenir des choses, essayer de lire le terrain avant, on n’est jamais à l’abri. »

Mme Bureau-Lafontaine avait suivi un cours de sécurité en avalanche. Elle avait consulté le bulletin émis par Avalanche Québec, qui indiquait un risque « modéré » dans ce secteur. Elle portait l’équipement recommandé : pelle, sonde et détecteur de victimes d’avalanches (DVA- appareil émetteur récepteur destiné à localiser son porteur enfoui sous une avalanche).

Malgré toutes ces précautions, un risque demeure, note la planchiste. Et il augmente avec le manque d’expérience. « Une chance qu’Avalanche Québec est là. Depuis quatre ans que je fais du ski [hors piste], c’est de plus en plus populaire. Ce ne sont pas tous des gens qui connaissent ça. Quand on est habitué de skier en station, on n’est pas conscient des risques », dit Mme Bureau-Lafontaine.

Incertitude chez Avalanche Québec

Avalanche Québec analyse les risques d’avalanche et la météo alpine dans les Chic-Chocs et en informe les skieurs. L’organisme sensibilise les adeptes de plein air aux dangers des avalanches et aux façons de s’en prémunir. Et il donne de la formation à l’industrie du hors piste qui fleurit dans les Chic-Chocs et aux autres intervenants de ce secteur.

Avalanche Québec mène cette mission depuis 1999, année de sa naissance dans le giron de la MRC de la Haute-Gaspésie, avant qu’elle s’incorpore en 2006.

Après 17 ans de service, l’organisme est en péril, faute de garantie de financement. Avalanche Québec n’a pas le « minimum nécessaire » pour démarrer une nouvelle année le 1er juillet, indique son directeur, Dominic Boucher. « Les garanties de financement sur la table ne nous permettent pas d’embaucher une personne à temps plein l’hiver prochain […]. Pour aller chercher des contrats, faire des levées de fonds, aller donner des cours, ça prend une équipe. »

Les dernières discussions avec le gouvernement du Québec ont été « positives », note M. Boucher. « On a eu assez de signaux pour nous rassurer. On ne sert pas le champagne mais on a une assez bonne confiance que ça se règle. »

Sources taries

Les sources d’aide se tarissent pour Avalanche Québec, dont le budget annuel oscille entre 250 000 $ et 300 000 $. La disparition de la Conférence régionale des élus a signifié 30 000 $ en moins pour l’organisme. Son entente de financement avec Québec via le programme FAIRE a aussi pris fin. Depuis 2006, ces sommes représentaient environ 70 000 $ par an, soit près de 30 % du budget.

En 2015-2016, Avalanche Québec a dû réduire ses dépenses. Ses employés – entre un et cinq selon la saison – ont commencé à préparer les bulletins d’avalanche deux semaines plus tard en décembre et y ont mis fin deux semaines plus tôt en avril. Conséquence : moins d’information pour les utilisateurs des Chic-Chocs, qui skient parfois jusqu’à la mi-juin, dans un cocktail météo favorable aux avalanches. « Cette année, l’hiver s’accroche. On a des tempêtes coup sur coup avec du soleil et de la chaleur entre-temps », remarque M. Boucher.

L’organisme a dû aussi mettre un frein à plusieurs activités de sensibilisation. Avalanche Québec a été moins présent dans des conférences, des salons ou dans des boutiques spécialisées. « Quand les gens sont rendus ici, ce n’est plus le temps de leur dire qu’ils n’ont pas l’équipement requis ou qu’ils auraient dû prendre un cours d’avalanche », lance le directeur.

Plus de skieurs, pas plus d’accidents

Quel impact la présence d’Avalanche Québec a-t-elle eu sur les accidents liés aux avalanches dans les Chic-Chocs? Le taux d’accident est resté très bas si on le compare à l’évolution de la pratique, analyse M. Boucher. Il y a eu deux décès liés aux avalanches en 2000 et un en 2009. Aucun mort n’est à déplorer depuis sept ans, alors que la pratique du hors piste explose.

