le Lundi 21 septembre 2026

Produire de l’énergie prend de l’espace

L’enjeu est que pour tirer profit des ressources éoliennes, solaires, minérales et hydrauliques nécessaires à la transition, il faut empiéter sur le sol. Ce qu’on pense prendre seulement au passage sans déranger – en hauteur ou dans le sous-sol – on le prend aussi horizontalement sur nos terres, sacrifiant parfois un peu ou beaucoup de terres agricoles, de possibilités forestières ou acéricoles, ou encore de projets de conservation ou d’écotourisme. Un certain chaos règne devant la déferlante, mettant en lumière une gestion territoriale peu agile et concertée. Devant la pression citoyenne, le milieu municipal doit jouer un rôle sans avoir de ressources. Mais sans volonté municipale, comment la province imposera un projet ?


Pour quitter l’énergie fossile, la transition énergétique demande de produire de l’énergie avec des parcs éoliens et solaires à court terme, ainsi que de nouveaux barrages à moyen et long termes. Photo : Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec

Esquiver notre cadre de protection environnementale

Northvolt a été le premier à débouler sur le Québec. Invitée à bras ouvert par le gouvernement québécois qui souhaite devenir « la batterie verte de l’Amérique », l’entreprise s’est retrouvée dans une controverse hautement médiatisée. Ce n’est pas tant son projet qui déplaît, mais la décision de contourner le cadre de protection environnementale par le gouvernement lui-même. Northvolt aura échappé aux lois justement conçues pour ce type de projet, effritant au passage la confiance des citoyens à l’endroit du gouvernement.

Le Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a toujours donné un sentiment de sécurité au public, les citoyens se disant que s’il y a des manquements ou des entorses au projet, l’organisme les identifiera au nom du bien commun. Que le gouvernement ait pris la décision d’esquiver le BAPE aura donc créé toute une commotion. C’est cette peur de perdre l’opportunité d’une usine de cellules de batteries qui a fait glisser la CAQ ainsi, un comportement qu’on observe typiquement dans les pays moins démocratiques
aux institutions environnementales faibles. Plutôt gênant.

L’usine de recyclage de Northvolt, en revanche, moins pressante, a débuté son processus d’évaluation environnementale le 8 mai 2024.

Les interventions des ministres invalidant le cadre environnemental

C’est maintenant au tour de TES Canada de débouler sur le territoire québécois, en Mauricie cette fois. Cette entreprise cherche à produire de l’hydrogène vert qui remplacera l’énergie fossile pour les véhicules lourds et pour les procédés industriels. On dit de l’hydrogène vert, car il est produit à partir d’énergie renouvelable. TES Canada propose un grand parc de plus de 140 éoliennes. Or, le sud de la Mauricie est une des régions à très faible potentiel éolien(1). Une région sans historique de parc éolien se retrouve donc devant un conflit émergent à mesure que l’entreprise signe des ententes de gré à gré, elle qui n’a toujours pas démontré la pertinence de son projet via l’évaluation environnementale se concluant par le BAPE.

Malgré son ampleur, ce projet régional n’a pas fait l’objet de discussion avec les deux MRC qui se trouvent incapables de jouer leur rôle territorial. Sur ce dossier, on aura rarement vu autant de ministres vouloir supporter un projet avec des propos relativement intimidants envers le milieu de la recherche qui remet en question des éléments du projet. Pour préserver un climat social décent, il serait souhaitable que le gouvernement joue un rôle d’arbitre avec plus de retenue, en attendant minimalement l’étude d’impact, un document scientifique, pour appuyer son opinion.

Plusieurs autres parcs éoliens seront proposés bientôt : la retenue des ministres pourrait apaiser le milieu et donner des chances aux promoteurs éoliens de mieux dialoguer avec celui-ci.


Le parc éolien pour l’usine d’hydrogène vert de TES Canada serait plus grand que celui du Nordais (sur la photo), en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent. Photo : Fournie par Axor

Les mines et la rhétorique de transition

Puis déboulera une succession de projets miniers dits de transition : du graphite en Outaouais, du lithium en Abitibi, des terres rares sur la Côte-Nord et du cuivre en Gaspésie. Ces projets font déjà face à cette même déception de démocratie territoriale. Comme discuté dans ma chronique La conciliation du territoire face au boom des claims miniers : le cas de la Gaspésie(2), (GRAFFICI, février 2024) le sous-sol a nécessairement besoin de la surface et on laisse le sous-sol en libre accès sans la même démocratie qu’en surface. Il est difficilement concevable qu’un prospecteur minier puisse réclamer une portion du sous-sol, sans discuter avec la MRC et les municipalités.

La rhétorique de transition est aussi parfois exagérée : les projets énergétiques sont promus comme essentiels pour réduire les GES alors qu’on réduit, en revanche, la capacité d’absorption des GES par la perte des forêts, des sols et de biodiversité. Plusieurs disent que c’est le prix à payer. Mais nous devons aux prochaines générations un minimum de sciences pour décider à leur place de la perte de territoires pour de nombreux projets énergétiques.

Des faiblesses institutionnelles mises à jour ?

Toute cette pression sur le territoire révèle t-elle certaines faiblesses institutionnelles ? Était-ce stratégique de faire une usine de cellules de batteries à cet endroit en Montérégie, là où les forêts sont rarissimes ? La forêt coupée par Northvolt est contaminée, certes, par un usage industriel antérieur, mais elle avait atteint une régénération intéressante. Est-ce stratégique de faire 140 éoliennes en Mauricie là où le gisement éolien est faible ? Devant les opportunités du privé, y a-t-il, de la part de l’administration publique, une analyse plus fine et dynamique des usages et des lieux plus porteurs ? Northvolt et TES Canada sont des projets relativement intéressants, mais déplaçables. Une analyse doit avoir lieu avant pour prévenir le conflit prévisible en répondant à une question simple : ce projet est-il au bon endroit en regard des usages stratégiques actuels et futurs ?

Ici en Gaspésie, la crise du caribou se retrouve aussi dans une situation où le gouvernement québécois a promis des terres aux spéculateurs miniers en plein dans le territoire des 25 derniers caribous des Appalaches. L’épique sentier du mont Vallières-de-Saint-Réal est couvert de titres d’exploration. Incroyable et pourtant vrai!


L’usine québécoise de Northvolt pourrait ressembler à celle déjà établie en Suède. Photo : Fournie par Northvolt

Puis les bénéfices de ces projets reviennent-ils aux collectivités ?

Il y a des redevances minières, mais qu’en est-il des redevances solaires et éoliennes ? À qui appartiennent le vent et les rayons de soleil ? Lorsque la MRC est la promotrice d’un parc éolien, bien évidemment, les bénéfices retournent au milieu municipal. Mais si elle ne l’est pas, comment bénéficier de projets qui font du profit sur des ressources qui traversent ou soufflent sur la municipalité ?

Même pour la redevance minière, elle n’est malheureusement pas redistribuée aux communautés devant accueillir un projet minier, notamment pour gérer la croissance rapide d’une ville, qui 15 ou 20 ans plus tard connaîtra un déclin qui le sera tout autant. Comme Murdochville. Ces ententes sont des pansements à l’absence de redistribution des redevances de la province vers les Premières Nations et les municipalités. Ces ententes ne sont pas encadrées et relativement aléatoires : certaines mines ne donnent aucune compensation locale, d’autres moins de 100 000 $/année, d’autres plus de 500 000 $/année.

