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11 février 2021 9 h 59

Chronique d’une journaliste autrefois endettée jusqu’aux yeux

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CARLETON-SUR-MER | À 24 ans, j’avais plein d’ambition et une pas pire tête sur les épaules. Mais parce que j’avais des diplômes, j’avais aussi…. 44 000 $ de dettes. Et quelques poussières qui, à ce stade, ne comptent plus vraiment.

Je n’avais pas d’épargnes, encore moins de REER, juste une vieille Hyundai Accent 1999 que l’on m’avait donnée et que je gazais à coups de 10 $; j’implorais d’ailleurs les divinités de la mécanique automobile de bien vouloir me prémunir des factures exorbitantes.

C’est ainsi que je fis mon entrée fracassante dans le monde adulte : endettée jusqu’aux yeux. Tout ce que je possédais était dans le moins. Sauf mes connaissances, celles que je n’aurais jamais pu m’offrir sans les prêts et bourses de notre bon gouvernement et le coup de pouce d’autres créanciers. Mais malheureusement, les crédits universitaires ne payent pas le montant minimal à rembourser sur une carte de crédit « loadée comme un gun ».

J’avais confiance qu’avec une première vraie job, j’arriverais à me sortir la tête hors de l’eau. J’avais attrapé au vol cette fausse certitude selon laquelle en allant à l’université, je gagnerais beaucoup mieux ma vie que la moyenne des ours. Or, le salaire annuel assorti à mon tout premier vrai poste de journaliste me permettait à peine de joindre les deux bouts. Et quand je dis « à peine », c’est généreux.

Après un délai de grâce d’un an suivant la fin de mes études et pendant lequel mon problème n’a fait que se creuser jusqu’en Chine, je me suis fait définitivement mettre K.O. par mes créanciers. C’est le souvenir que j’en garde tellement c’était violent. Mon baromètre de stress était au top. Comme personne n’évoque jamais ce sujet épineux, j’avais l’impression d’être la seule personne au monde à être constamment sur la corde raide, à toujours vivre sur son dernier cinq piastres, à calculer son argent 100 fois par jour, parfois au sou près, jusqu’à s’en étourdir. Mais le pire, c’était la honte. Je me demandais comment une personne minimalement intelligente avait fait pour se foutre dans un tel merdier. J’avais vu le solde grimper avec les années, mais je n’en avais compris l’ampleur que lorsque ce fut le temps de le payer. Et j’en étais incapable, même en me serrant la ceinture à double tour.

Au bout du rouleau, je suis allée pleurer ma vie dans le bureau d’un conseiller financier qui m’a tendu une boîte de mouchoirs et qui m’a fait rire. Je retiens une phrase de cette rencontre : « Roxanne, c’est juste de l’argent. » Cette phrase, aussi banale soit-elle, a changé ma vie. Tellement, que quelques années après ma conciliation de dettes, après évidemment avoir suivi ses conseils à la lettre et opéré d’importants changements dans mon quotidien ainsi que dans mon budget, le même conseiller me faisait signer ma première hypothèque. On ne parle évidemment pas d’un château, mais quand même : moi qui ne serais que difficilement parvenue à me faire financer un lave-vaisselle en 2012, j’achetais, quatre cinq ans plus tard, ma propre petite maison.

Si j’ose aborder ce sujet si tabou, celui qui fait grincer tellement de dents, celui qui te met mal à l’aise en ce moment, ce n’est pas parce que j’aime crier mes déboires passés sur tous les toits. Je te le dis noir sur blanc à 38 000 copies imprimées parce que je veux que tu retiennes bien ceci : tu n’es pas le rouge de ton compte en banque, le bruit qu’a fait ton dernier chèque en rebondissant, ni l’insuffisance de tes fonds. Des erreurs, des malchances, des problèmes, tout le monde en a eu ou finira par en avoir. D’ailleurs, s’il n’y a qu’une seule chose à retenir de la pandémie de COVID-19, c’est sans doute que personne n’est complètement à l’abri.

Peut-être que ton année 2020 a été un fiasco financier; ce serait bien loin d’être surprenant. Peut-être que tu crains ton prochain rapport d’impôts parce que tu n’es pas parvenu(e) à mettre un peu de ta PCU de côté. Peut-être que tu t’es endetté(e) pour offrir un Noël à tes enfants ou que ton entreprise en arrache. Peut-être que tu t’apprêtes à déclarer faillite, aussi. Je ne vais pas faire semblant que ce n’est pas grave, je sais combien l’argent peut prendre toute la place quand on n’en a pas.

Ce que je veux te dire, c’est que, quelle que soit la raison qui fait que tu as maintenant cette boule de trois tonnes au fond de l’estomac et des soucis qui ne veulent pas dormir le soir, tu as encore le choix de te faire le plus beau des cadeaux. Peu importe les chiffres devant le moins, s’ils te font la vie dure, demande de l’aide.

Il y a une tonne de professionnels, d’organismes et de services qui ne demandent que ça, t’aider à voir clair et à trouver des solutions. Ils te le diront tous : il y a moyen de faire tourner même le plus imposant des paquebots quand on fait les bonnes manoeuvres. Et le plus tôt restera toujours le mieux. Pile sur ton orgueil, tire sur le band-aid, offre-toi ce luxe de ne pas t’inquiéter chaque fois que tu tends ta carte à une caissière.

Bon! Je te laisse. Il faut que j’aille gérer ma fortune (payer mes comptes). C’est l’expression que j’ai adoptée quand j’ai fait de ma santé financière un jeu et que j’ai commencé à en rire au lieu d’en pleurer. Quand je suis parvenue à escalader, tranquillement, mais sûrement, le Kilimandjaro de la colonne « passif » qui s’était amoncelé dans mon compte en banque.

Ah, en passant! Ne va pas croire que je suis devenue riche, c’est loin d’être le cas. Mais maintenant, je suis capable de parler de mes problèmes au passé. Et si j’ai pu y arriver, crois-moi, tu peux le faire aussi.