le Mardi 6 octobre 2026

N’entre pas dans les locaux d’Eon Art qui veut. Les affiches arborant des symboles d’électricité à haute tension constituent un premier accueil. Derrière les portes closes, la science opère. Entre deux et quinze personnes travaillent à concevoir, tester et produire des systèmes d’amplification et des hauts parleurs dont la précision et la qualité dépassent les standards du marché. 

« Chaque produit est signé du nom de ceux qui ont travaillé dessus. C’est tout un engagement, en termes de qualité, que de signer ses produits de son propre nom », affirme M. Hautcoeur. 

Destinés aux véritables mélomanes, les produits se vendent au détail entre 25 000 et 50 000 dollars. Mais le son qui en émane constitue une expérience en soi. 

« La musique, c’est une émotion. Avec une pareille qualité sonore, on est capable de capter le mouvement du musicien, on l’entend se déplacer dans la pièce, reprendre son souffle, tourner la page de sa partition », précise M. Hautcoeur en décrivant, avec émotion, jusqu’à quel point son produit offre un rendu réaliste.

S’ensuit une séance d’écoute qui vient confirmer ses dires, dans une salle qui détonne du reste du bâtiment: une vaste discothèque couvrant des murs, ambiance feutrée et chaises longues.

Derrière le mélomane se cache aussi un homme de science, formé aux États-Unis en robotique et ingénierie industrielle. De retour sous son sarreau impeccable, celui-ci arpente l’usine-laboratoire en expliquant comment, à chaque étape de conception, rien n’est laissé au hasard, ou presque.

« On a une marge d’erreur minime, avec tous les tests qu’on effectue. Mais à la toute fin, les derniers ajustements se font à l’oreille. Elle a toujours sa place, malgré la science », dit-il.

Entre les salles d’assemblage et les laboratoires de contrôle se trouvent les laboratoires de conception et de recherche où du matériel de pointe ainsi que des ordinateurs surpuissants calculent les algorithmes sur lesquels seront bâties les cartes de son.

Eon Art possède son propre laboratoire mais effectue aussi de la recherche et de la conception pour d’autres compagnies. « C’est ce qui nous permet de rentabiliser l’équipement de recherche », précise M. Hautcoeur.

En plus des amplificateurs de pointe, des hauts parleurs éliminant tout bruit parasite sont également bâtis. « La vibration d’un haut parleur produit un son à l’avant et à l’arrière de la membrane. Or, nous éliminons ce son parasite à l’arrière sous un principe inspiré d’une cage à homard. La vibration pénètre par un trou dans une deuxième chambre et vient se briser sur une pyramide de bois qui change la trajectoire des ondes et les empêche de ressortir », explique Stéphane Hautcoeur.

C’est non sans fierté que M. Haucoeur affirme que chez Eon Art, la difficulté à trouver de la main d’oeuvre spécialisée n’est pas un problème: « Il n’existe pas de programme scolaire pour enseigner exactement ce qu’on fait ici. Alors on forme nos gens nous-mêmes. On leur donne un salaire supérieur à la moyenne, ce qui fait en sorte qu’ils ont envie de rester. Et même en dehors de notre équipe, plusieurs personnes viennent nous assister bénévolement pour apprendre ».

Interrogé à savoir qui achète ces produits, Stéphane Hautcoeur répond : « Les véritables mélomanes. Certains se privent de voiture pour s’offrir un de nos systèmes. D’autres ont simplement davantage de moyens ».

Il précise d’ailleurs développer des systèmes de son pour les yacht de luxe: « Sur des bateaux qui valent des millions, il y avait des systèmes de son de voiture. Il était temps de remédier à la situation ».

 

 

Bernard Faubert et Nancy Gorman font vivre tout un morceau d’histoire à L’Anse-à-Beaufils, en poursuivant une tradition familiale de trois générations à l’hôtel Vagues Vertes.

Les photos jonchent la table. Les souvenirs refont surface. En 1932, Victoria Cloutier achète une maison surplombant la falaise, tout près du port de pêche. Elle y aménage un hôtel, puis un restaurant cinq étoiles avec son mari qui est chef cuisinier. Rien n’arrête cette entrepreneure qui bâtit également une série de chalets et des unités de motel.

Lits simples

Chaque unité comprend deux lits simples : pas question de pécher entre les murs des Vagues vertes. Mme Cloutier bâtit aussi une boutique de souvenirs. Elle y vend des bijoux faits à partir d’agates récoltées sur la plage, juste derrière la propriété.

