Lorsque GRAFFICI lui demande de se présenter, l’homme de 52 ans originaire de Vanier, à Québec, énumère ceci : être humain, papa, citoyen engagé et intéressé par tout ce qui touche l’alternatif et le communautaire. Il ne lui vient même pas à l’idée de mentionner ce qu’il fait dans la vie, ayant « pris sa retraite du salariat » il y a de nombreuses années. « Je ne veux pas retirer uniquement un salaire de mon travail. J’ai déjà été salarié et même fonctionnaire, j’ai essayé ces chemins-là. Ce que j’essaie de faire dans toutes les sphères de ma vie, c’est de ralentir », vulgarise celui qui a choisi de ne pas « vendre ni louer sa vie ».
Demeurant dans sa petite maison centenaire installée sur un vaste terrain où les framboisiers, l’angélique et les rosiers font la belle vie, le quinquagénaire qui cumule les petits contrats pour joindre les deux bouts a choisi de vivre différemment. Sans juger ceux qui ne le font pas, sans tenter de les convertir à ce qui lui, le rend heureux : un quotidien dont les impacts négatifs sont minimaux, et ce, à tous les niveaux. À ce titre, le principal intéressé est bien conscient de vivre dans la marge. « Je ne suis clairement pas un modèle conventionnel. […] Ma vie, c’est quand même un statement politique. Ça ne me gêne pas du tout, au contraire », lance-t-il en entrevue.
Devenir « le chercheur et le cherché »
Le début de l’aventure remonte à 2018; lors d’un tour hivernal de la Gaspésie à vélo, le cycliste se retrouve à la même table que le Dr Yv Bonnier-Viger. Le sujet du revenu de base se fait une place dans la discussion. Le directeur de la Santé publique régionale, qui fait partie du regroupement Alliance Revenu de Base Région Est (ARBRE), lui présente l’objectif des nombreux acteurs qui s’y impliquent : doter la population de l’Est-du-Québec, en 2040, d’une assurance-revenu de base.
Le médecin capte l’attention de M. Zibeau en un tournemain. Curieux d’en apprendre davantage sur l’initiative, ce dernier se déplacera à Gaspé, six mois plus tard, pour assister à une conférence présentée par le professionnel de la santé; il est ni plus ni moins renversé. « J’allais juste voir ce que c’était, ce projet-là. J’ai capoté! C’est hallucinant! C’était clair qu’il fallait que je m’implique là-dedans », raconte-t-il, tout sourire.
Emballé par l’aspect novateur de la chose et disposant de beaucoup de temps, l’homme de terrain ne tarde pas à offrir sa collaboration. Au fil des échanges, Martin Zibeau expose son rêve au Dr Bonnier-Viger : être en quelque sorte « un projet pilote à l’intérieur du projet pilote » en recevant lui-même un salaire de base. « Dans le meilleur des mondes, je voulais documenter mon évolution, ce que ça brasse en moi, ce que ça amène dans ma vie, le positif et le négatif, s’il y en a. J’ai juste lancé ça de même, se remémore M. Zibeau. […] Il m’a rappelé quelques semaines après. C’était drôle! Il m’a dit « Bon, bien, on va y aller avec ton rêve »».
C’est ainsi que le Gaspésien d’adoption est devenu « le chercheur et le cherché ». Celui qui reçoit l’équivalent de l’indice du panier de consommation chaque semaine en vertu de cette entente conclue avec le médecin ignore d’ailleurs avec précision d’où provient cette allocation. Vérification faite par GRAFFICI, le projet est financé directement par le docteur Bonnier-Viger.
Des retombées positives
Au moment où Martin Zibeau accueillait GRAFFICI dans sa cour arrière pour partager son expérience, il avait déjà complété plus de la moitié de son projet pilote. Enthousiaste à l’idée de créer un précédent, il note que sa participation a apporté de belles améliorations dans son quotidien. Père de deux enfants de dix et douze ans dont il a la garde complète aux quatre mois, il a vu son stress chuter drastiquement. Il a en effet cessé instantanément de se tracasser quant à la façon dont il parviendrait à payer l’épicerie ou l’essence servant aux déplacements du clan.
« Depuis le début du projet, j’ai fait plus de choses que jamais, renchérit-il. J’ai fait mon jardin, j’ai été beaucoup plus dédié à mes enfants, quand les écoles étaient encore ouvertes, j’ai offert des ateliers d’improvisation gratuitement. Ça m’a enlevé de la pression, mais ça ne m’a pas enlevé le goût d’être impliqué, d’être présent ». Il est, à son avis, l’exemple même des effets positifs pouvant découler d’une telle initiative. « Je souhaite à tout le monde une expérience comme celle que j’ai la chance de vivre. Je le pensais déjà après un mois seulement », précise-t-il.
M. Zibeau garde néanmoins les deux pieds sur terre; il admet sans détour que le tout n’est pas parfait. « Si je compare ma vie d’aujourd’hui à celle d’avant, il y a quand même une partie de procrastination. Elle est là et elle existe, on ne peut pas le nier. […] Ça m’a peut-être libéré un 20 % de procrastination », avoue-t-il.
Convaincu
Celui qui a cofondé le Loco Local de Bonaventure et contribué au lancement du Demi, une monnaie locale gaspésienne, est plus que jamais convaincu du bien-fondé d’un salaire de base assuré à tous, ce « filet social inconditionnel et universel ». « L’idée d’un revenu de base, c’est d’éradiquer la pauvreté. Ce n’est pas juste ça, mais ça a ce potentiel-là parce que tout le monde, partout, aurait le minimum pour vivre », défend-il. Il estime également que ceux et celles dont la survie dépend d’allocations gouvernementales ne seraient plus confrontés à l’ostracisation.
M. Zibeau croit par ailleurs que la grande majorité des prestataires d’un salaire garanti continueraient d’être actifs sur le marché du travail. À son avis, ce concept donnerait, qui plus est, une meilleure latitude à ceux et à celles qui veulent s’engager dans leur communauté. « C’est sûr que si tout le monde reste assis sur son steak en attendant que l’argent rentre, ça ne marcherait pas », nuance-t-il.
Ce dernier ne manque pas une seule occasion de partager « l’opportunité extraordinaire » qui lui a été offerte, tant dans les médias qu’auprès de ses concitoyens. « C’est certain qu’on ne peut pas baser un projet qui viserait une population entière sur un « chummy » de la Gaspésie qui l’a essayé pendant un an, mais c’est une chose concrète que j’ai faite. Moi, je ne demande pas mieux que de répondre aux questions des gens et d’écouter leur point de vue », mentionne Martin Zibeau.
Les personnes désirant en savoir davantage sur la question du revenu de base peuvent consulter le site Web de l’ARBRE, au http://revenudebase.ca/

Ayant adopté un mode de vie minimaliste depuis belle lurette, Martin Zibeau était, d’une certaine façon, le candidat parfait pour une telle expérimentation.
Photo : Roxanne Langlois
Tous n’étaient pas dans le même état sur la ligne de départ; sans surprise, les nombreuses perturbations entraînées par ce long marathon psychologique qu’a constitué la pandémie de la COVID-19 sont vécues fort différemment d’une personne à l’autre. GRAFFICI vous présente ce petit guide à l’usage de ceux et celles qui, en fin de course, sont en quête d’équilibre.
Inquiétude et incertitude quant à l’avenir, peur de la contamination, sentiment de recevoir des instructions contradictoires et « effet d’usure » relevant de la continuelle adaptation requise par cette situation exceptionnelle : voilà quelques effets néfastes qui ont été engendrés au sein de la population, énumère la psychologue Ève Préfontaine. Fatigue et anxiété ont ainsi concrètement fait leur nid dans le quotidien de bon nombre de personnes; ce sont les personnes déjà vulnérables qui ont été les plus fragilisées.
Certains travailleurs qui ont dû poursuivre leur parcours professionnel à la maison ont également eu à faire face à une angoisse supplémentaire reliée à une baisse de productivité. Un sentiment de culpabilité découlant de la difficulté à répondre de façon optimale à l’ensemble de leurs obligations s’est aussi fait sentir chez plusieurs.
