Entre 2001 et 2013, le nombre de cas déclarés de chlamydia a bondi de 88 à 134 en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, une hausse de 52 %. En 2012, un pic de 177 cas a même été atteint. La gonorrhée, qui semblait avoir disparu au début des années 2000, est de retour avec sept cas en 2013. Il s’agit de la pointe de l’iceberg, puisque bien des porteurs d’ITSS, souvent sans symptômes, ne sont pas dépistés.
Les jeunes de 15 à 24 sont plus vulnérables aux ITSS (le nouveau nom des MTS). En 2013, 73 % des cas déclarés de chlamydia l’étaient dans ce groupe d’âge. Les conséquences sont sérieuses : une chlamydia non traitée peut mener à l’infertilité chez la femme.
Qu’en pensent les principaux intéressés? Dans la cafétéria du campus de Gaspé, un groupe de cégépiens finit de manger, entre deux examens. « En hausse ou en baisse, les ITSS? », leur demande la journaliste de GRAFFICI. « Je dirais que c’est en baisse, puisqu’on est de plus en plus informés », répond la plus loquace, une étudiante en soins infirmiers.
Les jeunes sont-ils préoccupés par les ITSS? « Pas tant que ça. Probablement parce qu’on sait qu’il y a tellement d’options pour régler ça, que ça se traite », estime la jeune fille.
L’éducation à la sexualité reçue en 5e secondaire, ou en tout cas l‘impression qu’elle a laissée à ces jeunes de 17 et 18 ans, est variable. L’un des étudiants dit avoir bénéficié de « plusieurs ateliers » l’année précédente. Sa voisine de table a vécu « un atelier avec l’infirmière ». Une autre a vu passer « des dépliants, mais ce n’est pas tout le monde qui les lisait. »
Si ces cégépiens parlent sans complexes d’ITSS, ce n’est pas le cas de tous les ados de 11 à 18 ans que côtoie Jason Giroux, travailleur de milieu à Caplan, New Richmond et Saint-Elzéar. Les ITSS sont « encore un sujet tabou », note-t-il. « Ils en parlent un peu, mais pas ouvertement. Ils sont beaucoup plus ouverts à parler de toxicomanie, d’anxiété ou d’intimidation. »
De la pensée magique
« À l’adolescence, il y a beaucoup de pensée magique, observe Isabelle Caissy, infirmière en milieu scolaire dans Avignon Ouest. Ils se disent : il y a ça ailleurs, en ville, mais pas en Gaspésie. Certains ne se protègent jamais, d’autres toujours, mais ils sont portés à arrêter quand la relation dure depuis quelques mois. »
Selon une autre infirmière jeunesse, Isabelle Migneault, présente à l’école secondaire de Bonaventure, les filles sont plus faciles à sensibiliser. « Elles viennent à la clinique jeunesse pour de la contraception et on en profite pour leur parler d’ITSS. »
La sexualité à l’école, « on en parle, mais pas assez, juge Mme Migneault. Il n’y a plus de Formation personnelle et sociale [FPS – le cours chargé de l’éducation à la sexualité jusqu’en 2004]. C’est aux parents d’abord, puis à l’école d’en parler, mais les enseignants ont déjà tellement de choses à aborder dans leur matière… »
Pendant deux ans, de 2012 à 2014, une enseignante a offert un cours optionnel de biologie de la sexualité aux élèves de 4e et 5e secondaire, indique Mme Migneault. Les participants devaient monter un kiosque d’information destiné à leurs pairs. « De l’info pour les jeunes et par les jeunes, c’était gagnant. [Pendant cette période], les jeunes venaient plus souvent consulter à mon bureau ou à la clinique jeunesse. » L’initiative a dû être abandonnée. « La commission scolaire nous a dit que ça prenait un programme monté, quelque chose d’uniforme », explique Mme Migneault.
L’alcool et la drogue dans le cocktail
La prévalence des ITSS chez les 15-24 ans s’explique par plusieurs facteurs, estime Marie-Claude Tremblay, sexologue et responsable du dossier sexualité saine et responsable/ITSS à la Direction régionale de santé publique. « Quand les jeunes ont leurs premières relations sexuelles, ils sont souvent sous l’effet de drogues ou d’alcool. Même s’ils sont sensibilisés, ils ne mettront pas le condom. »
La banalisation du sida depuis l’apparition d’une thérapie entraîne un certain relâchement du port du condom, croit Mme Tremblay. « Il y avait aussi beaucoup de budget de prévention dans les années 80, ajoute-t-elle. Le fait que le gouvernement ait mis moins d’argent par après, ça a eu un effet. »
La sexologue s’inscrit en faux contre l’idée que la fin des cours de FPS est responsable du mauvais bilan en matière d’ITSS. « Je ne dis pas que c’est parfait. Dans certaines écoles, les enseignants sont moins à l’aise d’en parler, mais toutes les écoles ont une planification plancher. On a même été la première région au Québec à avoir une sexologue [Mme Tremblay] pour s’occuper d’éducation à la sexualité. »
Pas juste les jeunes…
L’infirmière Christiane Gagnon travaille en dépistage et prévention des ITSS au CLSC de Paspébiac. Les adultes ne sont pas tous plus avisés que les jeunes, observe-t-elle. « Avec les couples qui se font et se défont, il y a des adultes qui ne se protègent pas nécessairement. Les nouveaux couples vont utiliser le condom pendant les deux ou trois premiers mois, puis ils vont arrêter, mais ne passeront pas nécessairement les tests. »
Au plan canadien, des chiffres démontrer que les ITSS sont « en grande progression » chez les baby-boomers, indique Danielle Haché, de la Direction régionale de santé publique. Ils ont été jeunes dans les années 70, alors que le condom ne faisait pas partie de la culture, explique-t-elle. Cette génération vit un taux de divorce élevé, notamment vers l’âge de la retraite. « On se retrouve avec beaucoup d’agents libres qui n’ont pas le réflexe de se protéger ou de penser que la personne devant eux pourrait être porteuse d’une ITSS », explique Mme Haché.
Des infirmières comme Mme Poirier sont dorénavant postées dans chaque CLSC de la Gaspésie. Elles sont chargées de sensibiliser les groupes à risque et de faire passer des tests de dépistage. « Tout se fait de manière confidentielle, souligne Mme Poirier. On peut même prévoir un lieu de rencontre à l’extérieur du CLSC. »
Solutions : les garçons de plus en plus visés
Ces deux dernières années, les travailleurs de la santé ont fait « un effort particulier pour aller chercher les gars là où ils sont, car ils sont moins portés à aller consulter », indique Marie-Claude Tremblay.