Puis, un bar avec consommation de nourriture est mis en place. « On était obligés de manger quelque chose pour avoir le droit de consommer de la bière.  Alors il y avait toujours un sandwich déposé sur les tables. On appelait ça un sandwich caoutchouc, parce que personne ne le mangeait, mais si les policiers venaient faire un tour, il y avait de la nourriture sur la table », raconte Nancy Gorman, copropriétaire actuelle de l’établissement avec son époux Bernard Faubert.

Sur le côté du bâtiment, un kiosque de bière pour emporter est également mis en place. C’est l’ancêtre des dépanneurs qu’on connaît aujourd’hui, mais on n’y vendait que de la bière.

Lits doubles

Dès 1956, Albert Faubert, fils de Victoria et père de Bernard, prend la relève puis devient propriétaire en 1958. Il ajoute sa couleur aux lieux. Les lits simples sont rapidement remplacés par des lits doubles, et le restaurant cède sa place à l’hébergement. Un bar en bonne et due forme vient remplacer le premier bar, sans la permission du curé. Ce bar portera le surnom d’Ous Kaé Bun, et de Chez Faubert.

Lits queen

En 1994, Bernard Faubert prend la relève de son père pour qui il travaillait depuis déjà quelques années, en compagnie de Nancy Gorman.  Les lits doubles font place à des lits queen. Le bar est désormais le rendez-vous incontournable des amateurs de billard, puisque trois tables y sont installées.

À cette époque, les revenus touristiques sont en plein essor et finissent même par dépasser ceux du bar au début des années 2000. Ce dernier fermera ses portes en 2011 pour faire place à de nouvelles unités d’hébergement et à un coin-déjeuner. « On a vraiment investi dans la qualité de l’hébergement », indique Bernard Faubert qui en est aux dernières étapes de finition d’un grand balcon qui fait le tour du bâtiment principal.

« 40 % des clients reviennent d’année en année. Certains ont connu les trois générations », se souvient M. Faubert. Avec le temps, ils deviennent amis. Les artistes se produisant à la Vieille Usine passent pratiquement tous par les Vagues Vertes également.

« Ça va faire 25 ans en janvier, qu’on a commencé ici », se rappelle Nancy Gorman devant la panoplie de photos qui témoignent de la riche histoire des lieux.

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La famille Leblanc-Roy de Percé sait ce qu’elle met dans son assiette, puisqu’elle produit sa propre viande et la grande majorité de ses légumes depuis plusieurs générations.

L’entretien a lieu autour d’un repas de dinde produite sur place. Frédéric Leblanc tient la pratique de produire sa nourriture de son père, qui la tenait de son père… Annuellement, en plus de son élevage commercial d’une quarantaine de bovins de boucherie, M. Leblanc élève pour sa famille et avec des amis 18 dindes, 6 cochons, quelques lapins et des poules pour les œufs. « Avant que notre bœuf quitte la ferme pour les parcs d’engraissement, on pourrait considérer qu’il est bio. C’est la même chose pour toute la viande qu’on élève ici. On ne donne pas d’hormones ni d’antibiotiques, on sait que ce qu’on mange est sain pour nous », affirme le père de famille.

Pas question de faire de cachettes aux trois enfants. « Ils assistent à toutes les étapes, de l’élevage à l’abattage. Pour eux, c’est normal d’élever et manger leur propre viande », indique Marilène Roy, conjointe de Frédéric et mère de Peter, Simon et Stella. Les enfants acquiescent, entre deux bouchées de dinde. Ils sont contents de savoir comment leur repas est produit et que les animaux ont eu une belle vie, ce qui aide à les voir partir, affirment-ils.

Les membres de la famille sont unanimes: ils préfèrent de loin le goût de leur viande au goût de celle du commerce. « La viande d’épicerie, ce n’est pas mangeable », lance l’aîné, Peter, 10 ans. Plus sérieusement, sa mère renchérit en disant que même les visiteurs qui viennent manger à la maison voient une nette différence de goût. « Notre viande est plus gouteuse, le steak haché n’est pas granuleux », dit-elle. Cette qualité, pas question de s’en passer dans le futur, affirme Peter: « On va d’abord aller à l’école, puis continuer ce que fait notre père, c’est une tradition ici. »

La viande produite chez soi étant la norme chez les Leblanc-Roy, le repas de Noël est souvent l’exception à la règle, l’occasion de changer la formule. « Des fois, on va se chercher du homard, ou encore ma belle-sœur nous fait une paella », affirme M. Leblanc.