Ceux qui ont bénéficié de certains bienfaits découlant de la crise ont aussi eu droit à leur part de culpabilité; c’est ce qu’a constaté la psychologue de formation Karène Larocque, qui offre des formations et des conférences afin d’aider les travailleurs de différentes sphères professionnelles à « garder l’équilibre malgré la tempête ». « Dans mes rencontres, je l’ai vu. Ceux qui parlaient de certains effets positifs avaient tendance à s’excuser et vivaient un malaise », résume celle qui se consacre depuis 2017 à son entreprise, Simplement Humain.
Un inconfort s’est également installé dans les rapports amicaux et sociaux en écho aux mesures de distanciation sociale en vigueur et à la soudaine interdiction de se serrer la main, de s’embrasser ou de se faire une accolade. Or, le toucher constitue « une source naturelle de réconfort » dont certains ont malheureusement été privés, note Ève Préfontaine : « Quand on est touché ou qu’on touche quelqu’un d’autre, les hormones liées au stress vont avoir tendance à diminuer ».
Le déconfinement, à ne pas prendre à la légère
Au moment d’écrire ces lignes, la vie normale reprenait son cours en Gaspésie, comme ailleurs en province, et les touristes commençaient à affluer vers la péninsule. Pour certains, le déconfinement peut néanmoins avoir des conséquences aussi grandes, voire plus importantes, que le confinement. Alors que cette nouvelle réalité tend à raviver la peur et l’inquiétude ressentie lors du début de la crise, elle peut également aller jusqu’à créer deux camps diamétralement opposés entre lesquels les échanges peuvent s’avérer musclés.
« On voit des tensions sociales entre ceux qui ont peur, qui ont besoin de règles et de repères et ceux qui sont tannés, qui se déconfinent trop rapidement aux yeux des autres et parfois en transgressant les règles », explique Mme Préfontaine, qui a vu un climat « de jugement social » s’installer. « Il y a beaucoup de mépris pour la différence actuellement et je pense que ce sera un gros défi au sein des entreprises et des équipes pour l’ambiance de travail », avance pour sa part Karène Larocque.
Quelle que soit votre situation personnelle, il est fort possible que les derniers mois aient eu un effet négatif sur votre santé mentale. Si c’est le cas, voici les trois conseils que les experts que nous avons consultés vous promulguent.
1. Prenez soin de vous
« Prendre soin de soi » : c’est cliché ? Pas du tout, assurent les experts. Opter pour une bonne hygiène de vie vous aidera à recouvrir une meilleure stabilité. « On parle, entre autres, d’avoir une routine, de faire de l’exercice tous les jours, de bien s’alimenter, de bien dormir, de garder contact avec nos proches », énumère Nancy Gédéon, agente de planification, de programmation et de recherche à la Direction régionale de la santé publique. Celle-ci ajoute d’ailleurs que la surconsommation de médicaments, d’alcool ou de drogues est à éviter.
Trouver des stratégies qui vous permettront de vous détendre et de gérer votre stress, que l’on parle de méditation, d’exercices de pleine conscience, de respiration ou de relaxation est aussi suggéré. « L’idée, c’est de se ramener dans l’instant présent, dans nos sensations, dans notre corps », précise Ève Préfontaine. De plus, on vous propose de pratiquer des activités qui vous font plaisir. Jouer et vous amuser sont effectivement des moyens efficaces de recharger vos batteries lorsque la fatigue psychologique vous pèse.
Tous s’entendent également pour dire que le moment est mal choisi pour s’exposer à des facteurs de stress supplémentaires. « Je pense qu’il faudrait éviter la surexposition aux médias. Ce que j’ai pu constater, c’est que quand les gens les écoutent de façon continue, ça peut devenir anxiogène », fait valoir Mme Gédéon.

Selon la psychologue Ève Préfontaine, se promener dans un lieu fréquenté par d’autres marcheurs constitue une excellente première étape afin d’apprivoiser la peur qui peut vous tenailler en cette période de déconfinement.
Photo : Roxanne Langlois
2. Apprivoisez graduellement votre peur
Si le déconfinement est synonyme de peur pour vous, Ève Préfontaine vous conseille de l’apprivoiser graduellement. « Pour se désensibiliser, il faut s’exposer. Il faut se confronter au monde extérieur. […] Plus on évite une situation par peur, plus elle augmente », estime-t-elle. « Donnez-vous des petits objectifs à réaliser chaque jour et sur lesquels mettre votre énergie au lieu de voir juste la grosse pandémie à surmonter », ajoute quant à elle Mme Gédéon.
Avant de vous lancer en plein cœur d’une épicerie bondée, il serait fort judicieux, par exemple, de dompter votre peur en visitant des commerces moins fréquentés. Les mesures de protection prises par les commerçants et suivies par la grande majorité des clients contribueront sans doute à vous rassurer.
Si vous éprouvez un malaise avec le déconfinement, Mme Préfontaine vous rappelle qu’il est impératif de vous entourer de personnes qui seront respectueuses de votre situation et qui la prendront au sérieux. « Il faut avoir accès à des gens et à des lieux qui vous permettent de verbaliser ce que vous vivez, vos préoccupations et vos peurs. Soyez attentifs à vos sentiments et exprimez-les », conseille la psychologue.
Nancy Gédéon vous suggère également d’identifier clairement votre peur afin de pouvoir la mettre à mal, à l’aide des bonnes informations et des bonnes mesures de protection. « La peur, c’est une émotion et c’est moins contrôlable. Ce que l’on peut contrôler, par exemple, c’est ce qu’on se dit. On peut se parler, s’envoyer des messages positifs et s’entourer de gens qui le sont », rappelle-t-elle.
3. Soyez indulgent avec vous-même
L’humain peut être, pour soi-même, le plus sévère des juges : évitez de vous accabler outre mesure. Quelle que soit votre situation, investissez vos efforts et votre énergie sur des éléments sur lesquels vous avez le contrôle. S’il pouvait s’avérer tentant, pour certains, d’essayer de récupérer le temps perdu pendant le confinement, Mme Préfontaine vous le déconseille. « Il faut apprendre à reconnaître et à respecter nos limites. Ce n’est peut-être pas le temps de s’en rajouter, mais plutôt, au contraire, de s’alléger, de déléguer, de demander de l’aide ou de
dire non à certaines choses », souligne la psychologue.
Celle-ci ajoute d’ailleurs que le télétravail peut s’avérer pernicieux. Certains tenteront en effet d’être infaillibles à tous points de vue. « Dans une situation d’adaptation comme celle que l’on vit depuis quelques mois, on ne peut pas se demander le même niveau de performance que dans une situation dite normale. On ne peut pas non plus se demander de devenir un expert de tout », explique Mme Préfontaine.
Si cela peut être bien plus ardu à faire qu’à dire, il importe de revoir ses attentes, et ce, même dans les petites tâches du quotidien. « Il faut être bienveillants envers les autres et envers soi. Il faut accepter que les choses aillent un peu moins vite », renchérit Mme Gédéon. Si l’être humain n’est en rien une machine, Karen Larocque rappelle, de façon on ne peut plus imagée, qu’il importe de « faire le plein », « d’arrêter le moteur » et de « garder un œil sur le tableau de bord » afin d’écarter les risques d’épuisement. « C’est possible qu’avant, une personne avait besoin de ne rien faire trois fois par semaine, mais que là, le besoin se fasse sentir deux fois par jour. C’est normal et légitime parce qu’on utilise notre moteur psychologique plus souvent que d’habitude », vulgarise la conférencière.
Si vous en ressentez le besoin, il importe de demander de l’aide. « Il y a beaucoup d’organismes communautaires qui sont ouverts, même si les bureaux sont fermés. N’hésitez pas, appelez. […] il suffit de faire le premier pas », souligne Dominique Bouchard, directrice générale du Centre Accalmie, une maison d’aide et d’hébergement située à Pointe-à-la-Croix.

