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Société
9 juin 2014 10 h 06

Célébrons le chiffre rond

| Je suis venue aux îles pour un contrat de 2 mois. Le 15 juin, ça fera 10 ans. 10 ans… Wow! Ça doit être à ça que ça ressemble des fiançailles.

Les Îles-de-la-Madeleine représentent un rêve, un but à atteindre une fois dans sa vie ou une fois par année. Plusieurs milliers de personnes l’atteignent avec plusieurs milliers d’approches différentes. La mienne fût parsemée de petites embûches et de grandes joies. Juin 2004. Dès le premier rendez-vous, la destination a semblé vouloir me faire travailler dur. Après un bateau raté de quelques minutes à Chandler, je devais faire le grand tour par l’Île-du-Prince-Édouard. Arrivée à Souris par un jour sans traversée, j’ai dû patienter. La lune de miel avec les îles peut durer longtemps. Puis, un jour, habiter l’archipel devient un choix. Tel un bouclier contre le doute et l’isolement, ce sentiment revêt chaque jour des airs d’engagement. L’été, c’est paradisiaque les îles. Par contre, quand le vent d’octobre t’arrive en pleine face et qu’il ne fait qu’annoncer que celui de février… c’est dur. Il n’y a rien de doux aux îles à part, heureusement, le regard des gens. Il y a des jours, des soirs, des nuits où on se sent petit. Les premières saisons sont éloquentes, les suivantes ne sont que précisions.

Hiérarchie instinctive de l’insulaire

Les Madelinots possèdent et nourrissent presqu’inconsciemment une liste aux multiples échelons. Atteindre le numéro un, c’est atteindre le top pour quelqu’un venu de l’extérieur. Ces différentes étapes mènent à la quasi naturalisation des étrangers et peuvent s’étaler sur plusieurs décennies.

5- « On dirait qu’il est là pour rester »
4- « Il s’est fait une blonde par ici » ou « J’ai entendu dire qu’il travaillait là » ou « Il est venu pour combler ce poste »
3- « Il a une maison à lui maintenant »
2- « Il n’est pas d’ici, mais il est ici depuis longtemps »
1- « Ahhh! Tu savais pas qu’il n’était pas d’ici, y’a pas de ce nom-là dans les familles des Îles. »

J’espère être bientôt digne du stade deux. En 10 ans, j’ai travaillé, vanté, haïs, bercé, j’ai fuis, j’ai aimé et j’ai regardé évoluer les Îles-de-la-Madeleine et j’ai fait partie de cette même évolution. J’ai donné la vie à 2 jolis Madelinots bien dégourdis (le troisième arrive à la fin août). J’ai choisi de leur donner un passeport « Gaudet », un nom de famille d’ici. Ça me rappelle que je fais aussi partie de l’histoire des îles. Ça leur évite la liste pour toujours.