le Mardi 22 septembre 2026

Benjamin Décarie Daigneault, étudiant en Sciences humaines, est originaire de Boucherville. Un cégep, il y en a un à dix minutes d’autobus de chez ses parents. « J’avais un désir de quitter la ville, de m’émanciper du milieu familial. Avec mon ex-copine, on s’est dit qu’on allait faire quelque chose de différent, un voyage ou aller étudier ailleurs. On a pris la carte du Québec et on a choisi l’endroit le plus loin. »

Ses colocataires s’appellent Nathan Bouffard, Cassandre Vassart Courteau et Catherine Mercier. Ils reçoivent GRAFFICI.CA dans leur location qu’ils surnomment « la maison verte ». En boutade, Benjamin l’appelle parfois « la maison des exilés ». Ils décrivent leurs parcours pendant que Sammy, le labrador de la famille Mercier lui aussi transplanté à Gaspé, lorgne le gâteau aux bananes posé sur la table.

Pour une affiche dans le métro
Catherine, originaire de Lanaudière, a d’abord été attirée par Montréal, où elle a étudié un an. « J’étais déprimée, ça ne fonctionnait pas. Puis j’ai vu une affiche dans le métro, « Ton Cégep grandeur nature », avec le Cap Bon Ami ». Elle a fait une demande de bourse et l’a obtenue. Elle s’est installée à Gaspé pour poursuivre ses cours en Arts et lettres et en Sciences humaines.

Cassandre étudiait au collègue anglo-montréalais John-Abbott, qui offre une session d’échange avec le Cégep de la Gaspésie. Elle en avait assez de la routine et s’est inscrite. Même si elle n’avait jamais mis les pieds en Gaspésie. « J’ai réalisé que je m’en allais aussi loin juste à l’arrêt d’autobus à Rimouski. On est arrivés à Gaspé en pleine nuit. » Rien pour traumatiser Cassandre.  Elle est restée deux sessions plutôt qu’une, est repartie à Montréal un an et est de retour au campus de Gaspé depuis janvier.

Nathan Bouffard, aussi Montréalais, a connu la région via sa sœur, qui travaille à Maria. En la visitant, il est « tombé en amour avec la région ». « Je suis venu dans la Baie-des-Chaleurs, j’ai travaillé à Carleton. Je me suis dit : je vais chercher quelque chose à étudier là-bas. » Il a trouvé : il complète une Technique en éducation spécialisée à Gaspé.

Occupés comme des ministres
Les quatre « exilés » ont eu du mal à trouver un moment pour l’entrevue. Ils ont des horaires de ministres. Outre les cours, il y a un café philosophique, un film à voir pour le Prix collégial du cinéma québécois ou une conférence à écouter… « Il y a beaucoup de parascolaire ici. Et vu que tout le monde se connaît, il y a toujours quelqu’un pour te dire « Viens donc avec moi! » », lance Catherine.

Certains de leurs proches leur avaient pourtant prédit une vie morne. « J’entendais « tu vas t’ennuyer, il n’y a rien à faire ». Mais je suis 100 millions de fois plus actif qu’avant », lance Benjamin. À force de témoigner en faveur de la région, il a convaincu six autres étudiants de tenter Gaspé.

« Mes parents ne comprenaient pas. Ils pensaient que j’allais m’ennuyer. Mais ils m’ont vue heureuse. Ils ont dit : « la Gaspésie te fait du bien ». Maintenant, les deux sont venus me voir, ils ont adoré et ils ont compris », dit Catherine.

À la fin de l’été, tous les quatre partent vers l’université à Sherbrooke ou Québec. Mais leurs projets d’avenir, ils les rêvent en Gaspésie. Benjamin s’imagine enseignant de philosophie au Cégep. Catherine et Nathan aimeraient ouvrir un centre de ressourcement axé sur la nature dans la région. Cassandre se voit aussi enseigner au Cégep et construire une maison autosuffisante en énergie.

25 % des étudiants
Sur les 1064 étudiants inscrits au Cégep de la Gaspésie et des Îles à la dernière rentrée, 204 venaient d’autres régions du Québec et 59, de l’international. Au total, 25 % des étudiants ne sont donc ni Gaspésiens, ni Madelinots. C’était 21 % l’année précédente.

Ces chiffres n’incluent pas 26 étudiants des collèges de Montréal qui participent cet hiver au programme de mobilité dont a bénéficié Cassandre il y a deux ans.

En Techniques du tourisme d’aventure, un programme unique au Québec dispensé au campus de Gaspé, presque tous les étudiants viennent de l’extérieur de la région.

Plusieurs étudiants internationaux sont aussi inscrits à un programme de « double diplomation ». Ces jeunes français ont complété un diplôme technique chez eux. Ils viennent étudier un an de plus ici pour décrocher aussi un diplôme québécois.

En Technologie forestière, 7 des 18 étudiants sont Français, dont 4 en double diplomation, calcule l’enseignant Claude Berger. « Il y a une bonne adaptation, ils se mêlent très bien. Il y a une belle complicité entre Français et Québécois. Et certains visent de poursuivre à l’Université Laval en génie forestier », note-t-il.

D’autres Français préparent leur arrivée, indique M. Berger. « D’après ce qu’on en sait, il y a beaucoup d’engouement pour notre programme. Il y a déjà des demandes d’étudiants qui commenceront en août.»

Recrutement : moins de moyens
« Si on remonte à leur création, les cégeps étaient là pour répondre à la clientèle régionale. Mais comme on vit un déclin démographique et qu’on veut continuer à offrir une diversité de programmes, l’objectif est d’avoir un nombre conséquent d’étudiants. Pour ça, il faut sortir de la région », dit le directeur général du Cégep, Yves Galipeau.

De 2011 à 2016, des dizaines d’étudiants ont reçu des bourses du Cégep et de la Conférence régionale des élus, pour un total de 461 000 $. Pour 20 % de ces bénéficiaires, la bourse a joué un rôle dans la décision d’étudier en Gaspésie ou aux Îles. Ces montants auront toutefois disparu à la fin de l’année scolaire, la CRÉ ayant été abolie.

Les budgets de recrutement ont pâti des coupes au Cégep. De 212 000 $ investis en 2010-2011, ce montant est passé à 128 000 $ en 2015-2016. Ces sommes n’incluent pas les ressources humaines. Mais le nombre d’employés qui peuvent se consacrer au recrutement a fondu lui aussi.
« On aimerait avoir plus d’argent. Mais le fait d’en avoir moins nous a amenés à être plus attentifs à nos stratégies. On utilise davantage les médias sociaux. On met des ressources en commun avec les cégeps de l’Est-du-Québec », illustre M. Galipeau.

Le nombre d’étudiants au Cégep a atteint son niveau le plus bas en six ans à la rentrée 2015, malgré l’apport de l’extérieur. Les jeunes qui finissent leur secondaire dans la région sont de moins en moins nombreux, explique M. Galipeau. « Le déclin va se poursuivre jusqu’en 2020, 2021. On est dans les pires années. On ne peut pas prévoir l’avenir, mais on continue comme on l’a fait, avec du recrutement en Europe, des ententes de mobilité nationale. On va chercher des jeunes en autobus à Montréal pour deux jours ici et on organise une journée Cégep/secondaire. »

Mme Reeder a une bonne raison de penser à Wilbert Coffin tous les 10 février. C’est aussi la date de son anniversaire. La nuit où il est mort, « c’était ma fête de huit ans. Je ne me rappelle pas d’un gâteau ni de cadeaux. Les enfants, on était censés être au lit. Mais j’étais réveillée. Il y avait beaucoup de monde dans la maison. Des gens pleuraient. »

Elle a compris ce qui se passait seulement plus tard. « Comme enfants, on avait des questions, mais on a arrêté de les poser parce qu’on réalisait combien ça faisait mal à ma mère et mes tantes d’en parler. »

Mme Reeder est la fille de Rhoda Coffin, l’une des sept sœurs de Wilbert. Elle n’a pas de souvenir personnel de son oncle, mais on le décrivait comme « un homme tranquille, généreux, toujours prêt à aider », dit-elle.

Elle n’a pas de théorie sur qui peut avoir tué les Américains. « Ce dont je me souviens, c’est que la famille disait : il ne peut pas avoir fait ça. Ça allait contre tout ce qu’il était », dit Mme Reeder.

Wilbert Coffin a été condamné à mort sur la foi de preuves circonstancielles. Personne n’a témoigné l’avoir vu tuer. L’arme du crime n’a jamais été présentée au procès. La cause comporte d’autres zones grises et a fait l’objet de plusieurs livres et documentaires, rappelle l’historien Paul Lemieux dans son blogue sur GRAFFICI.CA.

Aujourd’hui, l’Association in Defence for the Wrongly Convicted, ainsi qu’un avocat d’origine gaspésienne, Michael Rooney, continuent d’analyser le cas. Et ils pourraient avoir déniché de nouveaux éléments pour innocenter Coffin.