Selon les intervenants qui ont accepté de répondre aux questions de GRAFFICI, les conséquences psychologiques découlant de la pandémie de la COVID-19 peuvent sans contredit s’apparenter à celles engendrées par un sinistre majeur.
Photo : Magali Deslauriers
Vous devriez demander de l’aide si :
Le contexte actuel affecte-t-il votre capacité
à prendre soin de vous ou de votre famille ?
Éprouvez-vous des difficultés à exécuter vos tâches professionnelles ?
Une personne de votre entourage montre-t-elle des signes de détresse ?
DES RESSOURCES SONT DISPONIBLES POUR VOUS AIDER :
SERVICE DE CONSULTATION TÉLÉPHONIQUE PSYCHOSOCIALE
Info-social 811
LA LIGNE DE PRÉVENTION DU SUICIDE
1 866 APPELLE (277-3553)
LIGNE DE SANTÉ AU TRAVAIL DE LA GASPÉSIE ET DES ÎLES-DE-LA-MADELEINE
1 833 354-0009
PROTECTION DE LA JEUNESSE
1 866 463-0629
S.O.S VIOLENCE CONJUGALE
1 800 363-9010
RÉPERTOIRE DES SERVICES ESSENTIELS
www.ressortgim.ca/covid-19
FICHES D’INFORMATION
www.cisss-gaspesie.gouv. qc.ca/covid-19/ sante-mentale/
CARLETON-SUR-MER- Avec le retrait du partenaire financier du projet, les responsables de la coopérative jeunesse de Gaspé auraient simplement pu annuler la saison 2021. Ils se sont plutôt retroussé les manches. Résultat : des jeunes pourront, pour un vingtième été, offrir leurs services à leurs concitoyens. Pour la toute première fois, ils le feront même d’un bout à l’autre de la MRC.
Si la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a retiré ses billes des Coops d’initiation à l’entrepreneuriat collectif (CIEC) en raison de la pandémie de la COVID-19, il était inconcevable pour les maîtres d’œuvre locaux de l’initiative de baisser les bras. Ces derniers sont plutôt allés frapper à différentes portes, obtenant l’appui de nouveaux collaborateurs, dont la MRC de La Côte-de-Gaspé et la Ville de Gaspé. Ainsi, 20 adolescents de 12 à 17 ans ont pu être sélectionnés et formés dans le cadre du projet désormais baptisé Jeune Coop de la Côte-de-Gaspé.
« Ça permet aux jeunes d’avoir une première expérience de travail », se réjouit d’emblée Nicolas Packwood Lelièvre, conseiller jeunesse en employabilité pour le Carrefour jeunesse emploi (CJE) de la MRC de La Côte-de-Gaspé, l’organisme qui chapeaute l’initiative. Celle-ci revêt également un volet social significatif, renchérit-il : « On a pensé à nos jeunes. Avec tous les bouleversements qu’ils ont vécus à l’école cette année, ça aurait été plate de laisser ça aller. Avec la coop, ils se font de nouveaux amis et ils passent l’été tous ensemble ». Celui-ci précise d’ailleurs qu’un réel besoin était aussi présent au sein de la communauté en raison de la pandémie.
Déjà en action
Respectant les normes de distanciation en vigueur et offrant exclusivement ses services à l’extérieur des résidences, la brigade de jeunes entrepreneurs est à l’œuvre depuis le 13 juillet dernier. Tonte de gazon, peinture, menus travaux d’entretien, gardiennage, désherbage, lavage de voiture, promenade de chien : les travailleurs sont prêts, en retour d’une rémunération préétablie et fort raisonnable, à s’atteler à la tâche.
« Les jeunes, ils sont vaillants! […] Il faut juste les impliquer et susciter un sentiment d’appartenance. Aussitôt que le sentiment d’appartenance est là, c’est sûr qu’ils vont s’engager à 120 % dans leur projet », fait valoir M. Packwood Lelièvre.
Précisons que ce sont les participants eux-mêmes, encadrés par une coordonnatrice, qui veillent de façon démocratique au bon fonctionnement des activités. Comme s’ils étaient à la tête de leur propre entreprise, ils prennent des décisions et se partagent les tâches. Le tout constitue une recette gagnante qui leur permet d’apprendre les rouages du marché du travail et de se responsabiliser, note Nicolas Packwood Lelièvre.
Par ailleurs, faire appel à la coopérative est en quelque sorte devenu une tradition sur le territoire de Gaspé au fil des ans. « Un mois avant que l’on commence à offrir les services, on avait déjà des appels d’habitués qui voulaient donner des contrats pour la tonte de gazon. C’est vraiment notre gros « hit », la tonte de gazon! », lance en riant le conseiller en employabilité.
Pour solliciter les services des participants, visitez la page Facebook «Jeune COOP de La Côte-de-Gaspé» ou téléphonez au 418 368-2121 (poste 207). Des services similaires sont également disponibles dans la MRC de La Haute-Gaspésie.

Plusieurs jeunes impliqués dans la coopérative ont organisé, le 14 juillet dernier, une vente de hot dogs dans le stationnement du IGA de Gaspé; les fonds amassés serviront de mise de fonds pour les activités estivales.
Photo : Nelson Sergerie
S’il s’avère hasardeux de chiffrer avec exactitude la part d’aliments régionaux se retrouvant sur les tables des chaumières gaspésiennes, il est clair que la proportion évolue dans le bon sens avec les années. « De 2012 à 2020, je pense qu’il y a eu une augmentation, que les gens sont devenus plus
sensibles à la question », confirme la directrice générale de Gaspésie Gourmande, Johanne Michaud. La crise sanitaire a convaincu de nombreux néophytes d’entrer dans la danse, ce qui a provoqué une explosion de la demande; il faut dire que les entreprises locales ont fait des pieds et des mains pour s’adapter aux différentes contraintes.
Baie des saveurs, ce regroupement de six producteurs et transformateurs bioalimentaires de la Baie-des-Chaleurs, a fait de l’achat de proximité son créneau, bien avant que les initiatives en faisant la promotion ne pullulent. Le réseau de mise en marché collective, qui fonctionne de novembre à mai
en complément à d’autres initiatives estivales comme la vente de paniers de légumes, a vu les demandes monter en flèche ce printemps. Cet intérêt marqué s’est d’ailleurs manifesté à un moment où les commandes à la carte se font généralement moins nombreuses, c’est-à-dire en fin de saison, en mars et avril. « On a battu deux fois consécutives notre record du nombre de commandes et je pense qu’on a fait les deuxièmes et troisièmes plus grandes commandes de l’histoire de Baie des saveurs, malgré le fait qu’on n’avait plus beaucoup de légumes à mettre en marché », se réjouit le copropriétaire du Jardin du village de Caplan, Étienne Goyer, l’un des producteurs du réseau.
Boeuf Gaspésie réunit pour sa part sept éleveurs bovins qui, en vertu d’un cahier de charge très strict, produisent de la viande sans hormone ni antibiotique. L’engouement pour ce produit de niche distribué dans des points de vente de Caplan, Sainte-Anne-des-Monts, Montréal et Québec a également été fulgurant au courant des dernières semaines. « Il y a une belle vague. Il y a des gens qui m’appellent, qui voudraient acheter un demi-bœuf, par exemple. J’en manque, alors je ne peux pas me mettre à en vendre à des particuliers », souligne Marc Cyr, directeur général de la coopérative et propriétaire de la ferme Belgimag, à Saint-Alphonse-de-Caplan.
Si une réelle solidarité a été ressentie au sein de ces entreprises locales, nul ne peut prévoir avec certitude si le consommateur maintiendra ses appuis une fois la pandémie passée. Que le coronavirus ait contribué à ouvrir les yeux des Gaspésiens de façon temporaire ou permanente, une chose demeure néanmoins certaine : l’autonomie totale n’est pas à portée de main, disent les intervenants. Le potentiel d’autonomie alimentaire régional demeure limité, notamment en raison de la capacité de production actuelle, somme toute restreinte. De plus, certains aliments sont peu ou ne sont pas du tout produits chez nous, par exemple la volaille et les œufs. Or, sans viser la perfection, pourrait-on faire mieux? Certainement, acquiescent les acteurs de l’industrie agroalimentaire. Voici, selon eux, ce qui freine l’autosuffisance des Gaspésiens.