La campagne « Je passe le test » entame sa deuxième année en offrant du dépistage hors des établissements de santé, et notamment là où se trouvent les jeunes hommes. Les futurs monteurs de ligne inscrits en formation professionnelle à Sainte-Anne-des-Monts et les étudiants en soudure à Gaspé ont, entre autres, été visités, illustre Mme Tremblay.
Le matériel utilisé par les infirmières actives dans les écoles a aussi été repensé pour mettre davantage en scène des garçons.
Par ailleurs, en Gaspésie, des distributrices de condoms à 50 ¢ sont dorénavant en place dans tous les lieux de formation (écoles secondaires, éducation aux adultes et campus de cégeps).
Les hommes gais et les utilisateurs de drogues plus à risque
Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes sont plus vulnérables aux ITSS, notamment à cause de l’homophobie, indique Danielle Haché. « Un climat de cachette prédispose à avoir des relations à la sauvette, ou rend les gens mal à l’aise de parler de leur orientation sexuelle aux intervenants. » Un réseau « d’alliés » des LGBT est maintenant en place dans le système de santé et les infirmières en prévention et dépistage des ITSS en font toutes partie, note Mme Haché.
Quant aux utilisateurs de drogues injectables, susceptibles de contracter l’hépatite C, ils ont accès à des trousses d’injection sécuritaire dans toutes les pharmacies et les établissements de santé de la région. « Ces kits sont gratuits et les personnes qui les demandent n’ont pas à se justifier », souligne Mme Haché.
Le site web de l’Agence rassemble les ressources disponibles en information et en dépistage.
GRAFFICI a mené un vox pop auprès d’environ 45 personnes à Gaspé et en Haute-Gaspésie, via des entrevues dans un centre commercial, par Facebook, par courriel et par téléphone.
Nous demandions aux interviewés : « êtes-vous préoccupés par les coupes actuelles pour l’atteinte du déficit zéro? Si oui, avez-vous l’intention d’agir ou de vous mobiliser? »
René Faulkner, un artiste de 62 ans de La Martre se dit préoccupé par « tout ce tintamarre étourdissant et déprimant ». Les réformes dans le domaine de la santé sont souvent évoquées dans les réponses. Johanne Côté, infirmière de 49 ans de Gaspé, ne voit pas comment les fusions promues par le ministre de la Santé amélioreront les soins. « [Le projet de] loi fusionne les établissements, mais ils ne mettent pas les personnes à la bonne place sur le plancher. »
« J’ai travaillé dans le domaine de la santé, je vois ce que M. [Gaétan] Barrette [ministre de la Santé] veut faire et je trouve ça terrible. On s’en va vers la déshumanisation des soins », croit Ginette Fraser, une retraitée de Sainte-Anne-des-Monts.
« L’abolition des agences de santé est une bonne idée, à condition qu’elles ne disparaissent pas toutes en même temps », considère Daniel Marceau, 60 ans, un commerçant de Sainte-Anne-des-Monts.
Certains Gaspésiens mentionnent l’abolition d’organismes de développement régional. « Il y a un élément qui n’a pas de bon sens : l’abolition des CLD [centres locaux de développement], dit Jean-Sébastien Cloutier, entrepreneur de Mont-Saint-Pierre et ex-maire. Toute entreprise, qu’elle soit petite, moyenne ou grande, est passée entre les mains du CLD […]. Il y a des choix difficiles à faire, mais pas de tuer la structure principale de développement sur le terrain! »
« On va démolir pour reconstruire quelque chose de nouveau en pensant qu’on a la solution miracle », estime un fonctionnaire provincial de Gaspé, qui préfère ne pas se nommer et s’inquiète de la disparition d’acquis comme la Conférence régionale des élus (CRÉ) et les CLD.
La crainte de l’exil
Au moins autant que l’abolition d’organismes, les interviewés craignent de voir des jeunes s’exiler. « Ça m’inquiète de voir que de jeunes familles vont devoir repenser leur installation en Gaspésie, dit Mireille Caron, enseignante de 44 ans de Gaspé. On coupe beaucoup, mais on ne voit pas où sont les solutions, où on s’en va. »
« Comment ne pas être préoccupés en vivant en région, dans la MRC la plus pauvre, qui peine déjà à retenir et à attirer de jeunes familles? », lance Anne Sohier, 52 ans, agente culturelle à Marsoui. « Ces coupes vont paralyser les efforts déployés depuis quelques années! »
Plusieurs appréhendent une diminution des services dispensés par l’État. « On va perdre beaucoup de services publics, pas nécessairement en entier, mais en partie et perdre de l’efficacité », estime un étudiant du Cégep âgé de 23 ans qui souhaite demeurer anonyme.
Kevin Bouchard, agent de relations humaines à Sainte-Anne-des-Monts, craint que « les services directs à la population soient touchés » alors même que la clientèle desservie par l’État a « des besoins de plus en plus complexes ». « On pourrait voir [la] problématique [de cette clientèle] se complexifier davantage si [ses] besoins ne sont pas suffisamment comblés. »
Couper dans le gras, oui, mais…
Sylvie Pelletier, une gestionnaire de Cap-Chat, se dit « consciente que nous devons stopper l’hémorragie de la dette. » « Le Québec vit au-dessus de ses moyens et cela depuis longtemps », dit-elle. Par contre, « couper dans le gras ne veut pas dire couper les plus pauvres, poursuit Mme Pelletier. Les emplois perdus dans les CLD, les CJE [Carrefours Jeunesse-Emploi] et, à la limite, dans les CRÉ, sont de bons emplois bien rémunérés, ce qui aura une incidence sur les emplois indirects, tels les commis de magasin, emballeurs, étalagistes, etc. »
Paul-André Beaulieu, 43 ans, un blogueur de Sainte-Anne-des-Monts, trouve que « les coupes ne vont pas assez loin ». « Compte tenu de la piètre situation économique du Québec et de notre haut niveau d’endettement, il faudrait faire plus […]. Les opposants aux mesures d’austérité […] oublient vite qu’en pelletant dans la cour des générations futures pour assurer leur propre confort, à crédit en plus, ils compromettent cet avenir qu’ils disent tant chérir. »
Plusieurs interviewés estiment que Québec devrait trouver d’autres moyens de couper, ailleurs qu’en Gaspésie. « C’est de valeur qu’ils ne fassent pas ça à eux autres même [les compressions], lance Claude Béliveau de Gaspé, un retraité de 66 ans. Surtout les coupures en santé, ça ne devrait pas exister. »
Martin Lepage, un ambulancier de Sainte-Anne-des-Monts, juge qu’il « serait bon de regarder la façon de gérer nos impôts de plus près. J’estime qu’un ménage effectué dans le système de gestion du système gouvernemental serait un meilleur atout que de demander aux gens les plus pauvres du système de se serrer la ceinture. »
Manifester, un coup d’épée dans l’eau?