La communauté soutient la famille Coffin, estime Mme Reeder. « Je n’ai jamais senti un déshonneur [lié à la condamnation de son oncle], mais plutôt du support et peut-être de la curiosité. Les gens veulent savoir ce qui se passe. Encore aujourd’hui, des gens m’arrêtent au magasin pour savoir s’il y a du nouveau. »

« Comme famille, on n’a jamais abandonné l’espoir, dit Judith Reeder. Moi, j’ai toujours eu espoir, mais certaines fois plus que d’autres! C’est comme un yoyo, en haut-en-bas, en haut-en bas, en haut-en bas. Et c’est comme ça depuis 60 ans. »

La lutte continue
Wilbert Coffin est enterré au cimetière de York, à Gaspé, à côté de ses parents sur le lot de la famille Coffin. Mercredi, Judith Reeder était sur sa tombe pour se recueillir et demander que justice soit rendue. Elle y retournera tous les 10 février « aussi longtemps que je suis en vie », dit-elle.

Mme Reeder a confiance que la génération qui la suit reprendra le flambeau. Des descendantes des Coffin, surtout dans les familles de Marie et Rhoda (deux sœurs de Wilbert), suivent le cas, dit-elle.

« Injuste pour la justice »
Une dizaine de personnes accompagnait Mme Reeder sur la tombe de Wilbert le 10 février. Parmi eux, l’évêque du diocèse anglican de Québec (qui inclut Gaspé), Dennis Drainville, un habitué de cette célébration depuis dix ans.

Wilbert Coffin a été condamné injustement, juge-t-il. « Ça fait longtemps que la communauté est en deuil et c’est très triste, dit-il. Depuis plusieurs années, nous avons parlé à des députés, à des sénateurs. Nous avons essayé de faire avancer le dossier. Personne ne comprend pourquoi ça prend tellement de temps. La mort de Wilbert était une action injustifiée contre un homme, qui mérite un meilleur traitement de la part d’Ottawa et de Québec. »

« On ne sera pas satisfaits tant qu’il ne sera pas exonéré. Ce n’est pas juste pour la communauté, pour Wilbert et pour la justice elle-même », ajoute M. Drainville.

« La vérité va éclater un jour »
Marie Coffin, 85 ans, la sœur de Wilbert, est toujours aussi convaincue de son innocence. « J’ai une grande foi que la vérité va éclater un jour. Peut-être pas de mon vivant et de celui de mes sœurs, mais un jour. »

Parler du cas de Wilbert rend encore Mme Coffin « très triste », dit-elle. « Quand tu penses que ton frère a été pendu pour un crime qu’il n’a pas commis, ça te dépasse. Ça nous a tous affectés. Nous étions une famille très unie. Nous avons dû emprunter de l’argent pour aider Wilbert à se défendre. Pendant plusieurs années, on n’a même pas été capables d’en parler. » GRAFFICI.CA a joint Mme Coffin en Ontario, où elle est en visite pour prendre soin de sa sœur de 95 ans.

Le condamné s’est évadé d’une prison de Québec en 1955. Il s’est rendu chez son avocat, qui l’a convaincu de retourner en prison pour prouver son innocence. « Pourquoi n’ont-ils pas enquêté davantage? Qui retournerait en prison s’il n’était pas parfaitement innocent? Dans le cas Coffin, il y a eu beaucoup de politique », estime Marie Coffin.

Elle insiste pour remercier « les Gaspésiens, francophones et anglophones, qui se sont tenus debout avec moi et qui m’ont aidée à ramasser des fonds pour le cas de mon frère. Je leur en suis très reconnaissante. »

-30-

« Un mode de vie »

Louis Thibault, de Gaspé, coupe ses cinq cordes par an sur sa terre à bois, à Douglastown. C’est loin d’être une corvée pour lui. « C’est un passe-temps, une activité pour me tenir en forme. J’oserais dire que c’est un mode de vie. »

M. Thibault passe 50 heures par année à préparer son bois. « Si on comptait mon temps et mes dépenses, probablement que je ne sauve pas d’argent. » Cet optométriste pourrait acheter son bois et pratiquer sa profession 50 heures de plus. « Ce serait plus rentable, convient-il. Mais est-ce que ça m’intéresse? Non! […] Quand tu mets ta bûche dans le poêle, tu l’as manipulée sept fois. Il y a de la fierté. »

Une chose est sûre : M. Thibault économise par rapport au chauffage à l’électricité.

Économiser 500 $ par an

Se chauffer au bois coûte 38 % moins cher qu’à l’électricité. L’analyste en énergie Jean-François Blain a fait le calcul pour une maison unifamiliale moyenne chauffée de fin octobre à fin avril. Résultat : une économie de plus de 500 $.

Électricité : 1333 $
Bois : 824 $
Gaz naturel : 1114 $
Mazout : 1246 $ (prix à la fin janvier)

Le calcul de M. Blain est basé sur une corde à 297 $, soit 40 $ à 50 $ de plus que les prix en Gaspésie. Attention, « le chauffage au bois n’est pas autonome » contrairement aux autres sources de chaleur, rappelle l’analyste. C’est beaucoup de travail. Il faut recevoir ton bois, le corder, l’abriter, le refendre pour faire du bois d’allumage, ramasser les miettes, se débarrasser des cendres… »

Il faut donc y mettre de l’huile de bras. M. Thibault démarre son poêle au lever, revient l’alimenter le midi et le bourre avant d’aller dormir.

Une production coûteuse en main-d’œuvre

Roberto Boulay, un homme d’affaires de L’Anse-à-Valleau, coupe surtout du résineux destiné aux scieries. Il vend aussi 1000 cordes de bois franc par an pour le chauffage. « J’ai toujours fait un peu de bois de chauffage. Mais vers 2002-2003, pendant la crise forestière, on avait beaucoup de billots et on n’arrivait pas à les vendre. On s’est mis à faire plus de bois de chauffage pour payer les employés et les frais. »

Le bois de chauffage compte pour le tiers des revenus des Forestiers Boulay. En main-d’œuvre, c’est davantage. M. Boulay a beau avoir un processeur, il lui faut trois employés. Un qui tronçonne les billots. Un second qui aligne les bûches dans la fendeuse. Un troisième pour corder le bois dans le camion au bout du convoyeur. De quoi ronger les profits. « Si on ne faisait pas de billots [de résineux], on ne ferait pas de bois de chauffage, lance M. Boulay. Mais [le bois franc] est là, je ne suis pas pour le laisser là. »

Demande en hausse

À Bonaventure, Martin Poirier vend du bois de chauffage depuis 22 ans. De 150 $ la corde à cette époque, il atteint 255 $ aujourd’hui. « La demande a augmenté, note-t-il. Beaucoup de personnes en faisaient sur leur terre et en vendaient un peu. Ils vieillissent et arrêtent d’en couper. Le monde se tourne vers le commercial. »

À sa connaissance, M. Poirier est le seul à vendre du bois de chauffage de manière commerciale et officielle dans la Baie-des-Chaleurs. Pourquoi, puisque la demande croît? Parce que s’équiper de zéro coûte cher : 200 000 $, estime M. Poirier. Lui-même a gagné son pain comme contremaître pendant 15 ans pour financer son à-côté de bois de chauffage.

Plus de la moitié au marché noir

Couper du bois de chauffage pour soi-même sur son lot est tout à fait légal. En vendre en petite quantité l’est aussi, en autant qu’on déclare ses gains à l’impôt et à l’assurance-emploi. À partir de 30 000 $ de gains – environ 120 cordes – il faut en plus facturer les taxes à ses clients.
Le problème : ces règles simples sont peu suivies. Un observateur du monde forestier gaspésien, bien au fait des pratiques, a accepté de décrire la situation à condition qu’on ne le nomme pas. « On ne veut pas être pointés du doigt par du monde qui en arrache pour vivre », dit-il.

« J’estime qu’au moins 50 % à 60 % du volume est vendu au noir, indique notre observateur. Même ceux qui sont officiellement dans le domaine, ils en vendent au noir et sans facture, pour des raisons évidentes d’échapper à l’impôt [NDLR : notre interlocuteur ne visait pas les entreprises citées dans notre texte]. Quelqu’un qui veut en faire légalement ferait face à cette concurrence. »

« Si tout ça devenait légal, les prix augmenteraient de 30 % à 40 %. Ça deviendrait presque impossible à rentabiliser », juge notre observateur.

L’argent comptant sert à payer des employés sous la table. La Gaspésie perd-elle des opportunités d’emploi déclaré? « Oui, c’est sûr. Mais quand tu as goûté à ça, du cash et du chômage qui rentrent en même temps, tu n’es pas intéressé à faire plus de semaines [déclarées].»

Montrer patte blanche

Un jeune couple de Douglastown, Joannie Cyr et Philippe Molaison, fait le pari de vendre du bois de chauffage en montrant patte blanche. En 2015, M. Molaison a traité 500 cordes de bois de chauffage. Ses outils : une tronçonneuse, une fendeuse domestique et une remorque attachée à sa camionnette. « Il a fait un travail de bras qui équivaut à trois ou quatre machines », dit Mme Cyr.

Ces machines, Bois de chauffage Philippe Molaison s’apprête à les acheter grâce à l’apport d’un partenaire financier. Un processeur industriel, deux chargeuses et  camion six-roues allégeront sa tâche. Il projette de vendre 1000 cordes en 2016.

Mme Cyr et M. Molaison en ont long à dire sur le commerce au noir du bois de chauffage, qui leur nuit, disent-ils. « Je vends ma corde 255 $. Les gens font le saut mais c’est 221 $ [sans les taxes]. Si tout le monde facturait les taxes, ce serait une compétition honnête », dit Mme Cyr.
Les acheteurs ont leur part de responsabilité. Mme Cyr doit souvent insister pour déclarer la transaction. « Plein de gens s’essaient. Ils me disent : « pas besoin de factures, on va sauver ça ».»