Le documentaire Malartic(3) illustre bien l’histoire d’une municipalité trop favorable à un projet et qui n’aura pas négocié assez d’argent pour maintenir la vitalité de sa ville, même en pleine exploitation minière. Murdochville doit obtenir un sort nettement plus joyeux que Malartic.

Un développement régional sans interlocuteur ?

Est-ce la disparition des instances régionales, notamment la Conférence régionale des élus, qui a laissé un vide dans la saine conciliation du territoire ? Pourquoi promettre notre territoire à des entreprises privées sans avoir discuté au préalable avec les Premières Nations et les collectivités de la compatibilité de ces projets avec leurs activités ? Pourquoi est-ce si difficile pour les ministères de dialoguer avec les élus locaux avant de laisser un entrepreneur aller aussi loin ?

Le territoire ne peut pas être développé ni protégé sans un minimum de concertation avec le milieu régional. Le sentiment de fait accompli qu’inflige la province à ses municipalités commence à devenir irritant. Ou, a contrario, l’absence de décision, comme le flou dont fut victime la Gaspésie le 30 avril, qui se retrouve sans plan pour le rétablissement de la population du caribou montagnard des Appalaches.

Même les plus capitalistes d’entre nous – adeptes du libre marché – comprenons que ce manque de sensibilité face à ces projets de transition énergétique qui déboulent pourrait nous coûter cher en perte territoriale pour d’autres usages nettement plus stratégiques à long terme. Le « libre territoire » n’est pas souhaitable, même dans une économie capitaliste.

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1 Carte de gisement éolien du Québec par classe Batelle, Hélimax et AWS Truewind, 2005.
2 Chronique environnement de Julie Reid Forget, le journal GRAFFICI, février 2024.
3 Malartic, documentaire par Nicolas Pacuet, ONF, 2024

SAINT-MAXIME-DU-MONT-LOUIS | Je n’avais jamais mis les pieds dans une forêt boréale millénaire dominée par l’épinette noire. Une forêt jamais coupée, jamais victime d’une épidémie, du moins depuis environ 5000 ans. Nous nous retrouvions dans la Baie d’Alexis, à 660 mètres, le secteur le plus haut du parc national des Monts-Valins, massif surplombant la ville de Saguenay. Nous étions à la limite sud de ce type de forêt. La hauteur des épinettes noires avait quelque chose d’intimidant. Durant ces nuits sans lune, ces grandes épinettes cachaient ici et là quelques étoiles de mon champ de vision. La forêt dense et blanchie par trois mètres de neige enveloppait ce petit chalet, nous donnant l’impression d’être des invités spéciaux de la famille boréale, dans ce qu’on appelait ici affectueusement la vallée des fantômes.

Le mythe des forêts primaires

La Gaspésie n’avait pas ce type de forêt. Il y a quelques lieux en Gaspésie où on peut être entouré de forêts primaires anciennes, celles donnant cette sensation de sacré. Sinon, comme c’est le cas en Mauricie, en Abitibi ou sur la Côte-Nord, la forêt gaspésienne est jeune, maintes fois coupée, pour répondre à la demande en bois d’une économie mondialisée et comme stratégie de création d’emploi d’un développement régional. Ces coupes, récurrentes aux 60 ans, faisaient plus penser à des plantations, transformant une forêt à l’origine mixte en des forêts à une ou deux espèces. Le couvert forestier des terres publiques gaspésiennes était composé à 80 % d’épinettes blanches.

Le mythe des forêts primaires canadiennes est fort. Pourtant, notre histoire forestière était intimement liée depuis longtemps à l’industrie navale britannique, celle qui nous aura fait perdre beaucoup de pins blancs pour fabriquer des mâts de navires de guerre et marchands.


C’est en avril que les lieux des coupes forestières sont les plus visibles, car elles sont encore blanchies par la neige. Les coupes forestières sont certes planifiées, mais les solutions aux défis climatiques sont énormes et les défis gaspésiens différents. Photo : Site Web de Gestion forestière Lacroix

Les feux de forêts et la réaction du Forestier en chef

De retour des Monts-Valins, je demeurais habitée par cette forêt unique avec une peur qu’elle soit victime d’un incendie. Je me suis rappelée cet air chargé de fumée qui nous empêchait de bien respirer à Sainte-Anne-des-Monts à la veille des fêtes de la Saint-Jean-Baptiste. J’avais vu les grandes préparations de mégafeux de joie sur les plages gaspésiennes et les fêtes durent être annulées les unes après les autres, moi qui n’avais jamais célébré la Fête nationale sur une plage. Outre l’air, il y avait le soleil qui n’arrivait plus à se coucher sur le fleuve, lui aussi recouvert de cette fumée de plus d’un million d’hectares de forêts brûlées, 100 fois la surface moyenne perdue des neuf années précédentes.

Devant cette situation hors du commun, le Forestier en chef, Louis Pelletier, avait fait une sortie publique plutôt rare à la fin de l’été, dans son Conseil du Forestier en chef(1), y exprimant que « l’envergure exceptionnelle des feux de forêt de 2023 amène le Forestier en chef à se questionner sur nos pratiques forestières actuelles ». Il y recommandait « d’entreprendre une réflexion globale sur l’aménagement de la forêt en lien avec la réalité de chacune des régions dans le but d’établir une vision commune de la forêt souhaitée ».

L’année 2023 aura été l’année la plus chaude de la terre depuis qu’on mesure sa température. J’aurai pu expérimenter ma pire tempête à vie au Québec en Haute-Gaspésie le 18 décembre. Nous sommes passés de -10 à +15 degrés en 48 heures et je me suis trouvée à suivre en voiture un nuage en rouleau, un phénomène rarissime dans notre coin du monde. Bref, le climat ne nous lâche pas et le thème de la forêt résiliente demeure prioritaire, surtout pour ces régions qui doivent composer avec les risques à la santé et à l’économie que représenteront les feux de forêt dans l’avenir.

Une priorité, mais sans la réflexion globale et profonde souhaitée

La ministre Maïté Blanchette Vézina annonçait à la mi-février la démarche de réflexion sur l’avenir de la forêt et, à la lecture de la démarche et des thèmes choisis, cette consultation convenait plutôt aux spécialistes qu’au grand public. La démarche se déroulait du 13 février au 12 avril avec un arrêt en Gaspésie le 22 février, sur invitation.

De tous les thèmes proposés par cette démarche, seul le thème de la conciliation des usages semblait concerner les MRC, les municipalités et les citoyens. Mais, malheureusement, le ministère oriente la discussion surtout sur la gouvernance de la conciliation plutôt que sur la conciliation elle-même, c’est-à-dire les autres usages du territoire, tels que le récréotourisme, la protection ou l’agroforesterie.

Finalement, le dernier problème et non le moindre, le ministère a planifié des activités de consultation sur invitation sans prévoir un processus d’inscription ouvert. En contrepartie de ces ateliers sur invitation, on ne propose aucun événement public. Cette situation a d’ailleurs rapidement été dénoncée par le milieu environnemental gaspésien.