Les Gaspésiens sont partagés entre une volonté de protester et un questionnement sur le réel impact des manifestations et pétitions.
Martine Roy, 51 ans, technicienne informatique à Sainte-Anne-des-Monts, exprime ainsi son sentiment d’impuissance : « J’aimerais bien faire quelque chose pour mon beau coin de pays, mais comment? En me promenant dans les rues de Sainte-Anne-des-Monts avec une pancarte sur laquelle est inscrit : « On ne veut pas mourir de faim, pitié? » La majorité des habitants de la MRC de la Haute-Gaspésie ne croient plus et ne font plus confiance aux gouvernements passés, présents et futurs. Ils ont abdiqué, non sans avoir essayé de se faire entendre. Tout ce que l’on nous promet, c’est à la veille des élections. »
« Non, ils sont plus forts que nous », répond Raynald Queenton, un chauffeur d’autobus de 48 ans, lorsque questionné sur son intention de se mobiliser ou pas. « Ici, les Québécois, on se laisse manger la laine sur le dos », estime pour sa part Valmore Dunn, un retraité de 65 ans.
Plusieurs personnes ont néanmoins témoigné des actions qu’ils posent ou souhaitent poser. « S’il y a des manifestations, pétitions ou autres, j’y participerai pour montrer au gouvernement Couillard que nous sommes en désaccord avec ses lois qui écrasent la société et, encore une fois, la classe moyenne » fait savoir Valérie Pelletier, 28 ans, une coiffeuse de Sainte-Anne-des-Monts. « Ma mobilisation passe par des suggestions de jeunes sur Facebook, écouter Radio-Canada, RDI et LCN, analyser et retourner sur Facebook, dialoguer avec les jeunes et les encourager », dit Claire Fortin, une retraitée de 67 ans de Cap-Chat.
« La mobilisation, aujourd’hui, passe par les réseaux sociaux. Je signe, j’incite les autres [à signer] et j’appuie », indique Anne Sohier.
« J’aimerais bien participer plus activement à des marches ou des manifestations, indique Louiselle Dupuis, 63 ans, de Sainte-Anne-des-Monts, mais n’ayant pas ou peu de moyens, je participe par Internet pour dire à notre gouvernement actuel mon désaccord dans sa façon de vouloir atteindre le déficit zéro. »
Dernière heure… 2015 sous le signe de la mobilisation?
Dans un communiqué émis ce mardi 16 décembre, un mouvement citoyen gaspésien en appelle carrément à la mobilisation de la société civile pour contrer les mesures d’austérité imposées par le gouvernement Couillard et développer un plan d’action pour la sauvegarde de la région et annoncent que des activités de mobilisation seront annoncées au début de la nouvelle année, notamment la tenue d’assemblées citoyennes dans les cinq MRC.
D’une seule voix, les porte-paroles de « Touche pas à ma région » dénoncent « l’absence totale de concertation dans cette course au démantèlement qui se fait sans aucune analyse d’impacts – qui seront nombreux et importants ».
Déjà, depuis le début novembre, des activités de mobilisation réunissant près de 1 000 personnes se sont tenues dans la péninsule. De plus, des citoyens ont fait parvenir des lettres ouvertes aux médias régionaux et nationaux et ont participé en grand nombre – plus de 400 Gaspésiens et Gaspésiennes — à la manifestation contre l’austérité à Québec le 29 novembre dernier.
(En collaboration avec Johanne Fournier en Haute-Gaspésie et Karyne Boudreau dans la Baie-des-Chaleurs)
Gilbert Scantland est arrivé en 1993 aux commandes de l’ancêtre de la CRÉ, le Conseil régional de concertation et de développement (CRCD), qui existait depuis 1988. « Les dissensions étaient plus fortes, il y avait un manque de vision de développement régional. C’était au plus fort la poche », se rappelle-t-il.
Un épisode comme celui de la Laiterie Baie-des-Chaleurs, à qui un boycott de la pointe gaspésienne en 2000 a donné le coup de grâce, en est un exemple, se souvient M. Scantland. À la fin des années 80, New Richmond et Carleton se sont aussi entredéchiré pour que Québec finance un centre de ski dans leur municipalité, illustre-t-il.
« Les choses ont beaucoup évolué avec le travail fait au CRCD pour développer de grand projets régionaux », estime M. Scantland. Le Réseau collectif de communications électroniques et d’outils de gestion, la Société du chemin de fer et la Régie intermunicipale de l’énergie sont des fruits de la CRÉGÎM. « Ça prenait un fort degré de cohésion. Ça n’aurait pas vu le jour sans la CRÉ. On souhaite que ces organismes continuent de fonctionner [sans la CRÉ], dit le directeur. Mais ça ne sera pas si simple. La CRÉ était au conseil d’administration de toutes ces organisations et elle les finançait. »
La Gaspésie et Les Îles auront besoin d’un lieu de concertation pour maintenir la cohésion, croit M. Scantland, à la fois entre les divers secteurs géographiques mais aussi entre les élus municipaux et le monde socio-économique. « Ce ne sera pas facile, au moment où le gouvernement coupe les vivres aux municipalités et aux MRC », remarque-t-il.
Les municipalités gaspésiennes ont déjà des moyens modestes, vu le peu de valeur du parc immobilier taxable. « Pour environ 100 000 habitants, on a 6 milliards de dollars de richesse foncière », estime M. Scantland. Le Bas Saint-Laurent, une région pourtant pas si fortunée, possède le triple de richesse foncière (entre 16 et 20 milliards) pour une population double, compare-t-il.