Seulement dans la MRC Côte-de-Gaspé, Mme Cyr estime qu’il se consomme entre 3 M$ et 5 M$ de bois de chauffage par an. Selon elle, la vente au noir prive la région d’occasions de développement. « Si le gouvernement faisait plus de check-ups, ça ferait plus d’opportunités de création d’entreprises et d’emplois. »

70 000 m³ coupés par an

En Gaspésie, il se coupe environ 70 000 m³ de bois de chauffage par an, selon les recherches de GRAFFICI.CA.

Environ 3300 propriétaires de boisés privés en coupent un total de 58 000 m³ par an, rapporte un sondage de la Fédération des producteurs forestiers du Québec.

Un plus petit nombre récolte son bois de chauffage en forêt publique. En 2015, le ministère des Forêts a attribué 884 permis domestiques pour un volume total de 10 362 m³. Cette quantité se situe dans la moyenne des sept dernières années.

Un seul permis commercial a été accordé en 2015 pour 2000 m³. Il y avait 12 de ces permis 2006 mais pour un volume total à peine supérieur,  soit 2625 m³.

En Gaspésie, le bois de chauffage est mis en marché librement. La  plupart des autres essences sont soumises à un plan conjoint qui fixe les prix.

Dans la région, 15 % des ménages utilisent le bois comme source principale de chauffage, selon Statistique Canada. Cette proportion grimpe à 17 % si l’on inclut le chauffage d’appoint.

Une corde, c’est quoi?
Dans son texte, GRAFFICI.CA utilise la mesure de corde de 4 pieds de haut, 24 pieds de long et 16 pouces de profondeur.

Il est passé midi au terminus de Gaspé. L’autobus, en retard d’une demi-heure, s’immobilise et une demi-douzaine de passagers descend du véhicule.

Parmi eux, Serge Bourget, de L’Anse-à-Beaufils, qui revient de Rimouski. Avant les réductions de service, il prenait l’autobus à partir de son village. Cette fois, il a roulé jusqu’à l’aéroport de Gaspé, pour y laisser sa voiture, puis a pris un taxi jusqu’à l’arrêt d’autobus au centre-ville. « Il faut s’adapter, même si je trouve ça malheureux, dit-il. J’ai toujours dit que c’était à la population d’utiliser un service si elle veut le garder. Mais une chance que la RéGÎM [navettes vers les arrêts d’Orléans] peut combler les lacunes, surtout pour les personnes âgées. »

Un autre passager, Christian Jujy, a passé la nuit dans l’autobus. On n’a plus le choix quand on veut atteindre la Gaspésie de Québec ou de Montréal. Il faut embarquer à 22 h 30 dans la métropole ou à 00 h 45 à Québec.

Ces trajets de nuit sont « une des insatisfactions des clients, selon les sondages qu’on a faits. C’est quelque chose qu’on regarde », admet Marie-Hélène Cloutier, vice-présidente expérience passager, marketing et commercialisation chez Keolis Canada, la compagnie mère d’Orléans.
En octobre 2014, la Commission des transports du Québec (CTQ) avait accepté toutes les demandes de réductions de services d’Orléans Express. Depuis le 18 janvier 2015, la compagnie offre un seul aller-retour par jour du côté nord de la péninsule et un seul au sud, comparativement à deux ou trois de chaque côté il y a un an. De Gaspé à Rimouski, le nombre d’arrêts est passé de 44 à 7. Côté sud, il a diminué de 47 à 9. Et Percé, la capitale touristique de la Gaspésie, n’est plus desservie.

Keolis pourrait-elle revenir à deux départs par jour? « C’est trop tôt pour se prononcer sur deux départs, répond Mme Cloutier. Mais on regarde nos horaires pour mieux s’adapter aux besoins et on envisage des dessertes différentes selon les saisons. » Combler le vide entre Gaspé et Grande-Rivière, incluant Percé, « fait partie des analyses ».

Keolis s’attend à une convocation de la CTQ au début 2016, « pour faire le bilan et mentionner notre vision d’avenir ». Cette « vision d’avenir » a changé depuis les audiences d’août 2014. À l’époque, Keolis annonçait qu’elle projetait d’abandonner sa desserte à l’est de Rimouski.
« Notre intention depuis les derniers mois, et on le réitère haut et fort, n’est pas de couper les services [à nouveau] mais de les conserver », déclare maintenant Mme Cloutier. La baisse du nombre de départs a fait grimper le taux d’occupation et « les frais sont mieux gérés », dit la vice-présidente.

Navettes du RéGÎM : 6,6 passagers par jour

Pour combler en partie les réductions de services, des navettes de la RéGÎM, le transport collectif régional, rabattent les passagers vers les arrêts restants. En moyenne, 6,6 passagers par jour utilisent ce service depuis le 18 janvier dernier. Plus de 50 % de ces trajets se font vers ou à partir de Gaspé et Grande-Rivière, et 34 % de Carleton-sur-Mer.

« Nos attentes étaient assez floues [quant à la fréquentation], commente le directeur de la RéGÎM, Antoine Audet. On pense que le service pourrait être davantage utilisé. C’est un petit nombre par rapport aux gens déplacés sur Orléans Express. »

Québec a accordé une subvention de 530 000 $ à la RéGÎM pour mettre sur pied ces navettes. De cette somme, la RéGÎM avait dépensé 230 000 $ au début décembre. Si l’on soustrait les frais de gestion et le prix payé par l’usager (2,50 $ ou 3 $ par passage), le coût se chiffre à 106 $ par déplacement. « Il faut agir sur ce chiffre, dit M. Audet. Soit on va réduire les dépenses, soit on va optimiser les tarifs. »

Le casse-tête des commerces

Plusieurs entreprises de la région utilisent les soutes à bagages des autobus d’Orléans, via la firme Expedibus, pour expédier leurs produits. Plusieurs ont dû se réorganiser ou se résigner à la suite des coupes de services. La Poissonnerie La Coquille, de Caplan, continue d’expédier des fruits de mer et du poisson par Expedibus, mais doit accepter des délais supplémentaires.
La copropriétaire France Arsenault part tôt le matin vers Paspébiac, à 38 km de Caplan, pour déposer à l’arrêt ses colis contenant des produits nécessairement cuits la veille.  « Ça arrive à 20 h20 à Montréal, alors c’est juste pour manger le lendemain », dit-elle. Avant, la poissonnerie expédiait le soir même à partir de Caplan des fruits de mer pêchés le matin et cuits l’après-midi, qui pouvaient être consommés dans les grands centres moins de 36 heures après leur sortie de l’eau.

Fumoir M. Émile achète son propre camion

Au Fumoir M. Émile, de Percé, la fin du service de bus dans la ville du rocher obligeait les propriétaires à rouler jusqu’à Grande-Rivière très tôt le matin pour expédier leur saumon fumé.

Depuis juin, l’entreprise s’est plutôt équipée d’un camion réfrigéré qui prend la route tous les mardis vers l’ouest. « Il fait toutes nos livraisons dans la Baie-des-Chaleurs, à Amqui, Rimouski, Québec. Le mercredi, il fait les livraisons dans Montréal », explique la copropriétaire Cathy Poirier.
« Ce n’était pas mon rêve d’avoir une compagnie de transport, lance Mme Poirier. Mais on a plongé et on s’est dits : « on va sûrement dépanner d’autres gens ». Mon camion part plein, plein. On a des pétoncles de Fermes marines [Newport], des produits de Raymer [truite de New Richmond], de Couleur Chocolat, des algues d’Antoine Nicolas [Cap-aux-Os]… »

En embarquant des produits au retour, le Fumoir parvient aux mêmes coûts de transport qu’auparavant avec Expedibus. Cathy Poirier ne retournera pas en arrière, même si Orléans rétablit le service. Mais elle a encore du mal à comprendre la décision de Keolis de ne plus se rendre à Percé. Le Fumoir, à lui seul, payait 65 000 $ par an à Expedibus pour ses colis.

Taxi Fortin : la CTQ dit non à un service étendu

Taxi Fortin, qui offre trois allers-retours par semaine à partir de Gaspé en minibus 11 passagers, a vu augmenter sa clientèle de 20 % à 25 % à la suite des changements chez Orléans, décrit le propriétaire Denis Fortin. Ces hausses se font sentir surtout au retour, puisque Taxi Fortin offre des heures « raisonnables » et non un trajet de nuit, précise-t-il.

M. Fortin a demandé à la Commission des transports de pouvoir desservir le côté sud de la Gaspésie, et d’ajouter des arrêts plus à l’ouest du côté nord (Taxi Fortin peut faire monter des passagers jusqu’à La Martre). La CTQ a rejeté sa requête, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’état actuel du marché en Gaspésie.

La façon d’opérer de Taxi Fortin, en service depuis 1949, ne cadre pas dans l’actuelle Loi sur les transports, explique en substance la Commission, notamment parce qu’il s’agit d’un « taxi » qui fait du transport collectif avec plus d’un véhicule sur son permis. La CTQ refuse donc d’agrandir le territoire de Taxi Fortin. « Cela équivaudrait à faire indirectement ce que [la CTQ] ne peut faire directement », écrivent les commissaires dans leur décision.

