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20 avril 2018 10 h 29

« Avec ou sans jambes, je suis la même »

CAPLAN, AVRIL, 2018 – Marie-Thérèse Forest n’est pas née avec un handicap. « J’ai eu la chance de pouvoir l’apprivoiser », dit d’entrée de jeu celle qui a porté mille et une causes et dont la renommée dépasse les frontières de notre région. Tête-à-tête avec une battante.

Après avoir été frappée par un taxi à Montréal en 1981, la Montréalaise d’origine a vu ses jambes l’abandonner, petit à petit. 

« Je suis passée du bras des autres, vers 1986, à la canne, au tripode, puis à la marchette en 1990. Ça été progressif mon affaire. Un peu sournois même », raconte-t-elle. Puis un soir, début 2000, après être allée voir un film à New Richmond en marchette avec une amie, elle a réalisé qu’elle n’avait plus d’autre option que le fauteuil roulant.

« Pis je l’ai pris jaune. J’avais le choix et je trouvais que ça faisait moins triste un fauteuil jaune qu’un fauteuil noir », dit Mme Forest en riant.

Le rire, un allié

Ce rire a d’ailleurs été, de son propre aveu, parmi ses meilleurs alliés au fil des années. « L’humour, c’est très important. Mais c’est aussi l’amour et la reconnaissance des autres qui m’ont beaucoup portée », confie-t-elle. Mme Forest estime n’avoir jamais réellement tenu compte de cette épée de Damoclès pourtant bien suspendue au-dessus de sa tête dès le début de sa vie adulte.

Tout à fait consciente qu’elle perdrait progressivement l’usage de ses jambes jusqu’à ne plus pouvoir marcher, elle met sa fille au monde en 1984. Elle venait tout juste de s’installer en Gaspésie et contribuait à la fondation de la radio CIEU FM qui verra le jour en 1985.=

« Je me souviens, je donnais des cours aux futures bénévoles et j’allaitais […]. Je suis tombée en amour avec la Gaspésie lors d’une tournée du Québec pour la mise en place de radios communautaires », se rappelle Mme Forest. Elle était alors passée rapidement de simple bénévole d’une radio communautaire de Montréal à première secrétaire générale rémunérée de l’Association des radios communautaires du Québec, un organisme qu’elle a d’ailleurs contribué à fonder.

« Puis, mon chum a décidé de retourner à l’école. Je l’ai donc suivi à Rimouski et je me suis inscrite à l’UQAR pour faire une maîtrise en littérature. Je n’étais pas pour ne rien faire en l’attendant », lance-t-elle.

Puisqu’il fallait gagner des sous, elle s’est jointe à l’équipe du Collectif de Rimouski pour les femmes. C’est là que Marie-Thérèse Forest s’est éprise de la cause qu’elle servira avec brio le reste de sa carrière avec ses jambes, puis sans ses jambes.

Des radios communautaires aux coopératives d’habitation, d’un centre de femmes à un autre, puis d’une Table régionale à des comités provinciaux, Mme Forest a la réputation de n’avoir jamais fait les choses à moitié et de susciter l’unanimité partout où elle est passée.

« Je ne me suis jamais sentie jugée. Tout le monde qui m’entourait me donnait de l’énergie. Et je sentais que j’avais vraiment la reconnaissance du milieu, malgré mon anticonformisme et mon côté rebelle », dit-elle.

Une condition qui l’a servie

Loin de croire que sa condition l’ait contrainte, elle pense plutôt que ça l’a souvent servi. « Je n’étais pas menaçante, dit-elle sourire en coin. Je n’ai jamais eu à défoncer des portes. C’est avec la manière douce et l’humour que je réussissais à convaincre et à repousser les barrières. »

Pourtant en fauteuil roulant depuis l’an 2000, Marie-Thérèse Forest affirme aujourd’hui qu’elle n’a vraiment et pleinement pris conscience de son handicap que tout récemment.

« J’ai toujours occulté ma réelle condition, confie-t-elle. C’est sûr que j’ai fait des deuils au fil des ans. Chaque été surtout. Parce que l’été, on vit plus dans son corps, on se baigne… Allez en fauteuil sur la plage pour voir… pas évident! »

Face à elle-même

Pendant toutes ces années cependant, elle assure avoir, autant que faire se peut, ignoré son handicap, fait comme s’il n’existait pas…

« Jusqu’à ce que je me retrouve seule face à moi-même, il y a quelques années… quand je suis TOMBÉE à la retraite. Plus de mission. Plus de défi. Là!  Ça m’a frappé… Pis ça m’a frappé fort! », dit la dame aux mille combats qui admet bien humblement se remettre tout juste d’une dépression.

« À un moment donné, je me suis dit qu’il fallait que je me décide : Écoute Marie-Thérèse, tu mets fin à tout ça, ou tu continues. Pis j’ai décidé de continuer. C’est ça ma mission maintenant », lance l’éternelle battante, toujours tout sourire et l’œil brillant.

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