« Quand je suis arrivé [en Haute-Gaspésie à la fin des années 1990], je pouvais skier dans la poudreuse une semaine après la tempête. Aujourd’hui, il faut presque dormir dans le stationnement. Mais parallèlement à ça, il n’y a pas plus d’accidents », remarque le directeur.

« Le travail de sensibilisation, de prévention a fait son effet, poursuit-il. La première fois que j’ai porté un détecteur de victimes d’avalanches, les gens pensaient que c’était un baladeur pour écouter de la musique. Aujourd’hui, c’est la norme. »

Le surcroît de sécurité a aussi des avantages côté développement économique. « Des gens sont rassurés par l’existence de produits de sécurité. Sinon, ils pourraient aller vers le Mont Washington ou vers l’Ouest », dit M. Boucher.

Les Chic-Chocs attirent de plus en plus de skieurs américains. Fin mars, le nord-est des États-Unis est à court de neige. Dans les stationnements au bas des montagnes fréquentées par les adeptes de hors piste, une plaque de voiture sur trois est immatriculée chez nos voisin du sud, observe Dominic Boucher.

Le ski hors piste est en croissance de 20 % par an, indique le directeur. La SÉPAQ estime cette clientèle entre 50 000 et 75 000 jours/personne par hiver sur les territoires du parc de la Gaspésie et des réserves fauniques. Et c’est sans compter les clients qui font affaire avec des entreprises comme le Chic-Chac, Vertigo ou la Vallée taconique.

Léonie Nadeau-Girard, 37 ans, est sommelière de métier; son conjoint Kim Levan, 40 ans, mécanicien automobile. Jusqu’à l’an dernier, ils habitaient le Plateau Mont-Royal, à Montréal. Mais ils avaient envie de nature.

En 2012, en camping au bord de la rivière de L’Anse-à-Beaufils, ils ont commencé à rêver. Leur rêve a pris forme l’an dernier, quand ils ont pris la relève de Jean-Guy Poirier.

M. Poirier exploitait son gîte depuis 2008. « J’aurais continué peut-être encore quatre ou cinq ans. Mais j’avais assisté à une formation sur la relève […] où l’on expliquait l’importance de planifier une relève. Ça a été le déclencheur, avant que Léonie et Kim viennent. J’avais vu aussi le Gargantua [une auberge mythique de Percé] sans relève. »

M. Poirier a des liens forts avec le couple. Ami du père de Léonie, il la connaît depuis sa naissance. « Dans mon esprit, c’était la solution idéale […]. Une entreprise qu’on démarre, c’est un peu comme notre bébé, le prolongement de soi. Si ça reste dans la famille, c’est plus intéressant. »

Manque de relève

M. Poirier fait partie des chanceux. En Gaspésie comme dans l’ensemble du Québec, « la disponibilité des repreneurs n’est pas au rendez-vous », dit Lucie Rolland. Cette conseillère du Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ) accompagne des cédants et des repreneurs de la Gaspésie et des Îles depuis novembre dernier.

Le CTEQ tient un index des entreprises à vendre et des acheteurs potentiels. Pour une dizaine de cédants, il y a un seul repreneur inscrit, rapporte Mme Rolland. Et des firmes sont en péril faute de relève, ajoute-t-elle.

Il n’y a pas de données récentes spécifiques à la Gaspésie sur la relève d’entreprises. La Fondation de l’entrepreneurship prévoit qu’en 2020, le Québec sera aux prises avec un déficit de 110 000 releveurs.

« Au Québec et au Canada, l’entrepreneuriat n’est pas un réflexe naturel. Ce n’est pas le premier choix des jeunes qui sortent de l’université. Dans les institutions d’enseignement, les programmes sont plutôt cadrés vers des professions, pas vers l’entrepreneuriat », explique Mme Rolland.
La moyenne d’âge des gens d’affaires au Québec était de près de 50 ans en 2015. En Gaspésie, c’est sans doute davantage. Dans la région, la petite taille des entreprises permet à leurs propriétaires de rester actifs plus longtemps. Mais il y a quand même des limites.