1.Consommateur : encore de la sensibilisation à faire
Michèle Poirier, présidente de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la de la Gaspésie-Les Îles, le concède d’emblée : les habitudes des consommateurs font en quelque sorte obstacle à une plus grande autonomie. Selon celle qui est elle-même productrice agricole, il faudrait que les Gaspésiens arriment davantage leur alimentation au calendrier des récoltes locales. « Les gens voudraient des produits frais à tout moment, mais en janvier, il y a dix pieds de neige dans mes champs. Moi, j’ai une récolte à écouler tout au long de la saison », illustre celle qui est aussi vice-présidente de Patasol, à Bonaventure. Or, s’adapter à la saisonnalité des produits commande des compromis, renchérit Johanne Michaud : « il faut que les gens
apprennent à se faire des provisions, à congeler leurs fraises et leurs bleuets locaux plutôt que de les acheter frais, mais en provenance des îles Moukmouk ».
Mme Michaud estime d’ailleurs qu’il importe de continuer à sensibiliser et à outiller le consommateur. Cela passe entre autres par la déconstruction du mythe selon lequel il est beaucoup plus dispendieux de s’approvisionner auprès de nos producteurs et transformateurs que d’acheter des produits en provenance d’ailleurs. La qualité et les différents créneaux ne sont pas toujours pris en compte dans le calcul, note-t-elle. « Si tu compares ta moutarde à l’ancienne des Moutardes Legros avec de la moutarde baseball, c’est un peu comme si tu comparais des pommes avec des oranges », image Johanne Michaud.

Les maraîchers Sonia Boissonneault et Étienne Goyer, copropriétaires du Jardin du village, à Caplan.
Photo : Karina Espinoza-Rivière – Fédération de l’UPA de la Gaspésie-Les-Îles
2.L’argent : le nerf de la guerre
Le financement constitue sans surprise un élément clé dans l’équation. Les fermes bénéficiant d’un niveau de rentabilité pour la plupart plutôt faible, de l’aide gouvernementale doit être au rendez-vous, juge Étienne Goyer. Si plusieurs programmes sont offerts, le maraîcher estime que Québec pourrait faire encore mieux. « Il faut que les gens qui financent les agriculteurs soient un peu moins frileux. Les fonctionnaires de la Financière
agricole ne sont pas toujours faciles à convaincre et quand tu as besoin de sous pour développer ton entreprise, il y a pas mal juste eux », lance-t-il. Sans le financement nécessaire, il est selon lui irréaliste de voir des entreprises initier des projets d’expansion et d’automatisation qui pourraient accroître leur productivité.
L’agronome Germain Babin est également coordonnateur d’Arterre-Gaspésie, lancé en 2019; le programme fait le pont entre les propriétaires de terres non exploitées ou ceux dépourvus de relève et des aspirants producteurs. M. Babin fait valoir que des aides plus facilement accessibles faciliteraient la mise sur pied de nouvelles entreprises. À l’heure actuelle, la mise de fonds initiale demeure un obstacle de taille pour les apprentis, qui ont souvent beaucoup de volonté, mais peu de capitaux à injecter. « Il y a une part de risques dans le fait d’investir dans une entreprise agricole parce que tu vas immobiliser beaucoup de dollars avant de réussir à tirer des revenus. (…) Si le gouvernement croit vraiment en l’autosuffisance alimentaire, il va vraiment falloir qu’il amène du capital patient pour les entreprises qui veulent démarrer », croit M. Babin.
3.Le recrutement : toujours un enjeu
Pour élargir ou diversifier ses activités, encore faut-il avoir les bras pour le faire. Or, le recrutement de travailleurs demeure ardu. Si les salaires peu compétitifs de l’industrie peuvent en partie expliquer cette difficulté, Étienne Goyer croit que c’est d’abord et avant tout l’aspect répétitif des tâches qui refroidit les employés potentiels. « Le problème, ce n’est pas que la main-d’oeuvre est paresseuse. Il y a plein de monde très vaillant et qui aime ça, travailler dur », défend le passionné. L’automatisation avec les coûts qu’elle implique, et l’embauche de travailleurs étrangers vers laquelle se tournent de plus en plus d’entreprises régionales, constituent des solutions à cet important enjeu.
« À l’heure actuelle, le défi par rapport à l’autosuffisance, c’est aussi d’attirer des aspirants producteurs qui veulent prendre le flambeau », ajoute Germain Babin. Il estime qu’il y a de la place pour de nouvelles initiatives, notamment pour des productions maraîchères, qui requièrent des terres moins vastes. Si une cartographie complète des terres en friche est en cours et pourra en dire plus long, une fois complétée, sur les possibilités régionales, on sait déjà qu’une proportion des terres agricoles n’est pas utilisée. « Les terres sont souvent un patrimoine familial. Il y a des gens qui seraient prêts à les faire cultiver, mais pas nécessairement à les vendre », nuance Karina Espinoza-Rivière, conseillère en aménagement et vie syndicale pour l’UPA de la Gaspésie–Les Îles. Des lots qui pourraient accueillir des pâturages ou même certaines productions font aussi office de territoire de chasse pour leurs propriétaires, qui désirent ainsi les conserver à l’état sauvage.
4.Les distributeurs : un dialogue à avoir
Les épiceries demeurent le lieu d’approvisionnement principal de la population. Si elles sont nombreuses, avec la COVID-19, à avoir ajouté ou mis en valeur des produits locaux, celles-ci ont un rôle à jouer en tout temps, estiment les divers intervenants. Les grandes bannières opérant avec un catalogue d’approvisionnement national, les succursales n’ont droit, règle générale, de s’en écarter que dans une certaine proportion. Ces denrées locales « infidèles » constituent généralement entre 10 et 12 % des produits offerts. « Est-ce qu’on pourrait faire plus? Je pense que oui, mais il faudrait qu’il y ait des changements autorisés au niveau national. La balle est dans le camp des bannières », juge Johanne Michaud, qui estime que beaucoup d’épiciers seraient favorables.
Étienne Goyer rappelle que ces grandes surfaces conservent toutefois une marge de profits. Pour les petits joueurs, très nombreux en Gaspésie, il peut ainsi s’avérer plus avantageux de transiger par leur propre kiosque ou par le marché public. « Les épiciers ont été habitués à la grande distribution, aux prix qui sont toujours tirés vers le bas. S’ils sont sérieux par rapport à la vente de produits locaux, il va falloir qu’ils se débarrassent un peu de ce réflexe-là et qu’ils apprennent à faire du commerce équitable avec les producteurs », juge-t-il. Celui-ci ajoute qu’il serait plus que bénéfique de trouver un terrain d’entente. À sa connaissance, les épiciers et producteurs régionaux n’ont, à ce jour, jamais été réunis autour d’une même table afin
d’échanger sur leurs réalités économiques respectives. « Ce serait intéressant », admet M. Goyer.

Selon l’UPA Gaspésie-Les Îles, 77 % des produits régionaux sont intégrés dans un mécanisme de mise en marché collective, ce qui permet de distribuer de plus grands volumes et de contrer l’éloignement des marchés. C’est notamment le cas de la viande sans hormone et sans antibiotique des producteurs de la coopérative Bœuf Gaspésie.
