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12 août 2015 12 h 17

1934… « CAP SUR GASPÉ »

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L’idée de célébrer cet anniversaire a été lancée en 1929 par le député libéral fédéral du comté de Gaspé, Rodolphe Lemieux, avec le soutien de Mgr François-Xavier Ross, évêque du diocèse de Gaspé. L’objectif initial était alors de commémorer le souvenir du passage de Cartier par l’ambitieuse construction d’une basilique nationale à Gaspé. Un comité provincial, présidé par le Cardinal Rouleau, archevêque de Québec, est alors formé pour recueillir les 500 000 $ nécessaires à ce projet. Mais dès l’année suivante, en 1930, l’élection fédérale porte au pouvoir le parti conservateur et pour le nouveau gouvernement du premier ministre Richard B. Bennett, ce projet de basilique ne semble pas une priorité. Sans oublier la crise économique qui déferle sur l’Amérique.

C’est ainsi que toutes les années d’organisation et le déroulement de cette fête seront teintés d’une aura politique divergente avec d’une part, les autorités fédérales se faisant promoteur de fêtes anglo-saxonnes, et, d’autre part, Mgr Ross, ardent nationaliste, voulant des fêtes de langue française empreinte de catholicisme, avec l’appui d’associations catholiques et nationalistes du Québec et même du journal Le Devoir.

Au mois d’août 1934, répondant à l’invitation du comité organisateur, baptisé Comité du Souvenir canadien, tout le gratin politique et religieux du Canada et du Québec converge vers Gaspé, tout comme de nombreuses délégations politiques et religieuses de France, de Grande-Bretagne et des États-Unis. Dans la baie de Gaspé, de nombreux navires à l’ancre ont amené ces dignitaires. Parmi eux, figure le luxueux paquebot Champlain, sur lequel a voyagé la délégation française de 200 personnes, composée de politiciens, de religieux et de représentants de la noblesse de France. Paquebots, navires de guerre et pas moins de 150 bateaux de pêche pavoisés aux couleurs des régions de France participeront au défilé nautique dans la baie et le bassin de Gaspé.

Tout l’accueil et la logistique des fêtes avaient été confiés au Bureau des renseignements touristiques du gouvernement du Québec et au Service des hôtelleries du Québec. Pour être capable d’héberger ces milliers de visiteurs, le Service des hôtelleries avait recensé quelque 3000 chambres dans les maisons entre Rivière-au-Renard et Percé. De plus, quelque 58 wagons-lits étaient rangés sur une voie de garage de plus d’un kilomètre de long vers la pointe de Sandy Beach. En termes de frais, pour les visiteurs, il en coûtait entre de 2.50 $ et 3.00 $ par jour pour avoir chambre et pension. Pour 0.75 $, il était possible d’avoir un repas complet à l’hôtel.

Le samedi 25 août à 15 h, le point culminant de la fin de semaine fut le dévoilement de la croix de granit de 42 tonnes, donnée par le gouvernement du Canada pour rappeler le geste de Cartier, 400 ans plus tôt. Provenant de Rivière-à-Pierre, un village de la région de Portneuf, cette croix de près de 10 mètres a été taillée en un bloc par des artisans, puis transportée par chemin de fer jusqu’à Québec et par caboteur jusqu’à Gaspé. Le dévoilement de la croix a rassemblé des centaines et des centaines de gens endimanchés, alors que les bateaux de guerre ancrés dans la baie tiraient une salve d’honneur pour souligner l’événement. En soirée, le grand banquet a réuni quelque 700 dignitaires et invités dans la cour du séminaire. Question de logistique, vaisselle et coutellerie avaient été fournies par le magasin Dupuis et Frères de Montréal.

Le dimanche 26 août, les dignitaires, les invités et la population se sont de nouveau retrouvés pour la grand-messe pontificale au lieu même où devait être construite la basilique qui n’avait pas vu le jour. Célébrée par le cardinal Villeneuve, la messe a eu comme temps fort la bénédiction des trois cloches de la future Basilique du Souvenir, cloches que Mgr Ross avait commandées à une entreprise française.

Durant la fin de semaine, une ombre au tableau a plané sur les fêtes, en particulier lors du discours unilingue anglophone prononcé par le premier ministre du Canada, Richard B. Bennett, devant une foule francophone. Un élément que n’a pas manqué de souligner, en prenant la parole, le premier ministre québécois Alexandre Taschereau en critiquant ouvertement la politique linguistique fédérale.

En termes d’impact, la couverture médiatique a permis à ces fêtes de se rendre un peu partout en Amérique car les discours prononcés lors du grand banquet et de la messe pontificale ont été diffusés en direct sur la radio d’état, CHRC-Québec, CKAC-Montréal, Columbia Broadcasting et National Broadcasting aux États-Unis.

Et ces fêtes ont pu compter sur une chanson thème composée et interprétée par l’illustre Mary Travers, dite La Bolduc, originaire de Newport, qui chantait sa fierté d’être gaspésienne. Une fierté qui ne se démode pas, plus de 80 ans plus tard.

Chanson thème : La Gaspésienne pure laine

par Mary Travers, dite La Bolduc

« Oui tous les pays du monde
Étaient représentés
Pour fêter O joie profonde
L’arrivée de Jacques Cartier

“La Gaspésie, c’est mon pays
Et j’en suis fière, je vous le dis”