« Le gouvernement n’a pas pris en compte les capacités financières des territoires. Le monde rural est plus dispersé, moins riche. Ce sont ces communautés qui vont perdre le plus », dit-il.
Gilbert Scantland, le président de la CRÉGÎM Daniel Côté et son vice-président Jonathan Lapierre, ont proposé la mise sur pied d’une nouvelle structure régionale de concertation. Elle jouerait une partie seulement du rôle assumé par la CRÉGÎM et les petites municipalités y auraient davantage accès.
Les maires qui siègent aux conseils des MRC, qui auront droit de regard sur la création d’une nouvelle instance, sont loin d’être tous acquis à la CRÉ. « Pour les maires des petites municipalités, c’est plus difficile de faire une profession de foi envers la CRÉ. Ils n’y ont pas participé », dit M. Scantland.
Le directeur de la CRÉGÎM dit avoir « des craintes sur l’avenir de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ». « J’espère qu’on s’en sortira de façon honorable, mais je n’ai pas l’impression qu’on va réussir à maintenir cette cohésion. Je n’approuve pas [la décision du gouvernement d’abolir les CRÉ]. Ça va être préjudiciable à la région. »
La CRÉGÎM adoptera son plan de fermeture et les modalités de cessation d’emploi le 19 décembre, lors d’une rencontre du conseil d’administration à Gaspé.
Le projet de loi 28 du gouvernement Couillard, qui consacre l’abolition des CRÉ, ne mentionne pas de date finale. Il prévoit que les CRÉ seront dissoutes lors de la sanction de la loi et que les contrats de travail prendront fin 60 jours plus tard.
Ailleurs en province
Les Conférences régionales des élus de la province sont réunies au sein du Réseau des CRÉ du Québec. « Le Réseau n’abandonne pas. On a vraiment l’intention de remettre sur pied des instances régionales », indique Mylène Bédard, conseillère stratégique du Réseau. L’Abitibi-Témiscamingue est la « pionnière » de cette démarche (voir plus bas). Mais « Il y a des défis de financement », tempère-t-elle.
Le gouvernement Couillard créera un nouveau Fonds de développement des territoires de 100 millions de dollars par an. Il viendra remplacer divers fonds qui totalisaient 176 M$. « En fait, c’est une coupure de 76 M$ », précise Mme Bédard.
Le Réseau des CRÉ a tenté de convaincre le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, de réserver une partie du nouveau fonds à des instances régionales, pour des initiatives inter-MRC. « Ç’a été refusé, rapporte Mme Bédard. Pour le gouvernement, maintenant, les interlocuteurs, ce sont vraiment les MRC. »
Pendant ce temps, en Abitibi…
En Abitibi-Témiscamingue, les administrateurs de la Conférence régionale des élus (CRÉAT) ont voté le 11 décembre pour « confirmer la démarche vers la création d’une nouvelle instance de concertation », dit Jean-Maurice Matte, président de la CRÉAT.
L’abolition des CRÉ « ne fait pas notre affaire, indique M. Matte. Une instance est essentielle au développement et à la synergie des actions […] On est poussés à aller vers [une nouvelle structure] mais la forme et le nom de la nouvelle structure ne sont pas décidés. »
« Pour certains mandats de la CRÉAT, c’est impensable que ce soit géré par des MRC, poursuit le président. On a l’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue, qui met à jour des statistiques et des tendances, Valorisation Abitibi-Témiscamingue, qui est un programme avec des fonds… Ces projets-là seront basculés vers la nouvelle instance. »
Sans ignorer la question du financement, M. Matte estime qu’il faut d’abord « être solidaire dans ce qu’on fait aujourd’hui ». Le Fonds de développement des territoires ne sera disponible qu’en 2016. Rien ne sert de se battre pour de l’argent qui n’existe pas encore, dit-il en substance.
LA CRÉAT a tout de même envoyé un avis de licenciement collectif à ses 23 employés « mais l’objectif, c’est de garder le maximum d’emplois. »
Mélanie Guèvremont, résidente de Matapédia depuis 12 ans, est originaire de Montréal. Elle estime recevoir un bon soutien social de sa communauté. « Je pense que c’est propre aux petits milieux. En ville, tu connais à peine tes voisins. Tandis qu’ici, si j’ai un pépin et que je n’arrive pas à temps quand ma fille débarque de l’autobus, je sais que je connais plein de voisins. C’est très confortable. »
« Quand mon bébé a eu des pépins de santé, les gens se sont beaucoup informés, ils sont prêts à aider », ajoute Mme Guèvremont, qui s’occupe depuis peu de la Maison de la famille Avignon.
Selon des chiffres de 2007-2008, une forte proportion des Gaspésiens et Madelinots de 12 ans et plus jouissent d’un soutien social très élevé (51 %), alors que la moyenne québécoise est de 45 %. Si l’on isole les personnes à faible revenu, la différence est encore plus marquée : 53 % des ménages à faible revenu ont un bon niveau de soutien social en Gaspésie-les Îles, comparativement à 40 % dans l’ensemble du Québec. Le soutien social consiste à avoir des proches à qui l’on peut se confier, demander des renseignements, et qui comprennent nos problèmes.
Ce bon bilan, outre le côté tricoté serré des Gaspésiens, pourrait avoir à faire avec le travail d’organismes comme Family Ties, la maison de la famille de New Carlisle. « Le soutien social est très fort dans la communauté anglophone, explique sa directrice, Heather MacWhirter. Les gens s’appuient beaucoup sur leur famille. Par contre, ils n’ont pas tendance à aller chercher des services sociaux quand ils en ont besoin », nuance-t-elle.
L’un des moyens employés pour pallier à cette situation est le programme Home-Start (Premiers Pas), qu’offre Family Ties. Il consiste à jumeler un mentor et une famille comptant des jeunes enfants, explique Mme MacWhirter. « Le mentor peut donner des conseils, mais aussi accompagner la famille dans des sorties, pour les intégrer peu à peu à la communauté. »
Un outil pour agir
« Malgré des situations difficiles, les gens ont souvent un réseau autour d’eux. Ça n’enlève rien aux méfaits de la pauvreté, mais ça la rend plus vivable », résume Gaëtanne Mauger, responsable du dossier solidarité et inclusion sociale à la Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.
