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Blogue citoyen

26 juin 2017 10 h 44

UN HYMNE À LA MER

David Lonergan

Blogueur culturel

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En 17 chapitres qui commencent tous par la reprise du titre à l’exception du premier (c’est son baptême à la mer : il n’est pas encore un pêcheur), il nous conte autant d’anecdotes qu’il a vécues en mer. Ces anecdotes, plus ou moins dramatiques, sont autant de façons d’évoquer le cheminement de l’adolescent qu’il était, mais aussi un moyen de réfléchir comme adulte sur sa jeunesse, sa vie et la vie.

Lors d’une entrevue, il m’a dit avoir été influencé par Saint-Exupéry dont les œuvres se fondent sur son expérience et s’ouvrent sur une réflexion sur le monde. Il y a cette même volonté dans le roman de Pelletier. Toutefois, il n’a pas tout à fait réussi à atteindre la force poétique et philosophique de son modèle, même si son œuvre possède d’indéniables qualités. Lui-même d’ailleurs en a fixé les limites dans son épilogue : « Quand j’étais pêcheur est une œuvre sans prétention qui veut faire de la mer une amie de tous et créer un attachement indéniable à notre mère à tous » (p. 199).

Car il s’agit d’abord et avant tout d’un hymne à la mer. Les 17 chapitres sont autant de sorties en mer, autant d’expériences initiatiques qui transformeront profondément l’enfant qu’était Pelletier. Dans la première phrase de chaque chapitre, il précise le thème, puis il évoque le contexte et enfin il relate l’expérience qu’il a vécue, dont le titre du chapitre donne la clé. Cette construction un peu contraignante a l’avantage de bien structurer les chapitres et de créer des portraits parfois saisissants de ses aventures en mer. Car évidemment, aucune de ces sorties n’est ennuyante, chacune apportant sa surprise que ce soit une tempête, la beauté du ciel, la variation du mouvement de la mer, des méduses, un banc de harengs, une pêche extraordinaire ou la force du courant… Chacune faisant naître une réflexion sur la solitude, le temps, la patience, la souffrance, l’espoir ou encore la passion. Autant de textes qui dépassent l’anecdote et nous font partager les pensées de Pelletier.

À ses sorties en mer avec le pêcheur, s’ajoutent d’autres sorties personnelles durant lesquelles il explore d’autres aspects de la mer comme l’amusant chapitre où il est déterminé à développer des outils pour observer la vie sous-marine alors qu’il n’a pas d’argent pour s’acheter de l’équipement de plongée. Le jeune garçon fait preuve d’une belle imagination qui lui permettra de faire des plongées de cinq minutes dans une profondeur de 8 pieds. Rien pour impressionner son idole, le commandant Cousteau, mais « immobile dans l’eau comme une épave, j’emplissais ma tête d’un million de rêves qui me promettaient des jours meilleurs. Je savais que Cousteau avait eu le même envoûtement, que la même magie l’avait ému » (p. 116). C’est cette passion pour la mer qui anime tout le roman.

Toute cette expérience aurait été impossible sans le pêcheur dont Pelletier trace un portrait tout en nuances. On est à Cap-Chat dans les années 1980. La pêche à la morue se fait au jigger dans une barque à moteur « qui ne faisait pas plus de 25 pieds de long et tout au plus cinq pieds de large » (p. 20). Le pêcheur prend ses amets et lance sa ligne, tout comme son « apprenti », espérant une bonne pêche. Le tout dans le silence et en fusion avec le mouvement de la mer. Pelletier a su décrire cette pêche qui allait disparaître quelques années plus tard.

Si le roman pèche par quelques redites, conséquence de la structure que l’auteur a choisie, il n’en demeure pas moins qu’il maintient l’attention et que les pages consacrées à la description de la mer sont de véritables morceaux d’anthologie.