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12 mars 2015 10 h 34

UN SCRIBE RETRAITÉ À PERCÉ

Pascal Alain

Chroniqueur

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PERCÉ - Cet automne, je faisais une halte à Percé et j’y ai rencontré un homme à la chevelure et à la barbe blanches répondant au nom de Clément Trudel. Journaliste à la retraite, il a œuvré au Soleil et au Devoir pendant quatre décennies.

Lorsque je l’ai croisé à Percé, nous étions dans la réplique de la maison du pêcheur qui a servi au tournage du film du même nom. Inévitablement, nous avons causé de la crise d’Octobre de  1970.

Le Québec est alors plongé dans une ère assez mouvementée sur le plan des idées et des revendications de toutes sortes. La montée du nationalisme figure en trame de fond. Clément Trudel se souvient de l’esprit du temps et, en particulier, de l’année 1964.
Le samedi 10 octobre, M Trudel se rappelle que la reine Élizabeth II est en visite à Québec. Des protestataires s’apprêtent à l’accueillir comme il se doit. Une manifestation violente, réprimée par les policiers, donne la une du journal Le Soleil du 12 octobre 1964 : Le Samedi de la matraque.
 
«Quelques jours plus tard, se remémore M. Trudel, la direction du journal réagit en ordonnant aux journalistes de minimiser tout ce qui était critique envers la fédération canadienne. C’était arbitraire, un bâillon. Le journal est devenu, pour la direction, antiroyaliste. Entre-temps, j’avais publié un texte sur les directives secrètes qu’on avait données à la GRC pour assurer la sécurité de la reine. Elle [la GRC] devait foncer sur toute personne faisant un signe s’apparentant au RIN (Rassemblement pour l’indépendance nationale) ou au « V » de victoire. On n’avait pas de parti pris. On décrivait les faits et la police a dérapé», raconte le journaliste.

Encore aujourd’hui, on tend épisodiquement à questionner l’objectivité et l’indépendance des médias, le dernier cas le plus flagrant étant celui de Pierre-Karl Péladeau, haut dirigeant de l’empire Québecor. Qu’adviendrait-il du traitement de la nouvelle s’il devenait chef du Parti québécois, ou encore, premier ministre du Québec? La question demeure entière.

De la scène internationale à… Percé

Dans un passé récent, à partir de décembre 2010, on s’en rappelle, de nombreux pays du monde Arabe ont emboîté le pas au «Printemps arabe», une période de contestations révolutionnaires qui a permis le renversement de dictateurs.

Cinquante ans plus tôt, Clément Trudel a été témoin d’un tel rassemblement humain porteur de progrès. «Le 1er mai 1968, je suis sur la place principale à Santiago du Chili. Il y a une manifestation qui attire 500 000 personnes. Parmi les principaux orateurs, il y a le prix Nobel de littérature Pablo Neruda et Salvador Allende, qui sera élu président deux ans plus tard. Cela demeure un moment très émotif pour moi.»

Monsieur Trudel porte un nom bien familier à Percé. J’ai donc présumé qu’il était de retour dans son village d’origine. «Pas du tout. Je suis né à Québec. Je n’ai pas de lien direct de parenté avec les Trudel de Percé», mentionne-t-il. Ah bon! «Et comment avez-vous atterri à Percé?», que je lui demande.

«En 1952, je suis étudiant et je fais du pouce vers Percé. Ça a été l’enchantement d’un adolescent qui découvre une région. Je vais y revenir chaque année à partir de 1977. L’attachement a été croissant. À la retraite, en 2002, nous avons pris la décision de quitter Montréal pour nous installer à Percé.»

Et l’avenir de la région, vous la voyez comment ?«Le côté contestataire des Gaspésiens va demeurer et va prendre une autre allure. Déjà, il y a un non-conformisme gaspésien qui mérite de subsister. Ça demeure une fibre gaspésienne : on ne se laisse pas trop avoir facilement par les beaux parleurs. Il faut continuer de s’éduquer.»