Le portrait statistique a été préparé par le RESSORT (Réseau solidaire pour le rayonnement des territoires) qui devait documenter la situation régionale dans le contexte du déploiement de la Loi québécoise sur la pauvreté et l’exclusion sociale.
« On s’est dits : tant qu’à faire un portrait, on va en faire un qui peut servir d’outil à tous. Il est bâti pour pouvoir être actualisé et il inclut des données par MRC et des données différenciées hommes/femmes, explique Mme Mauger. C’est une photo, qui aide à voir sur quoi il faut agir », ajoute-t-elle.
Appartenance et vie sociale
En plus du soutien social, les Gaspésiens et Madelinots de 12 ans et plus ont un fort sentiment d’appartenance à leur région dans une proportion de 82 %. C’est nettement supérieur à la moyenne québécoise de 58 %. Si l’on isole les anglophones de la région, ce taux grimpe même à 89 %.
Dans la région, on se dit très satisfait de sa vie sociale dans une proportion de 54 %, comparativement à 47 % dans l’ensemble de la province.
Mais tout est loin d’être parfait en Gaspésie et aux Îles. Le taux de population sans diplôme d’études secondaires y demeure beaucoup plus élevé, une statistique influencée par le fait que la population soit vieillissante. La région réussit tout de même à maintenir son taux de décrochage sous la moyenne québécoise, à 15 % comparativement à 20 % dans la province.
Les cas d’inceste et de maltraitances plus nombreux
Tout n’est pas rose, une des statistiques frappantes du portrait du RESSORT concerne le taux d’infractions sexuelles dont sont victimes les jeunes de moins de 18 ans. Ces cas sont proportionnellement près de deux fois plus nombreux en Gaspésie et aux Îles que dans l’ensemble du Québec.
En Gaspésie-Les Îles, le taux d’infractions sexuelles contre des jeunes filles atteint 589 par 100 000 habitants, comparativement à 356 au Québec. Chez les jeunes hommes, cette proportion est 176 pour 100 000 habitants dans la région, comparativement à 93 dans la province. Seuls les cas déclarés à la police sont comptés.
La directrice du CALACS La Bôme-Gaspésie (Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel), Maryline Arsenault, n’est pas surprise de ces chiffres. Et parmi les cas dont elle a connaissance, elle remarque une bonne proportion d’inceste.
C’est que le côté « tricoté serré » des familles gaspésiennes n’a pas que de bons côtés. Dans la région, « la valeur familiale est très forte, il y a une proximité des gens, explique Mme Arsenault. On fait confiance aux grands-parents, à d’autres membres de la famille. Et on voit parfois que les parents sont mis au courant, mais qu’ils ont tendance à taire la situation, à taire la rumeur. » Conséquence : l’agresseur peut recommencer son manège avec d’autres victimes.
Récemment, Mme Arsenault a observé une vague de dénonciations de la part des moins de 14 ans auprès des services du CALACS. « Depuis un mois, on a six ou sept dossiers jeunesse [moins de 14 ans] qui sont rentrés, alors qu’avant, il pouvait y en avoir un ou deux dans toute l’année. […] Je n’en reviens pas, des dévoilements côté mineurs. »
Les dénonciations de la part d’adultes sont aussi en hausse depuis environ huit semaines, note Mme Arsenault, mais pas de façon aussi fulgurante que chez les enfants. Elle croit que cette hausse peut être liée aux dénonciations présentées dans les médias, mais aussi au fait que le CALACS a mis beaucoup d’efforts pour faire connaître ses services.
Par ailleurs, dans la région, davantage d’enfants doivent être pris en charge pour cause de maltraitance (25 cas pour 1000 enfants). Les mineurs pris en charge pour troubles de comportement sont aussi proportionnellement deux fois plus nombreux qu’ailleurs au Québec.
Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, a expliqué son projet jeudi aux représentants des CS. Le nombre de commissions passerait de 72 à 46 dans la province. En Gaspésie, la CS René-Lévesque et celle des Chic-Chocs seraient fusionnées pour en former une seule à la grandeur de la région administrative, à l’exclusion des Îles, qui garderait sa propre instance.
Au repas-partage de solidarité dimanche à Gaspé, cette éventuelle fusion ne suscite pas la même indignation que l’abolition de la Conférence régionale des élus et des centres locaux de développement. Mais le scepticisme et l’inquiétude sont bien présents.
« Ce qui est dommage, c’est qu’il n’y aura plus de couleur locale, dit Carole Gingras, une citoyenne de Gaspé. Déjà, on trouvait le territoire gros. C’est déjà dur de faire entrer [des projets] d’entrepreneuriat dans les écoles. Là, ça va être encore plus difficile. »
« Qu’ils prouvent aux citoyens du Québec que c’est rentable, lance Gisèle O’Connor, citoyenne de Rivière-au-Renard. Les dernières fusions, ce n’est pas vrai que ç’a été rentable. Les gens se sont mis à voyager et ça coûte plus cher. »
En 1998, du côté nord, Québec a regroupé les CS des Falaises et de La Tourelle pour former celle des Chic-Chocs. La même année, du côté sud, les CS de Rocher-Percé, de la Baie-des-Chaleurs et de Miguasha ont été fusionnées.
Chez les parents interceptés près de l’école Saint-Rosaire de Gaspé, les avis diffèrent. « Comme parent, ça ne m’affecte pas vraiment, dit Mélanie Dufresne, mais j’espère que les services aux enfants demeureront. Il y a déjà un manque de services. On est chanceux, les nôtres vont bien, mais avoir un psychologue, ça peut être long. »
Martin Legault, un père de famille, souhaite qu’une fusion rende les commissions scolaires plus efficaces. « J’ai vécu des affaires pas mal plates avec mon fils. [Dans les commissions scolaires], il y a du monde payé à ne rien faire, des pousse-crayon. » M. Legault voit d’un bon œil la décentralisation vers les écoles prônée par le ministre Bolduc. « Pourquoi l’école, qui comprend les besoins de l’élève, devrait quémander à la commission scolaire? »
Inquiétude chez les employés
Selon une éducatrice, employée de la CS des Chic-Chocs, le projet « crée de l’insécurité ». « J’espère juste garder ma job, dit-elle. C’est sûr qu’en fusionnant, il va y avoir des emplois perdus. »
« Ça devient inquiétant, indique une enseignante de Grande-Vallée qui préfère conserver l’anonymat. C’est un grand territoire. Certains se demandent s’ils garderont leur travail ou s’ils devront aller à l’extérieur. On craint pour les services aux élèves. »
Un territoire immense
Les présidents des deux CS gaspésiennes rappellent l’immensité du territoire. La nouvelle commission scolaire compterait 11 500 élèves (jeunes et adultes) dans 62 établissements, 1700 employés et s’étendrait sur 700 kilomètres de route 132.
