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Blogue citoyen

Économie
22 avril 2015 14 h 39

SOIS BELLE ET TAIS-TOI!

Vous aurez compris que je parle ici de la critique qui vient d’ailleurs. Non pas de la saine capacité qu’une région doit avoir de se remettre en question.

Car notre région doit effectivement entreprendre une réflexion sur son développement, afin de faire les bons choix pour assurer son avenir. Prendre du recul, pour mieux rebondir.

Ici, je ne parle pas du recul déstructurant qui nous est imposé présentement, mais de se lever debout collectivement et de faire le boulot ensemble en conviant les parties prenantes, élus et société civile, à la réflexion. Dans le passé, on pouvait se fier sur la Conférence régionale des élus pour développer une vision régionale. Qui va le faire dorénavant?

Les Gaspésiens jugés productifs et la Gaspésie en plein essor… en 2013

Saviez-vous qu’en 2013, à l’échelle du Québec, notre région présentait le 5e meilleur taux de progression (13 %) quant à sa productivité? Aussi, au global, la Gaspésie se classait 10e sur les 17 régions du Québec avec un PIB de 43,94 $ de l’heure travaillée. Ce n’est pas moi qui le dis. C’est le très progressiste journal Les Affaires du 27 septembre 2014.

Soyons clairs ici. Pendant que notre région flirtait avec le niveau moyen du Québec, une région comme Laval connaissait une régression de sa productivité de 3 %. Est-ce qu’on s’entend, vous et moi, pour dire que quand Laval ou Montréal toussent, c’est tout le Québec qui attrape la grippe? Cela explique peut-être certaines choses… Qu’en pensez-vous?

Le but ici n’est pas de lancer une « guéguerre », mais simplement de remettre les choses en perspective et d’assumer notre rôle de région ressource, de poumon économique, démographique et culturel du Québec et, surtout, de refuser les préjugés que certains nourrissent à notre égard.

Une gang de porteurs d’eau

En mai 2014, l’Institut de recherche et d’informations socio-économique (IRIS) a publié une étude intitulée : « Productivité : Le Québec est-il en retard? » Essentiellement, ce que nous disent les chercheurs de l’IRIS dans cette étude, c’est que la question de la productivité est beaucoup plus une question de choix économiques, que de force de travail. La bonne nouvelle, c’est que les Québécois ne sont pas des paresseux. La mauvaise, c’est que les leaders économiques et politiques font souvent de très mauvais choix.

Selon vous, quel est le secteur de l’économie québécoise dont la productivité est la plus faible? Je vous le donne en mille! Selon l’IRIS, l’hébergement et les services de restauration (large part de l’industrie touristique) est le moins productif, affichant un PIB de 18,44 $ de l’heure travaillée. Quant au secteur le plus productif? L’étude démontre que les services d’utilité publique, telle que l’énergie éolienne, ont une productivité 12 fois plus grande que l’hébergement et les services de restauration, avec un PIB de 221,74 $ pour chaque heure travaillée.

On s’entend pour dire que l’hébergement et les services de restauration, soit le secteur le moins productif, représentent une grande partie de cette industrie touristique si présente en Gaspésie. En moyenne, entre 2007 et 2012, les services d’hébergement et de restauration représentaient un PIB de 120 M$ pour la région. C’est donc une industrie qui rapporte gros aux Gaspésiens.

Ailleurs au Québec, qui critique notre industrie touristique? Si certains l’envient pour la qualité de ses paysages, la mobilisation de la population dans son développement ou encore les investissements publics qui y sont injectés de temps à autre, notre essor dans ce domaine ne dérange personne. Au contraire, tous sont heureux de venir en profiter. Et là, ne me faites pas dire qu’il y a trop de tourisme en Gaspésie… Penser ça serait comme penser qu’il y a trop d’humoristes au Québec pour expliquer les problèmes de l’industrie culturelle. Ça ne tient pas la route. À mon sens, sincèrement, je crois que l’industrie touristique pourrait au contraire être encore plus génératrice de richesses. Mais évitons tout de même de mettre tous nos œufs dans un même panier.

Pour l’heure, cette étude sur la productivité de l’IRIS aurait dû effacer certains préjugés semés par « les lucides » qui traitent ni plus ni moins les Québécois de paresseux dans le manifeste pour un Québec lucide d’octobre 2005 et dont se nourrit « la droite » au Québec depuis. Comment se fait-il que cette analyse qui les fait mentir soit passée inaperçue? À qui profite réellement ce préjugé qui dicte que le Québec a un problème de productivité? Qui nourrit le préjugé que nos régions-ressources, spécialement la Gaspésie, vit aux dépens du Québec? Éclairez-moi svp…

Monsieur Fillion…

Le mois dernier, je me suis adressé à Jeff Fillion et cela, en réaction à des mots qui ont fait rager les Gaspésiens. Ceci étant dit, comme plusieurs l’ont compris, c’est d’abord à nous, Gaspésiens et Gaspésiennes, que je m’adressais à travers l’incident avec monsieur Fillion.

Oui, oui, je dis bien « monsieur ». C’est que Jeff Fillion a été bon joueur en « retweetant » mon article. Ainsi, grâce à lui, plus de 25 000 personnes, tous ceux qui le suivent sur tweetter, ont vu passer ma missive. C’est 25 000 personnes qui ne pensent pas nécessairement comme nous, 25 000 personnes à qui il nous faut parler et qui auraient sans doute des choses à nous dire.

Et très sincèrement, je ne suis pas certain que nos intérêts soient si différents. Aussi, est-il bon de briser l’isolement et de ne surtout pas se contenter d’être belle et de se taire.