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9 mars 2017 9 h 56

L’EAU « EN SPÉCIAL »

Pourtant, le gros bon sens me disait que règle générale, l’eau de nos robinets pouvait se comparer sans problème à celle embouteillée. J’ai alors décidé de fouiller quelque peu la question, histoire de voir si le  Gros Bon Sens ne se trompait pas un peu.

Je suis donc allé sur le site du Comité de la recherche et de la sensibilisation de la Coalition québécoise pour une gestion de l’eau responsable (Eau Secours), où j’ai trouvé des informations intéressantes et pertinentes.

On y découvre que les coûts de l’eau en bouteille seraient entre 240 et 10 000 fois ceux de l’eau du robinet (fabrication, manipulation, coûts environnementaux, etc. ). À Recyc-Québec  (Société québécoise pour la récupération et le recyclage), on mentionne qu’en 2005, 775 millions de bouteilles d’eau ont été vendues au Québec, ce qui représente 102 bouteilles par personne.
Cependant, toujours selon le même organisme,  57 % des bouteilles d’eau dans les maisons du Québec ont été recyclées. Nous pouvons nous demander où vont les autres? À nous de tirer nos conclusions. Ainsi, cette situation fait dire à Recyc-Québec qu’il y aurait quelque chose comme 166 millions de bouteilles dans nos sites d’enfouissement.  N’oublions pas que ce sont des bouteilles de plastique et que cette matière prend des siècles à se décomposer. (C’est un peu long, dirons-nous.)

Qui n’a pas vu et entendu les reportages au sujet de ces immenses superficies regroupant des tonnes et des tonnes de matières plastique sur les océans; matières se retrouvant dans le système digestif des poissons , des oiseaux marins et de bien d’autres animaux qui se nourrissent en mer. Dans un article du journal Le Devoir du 17 janvier dernier, on se questionnait même à savoir s’il ne pourrait pas y avoir plus de plastique dans les océans que de poissons d’ici 2050. Radio-Canada rapportait que c’est près de 8,8 millions de tonnes de plastique qui se retrouvent dans les océans chaque année. Cela porte à réflexion.
Voilà pour la question du plastique.

Nous avons, particulièrement au Québec, tendance à croire que l’eau est une ressource très abondante, voire inépuisable. Dans sa Politique nationale de l’eau,  le gouvernement du Québec nous rappelle que 2,5 % seulement de l’eau de la planète est de l’eau douce et que 70 % de cette eau est inaccessible parce qu’elle se retrouve « …soit prisonnière sous les calottes glaciaires arctique et antarctique, soit disséminée sous forme d’humidité dans le sol, soit profondément enfouie dans des couches aquifères profondes et inaccessibles ». Cela invite à la retenue quant au gaspillage de cet « or bleu » et à la tentation d’en faire le commerce.

Précisons également qu’au Canada, le tiers de toute l’eau embouteillée est de l’eau du robinet traitée (Institut Polaris).

Compte tenu de ce qui précède, la question de la pertinence d’acheter de l’eau en bouteille en remplacement de celle de nos robinets s’impose donc. L’organisme  Eau Secours, par le biais de son comité de recherche, a tenté de trouver une réponse en les  comparant sur le plan de la qualité et de la sécurité.

À ce propos, l’organisme mentionne « (qu’) il n’est pas simple de déterminer laquelle, de l’eau du robinet ou de l’eau embouteillée, est la plus sécuritaire pour la santé, notamment parce qu’il existe une variété de facteurs à prendre en compte ».  Par exemple, « la fréquence de contrôle de la qualité de l’eau et du respect des normes pour l’eau du robinet est élevée et est précisée par règlements, alors qu’elle n’est précisée par aucun règlement dans le cas de l’eau embouteillée, qu’elle dépend du ministère et il est difficile de connaître l’ampleur du contrôle effectué ». Ils ajoutent plus loin que « … ni les règles associées à l’eau embouteillée ni les directives fournies par les ministères (MDDEP et MAPAQ) ne précisent de quelle façon et à quelle fréquence sera vérifiée la qualité de l’eau traitée vendue en bouteille ».

Somme toute, à la lumière de ces quelques données, il ne semble pas vraiment  y avoir plus de sécurité ou d’avantages à boire l’eau en bouteille (en « spécial » ou pas ) plutôt que celle du robinet. D’où l’importance, il me semble, de s’informer (auprès de nos municipalités principalement, qui sont chargées du suivi de la qualité de l’eau) et non d’agir aveuglément comme nous le faisons si souvent, en répétant des automatismes ou en donnant du crédit à des croyances qui ne s’appuient souvent sur pas grand-chose.

Il en va, comme le dit le titre du rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement paru il y a déjà près de trente ans, de Notre Avenir à Tous.