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Société
4 juin 2014 14 h 24

« Les vraies affaires »

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Au début de ma réflexion pour ce texte, j’avais l’intention de me concentrer sur Philippe Couillard notre nouveau premier ministre. Mais son parcours atypique le place dans une catégorie « très à part » qui a peu de liens avec « le vrai monde » (sur une population de 8 millions d’habitants au Québec, 70 sont neurochirurgiens). Ce n’est pas pour discréditer la profession, mais lorsqu’on parle d’une vision du monde et que notre monde est celui de la médecine spécialisée depuis 1985, au jour le jour se crée forcément une certaine distance d’avec le peuple.

Alors, laissons M. Couillard de côté, un peu comme il le fait avec nous de toute façon, et concentrons-nous sur NOUS.

Capital naturel vs capital financier

« Économie » et « Finance » sont des termes que nous avons pris l’habitude d’interchanger librement. Comme pour bien d’autres concepts, nous choisissons de ne pas trop nous attarder à la justesse de notre vocabulaire. Étant un ardent défenseur de la langue française, j’essaie quand même de porter une attention particulière aux mots que je choisis afin qu’ils se rapprochent au maximum de la réalité de laquelle je veux parler. La financiarisation de la vie me pose donc un problème particulier. Une « ressource » humaine devient vite un chiffre dans une colonne comptable et le « capital » naturel d’un lieu donné sur lequel on peut mettre un prix, devient plus vite « achetable » qu’un bien commun.

Ces concepts pas toujours très concrets, on nous les sert allègrement dans tous les médias qui rapportent, souvent par souci d’éthique journalistique, mot à mot les paroles de nos économistes spécialistes et autres politiciens qui auront préalablement consulté des experts en relations publiques, bien entendu. Ce qui se rend jusqu’à nous apparemment sans filtre a bien au contraire été minutieusement calculé afin d’atteindre un but précis.

Comment se démêler là-dedans

Les Cris ont un proverbe qui met tout ça en perspective : « Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson pêché, alors l’homme s’apercevra que l’argent ne se mange pas ».

Oui des jobs, mais à quel prix? À quel moment un emploi devient-il moins payant que l’argent qu’il rapporte? Pour pouvoir répondre à ces questions, il faut avoir pris le temps de réfléchir à ce qui compose l’essence même de notre existence. Toutefois, dans ce domaine de réflexion « on part avec deux prises ». C’est-à-dire qu’avec une éducation axée sur un modèle capitaliste néo-libéral, il est difficile de voir autour de nous autre chose que des signes de dollar. Le langage universel du Québec est le dollar, loin devant le français. Tout y est traduit en dollars. L’argent, c’est le nerf de la guerre. Le temps c’est de l’argent. Et l’argent n’a pas d’odeur, peu importe d’où il vient, l’argent c’est de l’argent. Tant que nous porterons des lunettes fumées à l’argent, nous ne pourrons voir le monde autrement.

Sommes-nous vraiment assez bêtes pour attendre qu’il soit trop tard?

Certaines personnes croient que oui, et pour vous dire la vérité, certains jours je le crois aussi. Je n’en reviens tout simplement pas de constater à quel point l’être humain n’apprend pas de ses propres erreurs. En 2014, au Québec, ne pas se rendre compte ou choisir de ne pas prendre en considération tous les impacts négatifs potentiels et réels d’un développement d’une filière des hydrocarbures, en plus de vouloir implanter une cimenterie dans une des rares régions encore relativement saines de la planète, relève d’une inconscience extrême. Faudra-t-il vraiment attendre de se retrouver devant une assiette vide ou un verre d’eau impropre à la consommation pour nous rendre compte que tout l’argent du monde ne pourra plus nourrir nos familles?

Ce ne sont pas les politiciens qui nous aideront

Comme si c’était possible, de plus en plus de politiciens ne font pas la différence entre le service public et l’entreprise privée. Être politicien n’est plus qu’une stratégie comme une autre pour atteindre les objectifs auxquels s’attendent les actionnaires.
Dans cette perspective, la seule réelle responsabilité du bon fonctionnement de notre société nous revient de plus en plus personnellement. Il est grand temps d’arrêter de se mettre la tête dans le sable, de regarder à gauche quand ça va mal à droite ou de se faire accroire à nous-mêmes que tout va présentement pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes et la seule personne à blâmer est en train de lire ce texte. Pas le fun à entendre? Too bad! Faudra bien se le dire un jour, et surtout l’accepter. Tant que MOI je ne ferai pas d’efforts pour me renseigner, m’outiller et agir concrètement, alors rien ne changera. Encore moins l’fun à entendre, c’est que ces efforts que nous devrons fournir pour nous sortir de la merde dans laquelle nous nous sommes foutus n’iront pas en diminuant avec le temps. Plus on attend en se donnant bonne conscience à remplir nos bacs de recyclage sans réfléchir, plus ce sera difficile.

Vous ne savez pas par où commencer. Pas grave! Commencez où vous pouvez, où vous le sentez. Engagez-vous à poser une petite action que vous remettez à plus tard depuis si longtemps. Plantez un rang de carottes, allez ramasser le verre de styromousse qui traîne dans le fossé pis qui vous énerve depuis deux semaines, prenez la journée de vacance que vous n’osez pas prendre juste parce que vous n’osez pas. Aucun ou aucune d’entre nous ne changera le monde à lui ou à elle seule. Il faut sérieusement arrêter d’avoir les deux pieds dans le ciment et faire chacun et chacune les petits pas que nous pouvons faire, dans la mesure de nos moyens. Il faut juste arrêter de remettre à demain toutes ces petites actions qui prisent une à la fois n