Il aurait fallu une consultation en deux étapes. D’abord, regrouper les experts des ministères en matière d’exploitation et de protection forestière pour faire un état des lieux et proposer des scénarios à long terme par région en y incluant les engagements de protection de la biodiversité. La deuxième étape aurait dû être de convier la population à comprendre les scénarios de forêt résiliente qui s’offrent à elle et leurs implications pour la communauté.

C’est ce que le Forestier en chef réclamait selon ma compréhension de sa sortie publique et de ses entrevues en septembre 2023. Ce n’est pas ce qu’il recevra.


Répartition des usines de première transformation du bois en Gaspésie et dans l’est du Bas-Saint-Laurent. Photo : Ministère des Ressources naturelles et des Forêts

Développer une forêt résiliente et productive à long terme

Le Forestier en chef glissait aussi la proposition d’une sylviculture intensive comme solution d’adaptation, c’est-à-dire de réelles plantations de forêts mixtes pour un climat plus chaud, offrant une meilleure adaptabilité sur la ressource, mais au prix d’un paysage plus artificiel. C’est une pratique que nous n’avions pas beaucoup développée au Québec jusqu’à maintenant, mais qui aurait l’avantage de donner un coup de main à la nature qui ne pourra s’adapter naturellement assez vite.

En réaction aux incendies terribles de 2023, un des experts québécois de la forêt, le professeur Christian Messier, rappelait l’importance de la diversification des essences forestières comme stratégie de reboisement, laissant une place plus importante aux feuillus aux côtés des conifères, en vue d’augmenter la résilience de nos forêts. Plus précisément, de replanter des essences forestières adaptées au climat gaspésien du futur. La forêt gaspésienne du futur sera une forêt du sud appalachien. Comme pour le Forestier en chef, le spécialiste d’écologie forestière propose un véritable plan Marshall de l’aménagement forestier.

Le titre de la consultation de Québec nous invite à réfléchir à une forêt d’avenir, alors que le cadre consultatif est orienté en partie vers le passé et l’usuel, sans répondre à l’invitation d’une profonde mutation en une vision de résilience pour une productivité forestière à long terme.

Outre ses effets sur l’exploitation forestière du territoire, les changements climatiques auront plusieurs impacts sur les communautés gaspésiennes. L’arrière-pays gaspésien pourrait occuper un rôle important pour assurer un minimum de résilience à la péninsule.


Le campus de Gaspé offre la formation Technologie forestière, visant à former des techniciens en aménagement forestier. La maison d’enseignement peut notamment compter sur deux forêts d’enseignement et de recherche, totalisant 364 hectares. Photo : Cégep de la Gaspésie et des Îles

Pour une Gaspésie d’avenir : une mobilisation régionale sur le climat

Regarder la conciliation du territoire seulement de l’angle forestier est incomplet pour répondre aux questions territoriales forestières ou non forestières.

Chaque ministère vient faire sa consultation pour produire ses stratégies et ses plans d’action sectoriels. Ce sont souvent les mêmes organismes et municipalités qui sont consultés à chaque fois. On nous demande de se mobiliser pour regarder seulement l’angle de la forêt, alors que l’enjeu climatique gaspésien est beaucoup plus large, incluant les pêches, le tourisme, les mines, les aires protégées et l’aménagement des villages côtiers. La forêt peut difficilement être une variable isolée de l’équation climatique gaspésienne.

Heureusement que les MRC et les municipalités de la région sont systématiquement consultées. Toutefois, elles ont un pouvoir décisionnel relativement limité sur le territoire public et, comme pour les autres régions, la Gaspésie s’est retrouvée sans instances régionales dotées de ressources suffisantes pour produire de l’information locale et régionale facilitant la concertation et la prise de décision adaptées à la région.

Étrangement, l’arbitrage des activités sur le territoire public relève aussi du ministère des Ressources naturelles et des Forêts. Comme m’a déjà dit mon dentiste trop politisé en lien avec ce double rôle : « C’est comme mettre le renard en charge du poulailler. »

Devant la montée des eaux et le désengagement de certains prêteurs, dont Desjardins, la Gaspésie devra-t-elle reculer certaines portions de ses villages vers l’arrière-pays forestier? Entre inondations ou sécheresses, la Gaspésie devra-t-elle planifier des berges forestières le long de ses cours d’eau pour mieux retenir les eaux? L’économie touristique pourra-t-elle rester attractive si certaines forêts sensibles étaient artificialisées ou coupées? Cette multiplicité de chemins forestiers facilite-t-elle la prédation du caribou? Puis, à quand une valeur ajoutée au Québec pour ce bois précieux de nos forêts destiné surtout à l’économie américaine dans la transformation très basique en bois d’oeuvre?

La Gaspésie ne retrouvera pas sa forêt primaire millénaire, mais elle pourrait se définir une forêt d’avenir correspondant à une forêt mixte adaptée à son climat futur. Une Gaspésie résiliente saura évaluer proactivement l’ensemble des enjeux climatiques à venir et les meilleures actions à mettre en place sur son territoire pour devenir une région résiliente et attirante.

Chose certaine, l’adaptation au climat n’est plus un projet pour demain, mais pour maintenant.

À défaut d’un dialogue global avec nos ministères, il y a néanmoins certains événements permettant de faire avancer notre compréhension de cet avenir pour mieux agir, notamment le Forum régional sur l’adaptation aux changements climatiques organisé par le Conseil régional de l’environnement de la Gaspésie le 1er mai à Paspébiac.
GRAFFICI y sera.

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1. www.forestierenchef.gouv.qc.ca

La veille, un journaliste m’avait appelée pour comprendre la situation des claims miniers en Outaouais. Par curiosité, j’avais regardé la région gaspésienne sur la carte de gestion des titres miniers(1) . Je suis donc allée skier sachant que, juste au sud, dans la réserve faunique des Chic-Chocs, Vision Lithium détenait plus de 200 claims d’une surface totale de 112 km² sur le Dôme Lemieux où y gisent plomb, zinc et cuivre.

Le boom des claims miniers : pourquoi?

En 2022, un claim sur sept a fait l’objet de travaux d’exploration(2) et très rares sont ceux qui deviendront une mine, suggérant de ne pas s’inquiéter outre mesure. Néanmoins, en date du 30 juin 2023, il y avait en Gaspésie plus de 4700 claims couvrant 2600 km², soit trois fois plus qu’en 2019. C’est trois fois la taille du parc national de la Gaspésie(3) et 13 % de l’ensemble de la superficie de la Gaspésie. Ce n’est pas banal (voir la page Repère).

L’industrie minière est cyclique : il y a des phases d’expansion et de contraction qui rééquilibrent l’offre avec la demande, assez intercalées puisque c’est long développer une mine. Le cycle actuel semble différent. Avec une classe moyenne grandissante issue des pays nouvellement riches et une économie numérique, plusieurs économistes croient que les prix des minéraux resteront élevés pendant plusieurs années.

L’impression de soudaineté de cette croissance minière s’explique, en partie, par le désir de plusieurs pays d’accélérer la décarbonation de l’économie face à l’urgence climatique, et en raison de cette guerre en Ukraine qui rend les minéraux russes et chinois moins accessibles pour les occidentaux.

