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Économie
16 avril 2015 11 h 59

QUE PENSER DU DERNIER BUDGET PROVINCIAL? : DÉFICIT ZÉRO, « YÉ! »… MAIS À QUEL PRIX?

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Coîteux dans l’ombre de Leitao

Le ministre Leitao s’est présenté devant les médias avec sa bonne « vieille » paire de chaussure noire, lacet rouge et lacet noir en mains, promettant d’utiliser les rouges si la province retombe en mode déficit.

Mais encore? Chose promise, chose due : ce budget empeste l’austérité à plein nez. Leitao, chic type à première vue, qu’on imagine bien en gardien de mouton, se transforme en messager du grand architecte de l’austérité… Et j’ai nommé Martin Coîteux, président du Conseil du trésor. Tout au long de la conférence, on sent Coîteux, comme corbeau perché sur l’épaule de Leitao, lui prémâchant soigneusement des mots à saveurs de compressions dans la bouche.

Un tel équilibre budgétaire ne peut se faire sans affecter la qualité des services offerts aux citoyens. Couper dans les dépenses, c’est bien beau, mais faudra un jour penser à augmenter les revenus si le Québec ne souhaite pas ressembler à un état américain ultra conservateur.

Disons-le sans détour. Globalement, le sacro-saint objectif « déficit zéro » du gouvernement Couillard se fera aux dépens de la santé et de l’éducation, en ne faisant augmenter respectivement les budgets que de 1,4 % et de 0,2 %. Pas besoin d’être un finaliste au prix Nobel de l’économie pour comprendre qu’une telle gymnastique impliquera une détérioration des services. Ces deux vaches sacrées de la société québécoise devront faire moins… avec moins!

Large part des Gaspésiens, « fiers de contribuer à l’atteinte du déficit zéro »
Maintenant, prenons une loupe et regardons de plus près les dommages collatéraux du budget Leitao sur la Gaspésie. Inutile de vous dire que le portrait d’ensemble n’est guère reluisant. Comme l’a mentionné le ministre Jean D’Amour il y a quelques semaines, la Gaspésie sera fière d’avoir fait sa part à l’équilibre budgétaire du Québec. Oh que oui, on est heureux! C’est fête au village!

La part du LION, ou l’effort Gaspésien

En éducation, les commissions scolaires et le Cégep de la Gaspésie-les îles devront composer avec des coupes dépassant le million de dollars. Alors qu’on martèle sans arrêt que les Gaspésiens sont sous-scolarisés et que les jeunes quittent la région à coup d’autobus, il y aura inévitablement des pertes d’emplois, des cours qui ne seront plus offerts, de la promotion en moins.

En santé, avec une augmentation globale des dépenses de 1,4 % dans le budget,  l’augmentation prévue en Gaspésie se chiffre à 6 %. Tout un écart. On coupera où? Dans l’oxygène? Dans les salaires, le chauffage, l’électricité? Bien sûr que non! Ce sont des dépenses incompressibles. Faudra donc couper ailleurs… et prier pour ne pas tomber malade!

Au niveau des transports, on parle de coupes substantielles dans les investissements de l’ordre de 11 M$ dans le réseau gaspésien. Cette baisse a atteint les 60 M$ en moins de trois ans. À l’heure où Orléans Express délaisse la région, où le sifflement du train ne se fait plus entendre depuis septembre 2013 et où le prix du billet d’avion Gaspésie-Montréal est plus élevé qu’un billet Montréal-Paris, il y a lieu de se poser de sérieuses questions. Notre lien avec le monde nous ramène presque au temps du Régime français…

Quant à la forêt, le couperet est également passé. Mal en point, la forêt gaspésienne se voit amputer de 1,7 M$ pour les travaux sylvicoles en forêt publique, ce qui devrait se traduire par l’abolition de 50 emplois. Mais surtout, gardons le sourire, nous faisons notre part…

La valse des compressions en vrac

L’atteinte de l’équilibre budgétaire se fera envers et contre tous. Ou presque. Les plus nantis semblent toutefois encore y échapper. Rien n’est improvisé, tout est calculé. Au quart de tour. Tout est réfléchi. Tout est pensé. Le déficit zéro et ses politiques austères seront assumés par un nombre impressionnant d’organismes qui offrent divers services à la population.

Au-delà des champs de compétences énumérés ci-dessus qui voient leur budget fondre comme neige au soleil, l’austérité fera bien d’autres victimes : les CPE, le RQAP, les fonds de pension, les logements sociaux, la culture, la DPJ, les CLD, les CRÉ et j’en passe. La liste d’acronymes blessés est sans fin.

La « main gauche » coupée

Le sociologue français Pierre Bourdieu (réf.: La misère du monde, Seuil, Paris, 1993) a consacré une bonne partie de sa vie à tenter de décrypter ce genre de dérapage étatique. Une lutte oppose ce que Bourdieu nomme la « Main gauche » et la « Main droite » de l’État. La « Main gauche » fait référence aux ministères qualifiés de « dépensiers », à ceux qui touchent aux fonctions sociales d’une société : l’éducation, la santé, le logement, la protection sociale, le droit du travail, etc. On parle ici de toutes structures qui offrent protection et soutien aux populations qui sont démunies de capital économique et culturel. Quant à la « Main droite », elle est programmée pour appliquer la nouvelle discipline économique par l’entremise de compressions budgétaires, d’incitations fiscales aux grandes entreprises et de dérégulation économique favorisant les plus aisés de la société.

Depuis l’automne dernier, le Québec marche vers la disparition de la main gauche de l’État, marche entamée (et quasi terminée) depuis des années par Ottawa et le gouvernement créationniste et ultra conservateur de Stephen Harper.

L’État québécois, construit en bonne partie par le combat acharné des femmes, se détériore, se démantèle, se disloque, se démembre. Il finira par agoniser si nous nous contentons d’être spectateurs.

Par ce budget, il faudrait être naïf de penser que le gouvernement québécois souhaite redonner aux régions et à ses décideurs plus de pouvoir. L’État veut créer une rupture avec les régions.

En somme, la fédéralisation canadienne du Québec vient d’atteindre un nouveau sommet : l’implantation d’un État aveugle, de plus en plus autoritaire, policier et militaire.