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Société
24 avril 2017 10 h 51

AGIR

Comme celle, récente (qui n’en est pas vraiment une), voulant que les dépenses militaires annuelles des grandes puissances mondiales aient pris, avec les années, des proportions démentielles : Chine, 145 milliards de dollars annuellement ; États-Unis, 604,5 milliards ; Russie, 59 milliards ; Royaume-Uni, 52,5 milliards ; France, 47 milliards, etc. (Le Devoir, 15 février 2015). Ajoutons à cela l’arrivée des « génies » de la gouvernance, sortis malencontreusement de la lampe maléfique des élections américaines qui, venant de prendre place au panthéon du pouvoir à Washington, en redemandent. On s’apprête ces jours-ci, chez nos voisins du sud, selon les nouvelles du jour, à en rajouter 55 milliards, rien de moins.

Pendant ce temps, des dizaines de millions de citoyens états-uniens n’ont pas de couverture en santé et les pauvres qui viennent de s’en procurer une grâce à l’Obama Care, risquent toujours de se la faire enlever par la nouvelle administration. Nous ne parlerons pas de la Syrie qui est exsangue, ni du Soudan du Sud où la faim, la famine, sont devenues des armes de guerre (Le Devoir, 21 février 2017) ; ni de tous les feux de brousse qui sont prêts à embraser un coin ou l’autre de la planète. Bref…

En cette période quelque peu trouble que nous vivons actuellement où violence, mensonges, corruption et j’en passe sont quotidiennement à la une des médias, où l’on se demande si c’est encore possible de faire confiance à qui que ce soit, où la réalité objective n’a plus d’importance, laissant place aux interprétations tous azimuts dictées par les humeurs intempestives du moment… bref, nous pouvons assez aisément être tentés de nous laisser aller à la déprime et au négativisme, voire au cynisme. Certains ne s’en privent pas d’ailleurs.

Agir pour ne pas laisser faire…, mais comment ?

Bien sûr, il y a ces appuis que nous pouvons donner aux grands organismes humanitaires  qui agissent de par le monde (UNICEF, Médecins sans frontières, la Croix-Rouge etc.) pour soulager la misère et la souffrance. Nous pouvons même nous y engager personnellement si cela nous est possible. Mille engagements sont possibles…

Il y a de grands et de petits gestes.

À bien y penser,  beaucoup  de personnes agissent sur le monde dans le silence de l’anonymat, par des gestes modestes et répétés, posés sans l’éclat des porte-voix médiatiques et dont les répercussions changent lentement, mais sûrement la face du monde. Ces gens, qui sont, pour ainsi dire, chacun de nous ou beaucoup parmi nous, sont en marche parce qu’ils croient à la bonté des femmes et des hommes, malgré les grandes déchirures qui défigurent tant l’humanité.
Nul n’a besoin de devenir président ou premier ministre de son pays,  d’avoir accompli des exploits spectaculaires (même si ceux-ci peuvent être inspirants parfois) ou de porter bien haut les drapeaux de la révolte, pour apporter une contribution valable au monde que nous habitons, nous savons cela.

Une grande amie à moi rêvait de donner un toit, un refuge à son fils souffrant de maladie mentale. Avec des personnes tout aussi concernées qu’elle par ce défi, elle y est parvenue après plusieurs années de travail. Ainsi, ensemble, ils ont changé radicalement la vie de dizaines et de dizaines d’autres personnes vivant les mêmes problèmes. Ils ont transformé ce monde.
Il est pertinent de se demander ce que serait la Gaspésie, le Québec, le monde dans son ensemble, sans ces personnes, sans ces actions. Un simple sourire au coin d’une rue, une poignée de main, une parole d’encouragement, grands et petits gestes ; tout cela contribue à la magie de l’alchimiste qui a le don de transformer le vil métal en or. Changer le monde, un geste à la fois.

Je suis souvent fasciné par les personnes qui s’investissent dans les arts tels le théâtre, le chant, la poésie, etc., pour nommer le monde ou le réinventer… Voici ce qu’en dit  Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de la revue Relations : « Comme l’artiste insuffle du sens à la matière en s’imprégnant d’elle afin de la transformer en œuvre d’art, le monde devient une habitation humaine parce que des hommes et des femmes lui sont unis par une amitié indéfectible. C’est à cette amitié que nous œuvrons, en demeurant en outre, la mouche impertinente du coche, contrainte à veiller sur ce trésor sans prix. » (Tiré de : Le Désert et l’Oasis, Nota Bene, p. 97)

Chanter… Oui, chanter…Pour oublier, se souvenir, s’énergiser, se lancer dans le vide… Combien de personnes, chez nous comme ailleurs, passent des soirées voire des fins de semaines entières à parfaire l’apprentissage en commun, de chants afin de les donner avec la plus grande perfection en concert? Par simple amour de cet art et désir de le transmettre. Un ami me disait que chanter dans un chœur lui avait permis de traverser la période la plus douloureuse de sa vie.  À la fin d’un concert, une dame est venue à moi me disant comment elle avait passé un après-midi exceptionnel, que le Laudate Dominum de Mozart l’avait « transportée jusqu’au ciel ».

Ces « choses inutiles […] qui nous font du bien…» que chantait  Sylvain Lelièvre.
Pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine, on a rapporté dans les médias à l’époque qu’à Sarajevo, la capitale,  en plein cœur des bombardements, des femmes et des hommes de théâtre continuaient à monter des pièces, tout simplement pour rester en contact avec leur humanité, ne pas sombrer dans l’horreur et la folie meurtrière.

C’est aussi au son des violons et des voix humaines que le Titanic s’est engouffré dans l’océan.
Que d’exemples pourrions-nous donner où l’art est venu se poser en rempart (ou en « mouche du coche ») contre l’inhumanité. Jean-Claude Ravet à nouveau : « Qu’est-ce que l’art,[…], sinon le lieu privilégié d’une dissidence au pouvoir écrasant de la réalité? Le lieu d’une profonde solidarité avec la lutte opiniâtre des hommes et des femmes en révolte contre le destin… ». Qui a eu le privilège d’observer la célèbre « Guernica » de Picasso, cri du cœur, d’indignation, de révolte, d’un maître de la peinture contre les horreurs des bombardements de la ville du même nom lors de la révolution espagnole en 1937, aura tout compris.

Bien sûr, que de naïveté dans ces propos, diront certains; peut-être…

Il serait cependant  éclairant de savoir ce qu’en penserait notre ami Albert s’il vivait encore…