Une scierie à reprendre

Adalbert Blais est propriétaire de la Scierie Blais de Val-d’Espoir. « Ma scierie va bien, mais j’ai des problèmes de santé. J’ai 61 ans et je ne veux pas que ça s’éteigne. »

« On n’a pas d’enfant. J’ai un employé qui est avec moi presque depuis le début mais la gestion, ce n’est pas son fort », poursuit M. Blais. Il a commencé à parler de son projet de relève autour de lui.

« Certains sont intéressés à travailler mais n’ont pas les fonds et les connaissances. Il faudrait qu’ils fassent un bout de chemin avec moi. Je suis prêt à rester une couple d’années avec la personne. Mon problème a toujours été de trouver de la main-d’œuvre. Je verrais peut-être une petite coop avec trois ou quatre personnes. »

« Des entreprises m’appellent et me disent : je n’ai pas envie que mon entreprise meure, rapporte Mme Rolland. Et ce n’est pas juste une question de retour sur l’investissement. Les gens prennent de plus en plus conscience de l’impact de leur entreprise sur l’économie locale. »

Des outils envolés avec l’austérité

Dès 2014, Jean-Guy Poirier a fait des démarches auprès du Centre local de développement de Rocher-Percé, aboli depuis. « On m’avait expliqué tous les programmes pour la relève. J’avais dit à Léonie et Kim : inquiétez-vous pas, vous allez être supportés! Mais avec l’austérité, tout ça a disparu.

Les gens voulaient encore les aider, mais ils n’avaient plus les outils pour le faire. »

Dans la foulée des compressions, les banques et les caisses sont devenues plus frileuses, note M. Poirier. Et les décisions s’éloignent des régions, remarque M. Levan. « Toutes les institutions financières nous disaient : il faut que ça passe par notre centre de financement, à Montréal, à Rimouski. Les gens à qui on parlait disaient : on comprend votre situation, mais la décision n’est pas entre nos mains. »

Malgré une mise de fonds importante, Mme Nadeau-Girard et M. Levan se sont vu refuser un prêt. C’est finalement M. Poirier lui-même qui a financé le prêt hypothécaire du couple.

Pourtant, le timing est bien mauvais pour laisser la relève à elle-même. « On tombe dans un moment charnière important, où les jeunes de notre âge sont prêts à développer des entreprises, et où les baby-boomers sont prêts à laisser leur place », dit Mme Nadeau-Girard.

Un mentor à domicile

On ne peut pas reprocher à Jean-Guy Poirier d’avoir laissé sa relève à elle-même. Il habite tout près et vient pratiquement tous les jours. « Tout s’est fait très naturellement. On peut avoir réponse à nos questions à toute heure du jour », dit Mme Nadeau-Girard.

« Je savais que comme hôteliers, ils allaient être très bons », dit M. Poirier. Sur l’aptitude du couple à s’occuper de la vingtaine de chiens de traîneau, il avait plus de doutes, avoue-t-il. Une inquiétude injustifiée, observe-t-il aujourd’hui.

« Au début de l’hiver, on a fait cinq sorties sans touristes. Puis je me suis retiré graduellement. Depuis deux semaines, ils partent seuls. C’est un peu frustrant, ils n’ont plus besoin de moi! », lance M. Poirier.

Mme Nadeau-Girard et M. Levan ont envie de réussir. Et pas seulement pour eux-mêmes. « Je veux faire au moins aussi bien que Jean-Guy, ou mieux », lance Mme Nadeau-Girard. « On veut qu’il soit fier. On ne veut surtout pas le décevoir », ajoute M. Levan.

Thierry Haroun, né au Liban, est arrivé vers l’âge de cinq ans à Montréal, où le quartier Ahuntsic l’a vu grandir. Le divorce de ses parents, après leur arrivée au Québec, a métissé l’entourage du jeune Thierry. Son père s’est remarié avec une Portugaise. Sa mère, avec un Français de la Martinique.

« Chez nous, on parlait français, anglais et portugais dans la même phrase », lance M. Haroun. Toutes les chansons du Gaspé Project, sauf une, sont d’ailleurs en anglais, une langue qui « porte mieux » ce qu’il a à dire, dit-il. Ses influences musicales – Gordon Lightfoot, Neil Young, Jim Croce, Joni Mitchell – sont des artistes folk anglophones.