« C’est une décision de bureaucrates, il n’y a pas de place pour les petits privés », réagit M. Fortin. Pourtant, la demande est là, observe-t-il, surtout à Percé. « J’ai du monde de Percé qui monte me prendre à Gaspé. C’est un endroit où Orléans ne va pas et où je n’ai pas le droit d’aller.»

Hausse modeste chez Déménage et livre-tout

Déménage et livre-tout a récupéré « quelques clients » qui faisaient affaire avec Expedibus, indique le président Richard Bérubé. L’impact de la réduction de services d’autobus a toutefois été « très minime », estime-t-il. Au cours de la dernière année, la firme a construit un entrepôt à Gaspé et un autre à New Richmond, deux investissements de 350 000 $ chacun. M. Bérubé aurait construit ces bâtiments avec ou sans la réduction de services d’autobus. « Notre volume d’affaires a augmenté. Ça n’a rien à voir avec Orléans », affirme-t-il.

Par ailleurs, Déménage et livre-tout a abandonné la livraison des colis d’Expédibus des arrêts restants vers leurs points de chute, un service offert les premiers six mois après le 18 janvier. « Il n’y avait pas un volume suffisant. Ça ne valait pas la peine pour deux-trois colis par jour… », conclut M. Bérubé.

Échantillons sanguins : finalement moins cher

Les hôpitaux et CLSC gaspésiens utilisaient Expedibus pour envoyer des échantillons sanguins être analysés hors de la région. L’abandon de plus de la moitié des départs d’Orléans leur faisait craindre une hausse importante des coûts. Le contraire s’est produit, indique le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Gaspésie (CISSS). La facture a diminué de 15 % globalement pour la péninsule, soit une économie de 19 770 $ sur les sept mois et demi compilés par le CISSS.

L’adaptation aux réductions de services s’est avérée « bénéfique », écrit dans un courriel la porte-parole du CISSS, Geneviève Cloutier. « Désormais, nous utilisons des moyens plus variés (autobus, taxi ou Dicom) pour acheminer les échantillons vers Rimouski. Certains de ces moyens (taxi et autobus) étaient déjà utilisés et d’autres sont nouveaux (Dicom) pour l’envoi d’échantillon. »

DANS LE JOURNAL VOUS POUVEZ LIRE…

LE TEMPS DE SE REFAIRE
Daniel Bond, 61 ans, a déposé ses bagages à l’Accueil Blanche-Goulet de Gaspé, dans l’espoir de se refaire une vie dans sa ville natale. Geneviève Gélinas l’a rencontré et vous raconte son histoire dans le journal GRAFFICI, actuellement disponible dans 170 point de chutes en Gaspésie.

BESOINS CROISSANTS, MOYENS MANQUANTS
Dans le journal, il est aussi question de financement, celui qui manque cruellement à ces refuges. Le Centre Émilie-Gamelin, à Chandler, devra fermer pour deux mois à partir de la fin janvier. « On est rendus au bout du rouleau. On n’a pas le budget qu’on devrait avoir. On n’a pas eu autant de dons que d’habitude. La pauvreté est dans le milieu », rapporte Brenda Keays, une administratrice du Centre.

LES MULTIPLES VISAGES DE L’ITINÉRANCE
Finalement, dans son dossier, Mme Gélinas traite de l’itinérance en Gaspésie qui prend d’autres visages et qui est plus cachée qu’en ville. C’est ce que disent les travailleurs des maisons pour personnes en détresse qui sont témoins de plusieurs formes d’itinérance.

ET EN COMPLÉMENT WEB…

LA MULTIPLICATION DES PAINS, FAÇON BLANCHE-GOULET

Le sous-sol de l’Accueil Blanche-Goulet est le domaine de Linda Langlais, responsable du comptoir alimentaire. Le jour du passage de GRAFFICI, elle vient de recevoir 49 caisses de denrées livrées par le camion d’A.P.S, la firme qui fait la tournée des épiceries pour les banques d’aliments.

Il s’agit de denrées que les épiciers ne souhaitent pas mettre sur leurs tablettes : « Des cannes de conserve avec du papier arraché, des bouteilles de ketchup salies parce qu’une dans la boîte a ouvert, des boîtes de céréales écrasées », énumère Mme Langlais.

Il faut acheter les produits manquants en maximisant les sommes disponibles. Mme Langlais court les spéciaux et congèle poulets, côtelettes de porc et bologne.

La margarine, elle l’achète en chaudières et la répartit dans des contenants récupérés. Le spaghetti, elle l’achète en vrac et l’ensache. Son objectif : donner le plus possible aux près de 600 personnes rejointes chaque année par ce service de dépannage.

Les besoins augmentent, rapporte Caroline Ross, directrice de l’Accueil Blanche-Goulet : « Avant, on voyait seulement des bénéficiaires de l’aide sociale. Maintenant, on voit des gens qui travaillent au salaire minimum, qui sont monoparentaux et n’ont pas de HLM. Ces personnes auront beau refaire leur budget 15 fois, elles n’y arrivent pas. »

DE LA PSYCHO À LA CUISINE, DES EMPLOYÉS POLYVLENTS

Dans la cuisine de l’Accueil Blanche-Goulet, Rose-Marie Cloutier surveille le jambon qui mijote pendant qu’Isa-Belle St-Sauveur cuisine des muffins chocolat-banane. Mais la popote n’est qu’une partie des tâches de ces deux employées, qui jouent un rôle d’intervention psychosociale auprès des résidents.

« Ma vocation, quand j’avais 15 ans, c’était de devenir infirmière et d’aller travailler dans les pays pauvres », dit Rose-Marie Cloutier, qui travaille à l’Accueil depuis 1998.

Mais ce fut impossible. À l’âge où l’on apprend une profession, elle a plutôt dû prendre soin de ses 14 frères et sœurs. Plus tard, à 43 ans, elle est retournée à l’école. « C’est un amour de travailler ici, malgré les cas difficiles. Certains paniquent avec ce monde-là, mais ça n’adoucit pas le problème », dit Mme Cloutier.

Isa-Belle St-Sauveur, 40 ans, Montérégienne d’origine, a déménagé en Gaspésie il y a trois ans. « Ici, il y a les mêmes problèmes de santé mentale, de toxicomanie qu’en ville. Et même, l’isolement est plus grand parce que les personnes en difficulté ne veulent pas que ça se sache », dit-elle.

En voie de compléter une maîtrise, Mme St-Sauveur a occupé d’autres emplois, notamment au Centre jeunesse, avant de se retrouver à l’Accueil, où elle trouve une philosophie qui lui convient. « Les gens ne se sentent pas jugés, ils sentent qu’ils peuvent être entendus, c’est l’esprit communautaire. »

Mme St-Sauveur a elle-même déjà résidé dans une maison du type de Blanche-Goulet. « J’ai reçu un peu de dignité humaine. J’avais juste 18 ans. Parce que j’ai reçu ça, je voulais le rendre. »

NOS MAISONS D’HÉBERGEMENT GASPÉSIENNES

Le Sentier de l’espoir de Sainte-Anne-des-Monts
Accueil Blanche-Goulet de Gaspé
Centre Émilie-Gamelin de Chandler
Centre Accalmie de Pointe-à-la-Croix

DES LIEUX TRÈS FRÉQUENTÉS

394     personnes différentes hébergées
        (dont certaines font plus d’un séjour)
7269     jours d’hébergement/an
11 à 19 durée moyenne d’un séjour en jours
2 M$     budget total des quatre maisons*

Source : Rapports d’activités 2014-2015 des maisons
*Note : Le budget de 2 M$ inclut l’hébergement et l’accompagnement, mais aussi d’autres services tels les centres de jour, les comptoirs alimentaires et le soutien aux proches.

Les deux fils de Caroline Bourget, Tristan et Thierry, sont dysphasiques, un trouble qui leur rend difficile de s’exprimer et de comprendre le langage.

Pour Tristan, neuf ans, aux prises avec une dysphasie sévère, se faire comprendre est un combat quotidien. « Tu parles chinois, tu viens de quel pays? » est le genre de remarque qu’il doit encaisser de ses camarades. Ses connaissances, une fois gravées, sont solides, mais il a besoin de temps pour les intégrer. « Il a des grandes connaissances sur les dinosaures, c’est impressionnant, mais il peut me demander : c’est quoi l’alphabet, maman, je m’en souviens plus! », illustre sa mère.

La dysphasie de Thierry, huit ans, est plus légère, mais il a souvent du mal à trouver le mot juste. « Par exemple, il ne se souvient plus du mot cuiller, ou il dit fourchette à la place de couteau », explique Mme Bourget.

Caroline Bourget en connaît un rayon sur la dysphasie. Elle vient de compléter ses études en éducation spécialisée, en partie pour aider ses fils. Elle a observé le fonctionnement des écoles, à la fois comme stagiaire et comme parent. L’école fréquentée par ses fils, Saint-Rosaire à Gaspé, est « une bonne école, à l’écoute des parents », dit-elle. Mais les services sont insuffisants, estime-t-elle. Au nombre d’enfants avec un problème de langage, un orthophoniste à l’école ne serait pas du luxe. « Il y en a une, mais pour toute la commission scolaire », dit Mme Bourget.

Tristan a droit aux services d’une éducatrice spécialisée, qui doit toutefois partager son temps entre plusieurs enfants. « Il avait des meilleures notes quand l’éducatrice le prenait à part pour la dictée, mais elle n’a plus le temps », dit Mme Bourget. Thierry a fait des progrès et sa dysphasie est désormais qualifiée de « modérée à légère ». Mais du coup, il a vu disparaître le « code » (classement diagnostic) qui lui permet de recevoir de l’aide supplémentaire à l’école.