C’est dans ce contexte que s’est intensifiée la prospection du sous-sol québécois. C’est encore plus vrai pour ces minéraux nécessaires à la transition énergétique(4), surtout, en ordre d’importance : le lithium, le graphite, le cobalt, l’indium, le vanadium, mais aussi, dans une moindre mesure, certains minerais à usages multiples comme le nickel, l’argent, le plomb et le cuivre(5).

La tradition britannique du libre accès au sous-sol est-elle toujours éthique?

Au lendemain de cette superbe journée de ski, j’avais prévu aller faire une virée à Forillon, Gaspé et Percé sous la neige. Malheureusement, les villages côtiers gaspésiens n’étaient toujours pas enneigés. En faisant la route entre Gaspé et Percé, je m’arrête à cette halte municipale en montant juste après Coin-du-Banc. J’y admire les longs glaçons tombant de la falaise. C’est ce qui restait de l’hiver en ce décembre trop chaud.

Rendue à Percé, je m’installe à la microbrasserie Pit Caribou. Je regarde à nouveau la carte des titres miniers pour m’apercevoir que cette falaise que je venais d’admirer avait été claimée par Contigo Resources pour du
vanadium, un de ces minéraux critiques et stratégiques (MCS), expression utilisée pour qualifier ces minéraux importants et difficiles à obtenir, que Québec a rebaptisé « minéraux d’avenir ». Il y avait toutefois un territoire incompatible à l’activité minière en vigueur aussi au même endroit.

La Loi sur les mines du Québec, comme pour le reste du pays, s’inspire de la tradition britannique du libre accès au sous-sol. Elle est aujourd’hui remise en question partout dans le monde, surtout par les peuples autochtones qui la considèrent profondément coloniale. La Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, promulguée par le gouvernement canadien le 21 juin 2021, n’est pas vraiment compatible avec la Loi sur les mines(6), surtout sur le plan du libre accès du sous-sol, sans consentement préalable, libre et éclairé, un principe au coeur des droits des peuples autochtones de cette Déclaration(7).

Outre les peuples autochtones, les gouvernements de proximité se demandent aussi pourquoi ils ne sont pas consultés avant l’octroi d’un claim.


Si la mine de cuivre de Murdochville est la plus connue, moins se souviennent de la Candego Mines Limited, en opération de 1945 à 1954 au sud-ouest de Marsoui, et qui exploitait du plomb, du zinc et de l’argent à destination du New Jersey et des Pays-Bas. Photo : Musée de la Gaspésie – Collection du Centre d’archives de la Gaspésie / Série Candego Mines ltd.

Le pouvoir des MRC : délimiter un territoire incompatible à l’activité minière

Les mines au Québec sont historiquement loin des milieux habités. Elles ont même souvent été à l’origine de la création de certaines villes, voire région, comme l’Abitibi-Témiscamingue. Mais le boom actuel surprend certaines régions, plus au sud, où des communautés expriment ne pas aspirer à un avenir minier.

À la suite de la controversée mine Malartic impliquant plusieurs expropriations, un consensus s’est dégagé pour que le milieu municipal soit doté d’un nouveau pouvoir, celui de délimiter un territoire incompatible à l’activité minière (TIAM) visant surtout à protéger des lieux sensibles au pourtour du périmètre urbain.

Malgré cette avancée, certaines municipalités ont fait le constat qu’il n’était pas facile de faire accepter un TIAM par le gouvernement québécois hors des périmètres urbains. Elles doivent démontrer que l’activité sur ce territoire est d’intérêt pour la communauté, est difficilement déplaçable et que sa viabilité serait compromise par l’activité minière(8). Les explorateurs miniers n’ont pas à faire cette démonstration en désignant leurs claims miniers sur une carte en ligne. Cette iniquité de la preuve est difficile à saisir.

Malgré ce pouvoir, certaines municipalités auront manqué la fenêtre pour enclencher un processus de TIAM avant le boom minier. C’est ainsi que plusieurs municipalités historiquement non minières ont été surprises, causant des situations incroyables, comme celle de la Ville de Gatineau où les terres sous 800 propriétés ont fait l’objet de claims par un entrepreneur minier intéressé au phosphate(9).

La conciliation des usages avant d’octroyer un titre de propriété

Même avec ce dispositif de TIAM, la Loi sur les mines semble encore poser un problème autant dans des régions désintéressées aux mines que dans des régions minières où certains effets cumulatifs commencent à peser lourd sur la biodiversité et la qualité de vie.

Ce qu’on oublie souvent de dire au sujet des claims est que la divisibilité entre le sous-sol et la surface est théorique, car la surface est très souvent nécessaire à l’extraction des minerais du sous-sol. C’est cette divisibilité qui permet au secteur extractif d’être le seul secteur à avoir un tel accès automatique aux terres publiques. L’autre élément important est le fait qu’à la fermeture d’une mine, les terres seront longtemps hypothéquées, ce qui empêche leur réutilisation pour d’autres activités.

En Gaspésie, ce privilège du sous-sol est exemplifié par l’autorisation de faire de l’exploration minière dans l’habitat du caribou, alors qu’on vient d’y interdire les coupes forestières. Cette décision est incohérente puisque ces activités sont tout aussi nuisibles.

Bien que ce ne soit que de la prospection, le claim donne une garantie de pouvoir explorer et donc d’espérer y faire une mine. C’est un titre de propriété en bonne et due forme, donc non révocable, à moins que les conditions de renouvellement du claim ne soient pas respectées.

En somme, ce dialogue au sujet du sous-sol québécois est aussi un dialogue sur la concurrence des usages sur les terres, que ce soit un nouveau développement villageois, une terre agricole, une aire protégée, un projet
récréotouristique, des produits non ligneux, etc.

Des municipalités ont exprimé cet enjeu lors de la consultation sur le développement minier du ministère des Ressources naturelles et des Forêts en mai 2023.

Le secteur minier est peut-être un rêve inachevé pour certains Gaspésiens. Toutefois, la Gaspésie a changé depuis la fin de l’extraction du cuivre à Murdochville en 1999. Lorsqu’on regarde la carte, on pense à l’importance de la qualité de l’eau provenant des lacs de tête et des rivières des Monts Notre-Dame, là où se trouvent la majorité des claims. Lors de cette même consultation au printemps 2023, plusieurs organismes gaspésiens ont aussi exprimé leurs inquiétudes face à l’eau et la cohabitation avec les activités touristiques.


Plus de 20 ans après la fermeture de la fonderie, en 2002, le projet de Métaux Osisko pour la relance du cuivre à Murdochville est le plus avancé en Gaspésie. Photo : Gino Boucher

L’effet de la posture gouvernementale sur l’ambiance conflictuelle

Devant ce phénomène, la ministre Maïté Blanchette Vézina s’est engagée à la fin de l’année à ouvrir la Loi sur les mines pour clarifier les règles du jeu(10).

