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Blogue citoyen

11 juin 2018 13 h 31

Revoir la Gaspésie au temps des années 30

David Bigaouette

Blogueur citoyen

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Un film de son époque

Commandé par le ministère de la Colonisation, En pays pittoresque  propose un regard sur les progrès de la colonisation dans l’arrière-pays de la Gaspésie dans un but d’en faire la promotion auprès du public. Ce film s’insère dans un contexte où la colonisation était perçue par le gouvernement et le clergé comme un remède à la crise économique de 1929 et à l’exode des Canadiens français vers les États-Unis. Ayant une grande superficie de territoire encore inexplorée dans l’arrière-pays, la Gaspésie était donc propice à la colonisation.

Dans le parcours du film, le prêtre-cinéaste s’arrête avec sa caméra dans plusieurs villages de l’arrière-pays de la Gaspésie afin de montrer les exploits et les avancements de la colonisation. Proulx prend soin de capter des images de plusieurs villages tels que Saint-Octave-de-L’Avenir, Val d’Espoir, Rameau, Pellegrin, Saint-Elzéar, la Mission Saint-Louis, Saint-Jean-de-Brébeuf et L’Alverne. Il s’assure de montrer que les « colons » ne sont pas envoyés sur un sol incultivable et que le gouvernement et le clergé s’assurent de leur confort.

Un objectif double

Si En pays pittoresque demeure un film sur la colonisation dans la mémoire collective, celui-ci se veut aussi une promotion du tourisme pour la région de la Gaspésie. Le film possède donc un double objectif : promouvoir la colonisation et le tourisme dans la région.

Pendant le film, Proulx fait le tour de la Gaspésie tout en filmant des paysages panoramiques ainsi que les attraits touristiques, comme le ferait un touriste en voyage avec une caméra. En effet, le prêtre-cinéaste visite les villes encore aujourd’hui incontournables en Gaspésie : Percé, Gaspé, Carleton, etc. Il visite aussi les rivières à saumon de la région, une activité touristique par excellence. Le spectateur a donc l’impression de faire un tour guidé de la péninsule avec le prêtre-cinéaste. Aussi, celui-ci ne peut s’empêcher de faire une narration poétique, ce qui donne une touche colorée au film.

Comprendre la Gaspésie par l’image

Lorsque nous analysons le film, on peut comprendre que Proulx construisait une identité gaspésienne calquée sur cinq éléments propres à la culture canadienne-française : la terre, la famille, la patrie, la religion et la langue. Cinq éléments fondateurs de l’identité canadienne-française que tenaient à cœur les clérico-nationalistes d’antan. Pour eux, la survivance et l’unité du peuple canadien-français passaient par la promotion de ces valeurs traditionnelles.

Avec les images, la narration et les courtes mises en scène, le prêtre-cinéaste présentait la vie « pittoresque » et quotidienne du Gaspésien qui était caractérisée par l’agriculture, la pêche et la forêt. Proulx voulait donc démontrer au public que la Gaspésie était attachée aux valeurs traditionnelles de nos aïeux.

En pays pittoresque demeure une contribution exceptionnelle au patrimoine culturel gaspésien et à la cinématographie québécoise. Revoir la Gaspésie des années 30 dans nos écrans est comme un voyage dans le temps qui nous permet de voir une réalité du passé. En plus des mœurs et des valeurs, nous pouvons aussi voir comment étaient constitués les villages ainsi que leurs caractéristiques propres, mais aussi les attraits touristiques du temps, les paysages, les occupations des individus, etc.

Le cinéma peut devenir pour l’historien un document qui aide à comprendre un discours d’une société du passé. Par cette approche, nous pouvons comprendre qu’En pays pittoresque possède une importance culturelle et historique, car il fournit des éléments fondamentaux pour comprendre l’histoire de la Gaspésie ainsi que la construction de l’identité de la région.

Je vous invite à visionner le film gratuitement dans la collection numérique de la Bibliothèque et Archives nationale du Québec (BAnQ).