Quant aux enseignants, ils ne savent pas toujours quoi faire, remarque Mme Bourget. « Une enseignante m’a dit : j’ai des formations pour m’expliquer c’est quoi la dysphasie, mais pas de formation sur comment agir. »

Dans la masse des besoins, il faut insister pour faire valoir ceux de ses enfants, estime Mme Bourget. « Si je me tais, je vais toujours être en-dessous de la pile, alors je vais prendre ma place », a-t-elle déjà lancé à une directrice.

Apprendre quand on est autiste
Mathias, huit ans, est atteint d’autisme, un trouble qui joue notamment sur les facultés à communiquer et à interagir. La nature et les animaux le passionnent; il peut devenir incollable sur les espèces de poissons ou les races de chiens, décrit sa mère, Chantal Dufort. Il est un champion pour appliquer à la lettre des consignes claires. Mais à l’école, il a besoin de soutien pour suivre les apprentissages et compenser une motricité sous la normale.

Une éducatrice spécialisée aide Mathias en classe pendant 18 heures chaque semaine. À la garderie scolaire, une préposée aux enfants handicapés s’occupe de lui et d’un autre enfant. Mathias a aussi une chaise à hauteur adaptable, pour améliorer sa posture, et une table plus grande pour placer ses outils visuels.

Tout ça ne s’est pas fait tout seul, rapporte Mme Dufort. « Dès qu’il est entré à la maternelle, j’avais l’impression que je débroussaillais, résume-t-elle. Je suis allée voir la directrice avant qu’il rentre pour lui dire : un enfant autiste s’en vient. Elle est allée lui chercher une « cote » [un classement diagnostic] et les sous viennent avec. »

Mme Dufort a souvent dû jouer l’entremetteuse entre les spécialistes de Mathias, côté système de santé et côté école : organiser une rencontre entre son ergothérapeute et  l’équipe de l’école, ou un contact entre la physiothérapeute et l’enseignant d’éducation physique.

À mi-chemin de sa 3e année, Mathias réussit bien. Mais Mme Dufort rêve d’un parcours plus simple. « Pourquoi il n’y a pas un kit, un guide, pour dire où se trouve l’aide? Pour déterminer, si un enfant a un trouble du spectre de l’autisme, qu’il faut mettre en place tel et tel service. »

Des diagnostics « en explosion »

Les Mathias, les Tristan et les Thierry sont de plus en plus nombreux. « Les diagnostics d’autisme sont en explosion, lance Philippe De Carufel, directeur d’Autisme de l’Est-du-Québec (ADEQ). Ça vient probablement d’une meilleure compréhension de ce que sont les troubles du spectre de l’autisme. Avant, on parlait d’une personne sur 100. Maintenant, c’est une sur 68. »

Les diagnostics de dysphasie ont grimpé en flèche eux aussi. « L’association Dysphasie Est-du-Québec existe depuis 30 ans, dit sa directrice Chantal Cyr. À l’époque, c’était peu ou pas connu. Aujourd’hui, on est rendus à 9,7 % de la population québécoise qui serait atteinte de dysphasie. »

L’austérité nuit au développement des services pour ces enfants, estiment les deux représentants. « Les commissions scolaires ont moins de ressources ou les mêmes ressources, alors que les jeunes en situation de handicap sont plus nombreux. Les services ne suivent pas la courbe », dit M. De Carufel. Les compressions récentes ont fait mal : « À Rimouski, des parents nous reviennent avec des situations qu’ils ne vivaient pas avant », ajoute-t-il.

Mme Cyr juge que certaines écoles font preuve de « fermeture » face à la dysphasie. « Ce sont des enfants très intelligents, mais il faut leur montrer différemment. Il manque de ressources, les profs sont essoufflés, ça prendrait quasiment une éducatrice spécialisée par classe. »

La situation est pire depuis que le Québec est entré en mode compressions, estime Mme Cyr, qui habite Rimouski. « Ma fille est dans une classe spécialisée de 10 élèves. Le prof a perdu une de ses éducatrices et elle a moins d’heures [de soutien]. »

Pourtant, l’aide aux enfants différents est de l’argent bien placé, fait valoir M. De Carufel. « On gagne à investir cette jeunesse, l’autisme n’a pas de lien avec le quotient intellectuel. Il faut adapter le système scolaire à leur situation, leur donner la possibilité de se rendre à un choix de métier. Ils deviennent des adultes qui fonctionnent bien en classe ou en milieu de travail. »
Investir dans les services aux dysphasiques serait rentable pour la société, qui éviterait ainsi bien du décrochage, estime aussi Mme Cyr.

Une grosse ou une petite école?

Mathias fréquente l’école de Saint-Majorique, qui compte un peu plus de 100 enfants. Il ne serait pas mieux dans une grande école, évalue sa mère, Chantal Dufort. Toute l’équipe de l’établissement a reçu des formations sur l’autisme, dit-elle. « Son enseignante [de 3e année] n’est pas la seule à se préoccuper de son bien-être, mais aussi le prof de maternelle jusqu’à celui de 6e. Les communications sont plus faciles, et il y a peu de visages pour Mathias. Il sait qui fait quoi. Et l’intimidation aurait du mal à se faufiler, ce serait repéré tout de suite. »

Quant aux enfants de Caroline Bourget, avant d’être mélangés aux 435 élèves de Saint-Rosaire, ils ont fréquenté les écoles de Val-d’Espoir et de Cap-d’Espoir, plus petites. Ce n’est pas une question de taille, mais « d’ouverture à offrir les services », dit-elle.

Des ressources maintenues, dit la CSCC

Depuis cinq ans, la commission scolaire des Chic-Chocs scolarise environ 160 enfants à besoins particuliers par année.

« Malgré les nombreuses coupures du ministère de l’Éducation [ces] dernières années, la Commission scolaire des Chic-Chocs a fait le choix de maintenir le même niveau de postes de techniciens (nes) en éducation spécialisée, de préposés (es) et d’orthopédagogues », a indiqué par courriel la CSCC, qui dit aussi que la commission scolaire « ajoute chaque année,  en plus des sommes allouées par le ministère, environ 170 000 $ de services de techniciens (nes) ou de préposés (es) pour les élèves ayant des nouveaux besoins ».

La commission scolaire René-Lévesque, qui couvre le secteur sud de la Gaspésie, n’avait pas répondu à nos questions au moment d’écrire ces lignes.

ASSURANCE EMPLOI

Le Bloc propose la création d’une Caisse autonome où aucun gouvernement ne pourra se servir puisqu’il n’y cotise pas. Aussi, dans un contexte où la Caisse fait des surplus, nous sommes d’avis que l’on ne peut non plus toucher à ces sommes. C’est ce qui nous distingue des autres partis. De plus, d’un point de vue plus régional, je travaille au droit à la dignité. La saisonnalité de nos métiers ne devrait pas rimer avec difficulté d’accessibilité. Tout travailleur ou travailleuse qui cotise doit avoir accès, sans discrimination aucune, à l’assurance-emploi. Élue, n’hésitez pas à me consulter en cas de besoin puisque tous les députés(es) fédéraux ont des accès privilégiés pour intervenir dans les dossiers du citoyen.

INFRASTRUCTURES ET TRANSPORTS

Dans un contexte de gouvernement minoritaire, le Bloc Québécois pourrait détenir la balance du pouvoir. À cet effet, l’histoire parlementaire démontre que cette situation nous avantage et nous permet d’augmenter de façon significative les investissements au Québec et ce, peu importe le gouvernement en place. Ce fut le cas par exemple en 2007 alors que nous avons obtenu 3.3 milliards de dollars de plus en transfert pour la santé. En ce sens, l’investissement dans les infrastructures ferroviaires, aéroportuaires et portuaires, en conformité avec notre cadre financier, seront des points de négociations importants lors des dépôts de budget. Concernant les transports, il existe plusieurs groupes qui travaillent pour améliorer l’offre de service (ex. : train, autobus…) en Gaspésie. Alors, j’apporterai ma contribution en me rendant disponible aux besoins exprimés par les différents intervenants.

FONCTION PUBLIQUE

Comme nous pouvons le constater, au cours des dernières années, nous avons assisté à la fermeture de bureaux fédéraux en région. Il est peu probable qu’ils reviennent. Pour inverser la tendance, nous devons redoubler d’ingéniosité et de créativité afin de privilégier des approches qui favorisent notre autonomie. L’enjeu pour moi consiste, en collaboration avec tout ce qui se fait déjà sur le terrain, à attirer l’attention sur nous et à réclamer un statut particulier  pour la Gaspésie. Statut qui faciliterait l’implantation de projets pilotes locaux et qui nous permettrait de mettre en valeur nos expertises.