Chez sa mère, les réceptions du samedi soir donnaient lieu à des concerts. « Hervé [son beau-père] jouait de la musique. Ma mère chantait le répertoire d’Aznavour, de Brassens, de Brel », raconte M. Haroun.

Un ado et sa guitare Harmony

Son beau-père, « la personne la plus importante dans ma vie », lui a appris ses premiers accords de guitare. « À l’adolescence, j’ai acheté ma première guitare, une Harmony, qui me sert sur l’album », ajoute M. Haroun.

Le langage châtié de Thierry Haroun pourrait faire croire à de longues études. Il a complété son cinquième secondaire, et « de justesse » dit-il. Avant de faire du journalisme, il a « livré des pizzas, des muffins, travaillé à la Banque Royale ».

Comment a-t-il abouti à Percé? « À 21 ans, j’ai vendu ma Renault 5 rouillée, j’ai donné mes meubles aux amis. J’ai pris le premier train. J’ai cherché le point le plus loin du Québec, vers la mer. J’ai débarqué avec ma guitare et un sac à la gare de L’Anse-à-Beaufils. C’était en juin 1988. Le chauffeur de taxi m’a demandé : tu vas où, garçon? »

C’est à Percé que M. Haroun a rencontré son épouse, une fille de la place, avec qui il a deux enfants, maintenant adultes et indépendants.

Paternité, travail et musique

À travers le travail et la paternité, il a toujours gardé une place pour composer et jouer de la musique. « Je me suis toujours dit que la musique ne dérangerait pas le fait que j’élève une famille. Maintenant, je suis libre. »

Thierry Haroun n’aime pas dire qu’il réalise un rêve en enregistrant ses pièces. « Ce n’est pas un rêve. C’est la suite logique de mon parcours musical. C’est très concret. C’est un travail qui doit se faire au quotidien », explique-t-il.

L’inspiration du Gaspé Project est le fruit d’une vie, de sa jeunesse voyageuse à son travail de journaliste en Gaspésie. « J’ai des pièces que j’ai commencé à écrire dans une chambre du YMCA à New York, ou encore au Kansas, en Oregon… Ça parle de mes expériences de vie, de voyages, de liaisons amoureuses », dit M. Haroun, qui a composé les paroles et la musique de toutes les chansons.

Des travailleurs de la Gaspésia… aux danseuses topless

Paper Mill, « la pièce phare de l’album, est dédiée aux travailleurs de la Gaspésia qui ont sué sang et eau ». I’ve been a bad boy parle d’infidélité, Daytona 500, de la célèbre course automobile et You don’t care, des danseuses topless. Une pièce évoque le combat de Bobby Sands, un militant irlandais mort en prison après une grève de la faim, une autre la lutte des Noirs en Alabama. « C’est dans la tradition des protest songs. Dans tout ça, il y a un engagement social », dit M. Haroun.

The Gaspé Project fait « du folk-blues aux accents de rock », décrit M. Haroun. L’album court, enregistré au studio Tracadièche de Carleton, comptera sept pièces; le concert, environ 16. Sur l’album, Thierry Haroun chante et joue de la guitare. Philippe Chrétien joue de la basse électrique et Martin Hogan, de la batterie. Richard Dunn signe les arrangements et la réalisation. Le guitariste Dominick Briand et le batteur Éric Dumaresq se joindront au groupe pour les spectacles. « J’ai les musiciens que je voulais avoir », dit M. Haroun.

Un album du terroir

L’agence Gaspa de Carleton conçoit un vidéoclip et deux vidéos promotionnels du Gaspé Project. La firme 40 Degrés de Percé s’occupe du design de l’album, du site web et des affiches. « C’est vraiment un produit du terroir […]. On a tout ce qu’il faut ici. L’album sera comparable à n’importe quel album fait dans un grand centre », dit M. Haroun.