Photo : Roxanne Langlois
Vaches laitières 23%
Acériculture 17 %
Bovins et veaux 12 %
Horticulture ornementale 10 %
Céréales et oléagineux 6 %
Superficie agricole : 86 000 hectares (4 % du territoire)
Nombre d’exploitations agricoles : 240
MRC où sont situées en plus grand nombre les exploitations agricoles : Bonaventure et Avignon
Activités de production distinctives : bovin de boucherie, poissons, fruits de mer et produits aquacoles, fruits et légumes, acériculture
Activités de transformation distinctives : crevettes nordiques, boissons alcooliques, petits fruits et légumes, produits de l’érable
PIB régional de l’industrie bioalimentaire : 310 M$ (9 % du PIB régional total)
Emplois reliés à l’industrie bioalimentaire régionale : 11 000 (30 % des emplois totaux)
Revenus annuels totaux : 29 M $
« Je suis partie de la problématique selon laquelle les élèves n’avaient pas le temps de faire leurs devoirs », explique d’emblée Josée Martin. S’inspirant du travail abattu par des collègues de l’école secondaire des Deux-Rivières de Matapédia, celle qui en est à sa 26e année d’enseignement a mis au point un système pour le moins original, qui est officiellement sur les rails depuis janvier dernier.
Passionnée, Josée Martin procède d’abord à l’enregistrement audio d’une capsule théorique pour chacun de ses cours. L’image de son propre écran, où se multiplient les équations, s’ajoute à la vidéo de 15 à 20 minutes. Ses 25 élèves de la séquence de sciences naturelles (SN) accèdent ensuite au résultat final via une chaîne YouTube privée. « Ils vont choisir le moment opportun pour écouter la théorie de mon cours », résume-t-elle.
Les jeunes ont également accès au matériel pédagogique par le biais de Microsoft Office 365, directement sur leur ordinateur-tablette avec stylet prêté par le ministère de l’Éducation. Ils peuvent ainsi faire leurs exercices en ligne, clavarder avec leur enseignante, et même faire des travaux d’équipe.
Entre les quatre murs de la classe de madame Martin, les cours traditionnels ont disparu : toujours munis de leurs appareils respectifs, les jeunes se concentrent exclusivement, avec leur enseignante, sur les exercices découlant des apprentissages faits à la maison. C’est donc dire que la théorie remplace les devoirs et que les problèmes mathématiques à résoudre prennent d’assaut la salle de classe. « C’est exactement de là que vient l’appellation « classe inversée » : on inverse la théorie et la pratique », vulgarise l’enseignante.
Si Mme Martin ne reviendrait pas « dans ses vieilles pantoufles », elle admet néanmoins sans détour que son initiative personnelle, en plus d’exiger une importante préparation, bouscule les normes. « Parfois c’est dans le bon sens et d’autres fois dans le mauvais. Il y a des profs qui tripent sur ce projet-là et qui disent que c’est vers ça qu’on doit aller, mais aussi d’autres qui se retrouvent à l’extérieur de leur zone de confort et qui trouvent que ce n’est pas pour eux », admet-elle.
Loin de vouloir transformer ses élèves en cobayes, Josée Martin assure que leur apprentissage prime en tout temps. D’ailleurs, lors du lancement du projet, elle a fait savoir qu’un retour à l’enseignement régulier se ferait sans tarder si le test n’était pas concluant. Les résultats du dernier examen du chapitre portant sur les vecteurs sont toutefois très prometteurs. « Pour le même examen que j’ai donné l’année passée, il y a dix points de plus sur la moyenne », se réjouit la mordue de technologie.
Jusqu’ici, l’enseignante s’octroie la note de 9 sur 10 pour ce projet novateur et décrit trois avantages pour mettre de l’avant un tel modèle de pédagogie.
Si tous les cours étaient suspendus depuis un peu plus d’une semaine en raison de la propagation de la COVID-19 (au moment d’écrire ces lignes), plusieurs élèves de Josée Martin, bien que confinés à domicile, continuaient sur une base volontaire leur parcours académique en mathématiques. À son avis, la crise sanitaire met en lumière l’immense potentiel de l’éducation à distance et de la technologie. « Le coronavirus me donne raison d’avoir pris cette direction-là. C’est capoté!, s’exclame la dame de 49 ans. […] Il n’y a rien à l’épreuve d’un cours comme celui-là. »
La conseillère pédagogique et responsable du Réseau éducation collaboration innovation technologie (RÉCIT) au sein de la Commission scolaire René-Lévesque Édith Bujold admet d’ailleurs que cette période trouble pourrait éventuellement constituer un argument supplémentaire dans l’implantation de projets comme celui de Mme Martin. « On ne sait pas trop comment ça va se décliner dans le futur, mais ça devient manifeste que c’est une compétence que l’on va devoir développer pour nos élèves dans les prochaines années », mentionne-t-elle.
Cette dernière ne serait d’ailleurs pas surprise, une fois la pandémie passée, que d’autres enseignants formulent le souhait de marcher dans les traces de Josée Martin. « Si c’est le cas, on soutiendra ceux qui auront le désir de vouloir travailler plus avec les technologies numériques pour de l’enseignement en ligne ou à distance », confirme Mme Bujold.
Lorsque ses élèves ont pris possession de leur matériel informatique en vue du projet-pilote, Josée Martin ignorait combien de temps serait nécessaire pour qu’ils s’y acclimatent; sans surprise, ceux-ci ont assimilé leur nouvel outil de travail en un tournemain. Les deux générations, celle de la professeure et celle de ses élèves, se retrouvent ainsi sur un terrain d’apprentissage technologique qu’ils partagent ensemble.
« J’ai trouvé un filon et je trouve que les jeunes, présentement, me le rendent super bien. […] Ils m’apprennent souvent des choses qu’ils découvrent et ça leur fait tellement plaisir de le faire! Moi, ça me nourrit », lance celle qui s’est vue libérée d’un groupe par sa commission scolaire pour mener à bien ce projet.
Pour la principale intéressée, ce mode de fonctionnement, même s’il n’est pas parfait et tend à diminuer les interactions en classe, possède l’avantage indéniable de se rapprocher de la réalité des adolescents. « Il faut suivre cette génération-là, sinon, on est plates. Je ne me verrais plus avec un tableau et une craie. On est rendu ailleurs et je suis la première à dire que l’éducation, il faut que ça change. Ça fait 50 ans qu’on enseigne de la même façon, mais les jeunes ont changé », plaide la Gaspésienne à l’enthousiasme contagieux.

Même en pleine crise sanitaire, Josée Martin pouvait continuer à fournir des problèmes mathématiques à ses élèves, branchés chez eux sur leurs propres tablettes. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs poursuivi leurs apprentissages sur une base volontaire.
Emma Bernard, 16 ans, est l’une des élèves du groupe prenant part au projet. L’adolescente estime que cette nouvelle façon de procéder a pour principal avantage de mettre l’accent sur l’aspect pratique des mathématiques. Ses comparses et elle ont également plus facilement accès aux explications de leur enseignante. « Maintenant, on passe toutes nos classes à travailler, alors qu’avant, on les passait à écouter. En classe, c’est plus productif », fait-elle valoir.
Selon Josée Martin, l’autonomie de ses jeunes protégés et, inévitablement, leur participation active en sont par conséquent accrues. La discipline se raréfie également. « Je reçois des questions que je n’avais pas reçues depuis environ dix ans. Ça veut dire que mes groupes précédents ne se rendaient peut-être pas aussi loin dans les exercices », renchérit l’enseignante, qui passait autrefois environ 50 des 75 minutes du cours à livrer magistralement la théorie.
La période des devoirs est également fortement simplifiée, note son élève : « Pour moi, c’est plus facile, en revenant de l’école, d’ouvrir la capsule, de l’écouter et de faire deux ou trois numéros que d’arriver fatiguée et d’avoir à en faire 21. À la maison, l’effort est moins grand parce qu’on donne un gros blitz en classe. »
Les Dallaire-Landry répondent spontanément à l’appel lancé par GRAFFICI : ils accueillent même le journal indépendant, tous cinq parés de vêtements achetés à 50 sous, à un ou à deux dollars. Les membres de cette sympathique famille de Carleton-sur-Mer font le choix réfléchi de majoritairement se vêtir d’usager et ne s’en cachent pas. Environnement, variété et économies les motivent notamment.