 

Le développement économique

Actuellement, près de 50 % de l’énergie utilisée au Québec est renouvelable, ce qui nous place parmi les nations les plus avancées sur l’ensemble du globe. Dans une perspective où le système économique est en pleine mutation, nous pouvons saisir l’opportunité de proposer au reste du monde un modèle économique différent qui, au lieu de se baser sur la destruction systématique de nos ressources, repose sur leur préservation et leur mise en valeur. La Gaspésie a tout à gagner à se développer en ce sens. Pensons par exemple à l’énergie solaire, thermique et éolienne, ou encore à la géothermie, marémotricité et autres… À cela, s’ajoutent recherche, technologie et innovation. Cette transformation de l’économie est génératrice d’emplois et de richesses. Telle est ma vision du développement économique à long terme. À plus court terme, le Bloc Québécois propose une série de mesure pour les PME, les infrastructures, la culture, relève agricole…

Pour en savoir plus sur Mme Fleury ou sur les engagements de son parti, cliquez ici pour accédéder au site officiel du Bloc Québécois.

 

ASSURANCE-EMPLOI

La réforme de l’assurance-emploi, entrée en vigueur en janvier 2013, a fait mal aux Gaspésiens, en particulier aux travailleurs saisonniers. La fin des cinq semaines supplémentaires de prestations dont bénéficiait la région a fait tomber bien des chômeurs dans le « trou noir » du printemps. La définition « d’emploi convenable » peut maintenant les contraindre à accepter un emploi à 70 % de leur salaire précédent, jusqu’à une heure de route de leur domicile.

Cette réforme fait presque l’unanimité contre elle. Même le candidat conservateur qui a répondu à nos questions, Jean-Pierre Pigeon dans Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine, veut convaincre son gouvernement de « moduler » le régime d’assurance-emploi dans les régions de l’Est du Canada où les industries sont saisonnières.

Les candidats libéraux souhaitent abolir la réforme et réduire de deux à une semaine le délai avant de recevoir des prestations. Néo-démocrates et bloquistes vont plus loin en demandant de réduire à 360 heures le seuil d’admissibilité – il est de 420 heures actuellement – et de baser le calcul des prestations sur les 12 meilleures semaines.

Le candidat néo-démocrate Philip Toone et les candidats bloquistes, ainsi que le chef de Forces et Démocratie et candidat dans Avignon—La Mitis—Matane—Matapédia, Jean-François Fortin, s’engagent à faire cesser ce qu’ils appellent  le « pillage » de la caisse d’assurance-emploi, soit d’utiliser ses fonds autrement que pour aider ses cotisants, travailleurs ou employeurs.

INFRASTRUCTURES ET TRANSPORTS

Le transport aérien occupe le haut du pavé dans le discours de plusieurs candidats, dont la libérale, le conservateur et le bloquiste dans Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Une façon de développer le tourisme pour la libérale Diane Lebouthillier, ou de rassurer les personnes âgées qui pourraient avoir besoin de soins rapides selon le conservateur Jean-Pierre Pigeon. Le bloquiste Nicolas Roussy y va d’une proposition concrète : réduire certaines taxes sur le transport aérien pour les vols régionaux. Pour évaluer la portée d’une telle mesure, il faudrait toutefois chiffrer le montant de ces taxes.

Le néodémocrate Philip Toone met le train en première place dans sa réponse, en faveur du retour de Via Rail et de la participation du fédéral à la réfection du rail.

Quant à Jean-François Fortin, de Forces et Démocratie, propose de décentraliser les enveloppes vers les élus des régions et les leaders locaux.

La volonté de Transports Canada de transférer les quais industriels  fait grincer des dents plusieurs candidats. Il faut d’abord bonifier le programme de cession, dit M. Toone du NPD. Et surtout, réparer les quais en premier lieu, renchérit M. Roussy du Bloc.

Retenons aussi la promesse d’appui du candidat libéral Rémi Massé au projet de route des belvédères à Matapédia et sur Les Plateaux.

FONCTION PUBLIQUE FÉDÉRALE

Pendant les années au pouvoir des conservateurs, de 2006 à 2015, le nombre d’employés de la fonction publique fédérale a diminué de 28 % en Gaspésie et aux Îles, soit l’équivalent de 71 emplois à temps plein.

Le conservateur Jean-Pierre Pigeon accepte cette baisse et juge qu’il faut stabiliser le nombre de fonctionnaires au niveau actuel. C’est une démographie et une économie plus fortes qui permettront d’en créer de nouveaux, estime-t-il. M. Pigeon oublie peut-être que plusieurs emplois ont été perdus au parc Forillon, des personnes qui offraient des services touristiques, et chez Services Canada, où les services se donnent de toute façon de plus en plus par téléphone et par Internet.

La plupart des autres candidats protestent contre cette baisse du nombre de fonctionnaires, « une cure d’amaigrissement trop sévère »  et un « manque total de compréhension pour la région de la part du gouvernement conservateur », disent les libéraux Rémi Massé et Diane Lebouthillier.
Ottawa doit déconcentrer les ministères fédéraux vers les régions, disent en chœur les bloquistes, néo-démocrates et libéraux. La bloquiste Kédina Fleury-Samson, dans Avignon—La Mitis—Matapédia—Matane, tranche en concédant qu’il est « peu probable » que les bureaux régionaux fermés reviennent. Elle demande un statut particulier pour la Gaspésie, « qui faciliterait l’implantation de projets pilotes locaux ».

DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

Sur ce sujet, il y autant de propositions que de candidats. Rayonnement des produits gaspésiens à l’international selon le bloquiste Nicolas Roussy, énergies renouvelables selon Kédina Fleury-Samson, du même parti.

Jean-François Fortin de Forces et Démocratie revient sur son mantra de décentralisation en proposant de renforcer le mandat des Sociétés d’aide au développement des collectivités, une créature du fédéral présente dans les régions.

Le néodémocrate Philip Toone en profite pour glisser qu’il est « inacceptable » que Développement économique Canada ait « laissé dormir une somme cumulée de 131,6 M$ » dans ses coffres depuis l’exercice 2010-2011.

Les candidats Rhinocéros – qui ont tous deux répondu aux questions du GRAFFICI— ne sont pas non plus à court d’idées. Éric Normand veut inverser un éventuel pipeline Énergie Est pour transporter la bière des microbrasseries gaspésiennes vers les grands centres. Maxime Boudreau (alias Rhino’Boy) veut placer un dôme au-dessus des Chic-Chocs pour garder un couvert de neige à l’année longue et favoriser le tourisme à skis. À défaut d’être sérieuses, ces propositions attirent l’attention sur deux secteurs d’activité en développement en Gaspésie.

AUX URNES GASPÉSIENS

La soirée électorale du 19 octobre sera sûrement loin d’être ennuyante, avec sept candidats dans Avignon—La Mitis—Matane—Matapédia, six dans Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, et une grande proportion d’entre eux qui mènent une campagne énergique. Si une partie des Gaspésiens votera selon ses convictions, certains pourraient être tentés de faire des calculs stratégiques. Et certains candidats ont essayé de faire vibrer cette corde de plus en plus souvent au fur et à mesure que la campagne avançait.

M. Pigeon est candidat d’un parti qui a bien changé depuis l’époque où il était le « bras gauche » (un lapsus commis en débat) du député Charles-Eugène Marin, député fédéral de Gaspé de 1984 à 1993. « Je suis un progressiste », dit M. Pigeon, un mot disparu de l’étiquette des progressistes-conservateurs fédéraux depuis leur fusion avec l’Alliance canadienne en 2003. À mots couverts, le candidat a souvent admis que ses convictions diffèrent de celle de son parti. Mais il est d’avis que comme député gaspésien au sein des conservateurs, il serait en mesure d’infléchir le cours des décisions.

La candidate libérale Diane Lebouthillier a aussi souvent insisté sur cet argument du pouvoir lors du débat organisé par Radio-Gaspésie le 14 octobre. Selon Mme Lebouthillier, les libéraux formeront le prochain gouvernement et une députée libérale pourra influencer ses actions.
Les Gaspésiens pourraient toutefois se souvenir de certaines décisions passées du Parti libéral, un parti qui souhaitait lui aussi transférer les quais fédéraux et qui a aminci la couverture des chômeurs. Le néodémocrate Philip Toone, dont le parti n’a jamais été au pouvoir à Ottawa et qui n’a donc pas ce handicap, a d’ailleurs interpellé Mme Lebouthillier sur les actions passées de son parti. « Y’a 20 ans, j’étais pas là », a plus d’une fois répondu la candidate libérale.
Une chose est sûre : les Gaspésiens ont l’embarras du choix et n’ont pas vraiment d’excuse pour rester chez eux le 19 octobre. Les bas taux de participation de l’élection de 2011, soit 53,8 % dans Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et 59,7 % dans Haute-Gaspésie—La Mitis—Matane—Matapédia, sont très faciles à battre. Et il est à souhaiter qu’ils soient dépassés lundi, vu les enjeux cruciaux contrôlés par le fédéral dans notre région.

Note : Dans Avignon—La Mitis—MataneMatapédia, le néodémocrate Joël Charest et le conservateur André Savoie n’ont pas répondu aux questions de Graffici. Nous n’avons pas réussi joindre la candidate du Parti vert, Sherry Springle. Dans Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, le candidat du Parti vert Jim Morrison est le seul à ne pas avoir répondu aux questions.

