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10 février 2016 17 h 13

AFFAIRE WILBERT COFFIN: « ON N’A JAMAIS ABANDONNÉ L’ESPOIR », DIT SA NIÈCE

GASPÉ – Judith Reeder se souvient de la nuit du 10 février 1956. C’est la nuit où son oncle Wilbert Coffin a été pendu à la prison de Bordeaux, à Montréal, pour le meurtre de trois chasseurs américains. Soixante ans plus tard, Mme Reeder et plusieurs autres croient toujours à l’innocence de son « Uncle Bill » et réclament qu’il soit blanchi.

Mme Reeder a une bonne raison de penser à Wilbert Coffin tous les 10 février. C’est aussi la date de son anniversaire. La nuit où il est mort, « c’était ma fête de huit ans. Je ne me rappelle pas d’un gâteau ni de cadeaux. Les enfants, on était censés être au lit. Mais j’étais réveillée. Il y avait beaucoup de monde dans la maison. Des gens pleuraient. »

Elle a compris ce qui se passait seulement plus tard. « Comme enfants, on avait des questions, mais on a arrêté de les poser parce qu’on réalisait combien ça faisait mal à ma mère et mes tantes d’en parler. »

Mme Reeder est la fille de Rhoda Coffin, l’une des sept sœurs de Wilbert. Elle n’a pas de souvenir personnel de son oncle, mais on le décrivait comme « un homme tranquille, généreux, toujours prêt à aider », dit-elle.

Elle n’a pas de théorie sur qui peut avoir tué les Américains. « Ce dont je me souviens, c’est que la famille disait : il ne peut pas avoir fait ça. Ça allait contre tout ce qu’il était », dit Mme Reeder.

Wilbert Coffin a été condamné à mort sur la foi de preuves circonstancielles. Personne n’a témoigné l’avoir vu tuer. L’arme du crime n’a jamais été présentée au procès. La cause comporte d’autres zones grises et a fait l’objet de plusieurs livres et documentaires, rappelle l’historien Paul Lemieux dans son blogue sur GRAFFICI.CA.

Aujourd’hui, l’Association in Defence for the Wrongly Convicted, ainsi qu’un avocat d’origine gaspésienne, Michael Rooney, continuent d’analyser le cas. Et ils pourraient avoir déniché de nouveaux éléments pour innocenter Coffin.

La communauté soutient la famille Coffin, estime Mme Reeder. « Je n’ai jamais senti un déshonneur [lié à la condamnation de son oncle], mais plutôt du support et peut-être de la curiosité. Les gens veulent savoir ce qui se passe. Encore aujourd’hui, des gens m’arrêtent au magasin pour savoir s’il y a du nouveau. »

« Comme famille, on n’a jamais abandonné l’espoir, dit Judith Reeder. Moi, j’ai toujours eu espoir, mais certaines fois plus que d’autres! C’est comme un yoyo, en haut-en-bas, en haut-en bas, en haut-en bas. Et c’est comme ça depuis 60 ans. »

La lutte continue
Wilbert Coffin est enterré au cimetière de York, à Gaspé, à côté de ses parents sur le lot de la famille Coffin. Mercredi, Judith Reeder était sur sa tombe pour se recueillir et demander que justice soit rendue. Elle y retournera tous les 10 février « aussi longtemps que je suis en vie », dit-elle.

Mme Reeder a confiance que la génération qui la suit reprendra le flambeau. Des descendantes des Coffin, surtout dans les familles de Marie et Rhoda (deux sœurs de Wilbert), suivent le cas, dit-elle.

« Injuste pour la justice »
Une dizaine de personnes accompagnait Mme Reeder sur la tombe de Wilbert le 10 février. Parmi eux, l’évêque du diocèse anglican de Québec (qui inclut Gaspé), Dennis Drainville, un habitué de cette célébration depuis dix ans.

Wilbert Coffin a été condamné injustement, juge-t-il. « Ça fait longtemps que la communauté est en deuil et c’est très triste, dit-il. Depuis plusieurs années, nous avons parlé à des députés, à des sénateurs. Nous avons essayé de faire avancer le dossier. Personne ne comprend pourquoi ça prend tellement de temps. La mort de Wilbert était une action injustifiée contre un homme, qui mérite un meilleur traitement de la part d’Ottawa et de Québec. »

« On ne sera pas satisfaits tant qu’il ne sera pas exonéré. Ce n’est pas juste pour la communauté, pour Wilbert et pour la justice elle-même », ajoute M. Drainville.

« La vérité va éclater un jour »
Marie Coffin, 85 ans, la sœur de Wilbert, est toujours aussi convaincue de son innocence. « J’ai une grande foi que la vérité va éclater un jour. Peut-être pas de mon vivant et de celui de mes sœurs, mais un jour. »

Parler du cas de Wilbert rend encore Mme Coffin « très triste », dit-elle. « Quand tu penses que ton frère a été pendu pour un crime qu’il n’a pas commis, ça te dépasse. Ça nous a tous affectés. Nous étions une famille très unie. Nous avons dû emprunter de l’argent pour aider Wilbert à se défendre. Pendant plusieurs années, on n’a même pas été capables d’en parler. » GRAFFICI.CA a joint Mme Coffin en Ontario, où elle est en visite pour prendre soin de sa sœur de 95 ans.

Le condamné s’est évadé d’une prison de Québec en 1955. Il s’est rendu chez son avocat, qui l’a convaincu de retourner en prison pour prouver son innocence. « Pourquoi n’ont-ils pas enquêté davantage? Qui retournerait en prison s’il n’était pas parfaitement innocent? Dans le cas Coffin, il y a eu beaucoup de politique », estime Marie Coffin.

Elle insiste pour remercier « les Gaspésiens, francophones et anglophones, qui se sont tenus debout avec moi et qui m’ont aidée à ramasser des fonds pour le cas de mon frère. Je leur en suis très reconnaissante. »

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