Le projet du ministre Bolduc « me paraît improvisé », commente d’emblée le président de la CS des Chic Chocs, Jean-Pierre Pigeon, qui doute de réaliser des économies. « En 1998, Pauline Marois [alors ministre de l’Éducation] avait promis des économies de 100 M$, rappelle-t-il. Finalement, ça avait coûté 70 M$. François Legault [devenu ministre de l’Éducation entre-temps] avait dû signer un chèque de 40 M$ l’année suivante et 30 M$ avaient été absorbés par les commissions scolaires […] 80 % de nos budgets sont des salaires, explique M. Pigeon, et nos employés ont une sécurité d’emploi. »
Pendant le processus de fusion, « d’autres sphères de notre mission seraient tassées, plaide M. Pigeon. On ne sera pas à 100 % dans les services éducatifs. »
Quant à la décentralisation des pouvoirs vers les écoles, « les directeurs d’école n’en veulent pas, estime M. Pigeon. Ça prend tout leur petit change pour s’occuper des élèves. Faudrait-il qu’ils gèrent le transport scolaire, les conventions collectives, les négociations de travaux? »
Les deux CS ont examiné, il y a deux ans, la possibilité de regrouper des services. Pas si simple, ont-elles constaté. Chaque CS a un système informatique distinct, complexe à intégrer, indique M. Pigeon. « Fusionnerait-on le gestionnaire? Aux Chic-Chocs, il est déjà le directeur financier, du transport ET de l’informatique! »
Déjà, les CS « se sont éloignées des gens » lors des fusions de 1998, ce qu’une nouvelle fusion accentuerait, juge M. Pigeon. Il fait remarquer que d’autres CS, comme celles de l’Estuaire sur la Côte-Nord (5770 élèves) conserveraient leur territoire malgré un moindre nombre d’élèves.
10 % d’espoir de renverser la vapeur
Le président de la CS René-Lévesque, Jean Couture, estime à 10 % « les chances que M. Bolduc revienne en arrière, partiellement », si les CS présentent des solutions. Selon M. Couture, les CS pourraient jouer un rôle en développement, à l’heure où les CLD sont abolis. « Pourrait-on être un acteur important dans les services aux entreprises? », dit-il.
Québec devrait présenter son projet de loi en février et les fusions seraient consommées le 1er juillet 2016.
Des spécialistes qui voyagent
François Tardif, de Gaspé, était président de la CS des Falaises lors de la fusion de 1998 et il est devenu président de la CS des Chic-Chocs jusqu’en 2002. « Plus tu agrandis le territoire, dit-il, moins tu as une connaissance pointue des réalités sociologiques et éducatives. Les commissaires scolaires et le président n’ont pas les moyens d’un député pour se promener d’un bord à l’autre. »
M. Tardif s’inquiète aussi pour les spécialistes comme les enseignants de musique ou d’anglais, ainsi que les professionnels comme les orthopédagogues. « Ils doivent déjà se promener beaucoup sur le territoire pour donner une tâche complète. Plus le territoire est grand, plus [l’administration] peut se sentir autorisée à les faire voyager. J’ai déjà eu un appel d’un spécialiste qui me disait : “je pars à 5 h sans voir mes enfants et quand je reviens, ils sont couchés”. »
GRAFFICI.CA a tenté d’obtenir des témoignages d’employés des CS à visage découvert. À la CS des Chic-Chocs, les employés ont la consigne de référer ces demandes à la responsable des communications, qui nous a répondu que seul le président donnerait des entrevues. À la CS René-Lévesque, on « accueille bien notre demande », nous a-t-on répondu, mais on aurait pu y donner suite seulement la semaine prochaine.
Gaspé paiera 1,84 M$ en 2015 pour les services de la SQ, sur un budget total de 22,5 M$. C’est 23 % de plus qu’en 2011. « Ce qui nous choque, c’est que chaque année, il y a des oscillations importantes à la dernière minute », dit le maire Daniel Côté. Les villes reçoivent la facture de la SQ en octobre et doivent préparer leurs budgets pour décembre.
« Et ce qui est fatigant, c’est que la hausse arrive en même temps qu’une baisse de nos transferts », dit le maire.
Québec paiera aux municipalités seulement 65 % de ses compensations (en-lieu de taxes) pour ses bâtiments en 2015, comparativement à 80 % auparavant. « Devrait-on payer seulement 65 % de la facture de la SQ? demande le maire de Gaspé […]. On pense sérieusement à le faire, mais où le gouvernement va se rattraper par après? »
À Percé, la facture a bondi de 25 % entre 2012 et 2015, pour atteindre 226 900 $.
Carleton-sur-Mer paiera 408 000 $ en 2015, comparativement à 243 000 $ en 2009.
À Chandler, où la facture atteindra 611 000 $ en 2015, la mairesse Louisette Langlois estime que « c’est beaucoup trop pour la capacité des citoyens à payer ».
Comme le maire de Gaspé, Mme Langlois déplore que le niveau de services ne suive pas la hausse de la facture. « Fin juin, on a eu du vandalisme sur le Circuit des bâtisseurs. La personne qui a vu [les vandales] a appelé la police. Mais la voiture de police était à l’autre bout de Percé. Le temps qu’ils arrivent, c’était fait! »
Un calcul à revoir, mais comment?
Le gouvernement du Québec défraie 53 % des coûts totaux de la SQ, puis divise la part restante entre les municipalités. La facture de chacune augmente avec la richesse foncière et la population. Les villes-centres des MRC paient ainsi davantage que les villages. Mais les MRC gaspésiennes défraient moins que la moyenne québécoise : elles payaient entre 19 % et 33 % du coût réel du service de la SQ en 2014, comparativement à 53 % en moyenne.
Comment la facture devrait-elle être partagée? a demandé GRAFFICI.CA aux maires. « Je serais davantage un fervent d’un mode de paiement ajusté aux besoins de sécurité, dit le maire de Gaspé. Si on n’a pas de gangs de rue, on devrait payer moins », illustre-t-il.