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Il faut les croire d’emblée, puisque tout chez elles traduit cette affirmation, de la complicité développée au fil du temps avec les clients fidèles à l’accueil chaleureux des nouveaux.

Claudette et sa mémoire

Les clients fidèles n’ont pas besoin de présentation, ni même de menu. Après 30 ans de carrière en restauration dont 25 à ce restaurant, Claudette a la mémoire active et se souvient des habitudes de chacun.

Ceux qui ont l’habitude de prendre un café en arrivant se font accueillir par Claudette … précisément avec un café et son grand sourire. La mémoire de Claudette fait sa renommée ; une tablée de vingt personnes, pas de calepin, pas de problème.

« Ça devient comme une seconde nature, le cerveau embarque tout seul », dit-elle. Au brunch, entre les assiettes accompagnées de pain blanc, pain de ménage, pas de pain, les extras sirop d’érable et les assiettes de fruits avec ou sans oranges, Claudette jongle avec aisance. Cette dernière ajoute entretenir cette faculté assidûment: « J’ai une peur dans la vie, et c’est de faire de l’Alzheimer. C’est une façon de garder mon cerveau actif », ajoute-t-elle.

Claudette a déjà travaillé en cuisine, mais son lieu de prédilection est dans la salle à manger, avec les clients. « J’aime ça. C’est simple comme ça », dit-elle honnêtement avant de répondre avec complicité à un client curieux de la voir en entrevue: « tu sauras bien en lisant le journal! » Un client qui lui dit avoir été bien servi fait sa journée: « On nous dit souvent que le repas était bon… mais je suis toujours contente quand on me dit qu’on a été bien servis aussi. »

Nicole et l’amour de la nouveauté

Pour Nicole, la carrière en restauration est bien garnie avec 40 ans d’expérience dont 33 au Coq d’Or. Son objectif : se rendre à 40 ans au même endroit.

Au fil des années, les rénovations qu’a subies le restaurant constituent un facteur l’ayant incitée à continuer. « Dans une maison, on refait la décoration de temps en temps et on ne se lasse pas de notre décor. Je crois que les rénovations qui ont eu lieu ici ont eu le même effet. Ça m’a donné l’impression de travailler dans un nouveau restaurant, ça a fait beaucoup de bien. »

Nicole ne se voit pas travailler dans un autre domaine. « J’ai déjà essayé d’aller travailler dans une épicerie comme caissière. Mais je me suis rendue compte que je préférais marcher que rester sur place. »

Sa place est bien ancrée à Grande-Rivière. « Certains clients me disent que ça fait longtemps qu’ils me connaissent, qu’ils me voyaient les servir quand ils étaient enfants et aujourd’hui ce sont eux qui viennent avec leur famille. Ça fait chaud au cœur de les voir évoluer. »

Nicole aime rencontrer une multitude de clients différents, notamment pendant la saison touristique. Elle cumule quelques anecdotes sur le métier, comme des cascades spectaculaires ou des cafés renversés, parfois il y a plus de 20 ans, dont certains clients lui parlent encore en riant. Ces petits accidents du quotidien viennent enrichir sa longue expérience. Pour Nicole, la relève semble plus difficile à recruter. Elle a vu arriver et repartir plusieurs serveurs et affirme que ce n’est pas tout le monde qui peut être au service : « pour faire ce métier, il faut un tempérament un peu nerveux.»

Sylvie et la force d’une équipe

Un regard et Sylvie sait quoi faire. « Ça fait tellement longtemps qu’on travaille ensemble, on forme une véritable équipe », affirme celle qui a passé 28 ans au Coq d’Or.

La solidarité de ses comparses est essentielle à l’atmosphère de travail, particulièrement dans les périodes de fort achalandage. « On aide aux tables des autres quand on a terminé de notre côté. Ça nous aide beaucoup, c’est très agréable de travailler comme ça », explique-t-elle.

Ce qui l’a motivée à garder son poste toutes ces années découle de tous les niveaux d’interaction : « On a de bons patrons », dit-elle, insistant sur l’importance d’une équipe de travail solide. « Avec les années, les liens se tissent, ça devient aussi comme une deuxième famille », précise-t-elle. Les liens, ils se tissent également avec la clientèle et c’est pourquoi le métier lui plaît toujours autant : « On rencontre beaucoup de gens, c’est ce qui me plaît. »

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