Le gouvernement aura beaucoup à faire pour répondre aux préoccupations multiples, sans quoi on devra se préparer à vivre d’importants différends sur certains lieux de prospection minière. Celui-ci devra aussi repenser à sa position de promoteur du secteur. La proximité entre une industrie et le gouvernement comporte toujours un risque dans une démocratie capitaliste. Les citoyens doivent avoir confiance que le gouvernement saura analyser et gérer les enjeux environnementaux d’une mine pour que cette mine soit socialement plus acceptable. Le cas de la Fonderie Horne(11) est dramatique à cet égard : la santé publique « négociée » a fortement affecté la confiance citoyenne en ses institutions. L’autorisation récente du mégaprojet Northvolt(12) sans un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) est une autre action gouvernementale qui effrite la relation de confiance.

En plus des municipalités insatisfaites, certains citoyens sont mobilisés et démontrent par l’absurde que leurs seuls moyens de défense contre cette posture gouvernementale est d’acheter eux-mêmes leurs sous-sols(13) .

Bref, la critique de la Loi sur les mines n’est plus marginale et est partagée maintenant par suffisamment d’institutions et d’individus qui réclament simplement la même démocratie au sujet du sous-sol, loin d’être divisible de sa surface.

Pour que la Gaspésie demeure magnifique : un nouveau cadre minier

Mon séjour à Gaspé tirait à sa fin. Je passe par Murdochville et je fais un arrêt à Mont-Louis. Je me demandais à quel point les élus et les citoyens de la Haute-Gaspésie savaient que leur arrière-pays était d’intérêt minier.

La Gaspésie est un territoire adoré des Québécois qui souhaitent la voir protégée et prospérer. La question appartient toutefois aux Gaspésiens : quel sera le bon équilibre entre les lieux visés par les prospecteurs
miniers et les lieux valorisés par les entrepreneurs récréotouristiques?

Je suis de l’école de pensée qu’il y a des mines valant la peine d’être exploitées mais d’autres qu’il faut laisser tomber. Par ailleurs, l’objectif d’exportation doit être évalué sur le sacrifice territorial, si sa réhabilitation n’est pas possible. Il s’agit d’avoir un cadre décisionnel permettant de savoir distinguer un bon projet minier d’un mauvais et de combien de projets avons-nous vraiment besoin.

L’ouverture de la Loi sur les mines sera un excellent moment pour réclamer des changements et pour le gouvernement, de se recentrer dans une position d’arbitrage. Devant la crise climatique où chaque terrain devient de plus en plus précieux, il est important d’y réfléchir avant l’octroi d’un claim.

Les MRC de la Gaspésie peuvent jouer un véritable rôle dans la conciliation territoriale avant que les claims ne repoussent davantage les autres secteurs économiques et les besoins de conservation.
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1. Gestim.
2. Nature des travaux d’exploration déclarés en 2022.
3. Répartition des titres miniers d’exploration par région administrative du Québec 2019-2023.
4. La transition énergétique est le nom utilisé pour décrire le phénomène de remplacement de l’énergie fossile par de l’énergie renouvelable. Toutefois, les minerais nécessaires pour faire des batteries servant au stockage énergétique ne sont pas, eux, renouvelables.
5. Minerals for Climate Action : The Mineral Intensity of the Clean Energy Transitionm, p. 73.
6. Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
7. D’ailleurs, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a donné raison à deux Premières Nations – Gitxaała et Ehattesaht – en matière d’obligation de consultation des autochtones avant l’octroi de claims, illustrant le défi du libre accès traditionnel. En février 2024, ce sera au tour de la Première Nation Anishinabé de Lac Barrière en Abitibi-Témiscamingue de porter à l’attention de la Cour supérieure ce même enjeu de la Loi sur les mines du Québec.
8. Aide-mémoire – Mise en oeuvre de l’orientation gouvernementale en matière d’aménagement du territoire consacrée à l’activité minière, Gouvernement du Québec 2021.
9. Mining claim ‘boom’ pits prospectors against public in suburban Gatineau | CBC News.
10. Course aux minéraux stratégiques : la ministre Blanchette Vézina veut rouvrir la Loi sur les mines pour le développement de la filière batterie, Le Journal de Québec, 5 octobre 2023.
11. La Fonderie Horne (Glencore) est la plus grande usine de recyclage de produits électriques en Amérique du Nord. Elle émet différents polluants dans l’air depuis son ouverture, mais c’est l’arsenic qui est au centre d’un contentieux de santé publique, dépassant les normes de 30 fois, sous autorisation du gouvernement du Québec.
12. Northvolt est une entreprise souhaitant construire une usine de batterie à St-Basile-le-Grand et McMasterville, un secteur industriel ayant bénéficié d’une modification réglementaire, soustrayant ainsi cette usine à l’examen du Bureau des audiences publiques sur l’environnement.
13. Ils achètent des titres miniers pour repousser les prospecteurs, Journal de Montréal, 21 août 2023.

 

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UNE GASPÉSIE BIEN COUVERTE DE CLAIMS MINIERS

Pour mes vacances cette année, j’allais aux Îles-de-la-Madeleine, en visitant d’abord les amis à Montréal. Je décide de passer par le nord du Maine. J’avais déjà emprunté la magnifique route 204 qui longe la frontière américaine au sud de la Beauce, une route toute en hauteur qui montre tout le contraste entre ce Maine forestier et ce Québec devenu agricole. Je m’étais promise d’y retourner. Un jour, la Nouvelle-France devait ressembler à ça.

Moi qui ai grandi près des Appalaches, j’étais très curieuse de voir sa dernière portion américaine juste avant la Gaspésie: le Baxter National Park, où culmine le mythique mont Katahdin qui termine la célèbre Appalachian Trail.

L’écologie du Maine, précurseure de la Gaspésie?

En montant le Katahdin, il était impossible de ne pas penser au massif des Chics-Chocs. Une allure alpine faite de crêtes et de plateaux dénudés. J’étais étonnée d’y voir une toponymie portant les vestiges d’une population abondante de caribou(1) : un lac, un ruisseau, une presqu’île, une pointe, un marais et une ville.

Le Maine a interdit la chasse au caribou en 1899 et les dernières observations font état d’un dernier troupeau vers 1911(2) . Dans un désir de réparation d’un temps révolu, l’État a tenté de les réintroduire à deux reprises : en 1963 et en 1993, sans succès(3) . Chassés par les armes ou par les coupes forestières, les caribous furent décimés ou ont fui plus au nord pour retrouver l’habitat dont ils avaient besoin : celui des vieilles forêts sans chemins multiples. En parlant avec les gardiens de parc, j’entendais la même histoire que celle de la Gaspésie. Sauf que c’était 100 ans plus tôt, une époque au cours de laquelle on pouvait encore justifier notre ignorance environnementale.

La Gaspésie a interdit la chasse au caribou en 1940, lorsqu’il en restait environ 1000, mais, comme pour le Maine, elle a continué à couper la forêt ancienne à chaque année en ouvrant de nouveaux chemins, facilitant aux prédateurs l’accès aux caribous, notamment les faons.

Après cette ascension du Katahdin, je me récompense en me rendant à la taverne gourmande du village. Je commande un repas aux crevettes et, à ma surprise, je reçois des crevettes d’Argentine. Le propriétaire du restaurant me raconte avec mélancolie que le Maine a perdu son industrie de la crevette en 2014, la même année que le moratoire américain sur la morue.

