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19 novembre 2015 15 h 32

UN SACRÉ COUP POUR LA DROITE?

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Au moment de sa chute, il était âgé de 56 ans et avait régné sur le Canada pendant neuf ans, huit mois et 29 jours. Trop court pour certains, une éternité pour d’autres, dont je fais partie. Il laisse dans le deuil des sympathisants d’une droite archaïque et rétrograde, ainsi que des idées orphelines révolues telles que le créationnisme, la négation des changements climatiques et l’implantation d’une société antidémocratique par le refus de répondre aux questions des journalistes ou encore en muselant les scientifiques.

Même si le navire conservateur vient de prendre l’eau, il n’en demeure pas moins que le parti forme l’opposition officielle, forçant une nouvelle fois, et contre toute attente, le Nouveau Parti démocratique (NPD) à mordre la poussière et à terminer la course bon troisième. Le navire amiral conservateur est donc, en théorie, récupérable. Toutefois, en pratique, le Parti conservateur du Canada (PCC) se limite à un parti régional. Absent dans les Maritimes, obscure en Ontario et en Colombie-Britannique, peu présent au Québec (même si c’est à se demander quel virus circule dans l’eau de la grande région de Québec), les conservateurs s’accrochent à leur bouée de sauvetage, c’est-à-dire à l’Ouest canadien, qui est leur port d’attache. Je vous rappelle qu’Harper, ce fanatique de Sa Majesté, a perdu des sièges dans chacune des provinces canadiennes, sauf au Québec où son parti est passé de quatre à 10 comtés, toujours dans cette région de Québec.
Comment expliquer cette situation sans grande analyse? Disons que dans ce coin du Québec, paradis des radios poubelles, le taux de chômage est quasi inexistant, le vandalisme réduit à sa plus simple expression, le taux de criminalité très bas. La population de cette région est dans sa zone de confort et ne souhaite pas en sortir. Pourquoi prendre le risque de changer quoi que ce soit? On vote sécurité, stabilité. Même si le parti est sans sucre, sans odeur, sans saveur.

Pendant ce temps, en Gaspésie
En Gaspésie, aux élections du 19 octobre dernier, 6,1 % des électeurs ont misé sur le cheval conservateur, ce qui représente un désaveu à l’endroit de ce parti, qui incarne la droite canadienne et qui s’est construit sur les ruines du Reform Party et de l’Alliance canadienne, partis bien ancrés à droite et antifrancophones, basés essentiellement dans l’Ouest canadien. Vous vous souvenez sans doute du chef charismatique Preston Manning, qui a dirigé le Reform Party de 1986 à 2000?

Comment l’oublier!

Revenons aux dernières élections fédérales. Comment interpréter ce résultat? Les Gaspésiens sont-ils de gauche? Ont-ils dit « non » à la droite? À mon avis, ni l’un ni l’autre. Ils ont tout simplement dit « non » à ce gouvernement branché sur les mamelles des riches, des multinationales et des pétrolières.

Tentons d’y voir plus clair dans ces résultats.

D’entrée de jeu, la réalité de la Gaspésie n’a rien à voir avec celle de la grande région de Québec. Ils ont voté contre Harper pour différentes raisons.

Réforme de l’assurance-emploi
Difficile d’oublier cet épisode, n’est-ce pas? Avec un taux de chômage moyen de 14 %, la Gaspésie n’a pas digéré la réforme de l’assurance-emploi amorcée en 2012 par le PCC. Les nouvelles règles du jeu imposées par le gouvernement Harper sont venues causer un déficit de cinq semaines pendant lesquelles les travailleurs saisonniers, particulièrement nombreux en Gaspésie, se retrouvent sans revenus. Provenant massivement du milieu de la pêche, des secteurs forestiers et touristiques, des milliers de personnes sont tombées dans le fameux « trou noir ». Le gouvernement Harper a appliqué ce remède à l’ensemble du Canada, peu importe la réalité économique de la Gaspésie.
Les Gaspésiens n’ont pas pardonné ce geste au PCC. La balle est maintenant dans le camp de la nouvelle ministre du Revenu Diane LeBouthillier, du moins en partie, puisqu’elle aura sans doute son mot à dire dans l’application de cette réforme qui forçait, entre autres, les Gaspésiens à se trouver un boulot jusqu’à 100 km de leur domicile, et ce, à des conditions plus que discutables.

Une déréglementation dangereuse des transports
Pour craindre de perdre des services sur le plan des transports, il faut d’abord en avoir en fonction sur le territoire, ce qui est loin d’être gagné au moment d’écrire ces lignes. Je pense ici notamment aux services aériens et ferroviaires, tous deux sous juridiction fédérale. Cette préoccupation a très certainement joué sur l’humeur des Gaspésiens aux élections, puisque les conservateurs ne se sont pas souciés des risques pour la population que cause la déréglementation dans les transports, qui a eu pour conséquence un accident ferroviaire dramatique à Lac-Mégantic. L’inaction du gouvernement à la suite de cette tragédie est venue confirmer que le transport du pétrole par train faisait davantage saliver Harper que la sécurité de la population. L’avenir dira si l’exploitation massive du pétrole se fera en sol gaspésien, mais l’attitude de Harper dans le dossier lui a certainement nui.

Ajoutons dans le monde du transport et des communications l’abandon des phares et des quais de la Gaspésie au profit d’une obsession sécuritaire se traduisant par l’adoption d’une loi antiterroriste et par une volonté ferme d’investir dans l’industrie militaire, ce qui est loin de correspondre aux attentes des Gaspésiens.

Une attaque en règle à l’égard de nos aînés
La population de la Gaspésie est l’une des plus âgées de tout le Québec. Préoccupant, n’est-ce pas? Dans le budget 2012, les conservateurs ont décidé de faire passer graduellement de 65 à 67 ans l’âge minimum pour obtenir la pension de la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti. Une autre belle réforme signée Harper qui a sans doute poussé les Gaspésiens à lui dire NON une fois les pieds derrière l’isoloir.
Ajoutons à cette liste un bilan environnemental désastreux, des comportements antisyndicaux et antidémocratiques, le mépris du parlement, le soutien sans limite à l’industrie pétrolière, une politique étrangère dinosaure, etc. Good night, M. Harper.

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