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Culture
6 juin 2014 20 h 17

L’importance du livre et de la culture pour Gaspé

On juge les grandes villes du monde à la beauté de leurs institutions culturelles; témoignage de l’importance qu’elles accordent à la culture. La Gaspésie n’échappe pas à ce jugement de ses visiteurs.

Ahhh!!! La splendeur abstraite d’une maison mobile; d’une roulotte à patates frites!!!

Même Chandler fait mieux. Elle fait surtout mieux en termes d’heures d’ouverture comme à peu près toutes les bibliothèques des villes de la Gaspésie…

Un bijou d’architecture… avec des heures faméliques totalement anarchiques.

Le citoyen était patient; Gaspé avait d’autres priorités. Après tout, la Ville n’est même pas encore capable de garantir l’eau potable à ses ouailles (ce printemps, comme dans un pays pauvre, pendant 6 semaines, l’eau ne pouvait y être bue!)

Il pouvait par contre espérer que sa patience serait récompensée. Il se disait qu’éventuellement, il aurait une bibliothèque digne de ce nom. Pourquoi, même, ne pas rêver d’une Maison de la culture/bibliothèque comme à Saint-Anne-des-Monts, Carleton ou Matane?

Il était, à tout le moins, permis d’y croire. Après tout, la tendance est d’offrir aux citoyens (comme, c’est le cas, pour les magnifiques nouvelles bibliothèques qui ont poussé récemment un peu partout au Québec) des lieux ouverts, lumineux, aérés, conviviaux et modernes. À l’image d’une culture que l’on souhaite dynamique et vivante; branchée sur son époque.

C’était mal connaître nos élus et fonctionnaires de Gaspé pour qui la faible fréquentation de la roulotte à patates frites démontrait, sans l’ombre d’un doute, le peu d’intérêts que les citoyens ont pour le livre…
Après tout, on devrait se ruer de partout pour s’extasier d’une maison mobile aménagée en bibliothèque…

– Les enfants venez! Papa vous amène à la roulotte!
– Yeah !!! On va manger une crème molle!!!
– Non… On va chercher des livres…
– NON!!!!! PAPA!!! On va pas là! Ça pue et ça me fait peur cet endroit!!!
– On va manger une crème molle à la place!!! S.V.P.! S.V.P.!
– Ok d’abord. Je ne voudrais pas que vous fassiez des cauchemars cette nuit…

Cette équation « hygrade » simpliste justifiait le coma de la Ville : moins de gens utiliseront les infrastructures culturelles et moins de dépenses seront affectées à ce poste… L’oeuf ou la dinde.

Pour créer l’illusion de mouvement, un projet serait toutefois annoncé. La fusion des bibliothèques du Cégep de Gaspé et de la Ville. Il y a 4 ans, sur le coin d’une table, entre deux bouchées, à la fin d’une énième rencontre sur l’avenir du Parc industriel de Gaspé, cette importante décision avait été prise. La bibliothèque de Gaspé quitterait un petit lieu en retrait, sombre, vétuste et poussiéreux pour un plus grand lieu, tout aussi en retrait, sombre, vétuste et poussiéreux…

L’ancienne École de cirque, située dans la vieille chapelle du Cégep de Gaspé, deviendrait le nouveau haut lieu de la culture de la Ville!
Une décision comptable de gestionnaires; tout sauf une de visionnaires. On laissera ensuite, pendant des années, macérer le tout dans la vase bureaucratique pour, à la première brise (l’incompatibilité des systèmes de classification de livres des deux biblios et des coûts de RÉNOVATIONS élevés…) larguer le projet et retourner au statu quo.

Pourquoi changer une formule gagnante??? On laisse la bibliothèque du Cégep de Gaspé et une équipe vieillissante de bénévoles porter le fardeau de la culture : c’est parfait!

Et puis, ce n’est pas leur demander la lune non plus : les succursales de Gaspé ne sont ouvertes que quelques heures par semaine…

On décidera plutôt d’ajouter un étage aux rayonnages des biblios du réseau de Gaspé.

Ça, c’est rêver grand!!!

Au moment d’écrire ces lignes, la Ville de Gaspé n’a toujours AUCUN projet concret de nouvelle biblio/Maison de la culture et ne compte toujours qu’UNE seule employée pour ses 7 succursales… Ça, ça parle.

Et tout ça, bien sûr, sans consulter la population. Les consultations, ça pue!!!

De toute façon, les bonnes idées ne peuvent pas émerger d’ailleurs que de l’Hôtel-de-Ville… Pourtant, si ce n’avait été de l’initiative d’une citoyenne Alma Bourget-Costisella et d’une armée de bénévoles; Gaspé n’aurait MÊME PAS sa cabane à livres…

C’est à peu près la hauteur de nos élus en ce moment.
C’est l’époque qui veut ça…
Avec le temps, les citoyens de Gaspé, en sont probablement venus à penser que la culture ne relève pas des charges municipales. Que s’ils en veulent, ils doivent se l’organiser. Comme ce fut le cas pour le Festival Musique du Bout du Monde, que la Ville a boudé pendant des années et pour lequel elle se donne pourtant du crédit, aujourd’hui…

Des solutions abordables étaient pourtant envisageables. Nous avons un magnifique Musée de la Gaspésie sur le territoire qui peine à faire ses frais. Il aurait pu accueillir une maison de la culture/bibliothèque favorisant ainsi une répartition des coûts de fonctionnement et de main-d’oeuvre. Ou encore la magnifique Maison Lebouthillier récemment déménagée sur le nouveau site du Berceau du Canada. Mais nous avons surtout le nouveau superbe édifice de la Gare intermodale. Qui n’a plus de terminal que l’histoire du train en Gaspésie… Les croisiéristes pourraient continuer, tout de même, les 15 jours par année où ils sont à Gaspé…, d’utiliser l’espace qui n’en serait que plus vivant. On préfère y loger les bureaux de proches de l’administration.

Offrez un lieu digne à la culture et les citoyens se l’approprieront. Un lieu ouvert, lumineux, aéré, moderne et ils seront au rendez-vous. Ils l’habiteront. Cela contribuera également à l’image de dynamisme de la Ville; à l’attrait et à la rétention des citoyens.

Si la ville de Gaspé enfante, ne serait-ce, qu’un seul génie scientifique, qu’un seul grand auteur, artiste, penseur ou politicien de grand talent grâce à ce projet; alors chaque cenne investie aura été rentabilisée. Je sais. Plus personne ne pense comme ça aujourd’hui.

Peut-être aussi croit-on encore chez nos politiques de Gaspé, comme à l’époque de Duplessis, que la culture et la connaissance sont suspectes. Qu’il vaut mieux en limiter l’accès, car elles pourraient contribuer à aiguiser les esprits et susciter des questionnements embarrassants quand l’UPAC débarque à Hôtel-de-Ville pour faire des perquisitions…

Demandez à un citoyen de Matane, de Carleton ou de St-Anne des Monts où se trouve sa bibliothèque. Il vous prendra par la main pour vous y conduire tellement il est fier. Moi, quand un touriste me pose cette question; je réponds honteusement : « nous n’en avons plus. Elle a brulé. » Et je m’éloigne rapidement la tête basse.

Je suis bien parti pour répondre ça pour les 30 prochaines années…