Pour l’instant, ce sont ses revenus de journaliste qui financent The Gaspé Project, explique M. Haroun. « J’aimerais que ça marche en Gaspésie et ailleurs. C’est le public qui va décider. On a assez de stock pour faire un album double. On vise aussi le marché anglophone, c’est un produit anglophone. Je vais continuer d’être journaliste. Mais si la musique prend toute la place, il n’y en aura plus, de journalisme. »

En février, le premier ministre Philippe Couillard s’était engagé à « tout faire » pour empêcher la fracturation hydraulique sur l’île d’Anticosti, où l’État québécois est partenaire d’un projet d’exploration avec Pétrolia. Le 10 mars, après une rencontre avec le pdg de Pétrolia, M. Couillard se disait désormais à l’aise avec cette méthode, si utilisée à petite échelle.

« Le gouvernement a également réitéré son intérêt à soutenir les projets de l’entreprise sur la péninsule gaspésienne, et plus spécifiquement le projet Bourque », ajoutait le communiqué du cabinet du premier ministre.

La péninsule, une « zone sacrifiée, selon Tache d’huile

La membre du mouvement Tache d’huile Nastassia Williams craint que la Gaspésie devienne une « zone sacrifiée ». Elle comprend mal pourquoi le premier ministre se préoccupe de préserver la richesse du milieu naturel d’Anticosti, mais pas celle de la péninsule. « Tout d’un coup, pour la Gaspésie, ce ne sont plus les mêmes variables. On veut que la Gaspésie ait droit au même traitement, aux mêmes précautions que ce qu’on applique à Anticosti. »

Philippe Couillard a déclaré qu’il n’avait « aucun enthousiasme » pour les hydrocarbures, rappelle Mme Williams. Dans ce contexte, elle se dit « étonnée » que Québec accorde un permis à Junex à Junex un permis pour compléter ses travaux au forage Galt n° 5, à 20 kilomètres à l’ouest de Gaspé. « On est un peu étonnés […]. Il n’y a pas eu de consultation, pas de conclusion de l’évaluation environnementale stratégique, la politique énergétique du Québec n’est pas sortie… »
Le gouvernement s’est aussi engagé à limiter le réchauffement de la planète, rappelle Mme Williams. « Si on veut s’engager dans la transition énergétique, toutes les énergies fossiles doivent demeurer dans le sol. »

Des investisseurs refroidis, s’inquiète Gaétan Lelièvre

L’exploration en Gaspésie a aussi cours à Haldimand, à Gaspé, où Pétrolia s’apprête à mener des tests de production. Et dans le secteur Bourque, à mi-chemin entre Grande-Vallée et Murdochville, Pétrolia évalue le potentiel en gaz naturel. Si l’exploiter s’avérait rentable, l’entreprise Tugliq souhaite l’acheminer par gazoduc jusqu’à une barge de liquéfaction à Gaspé, puis le transporter vers des clients sur la Côte-Nord.

Pour le député péquiste de Gaspé, Gaétan Lelièvre, les déclarations de Philippe Couillard, « c’est clair que ça a un impact. Je discute avec Tugliq depuis trois semaines. Ça crée de l’incertitude avec les acheteurs potentiels de gaz naturel pour le projet Bourque. On a enclenché une série de rencontres entre Tugliq et le ministère de l’Énergie. »

Le frein mis à Anticosti pourrait-il ajouter de la pression pour que les projets gaspésiens se réalisent? « C’est dur de répondre, dit M. Lelièvre. Je souhaite que chacun des dossiers fasse l’objet du maximum d’information, que les plus hauts standards en matière d’environnement soient respectés et que si la rentabilité économique existe, qu’ils se réalisent. »

Transparence demandée

Pétrolia est la cible de critiques de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. L’organisation a récemment dénoncé les refus répétés de Pétrolia de répondre aux questions des journalistes. « La FPJQ demande donc à Pétrolia d’éclairer, à juste titre, les citoyens québécois et de permettre une saine circulation de l’information à propos des activités en cours sur leur territoire », écrit la Fédération.

Début mars, Junex a annoncé qu’elle a obtenu son permis de complétion pour le puits horizontal Galt n° 5. La firme n’a pas voulu donner plus de détails sur la nature des travaux. C’est le ministère de l’Énergie qui a expliqué à GRAFFICI.CA qu’un nettoyage du forage était prévu avec de l’acide chlorhydrique à 20 % de concentration.

