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Économie
11 décembre 2015 10 h 34

S’ACCUEILLIR D’ABORD POUR MIEUX ACCUEILLIR LES AUTRES

Soyons honnête, en posant pareil geste, Cartier en fait débarquer sur un territoire dont la conception de la propriété privée n’avait d’égal que l’impact qu’auraient les gestes qu’on y pose pour les générations futures, une logique d’accaparement et de dépossession.

La propriété du Roi de France revendiquée par Cartier n’était pas un concept, au sens ou nous l’entendons, soit l’usus, fructus et l’abusus, qui existait chez nos sœurs et frères autochtones.

Mais ils ont encaissé. Ils ont accusé l’effondrement de presque 90% de leur effectif en population par les guerres et la maladie, ils ont accusé la restriction progressive de leurs droit ancestraux, ils ont accusé leur mise au rancart à partir du moment ou ils n’ont plus été utile dans l’extraction des richesses naturelles lorsque le chemin de fer a supplanté le canot comme moyen de transport massif des richesses collectives, ils ont accusé leur dépossession morale et culturelle lorsque nous avons forcé les enfants dans les pensionnats, et à ne plus parler leur langue ni ne plus connaître leurs coutumes, ils ont encaissé les restrictions territoriales dont ils ont été la cible à partir du moment ou leurs revendications rencontraient les intérêts du capital à venir extraire massivement les richesses naturelles et collectives, le cas du fer à Shefferville ou de la forêt en Mauricie en sont des exemples patents.

Et aujourd’hui, ils se retrouvent mis en boîte, taxés de « fainéants et de briguants qui ne sont pas utiles à la société ». Il faudrait maintenant voir comment une personne qui est dépossédée de la sorte peut faire œuvre de contribution au sein d’une société qui non seulement ne l’écoute pas, mais qui en plus se targue de posséder la vérité.

Ces gens sont pourtant nos sœurs et nos frères dans l’histoire, et dans le sang. Ce qui revient à dire qu’il est fort probable que les québécoises et les québécois dits de souche s’ignorent en bonne partie, en faisant abstraction de la réalité de nos frères et sœurs lorsque surgi des questions relatives à l’accueil d’immigrants, qui plus est de réfugiés.

Or, qu’est-ce que l’accueil de réfugiés, s’il ne s’agit pas d’abord de la rencontre entre deux cultures et deux identités dont l’une a la charge humanitaire de prendre soin de l’autre, le temps de son intégration?

L’exemple de nos rapports avec les autochtones m’apparaît un point de départ important dans notre réflexion. Ces gens de la Syrie, qui quittent massivement leur maison, leur village, leur quotidien leur économie et leur sécurité, en toute connaissance de cause pour se lancer, avec leur famille, dans le vide, le font parce qu’il ne semble exister aucune autre solution à la crise qu’ils vivent. Ils choisissent consciemment de se déposséder de leurs biens matériels avec l’espoir d’un avenir meilleur.

Partant de là, il me semble que c’est juste d’assumer notre devoir humanitaire que d’accueillir ces gens dans le besoin et de les aider au meilleur de nos capacités à bien intégrer notre société pour éviter qu’ils ne prennent, à leur tour, le chemin de la haine et de la violence, et qu’ils puissent contribuer, comme nous le souhaitons pour chacun, à de notre société.

Une part importante de nos difficultés actuelle ne viendrait-elle pas justement du fait que nous n’avons pas réussi pareil défis, même avec ces gens avec qui nous partageons bientôt 500 ans d’histoire commune?

Il y a de quoi être perplexe, mais rien pour justifier une méfiance envers les nouveaux arrivants, groupe auquel nos anciens ont pourtant appartenu…