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Culture
27 mars 2015 14 h 26

TRAIN-TRAIN

Bilbo Cyr

Blogueur

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1891 : Le scandale de la Baie-des-Chaleurs.

C’était il y a tellement longtemps que l’encre de l’abominable Acte général des mines de 1880 n’était pas encore sèche. C’est surement un hasard absolu, mais c’était un gouvernement libéral qui présidait à nos destinées à cette époque. Honoré Mercier, alors premier ministre, se vit évincé du pouvoir. Le contrat de construction Matapédia-Gaspé, donné à un ami du parti, sera payé-annulé-compensé-redonné-repayé. Une partie de l’argent « évaporé » servira à payer des dépenses politiques. Mercier se fera élire dans Bonaventure au mandat suivant, sur la promesse de régler cette histoire. Faillite personnelle de Mercier, suivie de la faillite du repreneur du rail en 1900. En 1902, le train se rend à Paspébiac. En 1911, le rail rejoint Gaspé, 20 ans plus tard.

En 2007, un siècle après, la propriété de la voie passe à la Société du Chemin de Fer de la Gaspésie, rachat au cout de 35 M$ d’argent public. Huit ans plus tard, re-faillite et re-rachat public. Certains ont vu passer un beau petit train bleu très cher, du nom d’un officier de marine. Peut-être qu’il pourrait remplacer le service maintenant quasi inexistant et plutôt nocturne de Keolis… À force de donner moins, à la fin il ne reste plus rien. En attendant, les infrastructures se délabrent et les vaches s’ennuient.

Et la suite…

Elle est prévisible, la suite.

Le gouvernement majoritaire est actionnaire dans une cimenterie et dans des pétrolières, et c’est le nouveau propriétaire du train. Pas besoin d’être devin.

On va encore nous extorquer pour nous rendre partiellement ce qu’on avait avant, et on va perdre au change.

On va troquer un retour du train, et peut-être un quai ou deux pour l’immense et rare privilège de voir passer nos ressources non-renouvelable en vrac par convoi, pour un ailleurs déterminé par le cours de la bourse, et de voir se faufiler dans nos villages des chapelets explosifs, en sursis chaque jour.

On va nous parler d’austérité, jusqu’à vomir en puisant dans nos poches, sans jamais regarder vers les paradis fiscaux où l’argent se trouve pour vrai.

On va continuer de fermer des écoles, des bureaux de poste, des épiceries.

On va nous dire d’être raisonnables, de faire notre part, qu’on a déjà coûté assez cher les Gaspésiens et qu’on est bien chanceux, dans le fond, qu’on nous laisse vivre encore un peu.

On va nous dire que les salaires compensent l’air sale et on va finir par y croire.

On va se taire et laisser faire le train-train quotidien, les pipelines et les terminaux portuaires d’exportation.

On sera surpris qu’il y ait un accident.

On se demandera combien valait le saumon quand il y en avait.

On achètera de l’eau de la ville en bouteille.

On ira encore prendre le train de passagers à Matapédia. Il faudra attendre pour laisser passer le train de bitume qui aura priorité.