Sans condamner les entreprises, les élus appellent à la transparence en général. « Pour les compagnies, aujourd’hui, la transparence est une condition de base […]. J’encourage toutes les compagnies à jouer à livre ouvert », dit Gaétan Lelièvre.

Pas de réponse sur le méthane près d’Haldimand n° 1

Dès septembre 2015, le comité Ensemble pour l’avenir durable du grand Gaspé a demandé à Pétrolia de pouvoir prélever un échantillon du gaz naturel au puits Haldimand n° 1. L’objectif : comparer sa signature chimique à celle de méthane (une composante du gaz naturel) trouvé dans de l’eau souterraine à proximité du forage.

Le comité est sans réponse de Pétrolia et le ministère de l’Environnement n’a pas été en mesure de l’éclairer non plus. Cette signature chimique, « c’est primordial car on saurait s’il y a un lien avec le forage », explique Mme Chartrand.

Le ministère de l’Environnement n’a pas pu davantage fournir cette information au comité. « Les hauts fonctionnaires nous avaient pourtant dit qu’ils travailleraient […] pour aller chercher la signature chimique de ce méthane. Ils n’ont jamais donné suite. » La présence de méthane dans de l’eau près d’Haldimand n° 1 est connue depuis 2012.

M. Proulx est un avocat bientôt âgé de 41 ans. Né à Montréal, il a grandi et a vécu à Trois-Rivières, une ville de 135 000 habitants. « Je comprends la réalité des régions », dit-il.

« Je n’ai pas de lien particulier avec la Gaspésie autre que de l’avoir visité à titre personnel », admet le ministre. « À partir de maintenant, mon lien, ce sera les actions que je vais poser, les visites que je vais y faire », ajoute-t-il.

M. Proulx est député libéral de la circonscription de Jean-Talon, à Québec, depuis les élections partielles du 8 juin 2015. Il a été nommé ministre de la Famille et responsable de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine à la faveur du remaniement du 28 janvier. Le 22 février, la maladie du ministre Pierre Moreau l’a catapulté ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, avec la responsabilité du primaire et du secondaire. Il conserve le mandat de la Famille.

GRAFFICI.CA a demandé à M. Proulx comment il trouverait le temps de s’occuper de la région. « Il faut être gardien de son temps », a-t-il répondu. « J’ai offert aux collègues [députés] à l’Assemblée nationale qu’on se rencontre de façon ponctuelle. Nos équipes vont travailler ensemble. Si nos équipes travaillent ensemble, c’est comme si on travaillait ensemble. »

Comme ministre responsable de la Gaspésie, il aura « un rôle d’intermédiaire, de facilitateur, en lien avec les élus de la région, juge-t-il. Le parti politique n’a pas d’importance. C’est de mettre le pied sur l’accélérateur quand c’est le temps et de rappeler qu’il ne faut pas se mélanger dans les priorités. »

Priorités

Quelles sont-elles, ces priorités? « Le développement économique est un enjeu », dit M. Proulx, tout comme « le transport ». « Il faut rendre accessible la Gaspésie pour s’y rendre et faciliter les déplacements des Gaspésiens vers les grands centres. » Le ministre souhaite aussi que les petites communautés aient accès aux programmes pour favoriser l’occupation du territoire.

Train, éolien, tourisme…

M. Proux prévoit se rendre en Gaspésie « dans les prochaines semaines, clairement au mois de mars ». Plusieurs dossiers chauds l’attendent, sur lesquels GRAFFICI.CA l’a interrogé.

« On va être aux premières loges pour supporter l’industrie éolienne », dit M. Proulx. Il ajoute qu’il faut « une diversification de notre énergie, tout ça en fonction des coûts des marchés ». Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, s’apprête à dévoiler la nouvelle politique énergétique du Québec, rappelle-t-il.

