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Économie
2 juillet 2015 12 h 32

NON AU PÉTROLE!

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Pourquoi? Allons-y en rafale. Parce que les projets se font sans l’accord des populations. Parce que les séances de consultation et d’information sont bidon. Parce que la ressource naturelle convoitée n’est pas de propriété collective, mais appartient à une minorité d’actionnaires. Parce que les redevances des industriels à l’égard du gouvernement québécois sont ridicules. Parce que les risques environnementaux sont trop élevés.

La Gaspésie à l’heure des choix

J’entends déjà les gérants d’estrade. Depuis que l’austérité a repris du service un peu partout sur le globe, en particulier au Québec, revêtant sa cape noire et sa faux tranchante, une région « appauvrie, dévitalisée, isolée, retardée, arriérée » comme la Gaspésie devrait certainement s’agenouiller devant l’or noir pour voir soudainement sa qualité de vie s’améliorer. Faudrait donc donner carte blanche à l’industrie pétrolière et voir l’histoire se répéter, encore une fois, en laissant des compagnies étrangères vider la région de nos ressources naturelles. On connaît la fin du film!
Et on s’étonne que les gens cultivent la méfiance et entretiennent les doutes…

Le syndrome du « Pas dans ma cour »

Depuis que les matières premières sortent de la Gaspésie pour être transformées ailleurs et qu’elles enrichissent tout le monde sauf les Gaspésiens eux-mêmes, nous vivons en perpétuelles crises économiques. Nous reste la dignité et la résilience. Faites l’exercice autour de vous. Beaucoup de gens sont contre l’exploitation pétrolière en Gaspésie pour l’une des raisons ci-haut mentionnées. Beaucoup sont pour à condition que les projets ne voient pas le jour dans leur cour.

Vous en connaissez beaucoup des gens qui veulent des forages situés à 300 mètres de leurs résidences? Le projet Haldimand, à Gaspé, ne tient pas la route. Avec ses 8 millions de barils, cela représente à peine 20 jours de consommation au Québec. Tout ça pour ça?
Comment rester impassible devant la compagnie Gastem qui poursuit la municipalité de Ristigouche sud-est pour 1,5 M$ de dollars en dommages à la suite de l’adoption d’un règlement pour protéger les sources d’eau potable du territoire? La municipalité de 168 habitants fait tout pour se défendre contre Goliath, et ce, sans l’appui du gouvernement québécois. Comment interpréter l’initiative de la Ville de Gaspé qui, devant l’inaction du gouvernement québécois, a adopté un règlement pour protéger son eau potable devant l’attitude cavalière de Pétrolia et sa soif inassouvie d’or noir? La démocratie échappe au peuple au profit des industriels. Pas rassurant.

Comment se surprendre de la méfiance et de la vigilance des populations, alors que les ratées des grandes compagnies pétrolières s’accumulent aux quatre coins de la planète? Les dérapages environnementaux reliés au pétrole meublent notre quotidien. Les dommages causés sont irréversibles et marquent les territoires à jamais.

Le scientifique de renom Hubert Reeves mentionne à juste titre : « L’homme est l’espèce la plus insensée, il vénère un Dieu invisible et massacre une Nature visible! Sans savoir que cette Nature qu’il massacre est ce Dieu invisible qu’il vénère ».

Apprendre de ses erreurs

Junex et Pétrolia, deux compagnies particulièrement actives en Gaspésie, sont des juniors dans le domaine pétrolier au Québec. Une fois passées en mode exploitation, ces compagnies se feront avaler par des géants venus d’ailleurs. La Gaspésie deviendra leur laboratoire, leur terrain de jeux. C’est eux qui dicteront les règles.

Le colonialisme économique loge toujours en Gaspésie. Résultat? Nos eaux, notre sous-sol minier, nos forêts sont vides. Bien sûr, des Gaspésiens ont gagné leur vie en travaillant pour ces grandes compagnies, mais la véritable richesse est sortie de la région pour enrichir une minorité.

Les gouvernements se succèdent, de Charest, à Marois, à Couillard… Le questionnement demeure le même. Pauline Marois, durant son cours règne, martelait le même discours, que le pétrole pouvait enrichir tous les Québécois. Comment expliquer que le gouvernement québécois compte fixer à 18 % les redevances aux compagnies pétrolières, soit le pourcentage le plus bas de toute l’industrie? On nous répète sans cesse que nous n’avons plus les moyens de conserver notre filet social chèrement acquis et légué par nos prédécesseurs. Que la dette du Québec serait sur le point de nous étouffer. Et nous adoptons une attitude des plus généreuses à l’égard de l’industrie? Décidément, il y a un malaise dans le problème.

Quand on s’y arrête le moindrement, on constate que ce type d’industrie emploie une main-d’œuvre très spécialisée, qui n’est pas présente au Québec et encore moins en Gaspésie. On tente encore de nous faire miroiter un eldorado, un mirage sans fin.

L’héritage de la Révolution tranquille menacé

Il mérite par moment de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire pour comprendre le présent, et surtout, pour apprendre des erreurs du passé. À l’aube des années 1960, la Révolution tranquille fait entrer le Québec dans la modernité par la mise sur pied de grands chantiers étatiques touchant toutes les sphères de la société.

La Révolution tranquille nous permet de bâtir un état moderne où la collectivité québécoise est témoin d’un essor sans précédent sur les plans économiques et social. Comment oublier la nationalisation de l’hydro-électricité et la création d’Hydro-Québec en 1962, qui constitue une société d’État solide (malgré les récents dérapages) appartenant à tous les Québécois?

Depuis la Révolution tranquille, le Québec s’est forgé un modèle socio-économique bien à lui pour ne pas ressembler au reste du Canada et aux états américains ultras conservateurs. Nous avions un souci de redistribution équitable de la richesse qui tend à s’effriter…

En nationalisant l’hydro-électricité, nous nous sommes enrichis collectivement. Par ce geste, cette ressource nous appartient et profite à la collectivité. Pour préserver notre modèle, le Québec aurait dû ou devrait s’approprier les autres ressources naturelles par la nationalisation des gisements miniers, de la forêt, du vent et, bien sûr, du pétrole. Le sous-sol québécois doit appartenir et profiter aux populations du Québec, et non pas à de grandes industries qui n’ont aucun intérêt excepté les dividendes et leurs comptes en banque.

Mais est-ce le véritable problème? Nous consommons tous du pétrole. Pourquoi ne pas consacrer temps et énergie à réduire cette dépendance? Gageons que ça fait l’affaire de quelqu’un, quelque part…