Murdochville, où l’évaluation des bâtiments est à son plus bas, paiera 14 970 $ en 2015, même si ses besoins en sécurité sont sans doute plus importants que cette somme.
Devrait-elle payer davantage? « Murdochville est un contre-exemple », admet M. Côté.
Quant à Mme Langlois, elle n’est pas en mesure de proposer un autre mode de calcul : « c’est du calcul actuariel », dit-elle.
« On hérite d’un vase vide », lance Jean-Guy Poirier, président de la Table des préfets et préfet de la MRC de Bonaventure. « Le gouvernement a identifié la Table pour liquider les actifs et les passifs [de la CRÉGÎM], poursuit-il. Mais nous, on n’a pas les capacités et l’expertise pour le faire. Et il n’y a pas d’argent. »
Des décisions doivent être prises dans une centaine de dossiers de la CRÉGÎM, note le préfet d’Avignon, Guy Gallant. La Table des préfets ne compte aucun employé permanent. « [La Table] est une instance politique où l’on parle de nos problèmes communs, comme la hausse de la facture de la Sûreté du Québec. Si l’on introduit le développement économique, social ou culturel, c’est autre chose. »
La CRÉGÎM compte 36 employés, dont la moitié est basée à Gaspé, et gère un budget global de 11,4 M$. Les échéances et la mécanique de la liquidation ne sont pas encore claires, indique le président de la CRÉGÎM et maire de Gaspé, Daniel Côté. Le projet de loi qui démantèlera l’organisme manque toujours à l’appel.
M. Côté sait au moins une chose : « On ne peut plus prendre de nouveaux engagements, à part si ça a trait à la liquidation. C’est dans une lettre du 13 novembre du ministre [des Affaires municipales] Pierre Moreau. »
Une nouvelle instance?
« Il faudra qu’il demeure une forme de concertation régionale, estime Guy Gallant. On a de gros bébés : la RéGÎM [transport collectif], la Régie intermunicipale de l’énergie [éolien], le chemin de fer… », énumère-t-il.
Ce serait « un non-sens de n’avoir aucune instance de concertation régionale, déclare Jean-Guy Poirier. On va revenir 20 ans en arrière avec les guerres de clochers. »
Daniel Côté affirme avoir présenté, de pair avec le vice-président de la CRÉGÎM, Jonathan Lapierre, et le directeur général Gilbert Scantland, un projet de nouvelle structure de concertation. « Un des principes de base, c’est de se rapprocher des petites municipalités, qui n’avaient pas accès à la CRÉ », dit-il.
La nouvelle structure « ne ferait pas tout ce que la CRÉ faisait, explique M. Côté. [Son rôle] dépendrait de la volonté du gouvernement du Québec de travailler avec elle et de la volonté des préfets de lui confier des mandats. » Quant à la société civile, elle pourrait tenir un rôle, « mais serait-elle consultative ou décisionnelle? », questionne-t-il.
M. Côté refuse de préciser davantage le projet : les préfets décideront de la suite des choses, insiste-t-il. « Le nerf de la guerre sera le financement, ajoute-t-il. Si on peut se parler, mais sans possibilité de donner suite, ça ne sert pas à grand-chose. »
Et les CLD?
Les maires des MRC d’Avignon, de Bonaventure et de la Côte-de-Gaspé décideront le 26 novembre en assemblée du sort de leurs centres locaux de développement. Québec a amputé leur budget de près de 60 % et confié leur avenir aux MRC. Une chose est sûre, les postes des employés qui accompagnent les entrepreneurs et les budgets de développement seront affectés.
À l’été 2012, Pétrolia a fait deux forages à Bourque, située à mi-chemin entre Grande-Vallée et Murdochville. Ces travaux ont permis d’estimer à mille milliards de pieds cubes la quantité de gaz en place sur cette propriété.
Pétrolia ne sait pas encore quel pourcentage de ce gaz peut être récupéré, ni s’il peut être extrait de manière rentable. La firme vient tout de même de signer un partenariat avec Tugliq Énergie, une entreprise de Québec, en vue de distribuer son gaz à des clients potentiels sur la Côte-Nord.
Gazoduc et barge de liquéfaction
Un gazoduc transporterait le gaz de Bourque vers une barge d’une capacité de 30 milliards de pieds cubes par an, amarrée à Grande-Vallée, à Sandy Beach (Gaspé) ou à Port-Daniel, au terminal de la cimenterie. De plus petites barges se connecteraient à la grande et charrieraient le gaz naturel liquéfié (GNL) vers d’éventuels clients sur la Côte-Nord, notamment des alumineries et des minières.
Tugliq n’a pas elle-même d’expérience dans la distribution de GNL, mais s’est associée à la Belge Exmar et au groupe québécois Océan, indique Alexandre Gagnon, le PDG de Pétrolia. M. Gagnon était à Baie-Comeau et Sept-Îles ces derniers jours pour mousser ce projet. Selon lui, les industries auraient avantage à convertir au gaz naturel leurs systèmes au diesel et au mazout, afin de diminuer leurs coûts et leurs émissions de gaz à effet de serre.
Le PDG ne croit pas qu’il met la charrue devant les bœufs. Trouver des solutions pour la distribution est une étape nécessaire avant de poursuivre le projet Bourque, explique-t-il. « Personne n’est prêt à financer un projet [de développement gazier] s’il n’y a pas de client potentiel. »
Des essais de production et probablement un troisième forage devront d’abord être menés à Bourque, pour un total de 12 à 15 M$. Pétrolia n’a pas encore de partenaire financier autre que Tugliq pour ces travaux.
Manifestation à Haldimand n° 4
Une douzaine de personnes ont manifesté mercredi matin à Gaspé, à l’entrée du chemin qui mène au forage Haldimand n° 4, que Pétrolia reprendra dans les prochains jours. Le comité Ensemble pour l’avenir durable du grand Gaspé demande au ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, de révoquer le permis de Pétrolia en invoquant des risques pour l’environnement et la santé humaine. La présidente Lise Chartrand n’a pas reçu de réponse. « On n’est pas écoutés du tout et le ministre n’a même pas pris connaissance de notre argumentaire », dit-elle.