Les décisions d’usage sur les terres publiques et la conciliation

Les décisions sur nos terres publiques sont pour la plupart prises par le ministère responsable des terres publiques, soit le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Au Québec, c’est 92 % du territoire qui est du domaine de l’État et cette proportion est de 78 % en Gaspésie.

Les MRC ont aussi un rôle important dans la planification du territoire, via le schéma de développement et d’aménagement du territoire (SAD), lequel agit comme un document d’intention formulé et conçu de manière à faire ressortir une vision régionale du développement durable. Certaines MRC ont des ententes de pouvoirs délégués quant à la gestion des terres publiques, mais la province conserve toutes les décisions déterminantes du développement régional, notamment les forêts, les mines et tous les autres projets commerciaux(4) .

Dans le processus décisionnel, il y a une volonté de conciliation du territoire qui exige des analyses et consultations. Pour le secteur forestier, les consultations concernent plusieurs plans : les plans d’aménagement forestier intégré tactiques (PAFIT) de l’ensemble de la Gaspésie, les plans d’aménagement forestier intégré opérationnel (PAFIO), annuels, par unité d’aménagement forestier (UAF) et les plans d’aménagement spéciaux de lutte contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Pour la Gaspésie, les dernières consultations ont eu lieu au printemps 2023. Bon an, mal an, elles ont beaucoup de difficulté à intégrer les besoins de protection du caribou.

En parallèle, il y a des consultations dans tous les autres secteurs. Chaque ministère fait ses consultations : les aires protégées, l’aménagement du territoire, les mines ou autres grands projets industriels (ex : Bureau des audiences publiques sur l’environnement, communément appelé le BAPE) ou par enjeu, comme celle sur le caribou qui se terminait en 2022(5) .

Les consultations sectorielles ont un grand défaut : la pensée de groupe(6) . Chaque secteur adopte une position de consensus dans la crainte de déplaire à son groupe, menant à des décisions absurdes, surtout pour les enjeux multisectoriels. Ici, on parle bien sûr du face-à-face entre le secteur forestier et celui de la biodiversité.

Le caribou, comme d’autres, est coincé dans les dédales des silos sectoriels.


Deux des 34 caribous derniers survivants de la population du sud du Saint-Laurent. Photo : Hugues Deglaire

Les attentes d’un développement régional véritablement durable

Le Maine a 6,5 % de terres publiques mais l’État est recouvert de forêt sur 89 % de son territoire97) et 21 % de son territoire est protégé du développement(8) . La Gaspésie est recouverte de forêt sur 96 % de son territoire(9) mais seulement 8 % est protégé du développement et n’arrive pas à inclure l’ensemble de l’habitat du caribou. C’est simplement contre-intuitif.

Il y a évidemment des attentes à l’effet que les décisions prises sur les terres publiques le soient pour le bien commun à long terme plutôt que pour le bien de certains à court terme. C’est pourquoi on s’attend à plus de terres protégées en Gaspésie qu’au Maine. Peut-être fallait-il perdre le caribou pour motiver le Maine à protéger son territoire?

L’État québécois, comme tous les autres, a historiquement cherché la mise en valeur du territoire pour le développement des régions, surtout par l’exploitation forestière et minière ainsi que par la construction de barrages. Ce n’était pas une mauvaise idée que celle des régions-ressources lorsqu’on naviguait dans l’abondance. Maintenant qu’il y a plusieurs concurrences sur l’usage du territoire – terres agricoles au détriment de la forêt, ou la forêt au détriment des aires protégées, ou les mines au détriment de l’agriculture – ces décisions ne devraient-elles pas se prendre de manière moins segmentée, plus stratégique, plus long terme?

La plupart des gens préfèrent blâmer le climat pour le sombre destin du caribou alors qu’il est admis désormais que son habitat n’aurait pas connu un tel recul sans les pressions anthropiques trop nombreuses(10). En effet, l’habitat du caribou aurait reculé de 150 km vers le nord, si seul le climat avait été en cause. Finalement, c’est 650 km de recul vers le nord, causé surtout par les coupes forestières et l’agriculture.


Il y avait une abondance de caribous au Vermont, au New Hampshire et au Maine au début du 20e siècle. Photo : onlinelibrary.wiley.com Martin-Hugues Saint-Laurent et al.

Le caribou, un symbole bien au-delà de l’espèce

Le caribou n’est pas n’importe quelle espèce. C’est une espèce dite parapluie, c’est-à-dire que l’étendue de son territoire ou sa niche écologique permet la protection d’un grand nombre d’autres espèces. En gros, si on protège l’habitat du caribou, on protège toutes les espèces de ce climat alpin unique qui définit les hauts massifs rocheux de la Gaspésie.

Le caribou est aussi un symbole de nos décisions aménagistes qui persistent à mettre en opposition l’économie et l’écologie. D’un côté, on fait un parc national pour protéger le caribou, en délimitant un territoire plus petit que celui dont il a besoin. Et ensuite, on coupe des forêts anciennes année après année dans les zones non protégées de son habitat.


Les coupes forestières dans l’aire de répartition du caribou, de 1976 à 2008. Photo : Nature Québec

Peut-être agissons-nous de manière malhonnête. Soit que nous admettons abandonner l’espèce, soit que nous tentons le tout pour le tout. Il n’y a plus de demi-mesure à ce stade-ci.

Le caribou est un symbole important de nos difficultés à nuancer et d’harmoniser l’écologie et l’économie.

Encore cette préséance politique sur la science

De retour de vacances, je reprends les routes gaspésiennes, j’allume la radio me permettant de me mettre à jour sur les nouvelles locales et régionales.

C’était la journée où la ministre responsable du ministère des Ressources naturelles et de la Forêt ainsi que de la région gaspésienne, Maïté Blanchette Vézina commentait la demande du Comité de protection des Chics-Chocs, qui milite pour que cessent les coupes forestières au-dessus de 600 mètres d’altitude, l’habitat alpin fragile de plusieurs espèces menacées d’extinction, dont le caribou. Ces coupes sont permises par les plans d’aménagement spéciaux contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette afin de récupérer le bois abîmé par l’épidémie(11) .

On y entendait la ministre dire qu’il était « impératif que l’industrie puisse récupérer ce bois afin de protéger la forêt des impacts des changements climatiques ». Ensuite elle précisait que « lorsqu’une forêt est affectée par un insecte, la forêt devient vulnérable aux feux de forêt »(12) .

Le choix des mots. « Impératif » est un mot qui nous dit que c’est la priorité absolue. Ensuite, elle tente de faire un lien entre cette forêt spécifique en Gaspésie et les feux de forêt au Québec dans son entièreté. Et, elle lance une affirmation peu soutenue que d’aller chercher ce bois en altitude est la meilleure décision pour notre résilience face au climat.

L’absence d’argumentaire scientifique spécifique rendait le commentaire malaisant pour l’auditeur et, en fait, ne faisait que soulever plus de questions : dans ces lieux spécifiques de la Gaspésie, est-ce que la coupe de l’épinette abîmée par la tordeuse est d’abord « urgente »? Quels sont les risques de feux dans l’habitat des caribous(13). Ensuite, quels sont les impacts d’aller chercher ce bois dans l’habitat précaire du caribou, considérant que les chemins donnent accès aux prédateurs? Puis, même, n’est-ce pas mieux pour la forêt de laisser le bois mort contribuer à la régénération du sol comme il fut décidé par le parc national de Gros-Morne de Terre-Neuve?