Le comptoir Le Baluchon de Maria constitue leur premier réflexe en termes de magasinage de vêtements; ils y font toujours un saut avant de se diriger vers les boutiques traditionnelles ou les sites d’achats en ligne. Les parents, Amélie et Jean-Michel, expliquent que cette façon de faire correspond en tous points à leurs valeurs.
Responsable de l’achat des vêtements pour les trois enfants du couple, la maman ne revient jamais les mains vides. Amélie Dallaire, qui a l’impression de donner au suivant lorsqu’elle rapporte ensuite des vêtements sur place, se fait d’ailleurs un point d’honneur de préciser le prix payé pour chaque article lorsqu’on la complimente sur ses tenues ou sur celles de la fratrie.
Victor, sept ans, ainsi que les jumeaux Flavie et Xavier, bientôt âgés de cinq ans, se prêtent au jeu avec intérêt. « Ce qui est absolument drôle, quand j’arrive avec des vêtements, c’est qu’ils ont le réflexe de se demander « ils étaient à qui avant ». Ça, c’est leur gros fun! Ils sont vraiment contents de porter des choses qui ont déjà appartenu à d’autres enfants », confie la mère.
Amélie enseigne au cégep alors que Jean-Michel œuvre dans le milieu municipal. La situation financière des deux professionnels leur permettrait, s’ils le désiraient, d’opter en priorité pour du neuf. La maman admet s’être déjà posé la question que plusieurs se poseront sans doute : « Au début, je me demandais si je pouvais y aller, si j’allais enlever des vêtements à d’autres qui en ont plus besoin ».
Des gestionnaires de friperies expliquent pourquoi ils voient d’un très bon œil l’habitude prise par les Dallaire-Landry et par les autres familles bien nanties qui optent pour les comptoirs économiques. Voici leurs trois arguments pour vous convaincre de passer, vous aussi, leur rendre visite.
Le Baluchon, comme d’autres comptoirs gaspésiens, constitue une source de financement pour les activités et services d’un organisme : dans ce cas-ci, il s’agit du Centre d’action bénévole (CAB) Saint-Alphonse–Nouvelle. Entre 73 000 $ et 75 000 $ par année s’ajoutent ainsi à son budget. « Grâce à ça, on crée de l’emploi et on fait tourner l’économie. En plus, ça fait l’affaire de bien des gens », explique le directeur général du CAB, Régis Audet. Une quarantaine de bénévoles s’activent sur le plancher et dans l’arrière-boutique. Une responsable est salariée, en plus du concierge qui veille à l’entretien des lieux.
Le comptoir 100-FLA-FLA de Sainte-Anne-des-Monts, où l’on trouve des vêtements, mais aussi un éventail d’autres articles, amène quant à lui de l’eau au moulin au centre pour femmes violentées Louise-Amélie, via sa fondation. Tenue à bout de bras par une vingtaine de bénévoles et lancée il y a un an à peine, la petite boutique contribue à venir en aide aux mamans et aux enfants qui ont recours à la vingtaine de lits permanents de la maison d’hébergement.
Qui plus est, le 100-FLA-FLA sert depuis octobre de lieu de réinsertion sur le marché du travail à plusieurs femmes via le programme PAAS-Action. « On a une petite section qui s’appelle les Créations 100-FLA-FLA. Ce sont des choses qu’elles confectionnent en partie avec des articles que l’on retrouve à la boutique. […] Elles sont aussi inclues dans l’équipe pour le service à la clientèle », explique la directrice du Centre Louise-Amélie, Monic Caron.
Lors de ses premiers balbutiements il y a 32 ans, Le Baluchon de Maria était clairement identifié comme un « comptoir d’entraide ». Ironiquement, cette appellation dissuadait beaucoup de personnes qui auraient eu besoin de recourir à ses services. Or, les temps ont changé. « Ce n’est plus marginalisé. Les gens qui viennent, c’est monsieur et madame-tout-le-monde », se réjouit Régis Audet. Des locaux attenant au CAB abritent désormais la version 2.0 du Baluchon; on en a fait une petite boutique accueillante où tous se côtoient.
Cette ouverture au grand public contribue, croit M. Audet, à soustraire de l’ostracisation ceux et celles qui n’auraient pas les moyens d’aller ailleurs. « Ce n’est pas parce qu’on a des difficultés financières qu’on doit avoir toujours l’impression d’être à part, dans un système dont on est les seuls à bénéficier », fait-il valoir. Mme Caron abonde dans le même sens. « Pour plusieurs personnes dans une situation plus précaire, il peut y avoir une fierté d’avoir acheté leurs vêtements », rappelle-t-elle.
À une époque où les préoccupations environnementales sont plus que jamais à l’ordre du jour, les gestionnaires de comptoirs vestimentaires se félicitent de contribuer à améliorer le sort de la planète en offrant plusieurs vies au même article. « Au Baluchon, on vend souvent des morceaux qui ont été donnés trois fois », fait remarquer M. Audet.
À leurs yeux, les clients qui choisissent les comptoirs économiques font réellement une différence. « C’est un beau geste à poser. Ça démontre qu’on a l’environnement à cœur », fait valoir Régis Audet. « On est dans une société de grande consommation, le volume d’items que l’on reçoit nous le confirme chaque semaine. Des vêtements, on en a des tonnes et on a de très belles choses », renchérit pour sa part Mme Caron, qui note que le phénomène est à la mode.
D’ailleurs, les sacs de plastique ont récemment été bannis du comptoir de Maria, mettant ainsi fin aux traditionnels « baluchons à cinq dollars ». M. Audet appréhendait une réaction négative des usagers; celle-ci n’est jamais venue. L’industrie du textile est généralement reconnue comme la deuxième ou la troisième filière la plus polluante de la planète.

Le Baluchon, qui a récemment fait l’objet d’améliorations, a été aménagé comme une réelle boutique dans le but précis d’attirer le grand public.
Si le discours s’adapte évidemment d’un interlocuteur à l’autre, la qualité de vie que l’on retrouve en Gaspésie fait généralement partie intégrante de l’argumentaire déployé par la SVEG. Ne pas être coincé pendant des heures dans le trafic ou avoir plus facilement accès à la propriété demeurent, en effet, des points souvent évoqués pour séduire les urbains et urbaines en quête de grands espaces. « À Montréal, pour 500 000 $, tu as un petit bungalow cordé dans une rangée d’oignons. Ici, tu as toute une propriété! », image Mme Blanchette en riant.
Le décor enchanteur fait également partie du discours utilisé pour promouvoir la Gaspésie. D’ailleurs, un casque de réalité virtuelle est utilisé dans les diverses activités de recrutement afin de promouvoir les beautés de la région. « Quand on leur fait enfiler les lunettes de réalité virtuelle, on les accroche sérieusement », lance Christine Blanchette en riant. Cette technologie permet également à ceux et celles qui n’y ont jamais mis les pieds, par exemple les personnes issues de l’immigration, d’avoir une meilleure idée de ce à quoi s’attendre en atterrissant en Gaspésie.
La SVEG se bat afin de mettre à mal un féroce préjugé : celui selon lequel il n’y a pas d’emploi en Gaspésie. L’agente de recrutement est formelle : la péninsule gaspésienne compose bel et bien avec une pénurie de main-d’oeuvre. C’est en faisant la démonstration de la diversité des postes disponibles que Christine Blanchette réussit notamment à prouver son point. À titre d’exemple, plus de 500 emplois issus de différents domaines étaient affichés sur le portail de Vivre en Gaspésie à la fin d’octobre.
Mme Blanchette martèle notamment que les possibilités d’avancement sont bien présentes. « Ce qui intéresse beaucoup les jeunes, c’est que ces emplois-là permettent une progression rapide du niveau de responsabilité assumé au sein de l’entreprise ou de l’organisation », résume-t-elle. Pour les personnes immigrantes qui se présentent à des activités de recrutement, la préoccupation principale est, règle générale, bien différente. Elles se soucient généralement beaucoup plus de la possibilité d’accéder au marché du travail dans une région où elles se sentiront bien, que des avancées rapides qui pourront y être effectuées : « par exemple, je peux avoir un bachelier en administration qui serait prêt à commencer comme technicien en administration et par la suite, gravir les échelons ».