Le chemin de fer est « un dossier complexe », déclare M. Proulx. Et sur lequel le nouveau ministre hésite à se mouiller. « Une grande portion nécessite une mise à niveau. Il faut avoir la capacité financière et les projets pour développer tout ça, dit-il. La réhabilitation doit-elle se faire par portions ou dans son ensemble? Il ne faut pas dire n’importe quoi, mais prendre le temps de regarder le dossier. »

La revendication de la Ville de Gaspé pour obtenir un processus du BAPE sur le projet pétrolier Haldimand « sera à l’agenda de la rencontre avec le maire » quand le ministre visitera Gaspé. M. Proulx ne compte pas se prononcer avant cette rencontre.

L’analyse de M. Proulx du dossier de Fort-Prével ne déroge pas de la ligne gouvernementale. « La SÉPAQ [Société des établissements de plein air du Québec] a dû cesser ses activités. La bonne nouvelle, c’est que les gens du milieu sont intéressés à faire une relance. » Il faudra donc « accompagner le milieu dans les prochaines semaines », estime-t-il.

D’abord à l’ADQ

M. Proulx a d’abord été élu sous la bannière de l’Action démocratique du Québec en 2007, lorsque ce parti est devenu l’opposition officielle. Il a d’ailleurs occupé la fonction de leader parlementaire de l’ADQ jusqu’à ce qu’il soit battu à l’élection de 2008. Par la suite, il a travaillé comme commentateur politique et avocat. En 2014, le cabinet de Philippe Couillard l’a embauché pour devenir directeur de la planification stratégique.

De son passage à l’ADQ, il reste à M. Proulx les valeurs de « liberté de choix, d’équité entre les générations », dit-il. Il lui demeure aussi une préoccupation pour « l’endettement de la prochaine génération » et « la modernisation de l’État québécois, de nos institutions. » « On est capables de travailler à ces idéaux dans bien des partis politiques du Québec ».

Comme ministre de l’Éducation et de la Famille, M. Proulx devra notamment piloter la réforme de la gouvernance des commissions scolaires. Des élus scolaires gaspésiens ont déjà qualifié cette réforme de recul démocratique.

Depuis son arrivée à l’Éducation, M. Proulx a vu ressurgir une déclaration en faveur de l’abolition des commissions scolaires, faite 2008 alors qu’il était à l’ADQ. Il a aussi répondu à des questions sur le fait que ses deux enfants fréquentent une école primaire privée, un choix personnel, a-t-il argué.

David Lévesque, d’Adrénaline hors piste à Mont-Louis, a acheté sa première motoneige hors piste en 2004. « C’était très, très marginal à l’époque. Tout le monde était très étonné de voir la taille de nos crampons. »

Au fil des ans, il a rencontré des motoneigistes qui voulaient être guidés. En 2010, M. Lévesque, un pompier forestier, s’est créé un gagne-pain d’hiver avec son entreprise de guidage. En 2010, il a reçu une centaine de clients. Ce nombre a doublé pour passer à 200 l’an dernier. « La majorité sont des Québécois, je dirais à 75 % ou 80 %. Cette année, j’ai eu un groupe d’Américains, un du Nouveau-Brunswick, et j’en reçois parfois de l’Ontario. »

Les clients sont jeunes : la majorité est âgée de 20 à 40 ans selon M. Lévesque, ce qui laisse présager un long avenir pour ce loisir.

C’est quoi, une motoneige hors piste?
Une motoneige classique est faite pour suivre des sentiers damés. La motoneige hors piste est plutôt conçue pour affronter la poudreuse. La chenille est plus longue à l’arrière pour augmenter la portance de l’engin sur la neige folle. Les crampons des chenilles sont aussi plus longs – trois pouces plutôt qu’un seul – pour assurer une bonne prise.

1000 $ par personne par voyage
L’entreprise Extrême Chic-Chocs a démarré en 2010 à Sainte-Anne-des-Monts. Alain Thibault, un retraité de l’armée, est d’abord lui-même un adepte de motoneige hors piste. « On commençait à voir de l’engouement, on voulait faire ça pour le plaisir. Le but premier, c’était de faire virer l’économie gaspésienne. »

Les motoneigistes viennent passer entre un et trois jours en Gaspésie. « En moyenne, ils dépensent 1000 $ par voyage par personne. C’est de l’essence, de la nourriture, l’hébergement », décrit M. Thibault. Ce qui les attire en Haute-Gaspésie? « Les montagnes, un terrain accidenté avec beaucoup de neige », répond l’entrepreneur.