Depuis des mois, la Table des préfets était interpellée pour créer un nouvel organisme de concertation régionale, à la suite de l’abolition de la Conférence régionale des élus (CRÉGÎM). C’est finalement un quatuor formé d’une préfète et de trois maires qui a relancé le dossier.
À l’origine de l’invitation, il y a la préfète de la Côte-de-Gaspé, Délisca Roussy, le maire de Carleton-sur-Mer, Denis Henry, le maire de Gaspé, Daniel Côté, et la mairesse de Chandler, Louisette Langlois.
Depuis la fin de la CRÉGÎM, « il n’y a plus de lieu de rencontre, indique Denis Henry. Délisca et moi, on s’est dits : « il faut faire de quoi ». Les maires ont besoin d’un endroit pour se concerter. On est chacun isolé dans notre petit coin et on attend. Il faut se prendre en mains, il faut se faire entendre. »
« Les maires se sentent un peu abandonnés, poursuit M. Henry. La CRÉ était une voix forte. Bertrand Berger [ex-président de la CRÉ] était un vieux de la vieille, il connaissait les rouages. »
La nouvelle instance de concertation, « c’est pour faire entendre notre voix surtout auprès du gouvernement du Québec, indique M. Henry. On a des députés mais ils ne sont pas au pouvoir. »
La lettre invitait les élus à « une première assemblée d’échanges » sous le thème « Gaspésie-Les Îles Unies », « une première historique », « au terme de laquelle nous verrons l’opportunité de travailler collectivement, à l’échelle de la région, sur des enjeux communs à tous nos milieux ».
Une rencontre du même type prévue en février avait été annulée. « C’était trop émotif à ce moment-là, on était en plein dans les compressions, les disparitions d’organismes », juge M. Henry.

Qui y siégerait?
La nouvelle instance compterait trois élus par MRC, soit le préfet et deux maires. Les élus souhaitent que des maires de petites municipalités soient présents au sein de l’organisme, une représentation qui faisait défaut à la CRÉGÎM.
Des membres de la société civile – des non-élus qui représentent des secteurs d’activités ou des organismes – siégeraient aussi au conseil de l’organisme, selon une formule qui reste à définir. « La question, c’est qui, de la société civile? On ne peut pas être 60 autour de la table », explique M. Henry.
Le fonctionnement de Gaspésie-Les Îles unies serait plus léger que celui de la CRÉ, qui comptait 34 employés et gérait un budget de 11,4 millions de dollars. « On n’a pas d’argent pour cette table-là », dit M. Henry, rappelant les coupes absorbées récemment par les MRC et municipalités.
Le maire de Carleton-sur-Mer prend exemple sur le comité des villes riveraines, qui se réunit à Québec quelques fois par année. « Tout ce que ça nous coûte, ce sont nos déplacements », résume-t-il.

Et la Table des préfets?
À mots couverts, certains maires déplorent que la Table des préfets n’ait pas pris l’initiative de mettre sur pied une instance de concertation.
Le président de cette Table, Guy Gallant, était présent à la rencontre de vendredi et transmettra les propositions des élus à la Table des préfets. Celle-ci et la nouvelle instance peuvent très bien se compléter, estime Denis Henry.
Jonathan Lapierre, maire et préfet des Îles-de-la-Madeleine, soutient l’initiative des maires, même s’il n’a pas pu se rendre à Bonaventure vendredi à cause d’un conflit d’horaire. « J’ai toujours été un ardent défenseur de la CRÉ [Conférence régionale des élus]. Je n’ai pas pris la présidence de la Table des préfets parce qu’il ne semblait pas y avoir les éléments gagnants pour mettre en place un table de concertation régionale. »
Pour M. Lapierre, peu importe que l’initiative vienne de maires plutôt que de la Table des préfets. « Un élu, c’est un élu. L’important, c’est que le leadership vienne, pas d’où il vient. Il n’y a pas de guerre. »
Quant à Daniel Côté, maire de Gaspé et ex-président de la CRÉGÎM, il est sorti revigoré de la rencontre de vendredi. « J’ai adoré la dynamique, la volonté du monde qui veut travailler ensemble ».
L’absence de la moitié des élus n’inquiète pas M. Côté. « On avait une intention favorable de 31 ou 32 municipalités et MRC, mais il y avait des problèmes de disponibilité. Il faut aussi encore de la sensibilisation. Mais maintenant que c’est en place, je fais le pari qu’à la deuxième ou troisième rencontre, on sera 75 % [des élus]. »

Touche pas à mes régions salue l’initiative
Frédérick DeRoy, un porte-parole du mouvement Touche pas à ma région Gaspésie, salue l’initiative. « Je suis emballé. En autant qu’on arrive à quelque chose, peu importe qui a poussé  pour […]. Il faut commencer par quelque chose. Si on a une voix forte à Québec, c’est une belle première étape. Petit à petit, des choses vont s’ajouter, se mettre en place. »
Par ailleurs, le 8 septembre, des représentants de 25 organismes, des signataires ou sympathisants de Touche pas à ma région, se sont réunis à Gaspé. « On voulait trouver des avenues possibles d’à quoi pourrait ressembler une instance de concertation régionale », explique M. DeRoy.
Touche pas à ma région veut être « un facilitant » pour la démarche, ajoute-t-il. « On n’a pas poussé la réflexion au bout pour ne pas bousculer les élus. Il faut que la démarche se fasse de façon conjointe et paisible. » Le président de la Table des préfets, Guy Gallant, était d’ailleurs présent aussi à cette rencontre.
Une chose est sûre, pour Touche pas à ma région : « Il faut que la société civile ait son mot à dire dans le développement de la région, dit M. DeRoy. Il faut trouver la meilleure formule possible. Personne ne veut retomber dans une table où il y a 40 ou 50 personnes et qui n’est pas efficace. De toute façon, il n’y a pas de budget. »

 

La Table des préfets propose un autre modèle
Le président de la Table des préfets, Guy Gallant, travaille sur un projet différent de celui des maires. Il souligne que le ministère des Affaires municipales reconnaît uniquement la Table des préfets et les MRC comme interlocuteurs, mais pas l’instance de concertation voulue par les 22 maires. En outre, c’est aux MRC que Québec verserait du financement, ajoute M. Gallant.
Le président propose que les MRC se partagent la douzaine de dossiers de développement autrefois gérés par la CRÉGÎM. « Par exemple, les pêches pourraient être prises en charge par Côte-de-Gaspé ou Rocher-Percé, et la forêt par Avignon ou Bonaventure », illustre M. Gallant.
« La MRC engagerait un employé, éventuellement avec une enveloppe du gouvernement, et serait redevable à l’ensemble des MRC [de la Gaspésie et des Îles] », indique le président.
La MRC consulterait les différents intervenants d’un dossier : OSBL, industriels, coopératives, regroupements, etc. « S’ils ne s’entendent pas, ils achemineraient le dossier à la Table des préfets, qui deviendrait un instrument politique avec six préfets votants », explique M. Gallant.
« C’est un minimum qu’on peut offrir présentement. On pense que ça peut répondre à une demande d’action de la part des maires et de la société civile », ajoute M. Gallant.

Votre maire y était-il?
Voici la liste par MRC, des élus présents à la rencontre du vendredi 11 septembre à Bonaventure.
MRC Haute-Gaspésie
Serge Chrétien, maire de Saint-Maxime-du-Mont-Louis
Lynda Laflamme, mairesse de Mont-Saint-Pierre
Micheline Pelletier, mairesse de Sainte-Anne-des-Monts
Allen Cormier, préfet de la MRC Haute-Gaspésie

MRC Côte-de-Gaspé
Délisca Ritchie-Roussy, mairesse de Murdochville et préfète de la MRC Côte-de-Gaspé
Jocelyne Huet, mairesse de Cloridorme
Daniel Côté, maire de Gaspé
Rodrigue Brousseau, maire de Petite-Vallée

MRC Rocher-Percé
André Boudreau, mais de Percé et préfet par intérim de la MRC du Rocher-Percé
Bernard Stevens, maire de Grande-Rivière
Louisette Langlois, mairesse de Chandler
Henri Grenier, maire de Port-Daniel—Gascons

MRC Bonaventure
Gérard-Raymond Blais, maire de Saint-Godefroi
Éric Dubé, maire de New Richmond
Stephen Chatterton, maire de New Carlisle
Roch Audet, maire de Bonaventure

MRC Avignon
Gérard Porlier, maire de Saint-Alphonse
Guy Gallant, maire de Saint-Alexis-de-Matapédia et préfet de la MRC d’Avignon
Jean-Paul Audy, maire de Pointe-à-la-Croix
Bruce Wafer, maire d’Escuminac
Denis Henry, maire de Carleton-sur-Mer
Richard St-Laurent, maire de Nouvelle
Guylaine Audet (représentant le maire Christian Leblanc), conseillère municipale de Maria

MRC du Rocher-Percé
Création d’un Géoparc à Percé
Coût : 7,3 M$
État : CONCEPTION DES PLANS ET DEVIS

PERCÉ – Un Géoparc ouvert autour du 20 juin 2016, c’est l’objectif de la coopérative qui mène le projet, dont le financement est bouclé. La reconnaissance du Géoparc par l’UNESCO pourrait venir l’année suivante.

« On est dans les plans et devis, on veut les finir cet automne pour lancer les appels d’offres et commencer à construire pour qu’idéalement, avant la neige, les fondations et l’extérieur soient  faits », explique le chargé de projet Yvan Whittom.

Le principe de base, mettre en valeur les formations géologiques de Percé, n’a pas changé. Mais la Coopérative formée de gens d’affaires et d’organismes du milieu a apporté plusieurs ajustements au projet cette dernière année. Le centre d’interprétation sera au niveau de la mer, près de l’entrée du camping, plutôt qu’à flanc de montagne, comme évoqué au départ.