Faire ses boîtes et prendre la direction de la Gaspésie peut s’avérer toute une aventure pour celui ou celle qui a choisi la région comme terre d’accueil. Or, ces nouveaux arrivants ne sont pas seuls dans cette étape cruciale. C’est la structure d’accueil et d’accompagnement offerte par les Services d’accueil aux nouveaux arrivants (SANA) et Place aux jeunes (PAJ) qui constitue le troisième argument mis de l’avant par la SVEG.
Les incitatifs visant à faciliter financièrement la venue d’étudiants et de professionnels sont également très souvent évoqués. Une allocation offerte par la SVEG permet à un étudiant qui effectue un stage en Gaspésie de mettre la main sur un montant maximal de 1500 $. De plus, une seconde aide financière octroie à un candidat convoqué à une entrevue d’embauche en sol gaspésien et inscrit préalablement au programme, un maximum de 400 $ pour couvrir ses frais de déplacement, d’hébergement et de repas.
Au-delà de l’accueil que les organisations en place réserveront aux futurs Gaspésiens, celui que la population locale a l’habitude d’offrir demeure un facteur incontournable revenant fréquemment dans les discussions. « Les gens sont chaleureux et ont des valeurs d’entraide. On va le dire, parce que ça nous caractérise vraiment beaucoup. On donne même des exemples, dans notre quotidien, où l’on s’est retrouvés dans une situation fâcheuse et que plein de gens sont venus nous aider », explique l’agente de recrutement. Pour plus d’information sur la Stratégie Vivre en Gaspésie ainsi que ses activités, visitez le vivrengaspesie.com.
Après Les fantômes fument en cachette (2014) et Une étrange odeur de safran (2018), voilà que l’écrivaine ajoute une corde à son arc avec un bouquin porté par les illustrations de Charles-Étienne Brochu. Si cette œuvre a bien été conçue pour un jeune public, elle est à mille lieues d’une histoire idyllique rose bonbon.
En ce sens, la principale intéressée estime ne pas complètement avoir changé de registre littéraire. «J’ai l’impression que tout ce que je fais est étrange, qu’il y a toujours un côté un petit peu décalé. C’est peut-être un peu moins vrai dans Les fantômes fument en cachette, mais dans le dernier, certainement. Pour moi, je ne suis pas complètement en dehors de ma zone de confort », fait-elle valoir.
Ce livre, qu’elle admet un peu sombre, est également calqué sur la «vraie vie». Il raconte l’arrivée d’une élève au visage étrangement ridé et à la légère odeur de placard à l’école des Caps-Noirs. Elle sera accueillie par Mezza, qui cherchera à sortir la nouvelle venue du silence dans lequel elle s’est réfugiée.
Comme Miléna Babin est en voie de se tailler une place de choix dans l’univers de la littérature québécoise, GRAFFICI lui a demandé d’adresser trois conseils aux Gaspésiens et Gaspésiennes qui, comme elle, souhaiteraient percer en écriture.
1- Lire pour mieux écrire
Bien avant de s’atteler à la tâche, il faut, selon l’auteure, explorer ce qui se fait déjà. D’ailleurs, celle-ci insiste sur l’importance de parcourir des titres qui s’éloignent du style que vise l’apprenti écrivain. «Je crois que notre propre voix s’affûte à travers celle des autres, tantôt par mimétisme, tantôt par opposition. Je suis persuadée que ce qu’on lit et qui nous plaît, de même que ce qui nous plaît moins, a une influence sur notre façon d’écrire», explique-t-elle. En panne d’inspiration? Voici une courte liste de suggestions dressée par la Gaspésienne.
• Ce qu’on respire sur Tatouine, Jean-Christophe Réhel
• Good Boy, Antoine Charbonneau Demers
• Faunes, Christiane Vadnais
• Le drap blanc, Céline Huyghebaert
• Le mur mitoyen, Catherine Leroux
2- Écrire chaque jour
Oubliez le cliché du néophyte qui s’assoit devant son ordinateur et y pond du jour au lendemain le futur Prix Goncourt. Pour que la magie opère, il faut, selon Miléna Babin, avoir bénéficié d’un certain entraînement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, à son avis, les écrivains s’efforcent d’écrire sur une base quotidienne, même entre deux projets littéraires. « Il faut avoir la discipline d’écrire chaque jour, même très brièvement et accepter que ce n’est pas grave si pendant une semaine complète, rien de ce qu’on a écrit n’a de réel potentiel. Ce travail-là n’est pas vain, il nous assure qu’au prochain vrai bon flash, on ne va pas être rouillé.» Elle ajoute d’ailleurs qu’il importe de trouver le bon moment de la journée et l’endroit idéal pour soi et de s’y tenir. « Moi, c’est vers 6h le matin quand rien ne bouge autour, mais pour d’autres, c’est à 10h le soir au pub du quartier», image-t-elle.
3- Avoir recours aux experts
Avant de mettre le point final à un tout premier manuscrit et de l’acheminer à un éditeur, vaut mieux, selon Miléna Babin, faire appel à un mentor, c’est-à-dire à un auteur déjà établi. « Bien sûr, c’est un investissement financier, mais ça peut faire toute la différence entre être publié ou ne pas l’être. Dans certains cas, deux ou trois rencontres peuvent suffire à nous mettre sur la bonne voie et cela peut même se faire à distance», fait valoir celle qui a opté pour Stéphane Dompierre et Véronique Marcotte. Selon elle, échanger quant à la psychologie des personnages, sur la structure narrative ou sur la façon d’officiellement présenter le fruit de votre travail peut éviter bon nombre de détours inutiles.
Voilà plusieurs années que le Gaspésien d’adoption Philippe Patenaude, de son nom d’artiste Phile, rêvait d’un second album ; le musicien, devenu parolier et chanteur sur la route de sa concrétisation, a joliment atteint son but avec Les vents violents.
« Je me sens comme si j’arrivais au top de l’Everest », a-t-il lancé à la foule lors de son lancement, le 13 juin dernier, à Bonaventure. Le disque est issu d’un travail de longue haleine. Il est aussi le résultat d’un très grand saut exécuté par l’auteur- compositeur-interprète.
Son premier opus, intitulé Le corps territoire (2011), était entièrement instrumental. Phile n’avait encore jamais, avant de présenter son deuxième album à ses concitoyens, offert sa voix à un public. « C’est comme si je n’avais pas suivi les étapes normales. C’est un parcours assez inhabituel, si l’on veut », admet en riant le principal intéressé.
Un heureux mélange
Les vents violents constitue un disque de 11 titres originaux alliant pop et folk ; ses mélodies, parfois planantes, se veulent entraînantes à d’autres moments. L’album est aussi un heureux mélange auquel de nombreux musiciens de renom, dont Marc-André Laroque, Pierre-Olivier Gagnon, Guillaume Doiron et Julien Sagot, ont ajouté leur grain de sel.
Le Gaspésien Guillaume Arsenault a pour sa part collaboré à l’écriture de la chanson Plancher-Plafond. Quant à la chanson Je suis de n’importe où, elle a été rédigée par un internaute, Mamadou Diadhiou, dans le cadre d’un processus d’écriture collective initié par Philippe Patenaude en 2012.
Les thèmes à la fois intimes et universels s’entremêlent également dans les chansons de Phile, par exemple l’apport de l’enfance au monde adulte, les difficultés vécues au sein d’un couple à la suite de la naissance d’un enfant et l’imminence de la mort.
Ceux et celles désirant en savoir plus peuvent consulter la page Facebook « Phile » ou le www.phile.ca. Les mélomanes peuvent également se procurer l’album sur les différentes plateformes numériques et la pochette contenant un code de téléchargement dans certains commerces de la péninsule.
Récemment lancé, le livre constitue le résultat d’un peu plus d’une année de recherche déployée par l’auteur, qui a également signé Carleton-sur-Mer, un regard sur le passé (2017) et Curiosités de la Baie-des-Chaleurs (2018).