Le recensement des feux de forêt en Gaspésie depuis ~1900 dans l’aire de répartition du caribou. Photo : Image tirée du site Web de Forêt Ouverte

Entre l’impératif du bois et celui de la survie du caribou gaspésien

Au dernier recensement de 2022, il y avait entre 33 et 36 caribous en Gaspésie(14) .

Depuis la création du parc national de la Gaspésie en 1937, qui visait la protection du caribou, il semble toujours y avoir quelque chose de plus « impératif » que le caribou: une route, une mine, des emplois. Le rapport récent de la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards, conclut qu’il y a « urgence d’agir » et que nous avons la « responsabilité morale et légale » de le faire.

Bien sûr, il est encore possible et souhaitable que le gouvernement du Québec se décide enfin à protéger tout l’habitat du caribou de la Gaspésie et réduire les possibilités forestières. Sinon, il restera un seul outil juridique pour le caribou, celui que doivent craindre plusieurs. C’est le décret d’urgence fédéral de la Loi sur les espèces en péril(15) . Cette loi du dernier recours peut stopper toutes formes de développement pour protéger l’espèce.
La rainette faux-grillon aura eu raison d’un développement immobilier à Laprairie. Il suffit d’un ministre motivé.

La seule manière de préserver l’identité gaspésienne d’une nature abondante et de ne pas avoir à traîner la même mélancolie ou honte que les citoyens du Maine face à leur relation avec la nature perdue – morue, crevette, turbot, homard, caribou – est de prendre la situation en main pour vrai.

1 Au Québec, il y a une seule espèce de caribou, le caribou des bois (en latin: Rangifer tarandus caribou; en anglais: Boreal Woodland Caribou). Il y a toutefois 3 écotypes: le caribou migrateur (Nunavik), le caribou forestier (Eeyou Istchee, Côte-Nord) et le caribou montagnard (Gaspésie et Monts Torngats). La situation du caribou au Québec, Gouvenement du Québec, Site Web, Septembre 2023.
2. Where did the Caribou Go, Matthew LaRoche, Superintendent, Allagash Wilderness Waterway.
3. https://www.life.com/animals/when-maine-really-wanted-itscaribou-back/
4. Lignes directrices relatives à l’encadrement de la vente de terres du domaine de l’État à des fins commerciales, industrielles et autres que personnelles, Gouvernement du Québec, 2016.
5. Rapport final, Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards, Gouvernement du Québec, 2022.
6. Comment éviter la pensée de groupe ?, Secrétariat Général – DRH – CEDIP, mars 2017
7. Forests of Maine, 2021, USDA Forest Service, 2022
8. Conserving land to save our future, themainemonitor.org
9. Comptes des terres du Québec méridional, Édition 2023, Gouvernement du Québec.
10. Climate change alone cannot explain boreal caribou range recession in Quebec since 1850, Global Change Biology, 2023.
11. Aménagement forestier en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Gouvernement du Québec, Site Web, Septembre 2023.
12. Pas d’arrêt des coupes forestières dans les sommets des Chic-Chocs, ici.radio-canada.ca, Septembre 2023
13. La carte des feux de forêt de Forêt ouverte suggère des risques faibles, notamment parce qu’aucun feu de forêt est répertorié dans l’habitat principal du caribou depuis 1968. Gouv. du Québec.
14. Caribou de la Gaspésie, Nature Québec, Site Web, Septembre 2023.
15. Loi sur les espèces en péril ( LC 2002, ch. 29)


Photo : Hugues Deglaire

HAUTE-GASPÉSIE | Comme plusieurs, j’ai commencé à fréquenter le territoire gaspésien comme « pleinairiste » pour peu à peu m’y installer. L’an dernier, lorsque ma famille m’a visitée, elle était intéressée à taquiner la truite dans l’arrière-pays. En magasinant notre lac à partir des images satellites, je remarque les damiers des coupes forestières. J’informe ma famille du choix : un lac plus près du chalet dans la réserve faunique des Chic-Chocs avec une forêt clairsemée par les coupes ou un lac du parc national de la Gaspésie avec sa forêt plus dense. Évidemment, elle a choisi le parc, mais est demeurée surprise que les forêts si près des refuges pour les caribous aient subi de telles coupes.

Perçoit-on les réserves fauniques comme des parcs?

L’histoire des réserves fauniques permet de comprendre pourquoi certains pensent qu’elles sont protégées. Avant la Loi sur les parcs de 1977, les réserves fauniques portaient le nom de parc même si l’exploitation commerciale des ressources y était autorisée. Ensuite, elles ont porté le nom de « Réserve de chasse et pêche du Québec » pour finalement être désignées sous l’appellation « Réserve faunique ». Le nom est encore un problème puisque la faune mise en valeur se développe parfois au détriment de celle à protéger, comme l’orignal et le caribou. La confusion quant à l’écart de protection entre les parcs et les réserves fauniques vient du fait que les deux sont gérés par la Sépaq.

Les touristes du sud du Québec n’ont pas envie de voir de nature souillée comme ils n’ont eux-mêmes plus accès à ces grandes forêts. Elles furent pour la plupart coupées au profit de l’agriculture et du milieu habité, pendant des centaines d’années, au fur et à mesure, petit à petit, grugées par les décisions de tous et chacun, sans culture collective de protection des milieux naturels. Si bien que chaque hectare de forêt y est précieux de rareté, rappelant tristement une Nouvelle- France qui fut jadis forestière. Par exemple, pour les régions au sud-ouest de la Gaspésie, du Bas-St-Laurent à la Montérégie, c’est entre 1 % et 4 % de leur territoire terrestre qui est protégé.

Pour certains, le territoire gaspésien est un grand parc protégé qui empêche la Gaspésie de s’enrichir. Un discours antiprotectionniste. Pour d’autres, c’est l’inverse : les compagnies forestières détruisent la nature. Un discours antidéveloppementiste. Comme dans toutes choses, la nuance existe et l’intégration serait souhaitable.

Les niveaux de protection du territoire en lien avec le développement

L’Union internationale de la conservation de la nature classifie les aires protégées par niveau de protection: le niveau I est le plus élevé jusqu’au niveau VI, le plus bas. Elle définit une aire protégée comme : « un espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen efficace, juridique ou autre, afin d’assurer à long terme la conservation de la nature ainsi que les services écosystémiques et les valeurs culturelles qui lui sont associés ». Le Québec est membre de l’Union et a récemment atteint une protection de 17 % de son territoire terrestre, majoritairement au nord. C’est au-delà de la moyenne canadienne (13 %)(1). Mais le Canada demeure en proportion nettement moins protégé qu’une centaine de pays(2).

Et la Gaspésie, est-elle trop protégée ou pas assez? C’est seulement 8 % du territoire qui est protégé, majoritairement composé du parc national de la Gaspésie, du parc national Forillon, des refuges fauniques pour les caribous et de la réserve écologique de Grande-Rivière.

