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Blogue citoyen

25 avril 2015 10 h 15

LA PRÉFECTURE PERPÉTUELLE

Bilbo Cyr

Blogueur

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J’étais petit. À l’entendre me dire « mon petit gars ». Je le suis encore aujourd’hui, mais il n’est  pas si grand qu’il se croit. Je serai longtemps plus jeune que lui, c’est déjà ça de pris. Toujours est-il, qu’il était maire avant que ma mère ne le soit. Presqu’à l’époque du gisant sur son gibet, si quelqu’un s’en souvenait. Un contemporain  de Mathusalem entré au pouvoir avant que Fidel et Raoul ne mettent la botte au palais.

Ce n’est pas de l’âgisme, c’est de l’Histoire. Celle d’un habitué à la ripaille, aux verres à vins chers et aux canapés payés par le public, bouffés en privé, en bonne compagnie de canailles n’ayant rien à se reprocher. Cumulant les ponctions de représentation et l’essentialité de l’omniprésence, il semble que de plus en plus, on ne parle que par sa voix, par son pouvoir d’influence, que sans son consentement, rien n’a de chance. Chef des chefs, petit roi nu du tiroir-caisse, grand compte de dépendance et objecteur d’inconscience, il rédige à l’allumette le scénario d’un marionnettiste en transe. Qu’il soit question du train, de l’autobus ou de la gestion des vidanges, il est partout où rien ne change. « L’abdictateur » nous soumet, avant que la lutte ne commence, certain qu’il est de voir reconnue son allégeance de valet.

Prendrait-il un portevoix que je ne trouverais pas mon dépit dans sa parlure. Je n’y sens que le mépris, la suffisance, l’usure et l’enflure. Vous aurez compris que moi et lui, on ne s’aime pas beaucoup, même si par politesse, on se dit tu au lieu de vous. Chacun joue son rôle d’une comédie pas drôle, mais ça ne trompe personne. C’est dans ce billet de biais que ça sort, que je lui glisse un coup de coulisse au fond du trombone.  La caisse claire résonne, roucoule une marche militaire, à droite comme les vraies affaires.  Teint en rouge, comme le feu, quand rien ne bouge.

Rien d’autre que les « tricheux ». Les autres attendent patiemment derrière la ligne, qu’on passe au vert, qu’il fasse un signe. Mais le clairon et les flonflons sont toujours là, la parade passe et les chiens aboient. Les plus dangereux ne sont pas ceux qui remplissent leurs poches de dessert, mais ceux, serviles, qui leurs tendent les cuillères en nous regardant manger par terre. La loi, les habitudes tenaces  et l’ordre sont de son bord, mais c’est tout. Ça suffit à peine à masquer la légitimité qui s’érode par-dessous. Il parle au nom de qui quand il dit : « nous », et de quel droit?

Les récents événements confortent ma position. D’abord sa millième réélection sans opposition et les nominations par acclamation, parfait symbole d’une chaine huilée dont il est un faible, mais habitué dernier maillon. Celui qui maintient le boulet en place, à nos pieds fatigués. Aurait-on osé voter pour notre geôlier? Puis, vient avec la rage, la déferlante de saccages et les suppliques de vendeur de cage. Comme si le seul avenir ici était gris béton et noir suie. Les applaudissements bêlent sur la manière dont il manie la muselière. Il tord l’ordre du jour pour faire taire la légitime colère de tous les dépossédés de notre terre. Les menaces et l’intimidation, la carotte et le bâton, les petits coups de cochons sont légions en région.

Frapper à grands coups de cuillère dans le chaudron collé au fond, pour dire qu’on nous vend du vide, et se faire servir des petits pois verts insipides.  Enfin, le bout de tout, la bourde de trop : nous dire qu’c’est pour un bon prix qu’il a vendu notre eau, que c’est rentable d’être le dépotoir des pétrolières, que l’aumône est charitable et qu’on ferait mieux de se taire, qu’il y a ici aussi une piasse à faire à laisser faire.

Vous ne pouvez pas l’avoir reconnu. C’est trop grossier et bien trop cru pour être vrai. Au fond, il n’est pas si mauvais. Je distingue même l’homme de sa fonction, comme la pomme de son trognon, comme la saleté du torchon. Quand même, si vous avez lu jusqu’ici, peut-être que vous vous en doutez, même si ça ne règlerait pas tout, je sais, j’ai perdu mes illusions sur les possibilités de la représentation déléguée, que j’aimerais bien pouvoir un jour élire mon préfet. Si on lui accorde autant de pouvoir, peut-on au moins décider qui doit l’avoir? D’où provient donc ce droit acquis de ne pas être remis en question? Il a sur ce sujet l’objectivité d’un « pusher » de navets.

Dans la vague de tout ce que l’on dénonce, s’il n’est pas celui qui porte notre parole, il est celui qui l’enfonce.