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Blogue citoyen

26 juin 2016 6 h 35

LE ROMAN D’UNE VIE IMAGINAIRE

David Lonergan

Blogueur culturel

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Mais qui est cette fille? On ne le saura qu’à la fin alors qu’on pense tout au long de la lecture qu’il s’agit de Marine puisqu’elle y vit, elle qui est née à Cannes-de-Roches. La surprise sera totale. Il vous faudra lire le roman pour le découvrir.

Marine est la narratrice. Pour qui écrit-elle? Ce n’est pas précisé, mais on sent qu’elle doit se raconter pour éclaircir à elle-même son cheminement. Un peu comme un journal intime écrit après coup : chaque chapitre se développe à partir d’un événement de son passé. De son accouchement alors qu’elle vient d’avoir 20 ans à ses 40 ans. On sent l’urgence de Marine, son besoin de revoir son parcours et, si possible, de le comprendre, d’en tirer les leçons de vie pour qu’elle aborde cette nouvelle période de sa vie d’une façon aussi harmonieuse que possible.

Je ne me suis pas méfié du titre du premier chapitre, « Parhélie, mère porteuse ». Elle y rappelle qu’il y a 20 ans, elle était en crise et enceinte de jumelles. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, elle revient sur son passé. Ce chapitre est court, incisif, écrit au présent, et elle est encore (toujours?) en crise. Le deuxième nous introduit dans son passé et raconte, toujours au présent, son accouchement de Marie-Jill et de Jeanne. Accouchement difficile. Marie-Jill par la tête, Jeanne par le siège avec un court instant en perdition. Le ton est donné. Tous les chapitres sont écrits au présent : le lecteur est dans l’action, un peu comme dans un film. Les phrases sont courtes, les paragraphes ne dépassent guère cinq lignes. Marine ne retient que les actions et leurs conséquences, à peine enrichies de commentaires, de réflexions. Au lecteur de découvrir le non-dit. Les chapitres sont courts, le roman aussi.

Autour de Marine, son conjoint et père des jumelles, Hubert, sa mère Madeleine, son père Cliff, son amie Catherine qui viendront relancer l’action ou lui servir de cadre. Des personnages bien typés, toujours vus par Marine, ce qui entraîne des distorsions de la réalité que le lecteur découvrira lentement. Et Coin-du-Banc avec sa plage, l’auberge et le barachois dans toute leur beauté.

Les épisodes qu’elle choisit de relater sont ceux des crises, des sursauts, des choix. Un même événement peut se répartir en deux ou trois chapitres, un autre être traité en une page. L’important est dans le regard de Marine, dans ce qu’elle choisit de raconter et de comment elle le raconte.

Qu’est-ce qu’un parhélie? Wikipédia nous dit que c’est « un phénomène optique lié à celui du halo solaire, consistant en l’apparition de deux répliques de l’image du soleil, placées horizontalement de part et d’autre de celui-ci. […] Le terme est parfois utilisé, dans un sens figuré, pour décrire le pâle reflet, le double amoindri, de quelque chose ou de quelqu’un ». Météo Média souligne qu’un « parhélie est dans la grande majorité des cas, synonyme de mauvais temps. C’est que le phénomène est généralement annonciateur d’une dépression. » Dans ces deux définitions se cache la clé du roman. Chacune des deux éclairant l’autre. Vous comprendrez que je ne peux guère vous en dire davantage.

Mais ce roman n’est pas sans défaut. La difficulté était de garder la cohérence de la proposition romanesque en développant une intrigue qui tenait toujours compte de la dualité (le parhélie) qui se cachait derrière la parole de Marine. Marine croyait-elle à ce qu’elle écrivait ou venait-elle de prendre conscience à 40 ans de ce qu’elle avait voulu voir de sa vie? La proposition posait plusieurs problèmes structurels et Marie-Ève Vibert Trudel a presque réussi à tous les résoudre. Mais pas tous. Remarquez, ça ne gâte en rien la lecture, mais ça affaiblit sa portée « post lecture » si vous réagissez comme moi. Mais peut-être que ça ne vous dérangera pas. Qui sait?