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Blogue citoyen

15 février 2019 10 h 57

La maison Busteed : une maison, deux visions

David Bigaouette

Blogueur citoyen

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Vu son état de nos jours, plusieurs critiques ont été dirigées envers le Conseil de bande afin d’agir au nom de la conservation du patrimoine. Or, le sort de la maison fait partie d’un enjeu qui va au-delà de la simple conservation du patrimoine.

Un malaise qui persiste

Alors qu’une partie de la population y voit dans cette maison un joyau patrimonial, une autre partie y voit plutôt un héritage colonial qui rend mal à l’aise. En effet, l’histoire de cette maison nous démontre que son terrain fut revendiqué à plusieurs reprises pendant le XIXe siècle par les Mi’gmaq de Listuguj.

Selon l’arpentage initial tracé par le gouvernement de l’époque, le terrain de cette maison faisait partie de la réserve de terres concédée aux autochtones. Malgré les nombreuses protestations au fil du temps, la maison fut habitée par des personnes blanches étant dans une position de pouvoir vis-à-vis de la communauté de Listuguj.

Finalement, la ligne de la frontière fut changée et la maison demeura en possession des Busteed. La symbolique autour de la maison n’est donc pas la même pour la population blanche que pour les Mi’gmaq.

Selon les paroles du chef Darcy Gray, cette maison reflète un souvenir douloureux du passé colonial qui blesse encore la population de Listuguj. Les valeurs que reflète cette maison ne sont donc pas acceptables pour la population de Listuguj. Il faut rappeler que durant son passé, Listuguj s’est vue dépossédée de son territoire, un espace vital pour les communautés autochtones.

C’est pourquoi la population estime devoir se réconcilier avec la maison avant d’entamer un quelconque projet. À l’aide d’un processus de décolonisation, la symbolique autour de la maison pourrait changer et se faire accepter par les Mi’gmaq.

Le droit de décider

Au final, il n’y a que les Mi’gmaq qui possèdent la légitimité de décider du sort de cette maison, car le Conseil de bande en est le seul propriétaire. Avoir une approche paternaliste en faisant pression ou en dictant aux Mi’gmaq comment ils doivent se sentir devant cette maison ou l’interpréter ne ferait que mettre de l’huile sur le feu. Eux seuls savent comment se sentir devant cette maison.

S’il faut envisager quelque chose, il faudra d’abord que cela passe par une réelle écoute, une réelle collaboration et en se fiant à la décision finale de la communauté. D’ailleurs, des idées de projets font déjà leur chemin et le Ministère de la Culture du Québec est prêt à soutenir la communauté de Listuguj. Espérons que les parties trouveront une entente sur cette maison au passé sombre.