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25 août 2014 14 h 02

Mon enfant de huit ans travaille 10 heures par jour pour que je puisse maintenir mon niveau de vie

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Choisir de vivre autrement, c’est aussi choisir de voir autrement. On me demande de plus en plus souvent pourquoi je m’acharne à voir le négatif. Il y a tellement de belles choses dans le monde, pourquoi ne pas me concentrer sur ce qu’il y a de positif?

Laissez-moi vous présenter la chose autrement; comment vous sentiriez-vous et jusqu’où seriez-vous prêt à aller, quels gestes seriez-vous prêt à poser si c’était votre enfant ou petit-enfant qui était obligé de travailler 8 h ou 10 h par jour?

Au Canada, ce type de préoccupation nous effleure à peine l’esprit. Comme c’est souvent le cas, nous croyons que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, je trouve perturbant de savoir que le Canada est un des seulement 27 pays n’ayant pas approuvé de manière officielle la convention no.138 de l’organisation internationale du travail sur l’âge minimum d’admission à l’emploi et au travail. Le Canada joint ainsi les rangs de pays comme l’Iran, l’Inde, le Mexique et le Myanmar qui ne sont pas des enfants de choeur dans le domaine de l’exploitation des enfants. En Colombie-Britannique, vous pouvez travailler si vous avez 12 ans. Service Canada indique clairement que les enfants âgés de 12 ans et plus peuvent faire leur propre demande de NAS (numéro d’assurance sociale). Pendant que la plupart des pays dans le monde travaillent à augmenter l’âge légal pour travailler, ici au Canada on le réduit!

Ce qu’on ne voit pas ça ne fait pas mal

Il y a quelques années, on pouvait s’en sortir en clamant l’ignorance. Aujourd’hui, c’est plus difficile. Le temps, ou le manque de, a pris la relève. Si ce qu’on ne savait pas nous empêchait jadis d’agir, aujourd’hui le manque de temps nous sert à merveille. Les « trop occupé », « pas l’temps » et autres « pas assez d’heures dans une journée » sont autant de tournures de phrase ou de tourneurs de réalité que nous avons adoptés au quotidien. Et je vous épargne la variante qui « blâme » nos enfants pour notre manque de temps.

S’il est vrai que nous sommes occupé(es), c’est faux d’affirmer que c’est parce qu’on manque de temps. Personnellement, je blâmerais plutôt le manque de jugement ou l’incapacité que nous avons à prendre une pause pour réfléchir à l’action la plus efficace pour une situation donnée.

Mais revenons à nos moutons. Aujourd’hui, en 2014, nous savons que plus de 215 millions d’enfants à travers le monde sont forcés de travailler, ce qui équivaut à plus d’un enfant sur six sur la planète. Nous savons que certains produits de consommation futiles, utiles ou d’alimentation, parviennent jusqu’à nous teintés de la sueur d’enfants ou d’adultes exploités. Mais le fait de savoir n’est pas suffisant, puisque nous continuons à consommer ces produits. Nous choisissons individuellement, chacun et chacune de nous de regarder ailleurs. Pour certaines personnes, ce sera de voir la beauté du monde au plus grand nombre d’endroits possibles. Pour d’autres, ce sera la méditation et le travail sur soi qui détourneront leur regard.

Entendez-moi bien! Je ne suis absolument pas en train de critiquer ceux et celles qui voient le positif où il est, et certainement pas le fait de travailler sur soi. Par contre, je dois avouer que le défenseur des droits de la personne qui fait son yoga dans un kit provenant d’un sweatshop acheté à rabais dans une grande chaîne me laisse perplexe. J’appelle ça le syndrome du bac bleu; plus le bac de recyclage est plein, plus on a bonne conscience. Avoir bonne conscience lorsque celle-ci repose sur des actions équilibrées entre l’altruisme et l’égoïsme, entre l’autre et moi, lorsque cette bonne conscience est réelle au lieu de virtuelle c’est une chose. C’est la différence entre avoir bonne conscience et se donner bonne conscience. Petite nuance importante. Aussi importante que la différence entre un enfant en santé et en sécurité qui est le mien et un enfant exploité qui n’est pas le mien.

N’allez pas vous jeter en bas du pont tout de suite

Jongler avec ces idées n’est pas agréable. Mais à long terme, je suis pas mal certain que c’est moins dommageable que de toujours balayer la poussière sous le tapis.

La prochaine fois que vous serez devant une situation d’incertitude face à un produit, prenez le temps. Arrêtez-vous quelques minutes et demandez-vous comment il s’est rendu jusque sur la tablette du magasin où vous vous trouvez. Si vous n’êtes pas certain ou certaine, renseignez-vous. Une fois renseigné sur un produit ou une marque ça devient plus facile de magasiner par la suite. C’est la première fois qui est difficile. Et si vous ne croyez pas que le jeu en vaut la chandelle, prenez deux secondes pour vous fermer les yeux et imaginer votre neveu ou votre petite fille en train de suer dans un entrepôt pour vous permettre d’acheter ce produit au cinquième du prix s’il était produit dans des conditions décentes.