Par ailleurs, Pétrolia sonde par téléphone ces jours-ci les résidents de Gaspé pour connaître leur opinion sur le projet Haldimand. Dans leurs questions, les sondeurs glissent que la firme est québécoise, que Québec a adopté une réglementation sur l’eau potable tel que demandé par la Ville de Gaspé et qu’une étude de l’INRS confirme l’innocuité du forage pour les sources d’eau potable.
GRAFFICI.CA a analysé le palmarès 2014 (http://cpp.hec.ca/palmares/index.html) publié par le Centre sur la productivité et la prospérité de l’école des Haute études commerciales (HEC) de Montréal. Basé sur des données de 2012, il compare 25 municipalités de la région (sur 42) aux localités québécoises de taille similaire.
Dans les MRC d’Avignon et de Bonaventure, toutes les municipalités classées dépensent plus que la moyenne provinciale en loisirs et en culture. Saint-Alphonse sort du lot avec 29,4 % de son budget consacré à ce domaine, soit le plus haut taux en Gaspésie et quatre fois plus que dans les municipalités québécoises de taille comparable.
« D’avoir une politique familiale nous a permis de réaliser l’importance des loisirs et de la culture pour les jeunes familles », commente le maire Gérard Porlier. Saint-Alphonse, 700 habitants, emploie un professionnel en loisirs à temps plein et paie les frais du bâtiment où l’OSBL Carrefour loisir, art et culture est installé.
En dents de scie sur la pointe
Sur la pointe, Chandler et Gaspé investissent des sommes équivalentes à la moyenne provinciale, avec 181 $ par citoyen et 11,5 % de leur budget consacré aux loisirs et à la culture. Grande-Vallée, Port-Daniel-Gascons et Murdochville mettent plus de ressources que la moyenne (quatre fois pour Murdochville) alors que Sainte-Thérèse et Grande-Rivière se situent sous les municipalités de même taille.
Fait surprenant, Percé investit trois fois moins que la moyenne en loisirs et culture, C’est que l’aide reçue de Québec pour son statut de Site Patrimonial déclaré n’est pas comptée dans le palmarès, précise le maire André Boudreau.
Sainte-Anne se distingue
En Haute-Gaspésie, Sainte-Anne-des-Monts est la seule municipalité à dépenser plus que la moyenne pour les loisirs et la culture, avec 17 % de son budget. Les autres municipalités incluses dans le palmarès, soit Cap-Chat, Marsoui, Mont-Saint-Pierre et Mont-Louis sont toutes sous la moyenne.
Sainte-Anne-des-Monts dispose d’une maison de la culture, d’une bibliothèque ouverte six jours sur sept, d’un aréna, d’une piscine et d’un réseau de sentiers. Cette vitalité a contribué à un gain de population ces dernières années, estime la mairesse Micheline Pelletier. Sainte-Anne veut continuer dans cette voie, dit-elle, et demande une quote-part de ses voisines. « C’est nous qui avons les infrastructures supra-locales, sans aucune aide des autres municipalités [de la Haute-Gaspésie]. »
Des investissements qui vont se poursuivre
Le directeur général de l’Unité régionale loisir et sport, Nicolas Méthot, a vu plusieurs municipalités se doter de professionnels en loisirs ces dernières années. « Les municipalités sont conscientes qu’avec une ressource, leurs équipements sont plus et mieux utilisés », dit-il. Et dans le futur, « il y aura recrudescence des investissements dans les infrastructures [de loisirs], à cause de leur vétusté, notamment des arénas ».
Quant aux municipalités qui investissent peu, elles sont en train de s’ajuster, estime M. Méthot. Les six municipalités de l’est de la Haute-Gaspésie se sont regroupées pour embaucher un professionnel en loisirs, illustre-t-il.
Bernard Rooney, un résident de Douglastown, se rappelle de sa première soirée de danse. « J’avais neuf ans. Ma mère jouait du violon, ma sœur, de la guitare. Et moi, j’ai dansé mon premier set carré avec Ruby Briand [une dame de la place]! »
À son tour, M. Rooney a appris le violon. Dans les années 60, il achète une enregistreuse à bobines. « On a toujours eu une maison pleine de monde, qui chantait et qui faisait la fête. J’ai voulu enregistrer ça. »
Cinquante ans plus tard, ses archives et celles d’autres résidents sont immortalisées sur Douglastown/ Musique et chansons de la Gaspésie. Le disque rassemble 46 courtes pièces interprétées au violon, à la voix, à l’harmonium ou à l’harmonica, du New Carlisle Waltz au Carleton County Breakdown en passant par le Gaspé Reel et le Belledune Quickstep.
Un « carrefour » de cultures
Luc Chaput, qui a eu l’idée du CD, avait l’intuition que la culture musicale de Douglastown était particulièrement riche. Il entendait dire qu’il fallait trois concerts à la St-Patrick pour entendre tous les talents locaux. « Je me suis dit : il y a quelque chose à fouiller. »
M. Chaput et Linda Drody ont recueilli témoignages et enregistrements. À Douglastown, les partys de cuisine s’organisaient de façon spontanée, tout comme les « picnic dances » en plein air, une tradition spécifique au village. « Pour eux, la musique était une façon de supporter la vie difficile, analyse M. Chaput. Ça les requinquait et c’était le ciment de la communauté. Et la danse était un sport national. »
Si Douglastown a la réputation d’un village à tradition anglophone irlandaise, « on a réalisé qu’il y avait beaucoup de mixage linguistique », dit M. Chaput.
Ce « carrefour » d’influences diverses distingue Douglastown, estime Glenn Patterson, ethnomusicologue et co-réalisateur du projet avec une autre ethnomusicologue, Laura Risk, qui ont fait le tri dans 70 heures d’enregistrements. Un ingénieur du son a « nettoyé » les pistes retenues.
Quand Bernard Rooney a prêté ses bobines, il ne pouvait plus les écouter depuis des années parce sa machine était brisée. Une fois reçues les copies CD de ses bobines, il a attendu des semaines avant de les écouter. « J’avais tellement peur que ce soit mauvais. [Finalement], je ne peux pas croire que ça sonne si bien, que ce soit si net. »
Le disque est disponible au Centre communautaire Douglas et au Musée de la Gaspésie. Il peut être commandé en ligne sur le site web www.trentesouszero.com, sous la rubrique Catalogue/groupes.
Respect de la vie privée