À l’intérieur, « on travaille à un spectacle multimédia à contenu scientifique, mais amené de façon ludique, avec une histoire, explique Cathy Poirier, présidente de la Coopérative du Géoparc. Le but, c’est de donner le goût aux gens d’aller visiter les géosites sur le terrain. »

Une passerelle au-dessus du vide, au flanc du mont Sainte-Anne, donnera un point de vue sur ces phénomènes, tout comme une quinzaine de kilomètres de sentiers ajoutés au réseau existant.
« On a bonifié le plan d’affaires pour s’assurer de répondre aux objectifs : retenir les touristes plus longtemps à Percé et allonger la saison touristique, plus tôt et plus tard en saison, en hiver, et les jours de pluie », déclare Mme Poirier.

Un premier pas en ce sens : dix tentes Imago prêt-à-camper, isolées et chauffées, sont installées sur le camping de 176 sites géré par la Coopérative. Il s’agit de l’ancien camping de la SÉPAQ, vendu à la Ville de Percé puis loué à la Coop.

L’objectif fixé au départ, soit 40 000 visiteurs par an, demeure le même. Un objectif « conservateur », selon Mme Poirier, qui correspond à 10 % des visiteurs à Percé.

Par ailleurs, l’équipe de la Coop a reçu les 21 et 22 juillet la visite du comité canadien du réseau mondial des Géoparcs, reconnu par l’UNESCO, en vue d’une recommandation au comité international. Le but de la Coop : obtenir une accréditation en 2017, pour donner « de la notoriété et de la crédibilité » au projet.

En 2014, le réseau comptait 11 Géoparcs dans 32 pays, dont Stonehammer au Nouveau-Brunswick et Tumbler Ridge en Colombie-Britannique.

Tourisme Québec investit 1,89 M$ dans le projet de Géoparc et Développement économique Canada, 2,44 M$. La Coopérative empruntera 2 M$, cautionnés par la Ville et remboursables sur 25 ans grâce aux revenus des entrées, du camping et des 300 places de stationnement qui seront aménagées sur le site.

MRC de Bonaventure
Améliorations au Bioparc de la Gaspésie à Bonaventure
Coût : 5,62 M$
État : EN COURS


BONAVENTURE – Les travaux commencés en mai dernier seront complétés à l’automne 2016. Ils visent à faire passer les 28 000 visiteurs annuels du Bioparc à 38 000, et d’approcher ainsi du cap de l’autofinancement.

« En mai-juin, il y a surtout eu du réaménagement d’habitats existants : ceux de l’orignal, de l’ours, des cerfs ont été refaits », explique Marie-Josée Bernard, directrice du Bioparc. Des travaux préparatoires pour la suite du chantier ont aussi été effectués.

L’entrepreneur prend une pause au cœur de la saison touristique puis à partir de la mi-août, il aménagera les habitats de nouveaux locataires : castors, lynx roux, pékans et porcs-épics. Il installera aussi une nouvelle aire de jeux à la place de la forêt magique.

En septembre, la construction d’un bâtiment dédié amphibiens et aux reptiles commencera. L’insectarium et la boutique seront agrandis, le hall d’accueil refait et le restaurant rénové, des travaux qui doivent être complétés en mai 2016.

Le dernier morceau, « la reconstruction du bassin des phoques, se fera à l’automne 2016, ajoute Mme Bernard. Ce sera un concept immersif, un tunnel ou une bulle, ça reste à déterminer. »
Le projet est subventionné par Développement économique Canada et le ministère québécois des Affaires municipales, en plus des autorités locales et régionales.

MRC d’Avignon
Route des belvédères à Matapédia et sur Les Plateaux
Coût : 7,8 M$
État : À LA RECHERCHE DE FINANCEMENT

MATAPÉDIA – Le projet consiste à aménager quatre belvédères à l’architecture futuriste dans les municipalités de Matapédia, Saint-André-de-Restigouche, L’Ascension-de-Patapédia et Saint-Alexis-de-Matapédia, et de les relier par une route touristique.

D’abord de 11 M$, le projet a diminué à 7,8 M$. « On a réduit un peu parce que les programmes ne sont plus les mêmes, le financement est plus difficile. Mais on n’a pas touché au cœur du projet, les belvédères », indique Louis Michaud, président de la Corporation de développement économique Matapédia-Les Plateaux. Plutôt que de construire un bâtiment neuf à Matapédia, « on privilégie d’acquérir et de rénover un bâtiment existant », explique-t-il.

Les cinq municipalités locales [les quatre citées plus haut et Saint-François-d’Assise] se sont engagées pour 1 M$. La Corporation a reçu « une offre ferme » de Développement économique Canada pour un autre million, dit M. Michaud.

Le reste est plus incertain. La Corporation n’a pas de réponse du ministère québécois de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, à qui elle demande 750 000 $, ni de la MRC d’Avignon, sollicitée pour 1,9 M$. Ce montant pourrait venir des redevances versées à la MRC pour le parc éolien des Micmacs et d’Innergex, en construction dans l’arrière-pays d’Escuminac, indique M. Michaud.

Même si les réponses à ces deux demandes étaient favorables, la Corporation ne recueillerait que 4,65 M$, soit 60 % des coûts.

L’organisme ne baisse pas les bras. « Ça pourrait servir de première phase, dit M. Michaud. La Corporation et les cinq municipalités, nous allons tenir une réunion de réflexion début octobre. On va voir si c’est possible de scinder le projet. »

« Il y a peut-être 500 000 personnes qui passent sur la 132, on aimerait en faire arrêter 10 %. Avec ça, on pourrait consolider [le commerce local] », dit M. Michaud.

MRC de la Haute-Gaspésie
Village Parc sur mer de Mont-Saint-Pierre
Coût : 5,2 M$
État : DANS LA BRUME

MONT-SAINT-PIERRE – Le projet de Village parc sur mer, dans lequel différents partenaires ont investi 322 000 $ en préparatifs depuis dix ans, incluant des études, est dans la brume totale quant à l’aide éventuelle de Québec.

Au sommet de sa célèbre montagne, la Corporation du tourisme de Mont Saint-Pierre veut aménager un site d’interprétation des formations rocheuses et une promenade suspendue dans les airs. On construirait une meilleure route d’accès au sommet et un stationnement au pied de la montagne. Le projet inclus des travaux près la 132, au bord de la baie, pour rendre les arrêts plus agréables, ainsi que des travaux majeurs au camping municipal.

« Les gens s’accrochent les pieds à Mont-Saint-Pierre. Mais si on veut les retenir plus longtemps, il faut mettre en valeur le mont St-Pierre, qui est notre petite tour Eiffel à nous », dit Majella Émond, directeur de la Corporation.

La Corporation a déposé son projet en janvier 2014 au gouvernement péquiste, qui l’incluait dans sa stratégie d’intervention pour développer la Gaspésie et les Îles. Les élections ont été déclenchées deux mois plus tard. « On n’a jamais eu ni de oui, ni de non, ni d’accusé de réception [ni des libéraux ni des péquistes], dit M. Émond. Notre projet ne cadre plus dans les programmes existants, remarque-t-il. On a une réflexion à faire pour voir si on prend les bouchées plus petites. »

« C’est très long, long comme un mal de dents, lance Jean-Sébastien Cloutier, vice-président de la Corporation du tourisme de Mont-Saint-Pierre. Mais pour développer en région, il faut être un pit bull, mordre le morceau et ne pas le lâcher. »

MRC Côte-de-Gaspé
Traversier Rivière-au-Renard – Île d’Anticosti – Havre-Saint-Pierre
Coût : non dévoilé
État : DÉPÔT DE L’ÉTUDE DE FAISABILITÉ


RIVIÈRE-AU-RENARD – Les trois municipalités impliquées souhaitent déposer leur projet début septembre à la Stratégie maritime du gouvernement québécois, afin d’obtenir de l’aide financière.
Leur espoir : créer une boucle entre la pointe de la Gaspésie et la Côte-Nord pour donner un élan au tourisme dans les deux régions, en plus de rendre l’île d’Anticosti plus accessible.

Au moment d’écrire ces lignes, les conseils des municipalités de Gaspé, Havre-Saint-Pierre et l’Île d’Anticosti étaient en processus pour adopter l’étude de faisabilité, qu’elles ont refusé de dévoiler jusque-là.

Le projet « pourrait être rentable », a déjà indiqué le maire de Gaspé, Daniel Côté, mais « c’est clair qu’[il] devra être subventionné ». L’étude de faisabilité est « fort concluante », estime-t-il.
Le traversier le plus en aval du Saint-Laurent est situé entre Matane et Baie-Comeau. Le projet d’en ajouter un autre entre la pointe gaspésienne et Havre-Saint-Pierre mijote depuis plus de dix ans.

La Stratégie maritime prévoit 30 M$ pour des projets touristiques le long des rives du Saint-Laurent. Le projet de traversier, qui était évalué à 24 M$ en 2003, risque toutefois de ne pas être seul sur les rangs.

Respect de la vie privée

En acceptant de partager certaines informations de navigation avec nous, vous nous aidez à nous améliorer et à vous offrir une meilleure expérience.
Activez les catégories que vous souhaitez partager, merci de votre aide!
Nécessaires au fonctionnement du site web.
  • Google Analytics
  • Vidéo
  • Google Ads
  • Facebook Pixel
  • Conversion Linker
  • Google Tag Manager