Celui qui a exploré de nombreux fonds d’archives a dégoté pas moins de 1300 images. Environ 200 d’entre elles ont été sélectionnées et composent l’ouvrage. Des œuvres de Marius Barbeau, Lida Moser et Carmen Roy sont parmi les clichés qui forment une véritable fenêtre sur l’histoire gaspésienne de 1860 à 1960. Ces images n’avaient d’ailleurs jamais été publiées dans un ouvrage entièrement dédié à la péninsule.
L’humain en avant-plan
Si ces trésors dépoussiérés par l’historien témoignent des mœurs, des traditions, des métiers et du patrimoine bâti de l’époque, c’est surtout sur les Gaspésiens et Gaspésiennes que Pascal Alain a voulu mettre l’accent.
« Le plus possible, je voulais mettre l’humain au cœur de la Gaspésie. C’est le futur, mais c’est aussi le passé. Montrer des bâtiments inanimés avec personne autour, ça enlève en quelque sorte l’importance du lieu », plaide-t-il. M. Alain a d’ailleurs particulièrement cherché à mettre en lumière la gent féminine, très faiblement représentée dans les photographies d’archives.
Le bouquin, qui se consacre au territoire compris entre les Plateaux de Matapédia et Port-Daniel-Gascons, est publié aux éditions GID et est déjà disponible en librairie. Pour plus d’information, visitez la page Facebook « Pascal Alain – Auteur et historien ».
Bien que les festivités battent leur plein depuis déjà plusieurs mois à Nouvelle, la programmation du 150e anniversaire du village réserve encore de belles surprises aux spectateurs.
Si Gilles Bélanger a déjà, par le passé, conçu des spectacles dédiés à l’anniversaire de deux municipalités, l’auteur-compositeur- interprète aura cette fois l’occasion de redonner à sa propre communauté avec L’eau, la pierre et le temps.
Une quinzaine de chansons expressément créées par l’artiste seront ainsi, du 18 au 28 juillet, offertes à la manière de capsules temporelles dans le cadre de cette fresque historique et musicale présentée au Parc national de Miguasha. Accompagné de quatre musiciens et chanteurs, le Gaspésien présentera une heure trente de folk contemporain auquel s’ajouteront multimédia et récits.
Ce dernier se dit privilégié de prendre part activement à un moment marquant pour son coin de pays. « Je viens de Nouvelle et tout ce que j’ai écrit dans ma vie, même le projet Douze hommes rapaillés dont je suis l’initiateur et le compositeur, vient de ma jeunesse dans la Baie-des-Chaleurs », confie-t-il.
Tout un week-end
Kevin Parent a aussi choisi de prêter sa voix, sa guitare et son talent de rassembleur au 150e. Le porte-parole présentera sa fin de semaine musicale aux Nouvellois les 2 et 3 août à l’hippodrome.
L’auteur-compositeur-interprète de Nouvelle, qui offrira plusieurs de ses plus grands succès, sera accompagné de quelques-uns de ses amis lors de la première soirée ; France d’Amour et Mélissa Lavergne notamment, seront du nombre. Le rendez-vous du lendemain s’ouvrira quant à lui avec un clin d’œil aux talents locaux. Suivront Les Révoltés, fort populaires à Nouvelle vers la fin des années 1960, et le groupe Shine.
« Mon but, c’est vraiment de faire vivre aux gens de Nouvelle, d’abord et avant tout, une belle fin de semaine. Je veux faire en sorte que la communauté se tienne, se parle », lance l’artiste et organisateur.
Le 4 août, le spectacle Du Choeur aux cordes sera présenté à l’église en après-midi. Ce concert de cordes et de percussions douces mettra en valeur le quatuor formé de Pascale Croft, Marie- Andrée Gaudet, Marianne Croft et Mélissa Lavergne.
Pour les détails et les billets, visitez le nouvellegaspesie.com
Si ses membres gauches sont partiellement paralysés en raison d’une hémiparésie, le sportif de 15 ans n’a définitivement pas l’intention de s’imposer des limites. « Pour moi, ça ne change rien du tout », lance-t-il, confiant.
Le Marien débute à cinq ans à frapper des volants de badminton dans la cour arrière de la résidence familiale. Membre de l’équipe de son école primaire à sept ans, il en a dix lorsqu’il se joint aux Dragons de l’école secondaire Antoine-Bernard, équipe au sein de laquelle il évolue toujours.
C’est lorsqu’il est convié à tenter l’aventure du para–badminton, en janvier 2018, que son parcours prend une toute nouvelle direction. Il est alors bien loin de se douter qu’il se hissera, l’année suivante, au 28e rang mondial dans la version adaptée de son sport.
Voyager pour jouer
Les compétitions de para–badminton s’enchaînent en 2018. En avril, l’adolescent est sélectionné sur l’équipe du Québec, ce qui lui ouvre la porte du Championnat canadien de Vancouver. Le Gaspésien est toutefois vite confronté à une situation particulière : il est le seul compétiteur de sa catégorie au Canada. « Il n’avait pas le choix de sortir du pays pour aller jouer », résume sa mère, Nadia Bouchard.
Les Championnats panaméricains de para–badminton du Pérou, en novembre 2018, seront déterminants pour la suite ; il y décroche la médaille de bronze. « C’est ce qui a tout fait débouler. C’est pour cette raison-là, d’après moi, qu’il est maintenant sur l’équipe du Canada […]. Ça ne s’était jamais vu qu’un athlète y soit ajouté en cours d’année », mentionne son père, Georges Roussy.
Lorsqu’on lui demande quel est le moment le plus marquant vécu jusqu’ici grâce à sa nouvelle discipline, c’est cette troisième marche du podium qui vient immédiatement en tête du joueur.
Lors de sa rencontre avec Graffici, le jeune homme vient tout juste de rentrer d’une compétition à Ottawa. « J’ai joué contre le troisième meilleur joueur au monde, celui qui a gagné le tournoi. J’ai beaucoup appris », s’exclame-t-il, tout sourire. William est très compétitif sur le terrain, mais pour lui, le badminton demeure d’abord un jeu.
Un « monde d’adultes »
Si le joueur peut évoluer dans ce « monde d’adultes » aux côtés d’athlètes plus vieux que lui, c’est que ses parents ont accepté de l’y accompagner. Ceux-ci ne s’attendaient néanmoins pas à une telle tournure des événements. « C’est vraiment spécial de voir les choses évoluer aussi rapidement. Avant, on trouvait ça loin, aller à une compétition à Rivière-du-Loup », admet sa mère en riant.
Si ce nouveau mode de vie implique beaucoup d’adaptation pour la famille, les parents sont enchantés de voir leur fils aîné ainsi se développer. « C’est vraiment valorisant pour lui de faire ça. C’était difficile de dire non », admet Mme Bouchard. Tous deux professeurs, elle et son conjoint supportent l’athlète, d’un naturel très discipliné, sur le plan scolaire lors de ses déplacements.
Ils rappellent que c’est notamment grâce au soutien de la communauté que William a jusqu’ici pu poursuivre son rêve. La municipalité de Maria et l’école secondaire Antoine-Bernard, qui lui ouvrent les portes de leurs gymnases, sont également d’une aide précieuse, l’athlète consacrant pas moins de huit heures par semaine à l’entrainement.
Un rêve paralympique
Athlète d’excellence au Québec, William Roussy souhaite désormais parfaire son jeu. Lorsque questionné quant à ses objectifs, il laisse tomber, avec une simplicité désarmante, cette réponse : « être champion d’Amérique ». Décrocher ce titre lui donnerait en effet l’opportunité d’entrevoir une participation aux Jeux paralympiques, son rêve ultime. « J’ai des croûtes à manger », ajoute l’adolescent.
D’ici là, de nombreuses aventures l’attendent, son programme de para–badminton des prochains mois étant pour le moins chargé. Une compétition en Irlande, un retour au Pérou, un séjour en Suisse et un tournoi au Japon sont, entre autres, au menu.
Respect de la vie privée