La clientèle d’Extrême Chic-Chocs a quadruplé depuis ses débuts. Et aujourd’hui, entre huit et dix entreprises de guidage font des affaires en Haute-Gaspésie et à Murdochville, dépendant des sources.

« En 2010, on était seuls dans le bois, on ne croisait pas souvent d’autres motoneiges. Aujourd’hui, ça a augmenté, c’en est incroyable et c’est presque trop, dit M. Thibault. Des gens vont dans des territoires où ils n’ont pas le droit d’aller, certains brisent des plantations. Si on ne fait pas ça comme il faut, on va tout perdre. »

Des dégâts
Le maire de Mont-Louis, Serge Chrétien, a observé des dégâts causés par les motoneigistes hors piste. « Sur mon terrain, j’ai planté des petits fruits. Une motoneige a passé dessus. Ça a détruit quelques arbustes […]. L’année dernière j’étais en raquettes. J’ai vu une plantation de conifères où les plants étaient écrasés. La motoneige hors piste, ça fait une trace assez profonde. »

« Le touriste, il ne faut pas le rejeter, mais s’ils veulent faire du ski-doo ici, qu’ils respectent les règles de voisinage et les terrains, dit M. Chrétien. Ils passent n’importe où, sans rien demander à personne. Ils pensent qu’en Gaspésie, ils peuvent aller n’importe où. Il faut que le gouvernement fasse quelque chose. Ça prend une bonne structure. Ce serait peut-être mieux qu’ils soient guidés. » Le maire de Mont-Louis admet que des motoneigistes locaux, et pas seulement les touristes, sont aussi à l’origine de dégâts.

Peu de signalisation
L’un des problèmes : les motoneiges hors piste sont capables d’aller presque partout. Mais en pleine nature, rien n’indique qu’on passe en terre privée ou qu’on franchit les limites d’une réserve faunique ou du parc de la Gaspésie. Autres irritants : des motoneigistes stationnent leurs remorques sur un terrain privé ou négligent d’acheter leur droit d’accès d’un jour quand ils empruntent des portions des sentiers fédérés.

Sur la Réserve faunique des Chic-Chocs, les motoneiges sont interdites, à moins qu’elles empruntent le sentier fédéré, précise le directeur Bermans Drouin. L’été dernier, il a fait installer des panneaux pour signaler cette interdiction. Ils n’ont pas plu à tous. Des vandales en ont déjà enlevés certains, indique M. Drouin.

L’interdiction existe pour protéger les plantations, mais aussi les ravages d’orignaux, précise le directeur. Les bêtes ont besoin de leur énergie pour survivre à l’hiver, pas pour fuir au passage de motoneigistes.

Des solutions?
Alain Thibault, d’Extrême Chic-Chocs, en appelle au jugement des motoneigistes. « Ça se passe entre le pouce droit et le cerveau. Je ne pense pas que les gens doivent nécessairement prendre un guide. »

Jusqu’à l’an dernier, les entreprises de motoneige hors piste rencontraient les représentants des autorités et les organismes de développement au sein de la Table des véhicules hors route. C’était une façon d’arbitrer les conflits d’usage. La Table était chapeautée par la Conférence régionale des élus. Elle a cessé ses activités en même temps que la Conférence, abolie par Québec.

« On s’est positionnés à la MRC pour récupérer ce mandat », dit Sébastien Lévesque, directeur de la MRC de la Haute-Gaspésie. « La tendance [à la motoneige hors piste] est là pour rester, dit-il. Ces gens-là, il faut qu’ils mangent, qu’ils mettent de l’essence. Mais ça prend des balises claires. Les gars qui arrivent de Québec, ils n’en feraient jamais sur Grande-Allée. Ici, ça ne doit pas être « wild open », on débarque nos machines et on part. »

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