Au sens de la définition d’une aire protégée, les réserves fauniques n’ont pas de statut de protection. Un parc national dispose d’un statut de protection de niveau II, un des plus élevés. Seules les réserves écologiques, niveau I, sont davantage protégées qu’un parc : l’accès y est restreint pour les humains, comme notamment pour la réserve écologique de Grande-Rivière. Qu’en est-il des zecs, les zones d’exploitation contrôlée? Elles sont comme les réserves fauniques, c’est-à-dire non protégées, mais structurées avec un gestionnaire sur le terrain qui ne dispose pas des moyens de la Sépaq.


Cette photo aérienne montre à quel point l’exploitation forestière réalisée dans la réserve faunique des Chic-Chocs, visible à droite sur l’image, est accentuée quand on la compare au couvert forestier du parc de la Gaspésie, à gauche, en faisant abstraction du sommet dénudé du mont Jacques-Cartier.

Concilier les usages sur le domaine de l’État

Entre le milieu habité et ces territoires structurés, reste les territoires dits libres, c’est-à-dire non structurés. Plusieurs activités y sont autorisées et on y facilite l’accès, notamment la construction de chalets. On peut faire une demande, mais ces terres peuvent toutefois en tout temps être révoquées pour d’autres activités jugées plus pertinentes par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Il en est le gestionnaire.

C’est près de 75 % du territoire gaspésien qui est du domaine de l’État, structuré ou pas, protégé ou pas. C’est moins que la Côte-Nord (99 %) mais plus que son voisin, le Bas-St-Laurent (50 %).

En réalité, la Gaspésie n’est pas un grand parc, c’est plutôt un grand territoire public.

Le parc national de la Gaspésie : sa taille réduite et les empiétements du passé

Malgré sa distance des centres urbains et son territoire accidenté, est-ce que la Gaspésie est à l’abri du développement classique qu’ont connu les régions du sud du Québec? Déjà dans l’histoire, le parc de la Gaspésie a connu quelques empiétements. Celui-ci a été créé en 1937 dans le but de « protéger le caribou forestier, les saumons de la rivière Sainte-Anne et la beauté des Monts McGerrigle et du Mont-Albert »(3) . En 1952, le gouvernement décide de prolonger la route du parc du Gîte du Mont-Albert jusqu’à New Richmond. Sûrement intéressant pour les Gaspésiens et les entreprises forestières, beaucoup moins pour le caribou. En 1963, un décret y autorise la prospection, de laquelle est née Mines Madeleine Ltée qui y fut en exploitation jusqu’en 1982 (4). En 1963, un nouveau décret est promulgué pour autoriser la coupe de bois dans le parc.

En 1977, la première Loi sur les parcs clarifie les statuts de protection et met fin à l’exploitation des ressources. En 1981, à la suite d’audiences publiques, le parc national de la Gaspésie voit son territoire passer de 1285 km2 à 802 km2, mais le niveau de protection de ce qui reste est rehaussé. À titre comparatif, le parc national du Mont- Tremblant passe aussi de 3100 km2 à moins de la moitié, 1510 km2 pour les mêmes raisons. En gros, les parcs, plus petits, sont devenus de vrais parcs et le reste, en réserve faunique, en zec ou en terres publiques a perdu plusieurs intentions de protection.

On peut attribuer ces empiétements à une culture conservationniste encore en émergence, mais aussi à une culture politique de développement régional par les ressources naturelles. Aujourd’hui, le cadre juridique et la culture de la conservation rendraient difficile le pouvoir discrétionnaire politique d’empiéter sur une terre protégée.

Ce beau grand parc est le porte-étendard du patrimoine naturel gaspésien mais il a été et demeure régulièrement remis en question.

Une culture de développement écologique?

Devant les différentes pressions sur le territoire, comment allons-nous décider dans le futur quelles terres protéger, quelles terres développer? Est-il possible de développer et protéger en même temps?

Il y a au moins deux grands arguments pour souhaiter apprendre à développer le territoire tout en le protégeant, plutôt que de les voir en conflit. Le premier, c’est que si nous n’apprenons pas à développer tout en protégeant, il est possible que les aires protégées deviennent contestées, car nous n’aurions pas assez de terres pour tout le monde et nous voudrions empiéter, par pouvoir discrétionnaire. Le deuxième est l’appauvrissement ou la disparition de sols productifs face à l’agriculture, la foresterie et les mines. Le surusage d’un lieu à répétition avec des méthodes écologiquement stressantes peut, à terme, rendre ce lieu improductif à de futurs usages, nous poussant aussi à vouloir empiéter sur de meilleures terres, dont celles protégées.

Le pouvoir discrétionnaire d’empiétement sera protégé de la pression publique si et seulement si nous apprenons à développer en respectant les limites écologiques du territoire.

Trop de terres réservées aux possibilités forestières?

En principe, le ministère des Ressources naturelles et des Forêts encourage tous les types de projets de mise en valeur du territoire(5). En pratique, toutefois, notamment sur le territoire gaspésien, il y a un nombre important d’unités d’aménagement (UA).

Les trois UA gaspésiennes représentent 10 705 km2 selon les fiches 2023-2028 du Forestier en chef. C’est 13 fois la taille du parc national de la Gaspésie et 50 % de la superficie de la Gaspésie au complet. C’est 1400 emplois, environ 4 % de la population active gaspésienne.

En résumé, est-ce le parc qui dérange les entreprises forestières ou sont-ce les terres publiques réservées aux entreprises forestières qui limitent la diversification par l’émergence d’autres secteurs dans l’arrière-pays? Plusieurs projets pourraient être intéressants, notamment les produits non-ligneux, l’écotourisme et l’écohabitation.

Saurons-nous un jour développer et protéger en même temps?

Entre le tout protégé et le tout développement, il serait peut-être temps de se donner d’autres moyens et d’attribuer des statuts de protection favorisant l’apprentissage, notamment le niveau VI, l’aire protégée avec utilisation durable des ressources naturelles. Les pays qui ont réussi à atteindre des pourcentages élevés de protection de leurs territoires utilisent une variété de statuts de protection. Le Québec a une stratégie de protection moins variée : 82 % des aires protégées sont des parcs nationaux(6).

Peut-être que les deux réserves fauniques – Matane et Chic-Chocs – autour du parc national de la Gaspésie, pourraient envisager d’ajouter des protections de niveau VI pour avoir un effet de « dé-protection ou re-protection » plus graduel, dans l’esprit des zones tampons des réserves de biosphère de l’UNESCO(7).

La Gaspésie ne manquera pas de milieu naturel en bonne santé de sitôt, mais avec seulement 8 % de ses terres protégées, elle court des risques de devenir comme les autres. Finalement, le discours de mettre vaguement le blâme du retard économique de la région sur le « beau grand parc » n’est simplement pas justifié.

1. Base de données canadienne sur les aires protégées et de conservation – Canada.ca
2. World Database on Protected Areas (WDPA)
3. Portrait du parc – Parc national de la Gaspésie – Parcs nationaux – Sépaq
4. Marc-Antoine DeRoy, MINES MADELEINE LTÉE, 1969-1982 : Développement industriel en marge du Parc de la Gaspésie, Graffici, vol.23, no 3
5. Occupation du territoire public | Gouvernement du Québec
6. Répartition des aires protégées au Québec, par catégorie UICN, en superficie et pourcentage
7. Réserves de biosphère au Canada

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