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Société
6 février 2014 10 h 57

Le monstre

Ce matin je me suis levée de peine et de misère, les yeux encore fermés parce que les ouvrir m’aurait demandé trop d’effort. J’ai mal partout, j’ai le nez qui coule à flot, j’ai froid, j’ai chaud et j’ai une grosse journée devant moi. Je déboule les marches jusqu’à la cuisine pour me servir un verre de jus. À ce moment précis, j’ai une horrible envie de me plaindre et de faire part de mes lamentations à toute la planète. J’ouvre mon Facebook avec l’idée de décrire mes symptômes de gauche à droite, expliquer à ma communauté compatissante que j’ai une mauvaise grippe et que j’ai tant besoin de réconfort et de faire pitié. Je ne sais pas pourquoi, nous sommes ainsi faites, on aime ça se plaindre et ça nous fait du bien.

Dans mon fil d’actualité ce matin-là, un ami publie la chanson Le monstre  pour annoncer que sa mère est atteinte d’un grave cancer. Allez savoir pourquoi, mon mal-être s’est vite dissipé.

Plus loin, une amie collecte des dons pour soutenir financièrement une famille touchée par une leucémie. Ici, on annonce un groupe d’entraide pour les proches de personnes atteintes. Le fils tant aimé d’une autre commence une longue série de traitements de chimio. On célèbre le dernier traitement de celle qui a encore le sourire aux lèvres. On lève notre verre aux bons résultats de celui qu’on connait tous. On reste sans mot devant l’avis de décès d’un battant. Qui peut dire aujourd’hui qu’il ne se sent pas concerné par le cancer?

Autour de moi, tant de gens sont touchés de près ou de loin par ce monstre que Louis-Jean Cormier chante tout en douceur. Tant d’enfants traversent, tels de petits soldats, les effets secondaires de cette maladie qu’on n’arrive pas à combattre sans peine ou sans y laisser un peu de sa peau. Soit ils regardent un parent traverser cette épreuve, soit ils luttent eux-mêmes contre cette affreuse maladie. Dans un cas comme dans l’autre, je trouve ça injuste.

Il m’a dit : « On s’en va à Québec rejoindre Maman qui ne peut pas revenir chez nous parce qu’elle a trop de rendez-vous à l’hôpital de Québec. Moi j’aimerais ça que Maman revienne ici parce que c’est ici que mon meilleur ami habite. » Il n’a que 3 ans. Je le comprends tellement.

Des amis, c’est mieux qu’une boite de pilules, meilleur qu’un soluté, ça fait autant de bien que mille bisous de maman et ça peut bouger des montagnes pour le prouver. Je le sais, je l’ai vu. Y’avait une montagne de monde attablée pour faire du bien à cette famille de mon coin, famille de mon cœur. La solidarité et la sensibilité étaient au rendez-vous. Peut-être en avez-vous entendu parler?

J’ai cherché longtemps quoi dire face à tout ça, face à ce geste de solidarité et de générosité. Quoi dire aussi face à la maladie? Quoi dire face à ma propre peur de la souffrance? Quoi dire à mon ami qui lui, se lève chaque matin sans se plaindre et avec le sourire pour rendre heureuse sa famille et pour donner du courage à sa blonde? Rien. Je n’ai toujours pas trouvé les bons mots. J’essaie juste de rester moi-même, d’être l’amie fidèle que j’ai toujours été et d’apporter moi aussi un peu de solidarité, de réconfort et d’amour. L’amitié, c’est ce que j’ai de meilleur à donner.

Je clique « j’aime » sur une superbe photo de sa blonde qui affiche un beau sourire sur son lit d’hôpital.

Du coup, j’en prends pour mon rhume et j’oublie un peu que j’ai mal partout. De quoi je me plains? J’ai les yeux dans l’eau, mais rien à voir avec ma congestion nasale.

À tous ceux que ça concerne, je vous lève mon chapeau et vous offre ce que j’ai de meilleur à donner.