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Société
7 mars 2016 15 h 44

SOIS TOI-MÊME ET AFFIRME-TOI!

Le principe de l’adage « Parlez-en mal, parlez en bien, mais parlez-en! » serait ainsi exprimé à son plein potentiel. Et, si les commentaires tournent trop en ma défaveur, je pourrais arguer après coup que je fais partie du club des mal-cités. Plaidoyer difficile à défendre en étant moi-même l’auteure; j’invoquerais soit le manque de sommeil qui a altéré mon jugement, soit la théorie du complot familial. La chatte s’est encore endormie sur mon clavier. Dommage, je n’ai vraiment pas le goût d’emprunter la voie facile de la réussite en ajoutant mon grain de sel au débat en cours…

Droits acquis

Grâce à des pionnières comme Thérèse Casgrain, je vote sans en réaliser ma chance. Au Canada, les femmes (de race blanche uniquement!) ont obtenu le droit de vote aux élections fédérales en 1918. Les Québécoises ont attendu jusqu’en 1940; les dernières au pays à pouvoir voter au provincial. J’ai un compte à la banque, qui n’a pas nécessité une signature masculine. Il en aurait été tout autrement avant 1964. Mes enfants portent mon nom. Depuis 1980, le Code civil du Québec accorde aussi aux femmes de conserver leur nom même en étant mariées. Maintenant, je peux prendre une bière dans une taverne, droit dont j’abuse rarement ces derniers temps, mais que je possède quand même. Jusqu’en 1986, un tavernier pouvait montrer la porte à une femme s’il le souhaitait. Plusieurs gestes qui me paraissent évidents aujourd’hui ont pourtant nécessité que des générations de femmes (et d’hommes) militent en descendant dans la rue.

Formatées dès la naissance

Même si les conditions féminines ont fait des bonds de géants, elles sont loin d’être idylliques. Dès le berceau, les stéréotypes, rose saumon et bleu poudre, dictent de façon inconsciente le parcours à prendre. Ils sont tenaces et insidieux. L’image de la femme qui est véhiculée par les médias est trop souvent mensongère et dénigrante. Les publicités présentent des corps parfaits, des objets de séduction. Conséquence : les troubles alimentaires affectent une fille sur trois au Canada.

Le magazine Enfants Québec, spécial Halloween 2016, traite entre autres de l’augmentation des chirurgies auprès des mères afin de retrouver leur corps d’avant la grossesse. Entre deux enfants, la petite fille court quatre fois plus de risque qu’un jeune garçon de subir une agression sexuelle avant qu’elle n’atteigne sa majorité. Ni l’un ni l’autre ne devrait craindre ces sévices. Certains manuels scolaires comportent des lacunes historiques ou plutôt ils sont écrits par des hommes blancs. Les hauts faits féminins sont passés sous silence. C’est à croire que la gent féminine ait été seulement spectatrice… Plusieurs années de conditionnement sociétal inciteront une adolescente à se diriger vers une vocation typiquement féminine face à un choix de carrière.

Tout à leur honneur, les filles sont persévérantes à l’école. Elles sont de plus en plus nombreuses à poursuivre des études supérieures. Dans les sports, certaines chasses gardées résistent. La NBA a son penchant féminin la WNBA. À quand une Ligue nationale de hockey pour les femmes? Sera-t-elle aussi payante que pour les hommes?

Vers l’appauvrissement

Au premier chèque de paie, pour des études équivalentes et un même poste, une différence subsistera entre les employés masculins et les féminins. « Quel que soit leur niveau d’études, les femmes touchent, à leur entrée sur le marché du travail, un salaire hebdomadaire brut inférieur à celui des hommes* ». Une femme sur quatre choisit un travail à temps partiel pour prendre soin de sa famille, et retarde ainsi ses chances d’aspirer à un poste supérieur avec de meilleures conditions. En cas de séparation, les familles monoparentales ont à leur tête une mère dans la majeure partie des cas. Les femmes sont également plus enclines à devenir aidantes naturelles si un proche nécessite des soins particuliers.

Des mouvements de dénonciation

Malgré des gains importants, les femmes sont encore sous-représentées en 2016 dans les postes reliés au pouvoir comme le démontre la page Facebook « Décider entre hommes » des fondatrices, Marie-Ève Maillé, professeure associée à l’UQAM en communication environnementale, et Marilyse Hamelin, journaliste. La campagne HeForShe vise l’avancement des conditions des femmes dans le monde. Une campagne sociétale d’un certain produit de consommation, dont je tairais le nom, m’a toutefois fait réfléchir. Pourquoi lorsqu’on accole l’expression comme une fille à un verbe (courir, se battre et lancer) cela devient-il péjoratif?

Des statistiques et des faits troublants, qui blessent mon cœur de mère, pour lesquelles nous devons continuer de dénoncer les disparités hommes-femmes. Pour nos filles, nos sœurs, nos mères, nos amies, nos collègues, nos voisines, demandons l’égalité, n’acceptons plus l’expression « Sois belle et tais-toi! », mais scandons « Sois toi-même et affirme-toi! ».

Pour aller plus loin :
*Portrait des QUÉBÉCOISES en 8 temps, Conseil du statut de la femme, Édition 2015
Présentation animée du Conseil du statut de la femme, Conseil du statut de la femme, 2013
L’empreinte des femmes dans l’histoire, ONU, 2016
Like a girl, Always, June 2014